
The Tale of Sukalā: Testing Pativratā Fidelity and the Body-as-House Teaching
Le chapitre PP.2.53 s’ouvre sur le doute existentiel de Sukalā : à quoi bon les jouissances du monde sans son époux ? Viṣṇu confirme que le pativratā-dharma—la fidélité sacrée et le service voué au mari—constitue pour la femme le devoir suprême et la voie la plus élevée. Indra (Śakra), voulant éprouver ou ébranler sa constance, convoque Kāma (Manmatha), qui se vante de sa puissance et décrit la demeure du désir dans le corps. Indra prend une forme humaine séduisante et dépêche une dūtī pour persuader Sukalā ; mais celle-ci se présente comme l’épouse de Kṛkala et raconte le pèlerinage de son mari ainsi que sa peine. Le chapitre se transforme ensuite en un long enseignement réfutant la sensualité : la jeunesse s’enfuit comme la « jeunesse » d’une maison, et le corps est impermanent et impur. Vieillesse, maladie et décomposition détruisent l’illusion de la beauté. L’ensemble culmine en une méditation sur l’Unique Soi (Ātman) présent en de multiples corps, appelant à dépasser le désir par la connaissance et le dharma.
Verse 1
सुकलोवाच । एवं धर्मं श्रुतं पूर्वं पुराणेषु तदा मया । पतिहीना कथं भोगं करिष्ये पापनिश्चया
Sukalā dit : « Ainsi ai-je jadis entendu parler du dharma dans les Purāṇa. Mais, privée d’époux, comment pourrais-je goûter aux plaisirs du monde, moi qui me suis résolue au péché ? »
Verse 2
कांतेन तु विना तेन जीवं काये न धारये । विष्णुरुवाच । एवमुक्त्वा परं धर्मं पतिव्रतमनुत्तमम्
«Sans cet époux bien-aimé, je ne maintiendrai pas la vie dans mon corps.» Viṣṇu dit : Ayant ainsi parlé, elle énonça le dharma suprême, l’incomparable vœu de pativratā, la fidélité sacrée à l’époux.
Verse 3
तास्तु सख्यो वरा नार्यो हर्षेण महतान्विताः । श्रुत्वा धर्मं परं पुण्यं नारीणां गतिदायकम्
Ces nobles femmes, ses compagnes, furent remplies d’une grande joie, ayant entendu le dharma suprême et saint, celui qui accorde aux femmes leur voie et leur destinée véritables.
Verse 4
स्तुवंति तां महाभागां सुकलां धर्मवत्सलाम् । ब्राह्मणाश्च सुराः सर्वे पुण्यस्त्रियो नरोत्तम
Ô meilleur des hommes, les brāhmaṇa et tous les dieux, avec les femmes vertueuses, louent la très fortunée Sukalā, dévouée au dharma et pleine d’amour pour la droiture.
Verse 5
तस्या ध्यानं प्रकुर्वंति पतिकामप्रभावतः । अत्यर्थं दृढतामिंद्र सुःविचिंत्य सुरेश्वरः
Par la puissance de son désir pour son époux, ils entreprennent de méditer sur elle ; et toi, ô Indra, Seigneur des dieux, après mûre réflexion, tu lui accordas une détermination d’une fermeté extrême.
Verse 6
सुकलायाः परं भावं सुविचार्यामरेश्वरः । चालये धैर्यमस्याश्च पतिस्नेहं न संशयः
Après avoir soigneusement considéré la disposition la plus profonde de Sukalā, le Seigneur des dieux (Indra) pensa : «J’ébranlerai aussi sa constance ; nul doute quant à son amour pour son époux».
Verse 7
सस्मार मन्मथं देवं त्वरमाणः सुराधिपः । पुष्पचापं स संगृह्य मीनकेतुः समागतः
Se hâtant, le seigneur des dieux se remémora (invoqua) le dieu Manmatha. Saisissant son arc de fleurs, Mīnaketu (Manmatha) arriva en ce lieu.
Verse 8
प्रियया च तया युक्तो रत्या दृष्टमहाबलः । बद्धांजलिपुटो भूत्वा सहस्राक्षमुवाच सः
Voyant le puissant, accompagné de sa bien-aimée Ratī, il joignit les mains en signe de révérence et s’adressa à Sahasrākṣa (Indra).
Verse 9
कस्मादहं त्वया नाथ अधुना संस्मृतो विभो । आदेशो दीयतां मेद्य सर्वभावेन मानद
Ô Seigneur, pourquoi m’as-tu rappelé en ce moment, ô Toi qui pénètres tout ? Donne-moi aujourd’hui ton ordre, ô dispensateur d’honneur, de tout ton dessein.
Verse 10
इंद्र उवाच । सुकलेयं महाभागा पतिव्रतपरायणा । शृणुष्व कामदेव त्वं कुरु साहाय्यमुत्तमम्
Indra dit : « Sukaleyā est une femme très fortunée, entièrement vouée au vœu de fidélité envers son époux. Écoute-moi, ô Kāmadeva, et accorde ton aide la plus parfaite. »
Verse 11
निष्कर्षय महाभागां सुकलां पुण्यमंगलाम् । तच्छ्रुत्वा वचनं तस्य शक्रस्य तमथाब्रवीत्
« Fais venir la très fortunée Sukalā, sainte et de bon augure. » Ayant entendu ces paroles de Śakra (Indra), il lui répondit alors.
Verse 12
एवमस्तु सहस्राक्ष करिष्यामि न संशयः । साहाय्यं देवदेवेश तव कौतुककारणात्
«Qu’il en soit ainsi, ô Toi aux mille yeux. Je le ferai, sans aucun doute. Ô Seigneur des dieux, je t’apporterai mon aide, poussé par ton désir de voir ce prodige.»
Verse 13
एवमुक्त्वा महातेजाः कंदर्पो मुनिदुर्जयः । देवाञ्जेतुं समर्थोऽहं समुनीनृषिसत्तमान्
Ayant ainsi parlé, le lumineux Kandarpa, invincible même aux munis, déclara : « Je suis capable de vaincre les dieux, avec les sages, ô le meilleur des ṛṣis. »
Verse 14
किं पुनः कामिनीं देव यस्या अंगे न वै बलम् । कामिनीनामहं देव अंगेषु निवसाम्यहम्
«À plus forte raison une femme saisie par le désir, ô Seigneur, dont les membres sont sans force. Ô Seigneur, j’habite dans les membres des femmes éprises.»
Verse 15
भाले कुचेषु नेत्रेषु कचाग्रेषु च सर्वदा । नाभौ कट्यां पृष्ठदेशे जघने योनिमंडले
Toujours—sur le front, sur les seins, dans les yeux et aux pointes des cheveux ; au nombril, à la taille, dans la région du dos, sur les fesses et dans le cercle du yoni (région génitale).
Verse 16
अधरे दंतभागेषु कक्षायां हि न संशयः । अंगेष्वेवं प्रत्यंगेषु सर्वत्र निवसाम्यहम्
Dans la lèvre inférieure, dans les régions des dents et dans l’aisselle—assurément, sans aucun doute—ainsi, dans les membres et les sous-membres, je demeure partout.
Verse 17
नारी मम गृहं देव सदा तत्र वसाम्यहम् । तत्रस्थः पुरुषान्सर्वान्मारयामि न संशयः
«Ô Seigneur, la femme est ma demeure ; j’y réside toujours. Établi là, je fais périr tous les hommes—il n’y a point de doute.»
Verse 18
स्वभावेनाबलादेव संतप्ता मम मार्गणैः । पितरं मातरं दृष्ट्वा अन्यं स्वजनबांधवम्
Par nature elle était sans défense ; en vérité, tourmentée par mes flèches, en voyant son père, sa mère et d’autres parents et proches...
Verse 19
सुरूपं सगुणं देव मम बाणा हता सती । चलते नात्र संदेहो विपाकं नैव चिंतयेत्
Ô Seigneur, ma flèche a frappé cette femme vertueuse—belle de forme et riche de qualités. Elle se meut assurément ; il n’y a point de doute. Qu’on ne s’inquiète pas de l’ultime conséquence de cet acte.
Verse 20
योनिः स्पंदेत नारीणां स्तनाग्रौ च सुरेश्वर । नास्ति धैर्यं सुरेशान सुकलां नाशयाम्यहम्
«Ô Seigneur des dieux, le sein des femmes tressaille, et leurs mamelons aussi ; il n’est point de constance, ô souverain des devas — je détruirai Sukalā.»
Verse 21
इंद्र उवाच । पुरुषोहं भविष्यामि रूपवान्गुणवान्धनी । कौतुकार्थमिमां नारीं चालयामि मनोभव
Indra dit : «Je deviendrai un homme, beau, vertueux et riche. Par simple divertissement, je tenterai d’ébranler cette femme, ô Manobhava (Kāma).»
Verse 22
नैव कामान्न संत्रासान्न वा लोभान्न कारणात् । न वै मोहान्न वै क्रोधात्सत्यं सत्यं रतिप्रिय
Ni par désir, ni par crainte, ni par avidité, ni pour quelque dessein caché ; ni par illusion, ni par colère — telle est la vérité, la vérité, ô bien-aimé de la joie.
Verse 23
कथं मे दृश्यते तस्या महत्सत्यं पतिव्रतम् । निष्कर्षिष्य इतो गत्वा भवन्मोहोत्र कारणम्
Comment pourrai-je voir sa grande véracité et sa fidélité d’épouse ? En quittant ce lieu, j’arracherai au grand jour la cause même de ton égarement en cette affaire.
Verse 24
एवं कामं च संदिश्य जगाम सुरराट्स्वयम् । आत्मविकृतिसंभूतो रूपवान्गुणवान्स्वयम्
Ainsi, après avoir donné ses instructions à Kāma, le seigneur des dieux s’en alla de son propre gré. Né de la métamorphose de son propre être, il était lui-même beau et pourvu de vertus.
Verse 25
सर्वाभरणशोभांगः सर्वभोगसमन्वितः । भोगलीलासमाकीर्णः सर्वदौदार्यसंयुतः
Ses membres brillent de tous les ornements; il est pourvu de toutes les jouissances. Plongé dans les jeux des délices, il est doté d’une générosité sans défaillance.
Verse 26
यत्र सा तिष्ठते देवी कृकलस्य प्रिया नृप । आत्मलीलां स्वरूपं च गुणं भावं प्रदर्शयेत्
Ô roi, partout où demeure cette Déesse, bien-aimée de Kṛkala, elle y révèle sa propre līlā divine, sa forme véritable, ses qualités et son inclination intime.
Verse 27
नैव पश्यति सा तं तु पुरुषं रूपसंपदम् । यत्रयत्र व्रजेत्सा हि तत्र तां पश्यते नृप
Elle ne voit nullement cet homme à la beauté accomplie; au contraire, où qu’elle aille, c’est lui qui la voit là, ô roi.
Verse 28
साभिलाषेण मनसा तामेवं परिपश्यति । कामचेष्टां सहस्राक्षोऽदर्शयत्सर्वभावकैः
La regardant ainsi, l’esprit rempli de désir, le Mille-Yeux (Indra) déploya des gestes d’amour, exprimant toutes les nuances d’émotion.
Verse 29
चतुष्पथे पथे तीर्थे यत्र देवी प्रयाति सा । तत्रतत्र सहस्राक्षस्तामेव परिपश्यति
Au carrefour des quatre voies, sur la route et aux gués sacrés—partout où va la Déesse—là, là même, le Mille-Yeux (Indra) ne cesse de la contempler, elle seule.
Verse 30
इंद्रेण प्रेषिता दूती सुकलां प्रति सा गता । सुकलां सुमहाभागां प्रत्युवाच प्रहस्य वै
Envoyée par Indra, la messagère se rendit auprès de Sukalā ; puis, souriante, elle s’adressa à la très fortunée Sukalā.
Verse 31
अहो सत्यमहोधैर्यमहो कांतिरहो क्षमा । अस्या रूपेण संसारे नास्ति नारी वरानना
Ah ! Quelle vérité, quelle constance courageuse, quel éclat, quelle patience ! Dans le monde entier, nulle femme n’a une beauté semblable à la sienne, ô toi au visage gracieux.
Verse 32
का त्वं भवसि कल्याणि कस्य भार्या भविष्यसि । यस्य त्वं सगुणा भार्या स धन्यः पुण्यभाग्भुवि
«Qui es-tu, dame de bon augure ? De qui deviendras-tu l’épouse ? Celui dont tu seras l’épouse—toi, riche de vertus—est vraiment béni et possède grand mérite sur la terre.»
Verse 33
तस्यास्तु वचनं श्रुत्वा तामुवाच मनस्विनी । वैश्यजात्यां समुत्पन्नो धर्मात्मा सत्यवत्सलः
Ayant entendu ses paroles, la dame au cœur résolu lui répondit : «Il est né dans la caste vaiśya, juste de nature et dévoué à la vérité.»
Verse 34
तस्याहं हि प्रिया भार्या सत्यसंधस्य धीमतः । कृकलस्यापि वैश्यस्य सत्यमेव वदामि ते
Je suis, en vérité, l’épouse bien-aimée de cet homme sage, fidèle à son vœu : Kṛkala, le vaiśya. Je ne te dis rien d’autre que la vérité.
Verse 35
मम भर्ता स धर्मात्मा तीर्थयात्रां गतः सुधीः । तस्मिन्गते महाभागे मम भर्तरि संप्रति
Mon époux, à l’âme droite et plein de sagesse, est parti en pèlerinage vers les tīrthas sacrés. À présent que mon bienheureux mari s’en est allé, en cet instant…
Verse 36
अतिक्रांताः शृणुष्व त्वं त्रयश्चैवापि वत्सराः । ततोहं दुःखिता जाता विना तेन महात्मना
Écoute : trois années entières s’écoulèrent. Puis, privée de ce grand être, je fus submergée par la peine.
Verse 37
एतत्ते सर्वमाख्यातमात्मवृत्तांतमेव ते । भवती पृच्छते मां का भविष्यति वदस्व मे
Tout cela — le récit de ma propre vie — je te l’ai exposé entièrement. À présent tu me demandes : « Que deviendra-t-elle à l’avenir ? » Dis-le-moi.
Verse 38
सुकलाया वचः श्रुत्वा दूत्या आभाषितं पुनः । मामेवं पृच्छसे भद्रे तत्ते सर्वं वदाम्यहम्
Ayant entendu les paroles de Sukalā, la messagère reprit : « Ô chère, puisque tu m’interroges ainsi, je te dirai tout ».
Verse 39
अहं तवांतिकं प्राप्ता कार्यार्थं वरवर्णिनि । श्रूयतामभिधास्यामि श्रुत्वा चैवाव धार्यताम्
Ô dame au teint clair et à la beauté parfaite, je suis venue en ta présence pour une affaire. Écoute : je vais l’énoncer ; et l’ayant entendu, garde-le bien en ton cœur.
Verse 40
गतस्ते निर्घृणो भर्ता त्वां त्यक्त्वा तु वरानने । किं करिष्यसि तेनापि प्रियाघातकरेण च
Ton époux sans pitié s’en est allé, t’abandonnant, ô visage gracieux. Que feras-tu de lui, lui qui blesse ce qui t’est cher ?
Verse 41
यस्त्वां त्यक्त्वा गतः पापी साध्व्याचारसमन्विताम् । किं वा स ते गतो बाले तत्र जीवति वै मृतः
Ce pécheur qui t’a quittée, toi pourtant parée de la conduite d’une femme vertueuse : où est-il allé, ô jeune fille ? Y vit-il, ou bien est-il vraiment mort ?
Verse 42
किं करिष्यति तेनैवं भवती खिद्यते वृथा । कस्मान्नाशयते चांगं दिव्यं हेमसमप्रभम्
Qu’obtiendra-t-on par cela ? Ainsi tu t’attristes en vain. Pourquoi ne détruit-il pas ce corps divin, brillant comme l’or ?
Verse 43
बाल्ये वयसि संप्राप्ते मानवो न च विंदति । एकं सुखं महाभागे बालक्रीडां विना शुभे
Quand vient l’âge de l’enfance, l’homme ne trouve point d’autre bonheur ; ô bienheureuse, ô dame de bon augure : il n’est qu’une joie, le jeu de l’enfant.
Verse 44
वार्द्धके दुःखसंप्राप्तिर्जरा कायं प्रहिंसयेत् । तारुण्ये भुज्यते भोगः सुखात्सर्वो वरानने
Dans la vieillesse survient la souffrance ; la décrépitude tourmente et blesse le corps. Dans la jeunesse, on goûte les jouissances ; ainsi, ô beau visage, tous recherchent le bonheur.
Verse 45
यावत्तिष्ठति तारुण्यं तावद्भुंजंति मानवाः । सुखभोगादिकं सर्वं स्वेच्छया रमते नरः
Tant que demeure la jeunesse, les humains s’adonnent aux jouissances ; et l’homme, selon son propre vouloir, se réjouit de toute forme de plaisir et de délectation.
Verse 46
यावत्तिष्ठति तारुण्यं तावद्भोगान्प्रभुंजते । वयस्यपि गते भद्रे तारुण्ये किं करिष्यति
Tant que la jeunesse demeure, on goûte aux plaisirs. Mais lorsque la vieillesse survient, ô bien-aimée, que pourra donc accomplir la jeunesse ?
Verse 47
संप्राप्ते वार्द्धके देवि किंचित्कार्यं न सिध्यति । स्थविरश्चिंतयेन्नित्यं सुखकार्यं न गच्छति
Ô Déesse, lorsque la vieillesse est venue, presque aucune entreprise n’aboutit. Le vieillard demeure sans cesse soucieux et ne s’avance pas vers des œuvres de douceur et d’aisance.
Verse 48
वयस्यपि गते बाले क्रियते सेतुबंधनम् । तादृशोयं भवेत्कायस्तारुण्ये तु गते शुभे
Même lorsque l’enfance est passée, on peut encore bâtir un pont ; de même, quand la jeunesse propice s’en est allée, le corps devient de cette même nature, n’ayant plus sa vigueur d’autrefois.
Verse 49
तस्माद्भुंक्ष्व सुखेनापि पिबस्व मधुमाधवीम् । कामाबाणा दहंत्यंगं तवेमे चारुलोचने
C’est pourquoi, mange en paix et bois ce vin Mādhavī, doux comme le miel. Ô toi aux beaux yeux, ces flèches du désir consument ton corps.
Verse 50
अयमेकः समायातः पुरुषो रूपवान्गुणी । अयं हि पुरुषव्याघ्रः सर्वज्ञो गुणवान्धनी
Cet homme seul est venu ici, beau et vertueux. En vérité, il est un tigre parmi les hommes : omniscient, riche de nobles qualités et fortuné.
Verse 51
तवार्थे नित्यसंयुक्तः स्नेहेन वरवर्णिनि । सुकलोवाच । बाल्यं नास्त्यपि जीवस्य तारुण्यं नास्ति जीविते
Pour ton bien, ô toi au teint éclatant, je demeure sans cesse uni à toi par affection. Sukalā dit : Dans la vie d’un être, l’enfance est à peine présente ; et la jeunesse aussi se trouve à peine dans l’existence.
Verse 52
वृद्धत्वं नास्ति चैवास्य स्वयंसिद्धः सुसिद्धिदः । अमरो निर्जरो व्यापी सुसिद्धः सर्ववित्तमः
Pour Lui, il n’est point de vieillesse. Il est accompli par Lui-même et dispensateur de la perfection. Immortel, sans déclin, omniprésent — parfaitement accompli, Il est le suprême connaisseur de tout.
Verse 53
इति श्रीपद्मपुराणे भूमिखंडे वेनोपाख्याने सुकलाचरित्रे । त्रिपंचाशत्तमोऽध्यायः
Ainsi, dans le vénérable Padma Purāṇa, au sein du Bhūmi-khaṇḍa, dans l’épisode de Vena, dans le récit de Sukalā, s’achève le cinquante-troisième chapitre.
Verse 54
यथा वार्द्धकिना कायस्तथा सूत्रेण मंदिरम् । अनेककाष्ठसंघातैर्नाना दारुसमुच्चयैः
De même que le charpentier façonne une forme à partir de la matière, de même un temple se dresse selon le cordeau de mesure, par de multiples assemblages de bois, amas de diverses essences.
Verse 55
मृत्तिकयोदकेनापि समंतात्परिणामयेत् । लिपितं लेपकैः काष्ठं चित्रं भवति चित्रकैः
Même avec de simple argile et de l’eau, on façonne toute chose alentour ; le bois, enduit par les plâtriers, devient tableau sous la main des peintres.
Verse 56
प्रथमं रूपमायाति गृहं सूत्रेण सूत्रितम् । पुष्णंति च स्वयं तत्तु लेपनाद्वै दिने दिने
D’abord la maison prend forme, tracée au cordeau des mesures ; puis eux-mêmes la préservent—assurément—en l’enduisant jour après jour.
Verse 57
वायुनांदोलितं नित्यं गृहं च मलिनायते । मध्यमो वर्तुतः कालो गृहस्य परिकथ्यते
La maison sans cesse ébranlée par les vents se souille aussi ; c’est pourquoi un tel laps est dit un temps intermédiaire pour une demeure.
Verse 58
रूपहानिर्भवेत्तस्य गृहस्वामी विलेपयेत् । स्वेच्छया च गृहस्वामी रूपवत्त्वं नयेद्गृहम्
Si sa beauté venait à décliner, le maître de maison doit l’enduire et la restaurer ; et, selon son propre vœu, le chef de foyer ramènera la demeure à la beauté.
Verse 59
तारुण्यं तस्य गेहस्य दूतिके परिकथ्यते । काष्ठसंघैश्च जीर्णत्वं बहुकालैः प्रयाति सः
La « jeunesse » de cette maison est évoquée, ô femme messagère ; pourtant, par l’assemblage même de ses bois, avec le long cours du temps elle parvient inévitablement à la décrépitude.
Verse 60
स्थानभ्रष्टाः प्रजायंते मूलाग्रे प्रचलंति ते । न सहेल्लेपनाभारमाधारेण प्रतिष्ठति
Ceux qui sont déchus de leur juste place naissent en un état avili; ils tremblent jusqu’à l’extrémité même de la racine. Ils ne peuvent porter le poids de l’enduit, car ils ne sont pas solidement établis sur un appui.
Verse 61
एतद्गृहस्य वार्द्धक्यं कथितं शृणु दूतिके । पतमानं गृहं दृष्ट्वा गृहस्वामी परित्यजेत्
Ainsi a été décrite la « vieillesse » (le déclin) de cette maison—écoute, ô messagère. Voyant une maison qui s’écroule, le maître de la demeure doit l’abandonner.
Verse 62
गृहमन्यं प्रवेशाय प्रयात्येव हि सत्वरम् । तथा बाल्यं च तारुण्यं नृणां वृद्धत्वमेव च
De même que l’on se hâte d’entrer dans une autre maison, ainsi, pour les hommes, l’enfance et la jeunesse passent rapidement, pour n’aboutir qu’à la vieillesse.
Verse 63
स बाल्ये बालरूपश्च ज्ञानहीनं प्रकारयेत् । चित्रयेत्कायमेवापि वस्त्रालंकारभूषणैः
Dans l’enfance, qu’on le représente sous la forme d’un enfant et qu’on le montre dépourvu de connaissance; et que son propre corps soit paré, orné de vêtements, d’ornements et de joyaux.
Verse 64
लेपनैश्चंदनैश्चान्यैस्तांबूलप्रभवादिभिः । कायस्तरुणतां याति अतिरूपो विजायते
Par des onguents de parure, par la pâte de santal et d’autres substances telles que le bétel et semblables, le corps accède à la jeunesse, et l’on devient d’une beauté éclatante.
Verse 65
बाह्याभ्यंतरमेवापि रसैः सर्वैः प्रपोषयेत् । तेन पोषणभावेन परिपुष्टः प्रजायते
Qu’on nourrisse l’extérieur comme l’intérieur par toutes les essences vitales ; par cet acte même et cette disposition à nourrir, l’être devient pleinement fortifié et harmonieusement développé.
Verse 66
जायते मांसवृद्धिस्तु रसैश्चापि नवोत्तमा । यांति विस्तरतां राजन्नंगान्याप्यायितान्यपि
Des essences nourricières naît une croissance nouvelle et excellente de la chair ; et, ô roi, les membres aussi—une fois bien nourris—s’épanouissent en plénitude.
Verse 67
प्रत्यंगानि रसैश्चैव स्वंस्वं रूपं प्रयांति वै । दंताधरौ स्तनौ बाहू कटिपृष्ठमुरू उभे
Et certes, par leurs essences propres (rasa), les membres secondaires atteignent leur forme juste : dents et lèvres, seins, bras, taille et dos, et les deux cuisses.
Verse 68
हस्तपादतलौ तद्वद्वृद्धित्वं प्रतिपेदिरे । उभाभ्यामपि तान्येव वृद्धिमायांति तानि वै
De même, les paumes des mains et les plantes des pieds parvinrent à la croissance ; et certes, par l’action des deux, ces mêmes parties s’accroissent encore.
Verse 69
अंगानि रसमांसाभ्यां सुरूपाणि भवंति ते । तैः स्वरूपैर्भवेन्मर्त्यो रसबद्धश्च दूतिके
Par l’union du suc vital et de la chair, ces membres prennent une forme agréable ; et par cette forme même le mortel vient à l’existence, lié au goût des plaisirs des sens, ô messagère.
Verse 70
सुरूपः कथ्यते मर्त्यो लोके केन प्रियो भवेत् । विष्ठामूत्रस्य वै कोशः काय एष च दूतिके
Dans ce monde, on peut dire d’un homme qu’il est beau; mais selon quelle vraie mesure deviendrait-il digne d’amour ? Car ce corps, ô jeune messagère, n’est qu’un sac d’excréments et d’urine.
Verse 71
अपवित्रशरीरोयं सदा स्रवति निर्घृणः । तस्य किं वर्ण्यते रूपं जलबुद्बुदवच्छुभे
Ô toi l’auspicieuse, ce corps est impur au-dedans et sans cesse suinte, sans compassion. Quelle forme durable pourrait-on en louer, puisqu’il est tel une bulle d’eau, fugitive et instable ?
Verse 72
यावत्पंचाशद्वर्षाणि तावत्तिष्ठति वै दृढः । पश्चाच्च जायते हानिस्तस्यैवापि दिनेदिने
Jusqu’à cinquante ans, certes, il demeure ferme; mais ensuite le déclin s’élève en lui aussi, jour après jour.
Verse 73
दंताः शिथिलतां यांति तथा लालायते मुखम् । चक्षुर्भ्यामपि पश्येन्न कर्णाभ्यां न शृणोति च
Les dents se relâchent, et la bouche bave; même avec les yeux il ne voit plus, et avec les oreilles il n’entend plus.
Verse 74
गतिं कर्तुं न शक्नोति हस्तपादैश्च दूतिके । अक्षमो जायते कायो जराकालेन पीडितः
Ô messagère, lorsque le temps de la vieillesse le tourmente, le corps devient impuissant; même avec mains et pieds, il ne peut se mouvoir.
Verse 75
तद्रसः शोषमायाति जराग्नितापशोषितः । अक्षमो जायते दूति केन रूपत्वमिष्यते
L’essence vitale se dessèche, consumée par l’ardeur du feu de la vieillesse. On devient impuissant, ô messagère ; comment la beauté pourrait-elle demeurer ?
Verse 76
यथा जीर्णं गृहं याति क्षयमेवं न संशयः । तथा संक्षयमायाति वार्द्धके तु कलेवरम्
De même qu’une maison vieille et usée tombe assurément en ruine, sans aucun doute, de même le corps, dans la vieillesse, décline et se consume inévitablement.
Verse 77
ममरूपं समायातं वर्णस्येवं दिने दिने । केनाहं रूपसंयुक्ता केन रूपत्वमिष्यते
«De jour en jour, mon visage en est venu à prendre cette teinte. Par qui ai-je été dotée de beauté, et par qui cet état de beauté sera-t-il maintenu ?»
Verse 78
यथा जीर्णं गृहं याति केनासौ पुरुषो बली । यस्यार्थमागता दूति भवती केन शंसति
Comment cet homme puissant s’en est-il allé, comme vers une maison délabrée ? Dans quel dessein es-tu venue ici en messagère, et qui désignes-tu comme cause ?
Verse 79
किमु चैव त्वया दृष्टं ममांगे वद सांप्रतम् । तस्यांगादिह हीनं च दूति नास्त्यधिकं तथा
Dis-le-moi à l’instant : qu’as-tu donc remarqué sur mon corps ? Ô messagère, ici nul membre ne manque de rien, et rien non plus n’y est en excès.
Verse 80
यथा त्वं च तथासौवै तथाहं नात्र संशयः । कस्य रूपं न विद्येत रूपवान्नास्ति भूतले
Tel que tu es, tel est aussi celui-là; et tel suis-je—sans aucun doute. De qui la forme ne se trouverait-elle pas ? Sur la terre, nul être n’est dépourvu de forme.
Verse 81
उच्छ्रायाः पतनांताश्च नगास्तु गिरयः शुभे । कालेन पीडिता यांति तद्वद्भूताश्च नान्यथा
Ô bienheureuse, les montagnes et les hauts sommets, si élevés qu’ils s’élèvent, finissent par tomber ; pressés par le Temps, ils s’évanouissent. Ainsi en est-il des êtres vivants : il n’est pas d’autre issue.
Verse 82
अरूपो रूपवान्दिव्य आत्मा सर्वगतः शुचिः । स्थावरेष्वेव सर्वेषु जंगमेषु च दूतिके
Bien que sans forme, Il est aussi pourvu de forme : divin, le Soi, omniprésent et pur ; présent en tous les immobiles et pareillement en tous les mobiles, ô messagère.
Verse 83
एको निवसते शुद्धो घटेष्वेकं यथोदकम् । घटनाशात्प्रयात्येकमेकत्वं त्वं न बुध्यसे
L’unique Réalité pure demeure comme une seule présence dans les nombreux corps, de même qu’une seule et même eau séjourne dans des jarres diverses. Quand une jarre se brise, cette eau (qui semblait contenue) ‘s’en va’ comme une; pourtant tu ne saisis pas cette unité.
Verse 84
पिंडनाशादयं चात्मा एकरूपो विजायते । एकं रूपं मया दृष्टं संसारे वसता सदा
Quand l’agrégat du corps se dissout, ce Soi se révèle d’une seule nature, sans division. Tout en demeurant dans le saṃsāra, je n’ai toujours perçu que cette unique forme véritable.
Verse 85
एवं वद स्वतं ज्ञात्वा यस्यार्थमिह चागता । दर्शयस्व अपूर्वं मे यदि भोक्तुमिहेच्छसि
Sachant toi-même le dessein pour lequel tu es venu ici, parle en conséquence. Montre-moi quelque chose d’inouï, si vraiment tu souhaites prendre part et jouir ici.
Verse 86
व्याधिना पीड्यमानस्य कफेनापि वृतस्य च । अंगाद्विचलते शोणः स्थानभ्रष्टोभिजायते
Quand un être est tourmenté par la maladie et, de plus, obstrué par le flegme, le sang se déplace de son siège légitime et se met à s’écouler hors du corps.
Verse 87
अंगसंधिषु सर्वासु पलत्वं चांतरं गतः । एकतो नाशमायाति स्वं हि रूपं परित्यजेत्
Quand la pâleur et la faiblesse intérieure gagnent toutes les articulations du corps, on tombe d’un seul coup dans la ruine, comme en abandonnant sa propre forme.
Verse 88
विष्ठात्वं जायते शीघ्रं कृमिभिश्च भवेत्किल । तद्वद्दुःखकरं वापि निजरूपं परित्यजेत्
Bien vite cela devient excrément et, dit-on, se remplit de vers. De même, si sa propre condition devient cause de douleur, il faut l’abandonner.
Verse 89
श्रूयतां जायते पश्चात्कृमिदुर्गंधसंकुलम् । जायंते तत्र वै यूकाः कृमयो वा न संशयः
Écoute : ensuite cela se remplit de vers et d’une puanteur épaisse ; là, assurément, naissent poux et vers, sans aucun doute.
Verse 90
सकृमिः कुरुते स्फोटं कंडूं च परिदारुणाम् । व्यथामुत्पादयेद्यूका सर्वांगं परिचालयेत्
Le ver de la peau cause des éruptions et une démangeaison très âpre ; les poux font naître la douleur et rendent tout le corps agité, sans cesse remuant.
Verse 91
नखाग्रैर्घृष्यमाणा सा कंडूः शांता प्रजायते । तद्वत्तैश्च शृणुष्वैव सुरतस्य न संशयः
Quand la démangeaison est frottée du bout des ongles, elle s’apaise et s’éteint. De même—écoute—il n’est point douteux que le plaisir de l’union charnelle naisse d’un tel frottement.
Verse 92
भुंजत्येव रसान्मर्त्यः सुभिक्षान्पिबते पुनः । वायुना तेन प्राणेन पाकस्थानं प्रणीयते
Le mortel, certes, goûte les saveurs et boit encore des liquides nourrissants ; par ce souffle vital (prāṇa), porté par le vent, la nourriture est menée au lieu de la digestion.
Verse 93
यद्भक्तं प्राणिभिर्दूति पाकस्थानं गतं पुनः । सर्वं तत्पिहितं तत्र वायुर्वै पातयेन्मलम्
Toute nourriture mangée par les êtres et parvenue ensuite au lieu de la cuisson (digestion), là tout se trouve recouvert ; et, en vérité, le vent fait choir l’impureté.
Verse 94
सारभूतो रसस्तत्र तद्रक्तश्च प्रजायते । निर्मलः शुद्धवीर्यस्तु ब्रह्मस्थानं प्रयाति च
Là, l’essence devient rasa, le suc nourricier, et de lui naît le sang. Et celui qui est pur, dont la vigueur vitale est purifiée, parvient aussi au séjour de Brahman.
Verse 95
आकृष्टः स समानेन नीतस्तेनापि वायुना । स्थानं न लभते वीर्यं चंचलत्वेन वर्तते
Tiré par le souffle qui se meut vers l’intérieur et emporté par ce même vent, nul appui stable ne se trouve ; la puissance vitale erre dans l’agitation.
Verse 96
प्राणिनां हि कपालेषु कृमयः संति पंच वै । द्वावेतौ कर्णमूले तु नेत्रस्थाने ततः पुनः
En vérité, dans les crânes des êtres vivants, on dit qu’il existe cinq sortes de vers : deux sont à la racine des oreilles, et de nouveau (d’autres) se tiennent dans la région des yeux.
Verse 97
कनिष्ठांगुलिमानेन रक्तपुच्छाश्च दूतिके । नवनीतस्य वर्णेन कृष्णपुच्छा न संशयः
Ô messagère, à la mesure du petit doigt, sa queue est rougeâtre ; et, à la couleur du beurre frais, sa queue est noire — sans aucun doute.
Verse 98
तेषां नामापि भद्रे त्वं मत्तो निगदितं शृणु । पिंगली शृंखली नाम द्वौ कृमी कर्णमूलयोः
Ô bienheureuse, écoute tandis que je te dis leurs noms, tels que je les énonce : à la racine des oreilles se trouvent deux vers nommés Piṅgalī et Śṛṅkhalī.
Verse 99
चपलः पिप्पलश्चैव द्वावेतौ नासिकाग्रयोः । शृंगली जंगली चान्यौ नेत्रयोरंतरस्थितौ
Capala et Pippala — ces deux-là sont à la pointe du nez ; et Śṛṅgalī et Jaṅgalī — deux autres — demeurent à l’intérieur (de la région) des deux yeux.
Verse 100
कृमीणां शतपंचाशत्तादृग्भूता न संशयः । भालांतेवस्थिताः सर्वे राजिकायाः प्रमाणतः
Il existe cent cinquante vers de cette sorte—sans aucun doute. Tous se tiennent à l’extrémité du front, chacun ayant la mesure d’un grain de moutarde.
Verse 101
कपालरोगिणः सर्वे विकुर्वंति न संशयः । केशद्वयं मुखे तस्य विद्यते शृणु दूतिके
Tous ceux qui souffrent du mal du crâne agissent d’une manière étrange et déformée—sans doute. Écoute, ô messagère : sur son visage se trouve une paire de poils.
Verse 102
प्राणिनां संक्षयं विद्धि तत्क्षणे हि न संशयः । स्वस्थाने संस्थितस्यापि प्राजापत्यस्य वै मुखे
Sache que l’anéantissement des êtres vivants peut survenir à l’instant même—sans doute. Même pour celui qui demeure fermement en sa juste place, (la mort se lève) à la bouche même de Prajāpati.
Verse 103
तद्वीर्यं रसरूपेण पतते नात्र संशयः । मुखेन पिबते वीर्यं तेन मत्तः प्रजायते
Cette semence tombe sous la forme d’une essence liquide—sans doute. En buvant la semence par la bouche, on s’enivre (s’égare) et, par cela, la progéniture est engendrée.
Verse 104
तालुमध्यप्रदेशे च चंचलत्वेन वर्तते । इडा च पिंगला नाडी सुषुम्णाख्या च संस्थिता
Dans la région médiane du palais, cela se meut avec agitation ; là se trouvent les nāḍīs nommées Iḍā et Piṅgalā, et s’y tient aussi celle qu’on appelle Suṣumṇā.
Verse 105
सुबलेनापि तस्यैव नाडिका जालपंजरे । कामकंडूर्भवेद्दूति सर्वेषां प्राणिनां किल
Même avec peu de force, cette petite ouverture dans la cage en treillis devient, ô messagère, une démangeaison de désir pour tous les êtres vivants.
Verse 106
पुंसश्च स्फुरते लिंगं नार्या योनिश्च दूतिके । स्त्रीपुंसौ संप्रमत्तौ तु व्रजतः संगमं ततः
Ô entremetteuse, le membre de l’homme s’éveille, et la yoni de la femme aussi ; puis, femme et homme, saisis de passion, vont vers l’union charnelle.
Verse 107
कायेन कायसंघृष्टिर्मैथुनेन हि जायते । क्षणमात्रं सुखं काये पुनः कंडूश्च तादृशी
Par l’union sexuelle naît le frottement d’un corps contre un autre. Le plaisir du corps ne dure qu’un instant, puis revient encore une démangeaison semblable.
Verse 108
सर्वत्र दृश्यते दूति भाव एवंविधः किल । व्रज त्वमात्मनः स्थानं नैवास्त्यत्र अपूर्वता
Partout, en vérité, on voit une telle attitude d’entremetteuse. Retourne à ta demeure ; il n’y a ici rien de nouveau.
Verse 109
अपूर्वं नास्ति मे किंचित्करोम्येव न संशयः
Pour moi, rien n’est sans précédent ; assurément je l’accomplis, sans aucun doute.