
Sanaka instruit une assemblée de brāhmaṇas sur la puissance salvatrice de la Hari-kathā, du Hari-nāma et de la fréquentation des dévots (satsaṅga). Il loue les bhaktas, quelle que soit leur conduite extérieure, lorsqu’ils demeurent fermes dans le nāma-kīrtana, et affirme que voir, se souvenir, adorer, méditer ou se prosterner devant Govinda fait traverser le saṃsāra. Il introduit ensuite une « histoire ancienne » : le roi Jayadhvaja, de la lignée lunaire, voué au nettoyage du temple de Viṣṇu et à l’offrande de lampes sur la rive de la Revā/Narmadā, est interrogé par son purohita Vītihotra sur le fruit particulier de ces deux pratiques. Jayadhvaja raconte une chaîne de vies antérieures : le brāhmaṇa savant Raivata, déchu, adopte des moyens de subsistance interdits et meurt misérablement ; il renaît en caṇḍāla pécheur nommé Daṇḍaketu et entre de nuit, avec une femme, dans un temple vide de Viṣṇu. Par un contact fortuit avec le nettoyage du sanctuaire et l’installation d’une lampe (même sans intention pure), les péchés accumulés sont détruits ; tués par les gardes, ils sont emportés par les messagers de Viṣṇu vers Viṣṇuloka pour d’immenses âges, puis reviennent sur terre dans la prospérité. Il conclut que la bhakti volontaire a un mérite incommensurable, exhortant à adorer Jagannātha/Nārāyaṇa, à chérir le satsaṅga, le service de tulasī et le culte du śālagrāma, et à honorer les dévots dont le service élève de nombreuses générations.
Verse 1
सनक उवाच । भूयः शृणुष्व विप्रेन्द्र माहात्म्यं परमेष्ठिनः । सर्वपापहरं पुण्यं भुक्तिमुक्तिप्रदं नृणाम् 1. ॥ १ ॥
Sanaka dit : Ô le meilleur des brāhmaṇas, écoute encore la grandeur de Parameṣṭhin ; elle est sainte, détruit tous les péchés et accorde aux hommes à la fois la jouissance en ce monde et la libération.
Verse 2
अहो हरिकथालोके पापघ्न पुण्यदायिनी । शृण्वतां वदतां चैव तद्भक्तानां विशेषतः ॥ २ ॥
Ah ! En ce monde, la Harikathā—les récits divins de Hari—détruit le péché et confère le mérite, surtout à Ses bhaktas qui l’écoutent et la récitent.
Verse 3
हरिभक्तिरसास्वादमुदिता ये नरोत्तमाः । नमस्करोम्यहं तेभ्यो यत्सङ्गान्मुक्तिभाग्नरः ॥ ३ ॥
Je me prosterne devant ces meilleurs des hommes qui se réjouissent de goûter le rasa, tel un nectar, de la bhakti envers Hari ; car par leur compagnie, on devient participant de la délivrance (mukti).
Verse 4
हरिभक्तिपरा ये तु हरिनामपरायणाः । दुर्वृत्ता वा सुवृत्ता वा तेभ्यो नित्यं नमो नमः ॥ ४ ॥
Mais ceux qui sont voués à la bhakti de Hari et entièrement établis dans le Nom de Hari—qu’ils aient une conduite mauvaise ou bonne—à eux je rends hommage sans cesse, encore et encore.
Verse 5
संसारसागरं तर्तुं य इच्छेन्मुनिपुङ्गव । स भजेद्धरिभक्तानां भक्तान्वै पापहारिणः ॥ ५ ॥
Ô meilleur des sages ! Celui qui souhaite traverser l’océan du saṃsāra doit honorer et servir les bhaktas de Hari, ces dévots qui, en vérité, ôtent le péché.
Verse 6
दृष्टः स्मृतः पूजितो वा ध्यातः प्रणमितोऽपि वा । समुद्धरति गोविन्दो दुस्तराद्भवसागरात् ॥ ६ ॥
Qu’Il soit seulement vu, rappelé, adoré, médité, ou même salué par une prosternation, Govinda relève et délivre de l’océan du devenir, si difficile à traverser (bhava-sāgara).
Verse 7
स्वपन् भुञ्जन् व्रजंस्तिष्ठन्नतिष्ठंश्च वदंस्तथा । चिन्तयेद्यो हरेर्नाम तस्मै नित्यं नमो नमः ॥ ७ ॥
Qu’il dorme ou qu’il mange, qu’il marche ou demeure debout, qu’il se repose ou qu’il parle—quiconque médite sans cesse le Nom de Hari, à celui-là je me prosterne, encore et encore, à jamais.
Verse 8
अहो भाग्यमहो भाग्यं विष्णुभक्तिरतात्मनाम् । येषां मुक्तिः करस्थैव योगिनामपि दुर्लभा ॥ ८ ॥
Ô bonheur, ô bonheur véritable, pour ceux dont l’être tout entier se réjouit dans la bhakti envers Viṣṇu ! Car la délivrance repose, pour ainsi dire, dans la paume de leur main, bien qu’elle soit difficile à obtenir même pour les yogins.
Verse 9
अत्राप्युदाहरन्तीममितिहासं पुरातनम् । वदतां शृण्वतां चैव सर्वपापप्रणाशनम् ॥ ९ ॥
Ici encore, l’on rapporte cette antique histoire sacrée ; pour ceux qui la récitent comme pour ceux qui l’écoutent, elle anéantit tous les péchés.
Verse 10
आसीत् पुरा महीपालः सोमवंशसमुद्भवः । जयध्वज इति ख्यातो नारायणपरायणः ॥ १० ॥
Il fut jadis un protecteur de la terre, issu de la dynastie lunaire, le Somavaṃśa ; il était renommé sous le nom de Jayadhvaja, entièrement voué à Nārāyaṇa.
Verse 11
विष्णोर्देवालये नित्यं सम्मार्जनपरायणः । दीपदानरतश्चैव सर्वभूतदयापरः ॥ ११ ॥
Toujours voué au nettoyage du temple de Viṣṇu, se réjouissant de l’offrande des lampes et animé de compassion envers tous les êtres—tel est celui qui demeure établi dans la dévotion droite.
Verse 12
स कदाचिन्महीपालो रेवातीरे मनोरमे । विचित्रकुसुमोपेतं कृतवान्विष्णुमन्दिरम् ॥ १२ ॥
Un jour, ce roi fit bâtir un temple du Seigneur Viṣṇu sur la rive charmante de la Revā, l’ornant de fleurs aux mille variétés.
Verse 13
स तत्र नृपशार्दूलः सदा सम्मार्जने रतः । दीपदानपरश्चैव विशेषेण हरिप्रियः ॥ १३ ॥
Là, ce tigre parmi les rois s’appliquait sans cesse à nettoyer le lieu sacré, se vouait à l’offrande des lampes, et, tout particulièrement, devint cher à Hari (Viṣṇu).
Verse 14
हरिनामपरो नित्यं हरिसंसक्तमानसः । हरिप्रणामनिरतो हरिभक्तजनप्रियः ॥ १४ ॥
Toujours voué au Nom de Hari, l’esprit sans cesse absorbé en Hari; assidu à se prosterner devant Hari, et cher à l’assemblée des dévots de Hari.
Verse 15
वीतिहोत्र इति ख्यातो ह्यासीत्तस्य पुरोहितः । जयध्वजस्य चरितं दृष्ट्वा विस्मयमागतः ॥ १५ ॥
Son prêtre de famille était renommé sous le nom de Vītihotra. Voyant les actes de Jayadhvaja, il fut saisi d’émerveillement.
Verse 16
कदाचिदुपविष्टं तं राजानं विष्णुतत्परम् । अपृच्छद्वीतिहोत्रस्तु वेदवेदाङ्गपारगः ॥ १६ ॥
Un jour, tandis que le roi, fermement voué à Viṣṇu, était assis, Vītihotra—maître des Veda et des Vedāṅga—l’interrogea.
Verse 17
वीतिहोत्र उवाच । राजन्परमधर्मज्ञ हरिभक्तिपरायण । विष्णुभक्तिमतां पुंसां श्रेष्ठोऽसि भरतर्षभ ॥ १७ ॥
Vītihotra dit : Ô roi, suprême connaisseur du dharma, entièrement voué à la bhakti envers Hari ; ô taureau parmi les Bharata, tu es le premier des hommes dévoués à Viṣṇu.
Verse 18
सम्मार्जनपरो नित्यं दीपदानरतस्तथा । तन्मे वद महाभाग किं त्वया विदितं फलम् ॥ १८ ॥
Toujours appliqué à nettoyer (le lieu sacré) et pareillement adonné au don des lampes, dis-moi, ô très fortuné : quel fruit as-tu appris de cette pratique ?
Verse 19
संपादनेन वर्त्तीनां तैल संपादनेन च । संयुक्तोऽसि सदा भद्र यद्विष्णोर्गृहमार्जने ॥ १९ ॥
Ô homme de bien, tu es toujours occupé à préparer les mèches et à te procurer l’huile, et à nettoyer la demeure du Seigneur Viṣṇu.
Verse 20
कर्माण्यन्यानि सन्त्येव विष्णोः प्रीतिकराणि च । तथापि किं महाभाग एतयोः सततोद्यतः ॥ २० ॥
Il existe certes d’autres actes qui réjouissent Viṣṇu. Et pourtant, ô très fortuné, pourquoi t’appliques-tu sans cesse à ces deux pratiques seules ?
Verse 21
सर्वात्मना महापुण्यं नरेश विदितं च यत् । तद् ब्रूहि मे गुह्यतमं प्रीतिर्मयि तवास्ति चेत् ॥ २१ ॥
Ô roi, quelle que soit la vérité très méritoire que tu connais de tout ton être, dis-la-moi : révèle-moi cet enseignement le plus secret, si tu as réellement de l’affection pour moi.
Verse 22
पुरोधसैवमुक्तस्तु प्रहसन्स जयध्वजः । विनयावनतो भूत्वा प्रोवाचेदं कृताञ्जलि ॥ २२ ॥
Ainsi interpellé par son prêtre royal, Jayadhvaja sourit ; puis, s’inclinant avec modestie et joignant les paumes en signe de révérence, il prononça ces paroles.
Verse 23
जयध्वज उवाच । शृणुष्व विप्रशार्दूल मयैवाचरितं पुरा । जातिस्मरत्वाज्जानामि श्रोतॄणां विस्मयप्रदम् ॥ २३ ॥
Jayadhvaja dit : «Écoute, ô tigre parmi les brahmanes, ce que j’accomplis jadis. Parce que je possède la mémoire des naissances antérieures, je le sais : cela remplira d’étonnement ceux qui écouteront.»
Verse 24
आसीत्पुरा कृतयुगे ब्रह्मन्स्वारोचिषेऽन्तरे । रैवतो नाम विप्रेन्द्रो वेदवेदाङ्गपारगः ॥ २४ ॥
Ô brahmane, jadis—au Kṛta Yuga, durant le Manvantara de Svārociṣa—vivait un brahmane éminent nommé Raivata, maître des Veda et de tous les Vedāṅga.
Verse 25
अयाज्ययाजकश्चैव सदैव ग्रामयाजकः । पिशुनो निष्ठुरश्चैव ह्यपण्यानां च विक्रयी ॥ २५ ॥
Est pareillement blâmable celui qui célèbre des sacrifices pour des personnes indignes d’en être l’objet, celui qui, par appât du gain, sert sans cesse de prêtre de village, celui qui médît et se montre cruel, et celui qui vend ce qui ne doit pas être vendu.
Verse 26
निषिद्धकर्माचरणात्परित्यक्तः स बन्धुभिः । दरिद्रो दुःखितश्चैव शीर्णाङ्गो व्याधितोऽभवत् ॥ २६ ॥
Pour avoir accompli des actes interdits, il fut délaissé par les siens ; il devint pauvre et accablé de chagrin, et son corps se flétrit, miné par la maladie.
Verse 27
स कदाचिद्धनार्थं तु पृथिव्यां पर्यटन् द्विजः । ममार नर्मदातीरे श्वासकासप्रपीडितः ॥ २७ ॥
Un jour, ce deux-fois-né, errant sur la terre en quête de richesses, mourut sur la rive de la Narmadā, tourmenté par l’essoufflement et la toux.
Verse 28
तस्मिन्मृते तस्य भार्या नाम्ना बन्धुमती मुने । कामचारपरा सा तु परित्यक्ता च बन्धुभिः ॥ २८ ॥
Lorsqu’il fut mort, ô sage, son épouse nommée Bandhumatī se voua à vivre selon son bon plaisir, et fut rejetée par ses propres proches.
Verse 29
तस्यां जातोऽस्मि चण्डालो दण्डकेतुरिति श्रुतः । महापापरतो नित्यं ब्रह्मद्वेषपरायणः ॥ २९ ॥
Dans cette lignée je naquis comme un caṇḍāla, connu sous le nom de Daṇḍaketu. Toujours adonné au grand péché, j’étais sans cesse voué à la haine des brāhmaṇas et de l’ordre sacré.
Verse 30
परदारपरद्र व्यलोलुपो जन्तुहिंसकः । गावश्च विप्रा बहवो निहता मृगपक्षिणः ॥ ३० ॥
Avide de la femme d’autrui et des biens d’autrui, il devient meurtrier des êtres vivants ; bien des vaches et bien des brāhmaṇas sont tués, ainsi que d’innombrables cerfs et oiseaux.
Verse 31
मेरुतुल्यसुवर्णानि बहून्यपहृतानि च । मद्यपानरतो नित्यं बहुशो मार्गरोधकृत् ॥ ३१ ॥
Il a aussi dérobé beaucoup d’or — de l’or aussi massif que le mont Meru — et demeure sans cesse adonné à la boisson ; maintes fois il barre les routes publiques.
Verse 32
पशुपक्षिमृगादीनां जन्तूनामन्तकोपमः । कदाचित्कामसन्तप्तो गन्तुकामो रतिं स्त्रियः ॥ ३२ ॥
Il était tel la Mort elle-même pour les êtres vivants—bétail, oiseaux, cerfs et autres. Pourtant, un jour, brûlé par le désir, il se mit en route, aspirant aux plaisirs charnels avec des femmes.
Verse 33
शून्यं विष्णुगृहं दृष्ट्वा प्रविष्टश्च स्त्रिया सह । निशि रामोपभोगार्थं शयितं तत्र कामिना ॥ ३३ ॥
Voyant le temple de Viṣṇu désert, l’homme en proie à la luxure y entra avec une femme ; et la nuit, voulant jouir des plaisirs charnels, il s’y allongea.
Verse 34
ब्रह्मन्स्ववस्त्रप्रान्तेन कियद्देशः प्रमार्जितः । यावन्त्यः पांशुकणिकास्तत्र सम्मार्जिता द्विज ॥ ३४ ॥
Ô brāhmane, avec le bord de ton propre vêtement, quelle étendue de sol as-tu essuyée ? Et combien de minuscules grains de poussière y ont été balayés, ô deux-fois-né ?
Verse 35
तावज्जन्मकृतं पापं तदैव क्षयमागतम् । प्रदीपः स्थापितस्तत्र सुरतार्थं द्विजोत्तम ॥ ३५ ॥
Tous les péchés amassés depuis la naissance furent détruits à l’instant même, ô le meilleur des deux-fois-nés, lorsqu’une lampe y fut placée pour le culte de la Divinité.
Verse 36
तेनापि मम दुष्कर्म निःशेषं क्षयमागतम् । एवं स्थिते विष्णुगृहे ह्यागताः पुरपालकाः ॥ ३६ ॥
Par cet acte même, mon mauvais karma fut lui aussi entièrement consumé. Tandis que les choses en étaient ainsi dans la demeure de Viṣṇu, les gardes de la cité arrivèrent.
Verse 37
जारोऽयमिति मां तां च हतवन्तः प्रसह्य वै । आवां निहत्य ते सर्वे निवृत्ताः पुररक्षकाः ॥ ३७ ॥
En criant : « C’est un amant adultère ! », les gardes de la cité nous massacrèrent, elle et moi, avec violence. Après nous avoir tués, tous ces protecteurs de la ville se retirèrent.
Verse 38
यदा तदैव सम्प्राप्ता विष्णुदूताश्चतुर्भुजाः । किरीटकुण्डलधरा वनमालाविभूषिताः ॥ ३८ ॥
À cet instant même arrivèrent les messagers de Viṣṇu : quatre bras, couronnes et boucles d’oreilles, parés de guirlandes de fleurs de la forêt.
Verse 39
तैस्तु स्रंपेरितावावां विष्णुदूतैरकल्मषैः । दिव्यं विमानमारुह्य सर्वभोगसमन्वितम् ॥ ३९ ॥
Poussés par ces messagers immaculés de Viṣṇu, nous montâmes tous deux dans un vimāna divin, pourvu de toutes les jouissances célestes.
Verse 40
दिव्यदेहधरौ भूत्वा विष्णुलोकमुपागतौ । तत्र स्थित्वा ब्रह्मकल्पशतं साग्रं द्विजोत्तम ॥ ४० ॥
Ayant revêtu des corps divins, nous atteignîmes tous deux le monde de Viṣṇu. Y demeurant, ô meilleur des deux-fois-nés, nous restâmes un peu plus de cent kalpas de Brahmā.
Verse 41
दिव्यभोगसमायुक्तौ तावत्कालं दिवि स्थितौ । ततश्च भूभिभागेषु देवयोगेषु वै क्रमात् ॥ ४१ ॥
Pourvus de jouissances célestes, nous demeurâmes au ciel durant tout ce temps ; puis, selon l’ordre prescrit, nous passâmes dans les divisions de la terre par les liens (yoga) établis avec les dieux.
Verse 42
तेन पुण्यप्रभावेण यदूनां वंशसंभवः । तेनैव मेऽच्युता संपत्तथा राज्यमकण्टकम् ॥ ४२ ॥
Par la puissance de ce mérite naquit la lignée des Yadus ; et par ce même mérite, ô Acyuta, j’obtins une prospérité infaillible et un royaume sans épines, sans obstacles ni ennemis.
Verse 43
ब्रह्मन्कृत्वोपभोगार्थमेवं श्रेयो ह्यवाप्तवान् । भक्त्या कुर्वन्ति ये सन्तस्तेषां पुण्यं न वेद्म्यहम् ॥ ४३ ॥
Ô brahmane, en agissant ainsi pour le plaisir du monde, on obtient certes une certaine part de bien-être. Mais quant aux justes qui agissent avec bhakti, je n’en connais pas la limite du mérite.
Verse 44
तस्मात्संमार्जने नित्यं दीपदाने च सत्तम । यतिष्ये परया भक्त्या ह्यहं जातिस्मरो यतः ॥ ४४ ॥
C’est pourquoi, ô le meilleur des vertueux, je m’appliquerai sans cesse — avec une bhakti suprême — au nettoyage régulier du lieu sacré et à l’offrande des lampes ; car par ces pratiques je suis devenu celui qui se souvient des naissances passées.
Verse 45
यः पूजयेज्जगन्नाथमेकाकी विगतस्पृहः । सर्वपापविनिर्मुक्तः प्रयाति परमं पदम् ॥ ४५ ॥
Quiconque adore Jagannātha dans la solitude, sans convoitise, est délivré de tous les péchés et parvient au Séjour suprême.
Verse 46
अवशेनापि यत्कर्म कृत्वेमां श्रियमागतः । भक्तिमद्भिः प्रशान्तैश्च किं पुनः सम्यगर्चनात् ॥ ४६ ॥
Si, même en accomplissant un acte sans le vouloir, on obtient cette prospérité, que dire alors du fruit d’une adoration accomplie comme il se doit par des dévots paisibles et pleins de foi ?
Verse 47
इति भूपवचः श्रुत्वा वीतिहोत्रो द्विजोत्तमः । अनन्ततुष्टिमापन्नो हरिपूजापरोऽभवत् ॥ ४७ ॥
Ayant entendu les paroles du roi, Vītihotra—le plus éminent des deux-fois-nés—fut comblé d’une joie sans bornes et se voua au culte de Hari (Vishnou).
Verse 48
तस्माच्छृणुष्व विप्रेन्द्र देवो नारायणोऽव्ययः । ज्ञानतोऽज्ञानतो वापि पूजकानां विमुक्तिदः ॥ ४८ ॥
Ainsi, ô meilleur des brahmanes, écoute : le Seigneur Nārāyaṇa, impérissable, accorde la délivrance à ceux qui L’adorent, qu’ils Le vénèrent avec connaissance ou même sans connaissance.
Verse 49
अनित्या बान्धवाः सर्वे विभवो नैव शाश्वतः । नित्यं सन्निहितो मृत्युः कर्तव्यो धर्मसङ्ग्रहः ॥ ४९ ॥
Tous les proches sont impermanents, et la prospérité n’est point éternelle. La mort demeure toujours proche ; c’est pourquoi il faut, sans relâche, amasser et pratiquer le Dharma.
Verse 50
अज्ञो लोको वृथा गर्वं करिष्यति महोद्धतः । कायः सन्निहितापायो धनादीनां किमुच्यते ॥ ५० ॥
Le monde ignorant, enflé d’orgueil et d’arrogance, se complaît vainement dans la vanité. Quand le corps lui-même est toujours au bord de périr, que dire encore des richesses et du reste ?
Verse 51
जन्मकोटिसहस्रेषु पुण्यं यैः समुपार्जितम् । तेषां भक्तिर्भवेच्छुद्धा देवदेवे जनार्दने ॥ ५१ ॥
Chez ceux qui ont amassé des mérites au cours de milliers de crores de naissances, naît une bhakti pure envers Janārdana, le Dieu des dieux.
Verse 52
सुलभं जाह्नवीस्नानं तथैवातिथिपूजनम् । सुलभाः सर्वयज्ञाश्च विष्णुभक्तिः सुदुर्लभा ॥ ५२ ॥
Il est aisé de se baigner dans la Jāhnavī (Gaṅgā), et d’honorer l’hôte. Même l’accomplissement de tous les sacrifices est accessible; mais la bhakti envers le Seigneur Viṣṇu est d’une rareté extrême.
Verse 53
दुर्लभा तुलसीसेवा दुर्लभः सङ्गमः सताम् । सर्वभूतदया वापि सुलभा यस्य कस्यचित् ॥ ५३ ॥
Le service rendu à Tulasī est rare; rare aussi est la compagnie des vertueux. Mais la compassion envers tous les êtres, pour telle ou telle personne, est relativement aisée à pratiquer.
Verse 54
सत्सङ्गस्तुलसीसेवा हरिभक्तिश्च दुर्लभा ॥ ५४ ॥
Le satsaṅga, le service à Tulasī et la dévotion au Seigneur Hari : tout cela est rare à obtenir.
Verse 55
दुर्लभं प्राप्य मानुष्यं न तथा गमयेद् बुधः । अर्चयेद्धि जगन्नाथं सारमेतद् द्विजोत्तम ॥ ५५ ॥
Ayant obtenu la rare naissance humaine, le sage ne doit pas la laisser s’écouler en vain. Qu’il adore plutôt Jagannātha, le Seigneur de l’univers. Voilà l’essence même, ô meilleur des deux-fois-nés.
Verse 56
तर्त्तुं यदीच्छति जनो दुस्तरं भवसागरम् । हरिभक्तिपरो भूयादेतदेव रसायनम् ॥ ५६ ॥
Si l’on veut traverser l’océan du saṃsāra, si difficile à franchir, qu’on devienne entièrement voué à la bhakti de Hari ; cela seul est le véritable rasāyana, l’élixir suprême.
Verse 57
भ्रातराश्रय गोविन्दं मा विलम्बं कुरु प्रिय । आसन्नमेव नगरं कृतान्तस्य हि दृश्यते ॥ ५७ ॥
Frère, prends refuge en Govinda—ne tarde pas, bien-aimé. Car la cité de Kṛtānta (la Mort) se voit, en vérité, tout proche.
Verse 58
नारायणं जगद्योनिं सर्वकारणकारणम् । समर्चयस्व विप्रेन्द्र यदि मुक्तिमभीप्ससि ॥ ५८ ॥
Ô le meilleur des brahmanes, si tu désires la délivrance, adore Nārāyaṇa—matrice de l’univers, cause de toutes les causes.
Verse 59
सर्वाधारं सर्वयोनिं सर्वान्तर्यामिणं विभुम् । ये प्रपन्ना महात्मानस्ते कृतार्था न संशयः ॥ ५९ ॥
Les grandes âmes qui ont pris refuge en le Seigneur—soutien de tout, source de tout, Régent intérieur demeurant en chacun, Suprême qui pénètre tout—ont vraiment accompli le but de la vie; sans aucun doute.
Verse 60
ते वन्द्यास्ते प्रपूज्याश्च नमस्कार्या विशेषतः । येऽचयन्ति महाविष्णुं प्रणतार्तिप्रणाशनम् ॥ ६० ॥
Ils sont dignes de vénération, d’honneur et d’adoration, et tout particulièrement de salut: ceux qui rendent un culte à Mahāviṣṇu, destructeur des peines de ceux qui se prosternent devant Lui.
Verse 61
ये विष्णुभक्ता निष्कामा यजन्ति परमेश्वरम् । त्रिःसप्तकुलसंयुक्तास्ते यान्ति हरिमन्दिरम् ॥ ६१ ॥
Les dévots de Viṣṇu qui, sans désir égoïste, adorent le Seigneur suprême—avec leurs trois fois sept (vingt et une) générations de famille—parviennent à la demeure de Hari.
Verse 62
विष्णुभक्ताय यो दद्यान्निष्कामाय महात्मने । पानीयं वा फलं वापि स एव भगवत्प्रियः ॥ ६२ ॥
Quiconque offre—ne fût-ce que de l’eau ou un fruit—à une grande âme, dévot de Viṣṇu et sans désir égoïste, celui-là seul est véritablement cher au Bhagavān.
Verse 63
विष्णुभक्तिपराणां तु शुश्रूषां कुर्वते तु ये । ते यान्ति विष्णुभुवनं यावदाभूतसंप्लवम् ॥ ६३ ॥
Mais ceux qui rendent un service dévoué (śuśrūṣā) à ceux qui sont entièrement voués à la bhakti envers Viṣṇu atteignent la demeure de Viṣṇu et y demeurent jusqu’à la dissolution cosmique des éléments.
Verse 64
ये यजन्ति स्पृहाशून्या हरिभक्तान् हरिं तथा । त एव भुवनं सर्वं पुनन्ति स्वाङिघ्रपांशुना ॥ ६४ ॥
Ceux qui, sans convoitise, adorent les dévots de Hari ainsi que Hari lui-même, eux seuls purifient le monde entier par la poussière de leurs propres pieds.
Verse 65
देवपूजापरो यस्य गृहे वसति सर्वदा । तत्रैव सर्वदेवाश्च तिष्ठन्ति श्रीहरिस्तथा ॥ ६५ ॥
Dans la demeure de celui qui est toujours voué au culte de la Divinité, là même résident tous les dieux, et Śrī Hari y demeure aussi.
Verse 66
पूज्यमाना च तुलसी यस्य तिष्ठति वेश्मनि । तत्र सर्वाणि श्रेयांसि वर्द्धन्त्यहरहर्द्विज ॥ ६६ ॥
Ô deux-fois-né, dans la maison où réside Tulasī et où elle est dûment honorée, toutes les bénédictions auspiciennes et les vraies prospérités croissent de jour en jour.
Verse 67
शालग्रामशिलारूपी यत्र तिष्ठति केशवः । न बाधन्ते ग्रहास्तत्र भूतवेतालकादयः ॥ ६७ ॥
Là où Keśava demeure sous la forme de la pierre sacrée Śālagrāma, les influences maléfiques des astres n’y tourmentent point ; ni les esprits, les vetāla et autres êtres semblables n’y peuvent nuire.
Verse 68
शालग्रामशिला यत्र तत्तीर्थं तत्तपोवनम् । यतः सन्निहितस्तत्र भगवान्मधुसूदनः ॥ ६८ ॥
Partout où se trouve la pierre sacrée Śālagrāma, ce lieu est véritablement un tīrtha et un tapovana, car le Bienheureux Seigneur Madhusūdana (Viṣṇu) y demeure en proche présence.
Verse 69
यद् गृहे नास्ति देवर्षे शालग्रामशिलार्चनम् । श्मशानसदृशं विद्यात्तद् गृहं शुभवर्जितम् ॥ ६९ ॥
Ô sage divin, la demeure où l’on ne rend pas de culte à la Śālagrāma-śilā doit être tenue pour semblable à un lieu de crémation ; ce foyer est dépourvu de toute auspiciosité.
Verse 70
पुराणन्यायमीमांसाधर्मशास्राणि च द्विज । साङ्गा वेदास्तथा सर्वे विष्णो रूपं प्रकीर्तितम् ॥ ७० ॥
Ô deux-fois-né, les Purāṇa, le Nyāya, la Mīmāṃsā et les Dharmaśāstra ; de même tous les Veda avec leurs membres auxiliaires, sont proclamés comme des manifestations de Viṣṇu.
Verse 71
भक्त्या कुर्वन्ति ये विष्णोः प्रदक्षिणचतुष्टयम् । तेऽपि यान्ति परं स्थानं सर्वकर्मनिबर्हणम् ॥ ७१ ॥
Ceux qui, avec dévotion, accomplissent quatre pradakṣiṇā autour du Seigneur Viṣṇu, eux aussi atteignent la demeure suprême, qui anéantit tous les résidus du karma.
Verse 72
इति श्रीबृहन्नारदीयपुराणे पूर्वभागे प्रथमपादे विष्णुमाहात्म्यंनामैकोनचत्वारिंशोऽध्यायः ॥ ३९ ॥
Ainsi s’achève le trente-neuvième chapitre, intitulé « La grandeur de Viṣṇu », dans le premier Pāda du Pūrva-bhāga du Śrī Bṛhannāradīya Purāṇa.
They are presented as highly accessible, repeatable acts of Viṣṇu-sevā (vrata-kalpa in miniature) that generate powerful merit even when performed with imperfect understanding. The Jayadhvaja/Daṇḍaketu narrative illustrates ajñāta-sukṛti: incidental participation in mandira-mārjana and establishing a lamp for worship burns accumulated pāpa and becomes the karmic cause for ascent to Viṣṇuloka and later prosperity—thereby validating these practices as direct instruments of mokṣa-dharma.
It explicitly states that the imperishable Nārāyaṇa grants liberation to worshippers whether they worship with understanding or without understanding, emphasizing the Lord’s grace and the intrinsic potency of devotion-oriented acts (nāma, pūjā, service to devotees).
They are affirmed as ‘forms of Viṣṇu,’ a theological move that subsumes technical disciplines under bhakti: learning and hermeneutics are not rejected but reinterpreted as participating in the divine body of knowledge, consistent with the Purāṇa’s encyclopedic self-presentation.