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भरतस्य दुःस्वप्नदर्शनम् · Bharata’s Ominous Dream
अयोध्याकाण्ड
Le Sarga 69 expose la crise intérieure de Bharata à travers une suite de cauchemars et de présages qui coïncident avec l’arrivée des messagers en ville. À l’aube, Bharata est bouleversé par un songe où il voit son père Daśaratha dans des lieux souillés et des gestes de mauvais augure : il tombe d’une montagne dans une mare de bouse de vache, flotte en buvant de l’huile, mange du riz au sésame, et plonge à plusieurs reprises la tête la première dans l’huile, le corps enduit. Le rêve s’amplifie en renversements cosmiques et royaux annonçant le désordre de la nature et du pouvoir : la mer s’assèche, la lune tombe, la terre s’obscurcit, la défense d’un éléphant royal se brise, le feu s’éteint soudain, la terre se fend, les arbres se dessèchent, et les montagnes, fumantes, paraissent en ruines. Il voit ensuite le roi vêtu de noir sur un siège de fer, raillé par des femmes au teint sombre ; puis le souverain, paré de guirlandes et d’onguents rouges, se hâtant vers le sud sur un char attelé d’ânes, enfin traîné par une rākṣasī grotesque vêtue de rouge. Bharata y reconnaît un signe de mort ; il craint pour lui-même, pour Rāma, pour le roi ou pour Lakṣmaṇa, et cite une règle des songes : voir quelqu’un monter un véhicule attelé d’ânes annonce la fumée prochaine des funérailles. Ses amis tentent de le distraire par la musique, la danse, le théâtre et les plaisanteries, mais il demeure troublé—gorge sèche, voix brisée, visage défait, dégoût de soi sans cause claire—car la présence « incompréhensible » du roi dans la vision entretient sa peur.
Verse 1
यामेव रात्रिं ते दूताः प्रविशन्ति स्म तां पुरीम् ।भरतेनापि तां रात्रिं स्वप्नो दृष्टोऽयमप्रियः ॥१॥
La nuit même où ces messagers entrèrent dans la cité, Bharata, lui aussi, vit un songe affligeant.
Verse 2
व्युष्टामेव तु तां रात्रिं दृष्ट्वा तं स्वप्नमप्रियम् ।पुत्रो राजाधिराजस्य सुभृशं पर्यतप्यत ॥२॥
Quand cette nuit venait à peine de tourner à l’aube, le fils du souverain des rois, ayant vu ce songe funeste, fut cruellement tourmenté.
Verse 3
तप्यमानं समाज्ञाय वयस्याः प्रियवादिनः ।आयासं हि विनेष्यन्त स्सभायां चक्रिरे कथाः ॥३॥
Le voyant accablé de chagrin, ses compagnons—à la parole douce—engagèrent dans l’assemblée diverses conversations, afin de dissiper sa peine et sa lassitude.
Verse 4
वादयन्ति तथा शान्तिं लास यन्त्यपि चापरे ।नाटकान्यपरे प्राहुर्हास्यानि विविधानि च ॥४॥
Pour l’apaiser, les uns jouaient des instruments, d’autres dansaient; certains montaient des pièces, et d’autres racontaient maints récits plaisants.
Verse 5
स तैर्महात्मा भरतस्सखिभिः प्रियवादिभिः ।गोष्ठीहास्यानि कुर्वद्भिर्न प्राहृष्यत राघवः ॥५॥
Pourtant le grand Bharata, rejeton des Raghu, ne trouva nulle joie dans les propos amicaux et les plaisanteries, bien qu’ils vinssent de compagnons à la parole suave.
Verse 6
तमब्रवीत्प्रियसखो भरतं सखिभिर्वृतम् ।सुहृद्भिः पर्युपासीनः किं सखे नानुमोदसे ॥६॥
Alors un ami cher, assis tout près parmi les bienveillants tandis que Bharata était entouré de compagnons, lui dit : «Pourquoi, ami, ne te réjouis-tu pas ?»
Verse 7
एवं ब्रुवाणं सुहृदं भरतः प्रत्युवाच ह ।श्रुणु त्वं यन्निमित्तं मे दैन्यमेतदुपागतम् ॥७॥
Ainsi interpellé par son ami, Bharata répondit : «Écoute : voici la raison pour laquelle une telle désolation s’est abattue sur moi.»
Verse 8
स्वप्ने पितरमद्राक्षं मलिनं मुक्त मूर्धजम् ।पतन्तमद्रिशिखरात्कलुषे गोमयह्रदे ॥८॥
En songe, je vis mon père—pâle et négligé, les cheveux en désordre—tomber du sommet d’une montagne dans une mare souillée, pleine de bouse de vache.
Verse 9
प्लवमानश्च मे दृष्टस्स तस्मिन्गोमयह्रदे ।पिबन्नञ्जलिना तैलं हसन्नपि मुहुर्मुहुः ॥९॥
Je le vis flotter dans cette mare de bouse de vache, boire de l’huile dans ses mains jointes en coupe, et rire sans cesse, encore et encore.
Verse 10
ततस्तिलौदनं भुक्त्वा पुनः पुनरधश्शिराः ।तैलेनाभ्यक्तसर्वाङ्गः तैलमेवान्वगाहत ॥१०॥
Puis je le vis manger du riz cuit au sésame ; le corps tout entier enduit d’huile, il se plongeait, la tête la première, encore et encore, dans l’huile même.
Verses 11-13
स्वप्नेऽपि सागरं शुष्कं चन्द्रं च पतितं भवि ।उपरुद्धां च जगतीं तमसेव समावृताम् ॥११॥औपवाह्यस्य नागस्य विषाणं शकलीकृतम् ।सहसाचापि संशान्तं ज्वलितं जातवेदसम् ॥१२॥अवतीर्णां च पृथिवीं शुष्कां श्च विविधान् द्रुमान् ।अहं पश्यामि विध्वस्तान् सधूमांश्चापि पर्वतान् ॥१३॥
Même dans le songe, je vis la mer desséchée et la lune tombée sur la terre ; le monde semblait étouffé et couvert de ténèbres. Je vis brisé le défense de l’éléphant royal de parade ; je vis s’éteindre soudain le feu flamboyant ; je vis la terre fendue, des arbres de toutes sortes desséchés, et des montagnes détruites, fumantes.
Verse 14
पीठे कार्ष्णायसे चैनं निषण्णं कृष्णवाससम् ।प्रहसन्ति स्म राजानं प्रमदाः कृष्णपिङ्गलाः ॥१४॥
Je vis le roi assis sur un siège de fer, vêtu de noir; et des femmes sombres, fauves, riaient de lui — image d’humiliation et de dépouillement de la dignité royale.
Verse 15
त्वरमाणश्च धर्मात्मा रक्तमाल्यानुलेपनः ।रथेन खरयुक्तेन प्रयातो दक्षिणामुखः ॥१५॥
Je vis ce roi juste, se hâtant, paré de guirlandes rouges et d’onguent rouge, partir vers le sud sur un char attelé d’ânes, comme poussé vers le domaine de la mort.
Verse 16
प्रहसन्तीव राजानं प्रमदा रक्तवासिनी ।प्रकर्षन्ती मया दृष्टा राक्षसी विकृतानना ॥१६॥
Je vis une rākṣasī au visage difforme, vêtue de rouge, traîner le roi tout en semblant se moquer de lui — emblème de forces hostiles triomphant de la souveraineté légitime.
Verse 17
एवमेतन्मया दृष्टमिमां रात्रिं भयावहम् ।अहं रामोऽथवा राजा लक्ष्मणो वा मरिष्यति ॥१७॥
Tel fut le songe effrayant que j’ai vu cette nuit : ou bien moi, ou Rāma, ou le roi, ou Lakṣmaṇa mourra.
Verse 18
नरो यानेन य स्स्वप्ने स्वरयुक्तेन याति हि ।अचिरात्तस्य धूमाग्रं चितायां सम्प्रदृश्यते ॥१८॥
Car si, en songe, on voit un homme voyager sur un char attelé d’ânes, bientôt l’on verra la fumée qui s’enroule s’élever de son bûcher funéraire : tel est l’augure.
Verse 19
एतन्निमित्तं दीनोऽहं तन्नवः प्रतिपूजये ।शुष्यतीव च मे कण्ठः न स्वस्थमिव मे मनः ॥१९॥
À cause de ce signe, je suis accablé et ne puis vous rendre l’hommage qui convient. Ma gorge semble se dessécher, et mon esprit n’est point en paix.
Verse 20
न पश्यामि भयस्थानं भयं चैवोपधारये ।भ्रष्टश्च स्वरयोगो मे छाया चोपहता मम ।जुगुप्सन्निव चाऽत्मानं न पश्यमि च कारणम् ॥२०॥
Je ne vois nul fondement à la peur, et pourtant la peur seule m’habite. Ma voix s’est brisée, mon visage s’est défait ; comme si je me prenais en dégoût, je n’en trouve pas la cause.
Verse 21
इमां च दुस्स्वप्नगतिं निशाम्यतामनेकरूपामवितर्कितां पुरा ।भयं महत्तद्धृदयान्नयाति मे विचिन्त्य राजानमचिन्तदर्शनम् ॥२१॥
Ayant reconnu le cours de ce songe terrible—aux formes multiples, jamais imaginé auparavant—et réfléchissant au roi dont l’état dépasse l’entendement, une grande crainte ne quitte pas mon cœur.
The dilemma is interpretive and moral: Bharata must process foreboding signs without clear evidence, while remaining responsible in speech and conduct; he fears imminent death within the royal family and struggles to respond appropriately to companions and circumstance.
The chapter emphasizes the epic’s moral psychology: fear can arise without visible cause, and omens function as narrative instruments linking inner apprehension to public catastrophe; companionship may console, yet dharma requires steadiness when signs suggest impermanence and loss.
Ayodhyā and the sabhā (assembly) frame the social setting, while dream-landmarks—adriśikhara (mountain peak), gomaya-hrada (cow-dung pool), citā (funeral pyre), and the southward direction—encode cultural notions of impurity, death-portents, and inauspicious transit.
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