Adhyaya 106
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Adhyaya 106

The Lament of King Āyū and Indumatī: The Abduction/Loss of the Child and Karmic Reflection

Le chapitre 106 dépeint la perte soudaine/l’enlèvement de l’enfant du roi Āyū et d’Indumatī (fille de Svarbhānu). La plainte de la mère s’élève en une enquête sur elle-même : elle attribue ce malheur à des fautes d’une vie antérieure—trahison de confiance, tromperie, ou offense faite à un enfant—et s’interroge sur une possible négligence des devoirs rituels, tels que l’hospitalité du Vaiśvadeva et les offrandes consacrées par les brāhmaṇas. On rappelle aussi que Dattātreya avait accordé la grâce d’un fils vertueux et invincible, ce qui rend la crise plus aiguë : comment un obstacle pourrait-il surgir contre une bénédiction déjà réalisée ? Indumatī s’évanouit de chagrin ; Āyū, ébranlé, pleure et met en doute l’efficacité de l’ascèse et de la charité face au destin. Le colophon situe ce chapitre dans le cadre du récit de Vena, de la glorification de Gurutīrtha, de l’histoire de Cyavana et de l’épisode de Nāhuṣa.

Shlokas

Verse 1

कुंजल उवाच । आयुभार्या महाभागा स्वर्भानोस्तनया सुतम् । अपश्यंती सुबालं तं देवोपममनौपमम्

Kuṃjala dit : L’illustre épouse d’Āyu—fille de Svarbhānu—ne vit pas son petit fils, cet enfant charmant, semblable à un deva et sans égal.

Verse 2

हाहाकारं महत्कृत्वा रुरोद वरवर्णिनी । केन मे लक्षणोपेतो हृतो बालः सुलक्षणः

Poussant un grand cri de détresse, la dame au beau teint pleura : «Par qui mon enfant, marqué de signes de bon augure, ce garçon aux traits harmonieux, a-t-il été enlevé ?»

Verse 3

तपसा दानयज्ञैश्च नियमैर्दुष्करैः सुतः । संप्राप्तो हि मया वत्स कष्टैश्च दारुणैः पुनः

Par l’ascèse, les dons, les sacrifices et de rudes observances, je t’ai vraiment obtenu, mon fils, après des peines et d’âpres épreuves, encore et encore.

Verse 4

दत्तात्रेयेण पुण्येन संतुष्टेन महात्मना । दत्तः पुत्रो हृतः केन रुरोद करुणान्विता

Le méritoire Dattātreya, ce grand être, satisfait, accorda un fils; mais : «Par qui l’enfant donné a-t-il été enlevé ?»—ainsi pleura-t-elle, submergée de compassion et de peine.

Verse 5

हा पुत्र वत्स मे तात हा बालगुणमंदिर । क्वासि केनापनीतोसि मम शब्दः प्रदीयताम्

Hélas, mon fils, mon cher enfant, mon bien-aimé ! Ô demeure des vertus de l’enfance, où es-tu ? Par qui as-tu été emmené ? Fais-moi entendre ta voix !

Verse 6

सोमवंशस्य सर्वस्य भूषणोसि न संशयः । केन त्वमपनीतोसि मम प्राणैः समन्वितः

Tu es, sans nul doute, l’ornement de toute la lignée lunaire. Par qui as-tu été enlevé, toi qui es lié à mon souffle même ?

Verse 7

राजसुलक्षणैर्दिव्यैः संपूर्णः कमलेक्षणः । केनाद्यापहृतो वत्सः किं करोमि क्व याम्यहम्

«Cet enfant aux yeux de lotus, comblé de signes royaux divins, a été enlevé aujourd’hui. Par qui mon cher fils a-t-il été ravi ? Que dois-je faire ? Où irai-je ?»

Verse 8

स्फुटं जानाम्यहं कर्म ह्यन्यजन्मनि यत्कृतम् । न्यासनाशः कृतः कस्य तस्मात्पुत्रो हृतो मम

Je sais clairement l’acte que j’ai accompli dans une autre naissance. De qui ai-je détruit le dépôt confié ? C’est pour cela que mon fils m’a été enlevé.

Verse 9

किं वा छलं कृतं कस्य पूर्वजन्मनि पापया । कर्मणस्तस्य वै दुःखमनुभुंजामि नान्यथा

Ou bien, quel mensonge ai-je commis, moi la pécheresse, envers quelqu’un dans une vie passée ? Assurément je subis cette peine uniquement par le karma de cet acte ; il n’y a pas d’autre cause.

Verse 10

रत्नापहारिणी जाता पुत्ररत्नं हृतं मम । तस्माद्दैवेन मे दिव्य अनौपम्य गुणाकरः

Elle est devenue voleuse de joyaux : mon fils, joyau précieux, m’a été ravi. Ainsi, par décret du destin, m’échoit cet être divin, mine de vertus sans pareille.

Verse 11

किं वा वितर्कितो विप्रः कर्मणस्तस्य वै फलम् । प्राप्तं मया न संदेहः पुत्रशोकान्वितं भृशम्

À quoi bon encore spéculer, ô brāhmane ? Le fruit de cet acte m’est bien parvenu, sans aucun doute, accablant, accompagné d’un immense chagrin pour mon fils.

Verse 12

किं वा शिशुविरोधश्च कृतो जन्मांतरे मया । तस्य पापस्य भुंजामि कर्मणः फलमीदृशम्

Ou bien ai-je commis, dans une autre naissance, une offense envers un enfant ? J’en subis maintenant la conséquence : tel est le fruit de ce péché.

Verse 13

याचमानस्य चैवाग्रे वैश्वदेवस्य कर्मणः । किं वापि नार्पितं चान्नं व्याहृतीभिर्हुतं द्विजैः

Lorsqu’un mendiant se tient au seuil, au commencement du rite de Vaiśvadeva, quel aliment n’a pas été offert ? Ou quel aliment n’a pas été sanctifié par les brāhmaṇas en oblation, versée avec les saintes vyāhṛtis ?

Verse 14

एवं सुदेवमानाच्च स्वर्भानोस्तनया तदा । इंदुमती महाभाग शोकेन करुणाकुला

Ainsi, en ce temps-là, Indumatī —fille de Svarbhānu— fut grandement honorée par Sudeva ; pourtant, ô noble, elle fut submergée de chagrin et toute remplie de compassion.

Verse 15

पतिता मूर्च्छिता शोकाद्विह्वलत्वं गता सती । निःश्वासान्मुंचमाना सा वत्सहीना यथा हि गौः

Accablée par le chagrin, la femme vertueuse tomba et s’évanouit, plongée dans un trouble extrême ; elle laissait échapper de profonds soupirs, telle une vache privée de son veau.

Verse 16

आयू राजा स शोकेन दुःखेन महतान्वितः । बालं श्रुत्वा हृतं तं तु धैर्यं तत्याज पार्थिवः

Le roi Āyū, accablé d’une immense peine et d’un grand chagrin, en apprenant que l’enfant avait été enlevé, perdit sa maîtrise et renonça à toute constance.

Verse 17

तपसश्च फलं नास्ति नास्ति दानस्य वै फलम् । यस्मादेवं हृतः पुत्रस्तस्मान्नास्ति न संशयः

Il n’est point de fruit dans l’ascèse, et point de fruit non plus dans la charité ; puisque mon fils a été ravi de la sorte, il n’y a là aucun doute.

Verse 18

दत्तात्रेयः प्रसादेन वरं मे दत्तवान्पुरा । अजेयं च जयोपेतं पुत्रं सर्वगुणान्वितम्

Autrefois, par la grâce de Dattātreya, il me fut accordé un vœu : un fils invincible, paré de victoire et doté de toutes les vertus.

Verse 19

तस्य वरप्रदानस्य कथं विघ्नो ह्यजायत । इति चिंतापरो राजा दुःखितः प्रारुदद्भृशम्

«Comment donc un obstacle a-t-il pu naître à l’octroi de ce vœu ?» Ainsi, plongé dans l’angoisse, le roi, accablé, se mit à pleurer amèrement.

Verse 106

इति श्रीपद्मपुराणे भूमिखंडे वेनोपाख्याने गुरुतीर्थमाहात्म्ये च्यवनचरित्रे नाहुषाख्याने षडधिकशततमोऽध्यायः

Ainsi, dans le Śrī Padma Purāṇa, au sein du Bhūmi-khaṇḍa—dans le récit de Vena, dans la glorification du gué sacré nommé Gurutīrtha, dans la narration de Cyavana et dans l’épisode concernant Nāhuṣa—s’achève le cent-sixième chapitre.