Uttara BhagaAdhyaya 6928 Verses

Kāmākṣā-māhātmya (Glory of Kāmākṣā) with Siddhanātha Account

Dans le dialogue Vasu–Mohinī, Mohinī demande le fruit du culte rendu à Kāmākṣā après avoir entendu un récit qui détruit les péchés. Vasu situe Kāmākṣā sur la côte de l’océan oriental et prescrit une observance semblable à un vrata : nourriture réglée, adoration conforme et séjour d’une seule nuit menant au darśana. La Déesse apparaît sous une forme terrifiante ; la fermeté sans vaciller est le critère de la siddhi, tandis que la peur et l’agitation l’entravent. Le chapitre introduit ensuite Siddhanātha, fils de Pārvatī, habituellement caché au Kali-yuga mais destiné à se manifester après une phase décisive de Kali, pour soumettre les hommes par l’illusion et la ruse, renforçant le triple cours de Kali. Les dévots qui méditent Siddheśa et vénèrent Kāmākṣā sans relâche pendant un an obtiennent des visions en rêve et la réussite, jusqu’à des dons permettant de parcourir le monde. Le récit se tourne vers Matsyanātha : un enfant jeté à la mer, avalé par un poisson, puis accompli grâce à l’enseignement de Śiva sur le principe suprême (lié au mantra de douze syllabes) et adopté par Umā comme « seigneur des siddhas ». La conclusion loue la puissance purificatrice de l’écoute de ce mahatmya, promettant l’accomplissement des désirs et le ciel.

Shlokas

Verse 1

अथ सिद्धनाथचरित्रसहितं कामाक्षा माहात्म्यं प्रारभ्यते । मोहिन्युवाच । श्रुतं कामोदकाख्यानं पापघ्नं पुण्यदं नृणाम् । सांप्रतं श्रोतुमिच्छामि कामाक्षायाः फलं द्विज ॥ १ ॥

Commence à présent le Māhātmya de Kāmākṣā, accompagné du récit de Siddhanātha. Mohinī dit : « J’ai entendu l’histoire de Kāmōdaka, qui détruit le péché et confère du mérite aux hommes. À présent, je souhaite entendre, ô dvija (deux-fois-né), le fruit spirituel de Kāmākṣā. »

Verse 2

वसुरुवाच । कामाक्षा परमा देवी पूर्वस्यां दिशि संस्थिता । सागरानूपतटगा कलौ सिद्धिप्रदा नृणाम् ॥ २ ॥

Vasu dit : « Kāmākṣā est la Déesse suprême, établie dans la direction de l’Est. Située sur le rivage de l’océan et la zone marécageuse du littoral, en l’âge de Kali elle accorde le siddhi (accomplissement) aux hommes. »

Verse 3

यस्तत्र गत्वा कामाक्षां संपूज्य नियताशनः । तिष्ठेदेकां निशां भद्रे स पश्येत्तां दृढासनः ॥ ३ ॥

Celui qui s’y rend et vénère dûment la Déesse Kāmākṣī, observant une nourriture réglée, et demeure là une seule nuit, ô toi de bon augure—demeurant inébranlable—obtient son darśana, la vision sacrée d’Elle.

Verse 4

सा देवी भीमरूपेण याति संदर्शनं नृणाम् । तां दृष्ट्वा न चलेद्यो वै स सिद्धिं वांछितां लभेत् ॥ ४ ॥

Cette Déesse se manifeste aux hommes sous une forme redoutable. Celui qui, l’ayant vue, ne chancelle pas—obtient assurément la siddhi désirée, l’accomplissement recherché.

Verse 5

यस्तु दृष्ट्वा सुरेशानीं कामाक्षां भीमरूपिणीम् । आसनाच्चलितः सद्यः स विक्षिप्तो भवेद्ध्रुवम् ॥ ५ ॥

Quiconque, ayant vu Sureśānī—Kāmākṣī dans sa forme saisissante—se lève aussitôt de son siège, devient à coup sûr troublé et l’esprit vacillant.

Verse 6

तत्रास्ते पार्वतीपुत्रः सिद्धनाथो वरानने । उग्रे तपसि लोकैः स प्रेक्ष्यते न कदाचन ॥ ६ ॥

Là demeure Siddhanātha, fils de Pārvatī ; ô toi au visage gracieux. Engagé dans une austérité farouche, il n’est jamais aperçu des gens ordinaires.

Verse 7

कृतत्रेताद्वापरेषु प्रत्यक्षं दृश्यतेऽखिलैः । कलावंतर्हितस्तिष्ठेद्यावत्पादः कलेर्व्रजेत् ॥ ७ ॥

Aux âges de Kṛta, Tretā et Dvāpara, cela est vu directement par tous. Mais à l’âge de Kali, cela demeure caché—jusqu’à ce que s’écoule le dernier quart de Kali.

Verse 8

कलेः पादे गते चैकस्मिन्घोरे च धरातले । स वै प्रत्यक्षतां प्राप्य साधयेदखिलं जनम् ॥ ८ ॥

Quand un quart de l’âge de Kali sera advenu—quand la terre deviendra redoutable—lui, se rendant manifeste aux yeux de tous, assujettira l’ensemble des hommes et accomplira son dessein.

Verse 9

मोहिनाद्यैरुपायैस्तु म्लेच्छप्रायाञ्जनांस्तदा । कृत्वा वशे महाभागे गमयेत्त्रिपदं कलेः ॥ ९ ॥

Alors, ô très fortuné, par des moyens tels que l’illusion et d’autres ruses, il met sous sa coupe des gens devenus presque semblables aux mleccha, et les entraîne dans la triple voie de Kali.

Verse 10

यस्तत्र गत्वा सिद्धेशं भक्तिभावसमन्वितः । चिंतयेद्वर्षमात्रं तु कामाक्षां नित्यदार्चयन् ॥ १० ॥

Quiconque s’y rend, le cœur empli de bhakti, médite Siddheśa et, durant une année entière, adore sans relâche Kāmākṣā, obtient le fruit spirituel promis de cette sādhanā sacrée.

Verse 11

स लभेद्दर्शनं स्वप्ने दर्शनांते समाहितः । सूचितां तेन सिद्धिं स लब्ध्वा सिद्धो भवेद्भुवि ॥ ११ ॥

Il obtient un darśana en songe; et, au terme de cette vision, l’esprit recueilli, il reçoit la siddhi qui lui fut indiquée, devenant ainsi accompli ici-bas sur la terre.

Verse 12

विचरेत्सर्वलोकानां कामनाः पूरयञ्शुभे । त्रिलोक्यां यानि वस्तूनि तानि संकर्षयेद्वरात् ॥ १२ ॥

Ô être de bon augure, il parcourrait tous les mondes en comblant les désirs; et tout ce qui existe dans les trois mondes, il pourrait l’attirer à lui par la puissance de cette grâce.

Verse 13

स मत्स्यनाथः किल तत्र संस्थो विज्ञानपारंगम एव भद्रे । चचार लोकाभिमतं वितन्वंस्तपोऽतिघोरं न च याति दृष्टिम् ॥ १३ ॥

Là, Matsyanātha demeura fermement établi—ô dame de bon augure—véritablement accompli dans la connaissance suprême. Il allait et venait, déployant ce que les hommes désirent, tout en pratiquant une austérité d’une rigueur extrême, sans jamais tomber sous le regard ordinaire.

Verse 14

युगान्यनेकानि पुरा भ्रमित्वा लोकान्समग्रानहतेष्टगत्या । तपस्थितोऽद्यास्ति महानुभावो न कालवेगेन शुभेऽभिभूतः ॥ १४ ॥

Après avoir jadis erré durant d’innombrables yuga à travers tous les mondes, avançant selon une marche désirée et sans entrave, ce grand être demeure aujourd’hui établi dans l’austérité ; même l’élan du Temps ne le subjugue pas, car il demeure dans l’auspice.

Verse 15

गंडांतजातस्तु पुराभवेऽभूद्द्विजस्य कस्यापि सुतः सुभद्रे । स जातमात्रः किल पुष्कराख्ये द्वीपेऽस्य पित्रा ह्युदधौ विसृष्टः ॥ १५ ॥

Ô dame de bon augure, jadis naquit, au moment du gaṇḍānta, le fils d’un certain brāhmane. À peine venu au monde, dit-on, son père le jeta dans la mer, sur une île nommée Puṣkara.

Verse 16

प्रक्षिप्तमात्रं किल तत्र बालं मत्स्योऽग्रसीत्कोऽपि विधेर्नियोगात् । तत्र स्थितोऽनेकयुगानि सोऽभूत्कालस्य गत्या ह्यजरामरांगः ॥ १६ ॥

À peine l’enfant fut-il jeté dans l’eau qu’un poisson—par décret du destin—l’engloutit. Demeurant en lui durant de nombreux yuga, il acquit, au fil du temps, un corps affranchi de vieillesse et de mort.

Verse 17

ततः कदाचित्प्रियया प्रदिष्टो महेश्वरः सार्द्धमगप्रसूत्या । तत्त्वोपदेशाय जगाम भद्रे स लोकलोकाच लमप्रमेयः ॥ १७ ॥

Puis, un jour, poussé par sa bien-aimée, Mahādeva—avec la fille née de la Montagne—se mit en route, ô dame de bon augure, pour transmettre l’enseignement de la vérité. Ce Seigneur incommensurable atteignit le mont Lokāloka.

Verse 18

तत्सौम्यश्रृंगे मणिभिः प्रदीप्ते स्थित्वा क्षणार्द्धं हरिमग्नचेताः । देवीमुमां संप्रतिबोध्य शक्त्या तालत्रयेणाप्यभिभूय सत्त्वान् ॥ १८ ॥

Se tenant un demi-instant sur ce sommet gracieux, embrasé par l’éclat des gemmes, l’esprit absorbé en Hari, il éveilla par sa puissance la Déesse Umā et, subjuguant les êtres jusqu’à la mesure de trois tālas, il l’emporta sur eux.

Verse 19

उवाच तत्त्वं सुरहस्यभूतं यद्द्वादशार्णार्थनिजस्वरूपम् । ततस्तु सा शैलसुता महेशं मारांतक यावदभिप्रणम्य ॥ १९ ॥

Il énonça alors le principe suprême—secret même pour les dieux—à savoir la vraie nature inhérente au sens du mantra aux douze syllabes. Alors la Fille de la Montagne (Pārvatī), se prosternant entièrement devant Maheśa, le vainqueur de Māra (Kāma), écouta avec dévotion.

Verse 20

अज्ञाय तत्त्वं समवस्थिताऽभूत्तावत्स मत्स्यस्तु महार्णवस्थः । द्रुतं समुत्प्लुत्य जगाम श्रृंगं यो विप्रबालो ह्युदरे स्थितोऽस्य स तत्त्वसिद्धोऽखिलबंधमुक्तः ॥ २० ॥

Quand la vérité fut comprise, il demeura fermement établi dans la juste connaissance. Alors ce poisson, qui vivait dans le grand océan, bondit promptement et gagna le sommet. Le jeune brahmane qui se trouvait dans son ventre parvint à la perfection de la réalisation du Réel, délivré de tout lien.

Verse 21

निर्गम्य मत्स्योदरतः शुभास्ये नमः प्रचक्रे भवयोः पुरस्तात् । विज्ञाततत्त्वोऽपि महेश्वरस्तं पप्रच्छ तद्गर्भगतेर्निदानम् ॥ २१ ॥

Sortant du ventre du poisson, l’homme au visage de bon augure se prosterna avec respect devant les deux Bhavas. Et Maheśvara (Mahādeva), bien qu’il connût déjà la vérité, l’interrogea sur la cause de son entrée dans ce « ventre » (l’intérieur du poisson).

Verse 22

स वर्णयामास यथार्थमेव तयोः पुरः सर्वमपि प्रवृत्तम् । आकर्ण्य तद्वृत्तमनुप्रसन्ना सोमा महेशानुमतिं च कृत्वा ॥ २२ ॥

Il raconta alors, exactement comme cela s’était passé, tout ce qui était survenu en leur présence à tous deux. Entendant ce récit, Somā fut pleinement satisfaite et, ayant aussi obtenu l’assentiment de Maheśa, elle agit en conséquence.

Verse 23

तं कल्पयामास सुतं शुभांगे सोत्संग आस्थाप्य चुचुंब वक्त्रम् । सुतो ममायं किल मत्स्यनाथो विज्ञाततत्त्वोऽखिलसिद्धनाथः ॥ २३ ॥

Elle le reconnut pour son fils ; la dame aux membres de bon augure le posa sur ses genoux et baisa son visage, disant : «Voici vraiment mon fils — Matsyanātha — celui qui a réalisé la Vérité, le Seigneur de tous les Siddhas.»

Verse 24

निजेच्छया संप्रति यातु लोकान्कीर्तिं वितन्वन्सुखमावयोश्च । ततः प्रभृत्येष सुतोंऽबिकाया लोकान्समग्रान्प्रविहृत्य कामम् ॥ २४ ॥

«À présent, selon son libre vouloir, qu’il aille dans les mondes, y répandant sa renommée et apportant la joie à nous deux. Dès lors, ce fils d’Ambikā parcourut, à son gré, l’ensemble des mondes, accomplissant son désir.»

Verse 25

तत्सिद्धपीठं समवाप्य तत्र तपस्युपादिष्ट इवास्थितोऽस्ति । तं सिद्धनाथं मनसा विचिंत्य नरो भवेत्सिद्धसमस्तकामः ॥ २५ ॥

Ayant atteint ce Siddhapīṭha, on y demeure comme si l’on avait reçu l’enseignement de l’ascèse. En contemplant par l’esprit Siddhanātha, Seigneur des Siddhas, l’homme obtient l’accomplissement de tous ses désirs.

Verse 26

संप्राप्य विद्यां निजवाक्यवाहे निमज्जयेत्पंडितवर्गजातम् । एतां कथां तस्य जगत्पवित्रां श्रृणोति यः कर्णपथप्रयाताम् ॥ २६ ॥

Ayant obtenu la vraie connaissance, qu’on plonge toute l’assemblée des savants dans le courant de ses propres paroles. Celui qui écoute ce récit sacré, purificateur du monde, lorsqu’il entre par le chemin de l’oreille, s’en trouve purifié.

Verse 27

स चाभिकामं समवाप्य भूमौ स्वर्गं प्रयात्येव सुरार्चितांघ्रिः । एतन्मया ते कथितं सुनेत्रे श्रीसिद्धनाथस्य चरित्रयुक्तम् । कामाक्षमाहात्म्यमघघ्नमाद्यं भूयोऽपि किं ते प्रवदामि भद्रे ॥ २७ ॥

Et lui — dont les pieds sont adorés par les dieux — ayant obtenu sur terre ce qu’il désirait, s’en va véritablement au ciel. Ainsi, ô toi aux beaux yeux, je t’ai raconté la grandeur primordiale de Kāmākṣī, destructrice des péchés, avec le récit sacré de Śrī Siddhanātha. Que pourrais-je encore te dire, ô dame de bon augure ?

Verse 28

इति श्रीबृहन्नारदीयपुराणे बृहदुपाख्याने उत्तरभागे वसुमोहिनीसंवादे सिद्धनाथचरित्रयुक्तं कामाक्षामाहात्म्यं । नामैकोनसप्ततितमोऽध्यायः ॥ ६९ ॥

Ainsi s’achève le soixante-neuvième chapitre, intitulé « La Gloire de Kāmākṣā », comprenant le récit de Siddhanātha, dans le dialogue entre Vasu et Mohinī, au sein de l’Uttara-bhāga du Grand Récit du Śrī Bṛhannāradīya Purāṇa.

Frequently Asked Questions

The chapter frames darśana as a test of inner stability: the ugra (awe-inspiring) manifestation reveals the devotee’s steadiness (dhairya). Remaining unwavered signifies fitness for siddhi, while immediate agitation and rising in fear indicate mental unsteadiness that blocks the intended spiritual accomplishment.

The text specifies going to the tirtha, duly worshipping Kāmākṣā with regulated food (niyata-āhāra), and staying for a single night with steadfastness for direct vision; it also describes an advanced regimen of continual worship for a full year alongside contemplation of Siddheśa (Siddhanātha), culminating in dream-vision and confirmed success.

It links the site’s siddha-power to an authoritative puranic backstory: Matsyanātha’s extraordinary survival and liberation follow Śiva’s transmission of secret truth (connected to the twelve-syllabled mantra), and Umā’s adoption of him as ‘lord of siddhas’ validates the tirtha as a Siddhapīṭha where contemplation of Siddhanātha yields desired aims.