
अलर्कवैराग्य-योगोपदेश (Alarka-vairāgya-yogopadeśa)
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Dans l’Adhyaya 44, Subāhu donne au roi de Kāśī un enseignement sur la royauté selon le dharma : justice, maîtrise des désirs et abandon de l’orgueil. Puis Alarka, voyant l’impermanence des plaisirs et des grandeurs, renonce au trône et s’engage dans le yoga et le vairāgya afin d’obtenir la paix intérieure et la délivrance.
Verse 1
इति श्रीमार्कण्डेयपुराणे अरिष्टकथनं नाम त्रिचत्वारिंशोऽध्यायः । चतुःचत्वारिंशोऽध्यायः । सुबाहुरुवाच— यदर्थं नृपशार्दूल ! त्वामहं शरणं गतः । तन्मया सकलं प्राप्तं यास्यामि त्वं सुखी भव ॥
Ainsi s’achève, dans le Śrī Mārkaṇḍeya Purāṇa, le quarante-troisième chapitre intitulé «Récit concernant Ariṣṭa». Commence maintenant le quarante-quatrième chapitre. Subāhu dit : «Pour ce motif, ô tigre parmi les rois, je suis venu chercher refuge auprès de toi ; ce but tout entier a été atteint par moi. Je m’en vais ; sois heureux.»
Verse 2
काखिराज उवाच— किं निमित्तं भवान् प्राप्तो निष्पन्नोऽर्थश्च कस्तव । सुबाहो ! तन्ममाचक्ष्व परं कौतूहलं हि मे ॥
Kākhirāja dit : «Pour quelle raison es-tu venu, et quel dessein s’est accompli pour toi ? Ô Subāhu, dis-le-moi, car je suis fort curieux.»
Verse 3
समाक्रान्तमलर्केण पितृपैतामहं महत् । राज्यं देहीति निर्जित्य त्वयाहमभिचोदितः ॥
Mon grand royaume ancestral—celui de mon père et de mes aïeux—fut saisi par Alarka. Après que tu l’eus vaincu, tu m’exhortas en disant : «Donne-lui le royaume !»
Verse 4
ततो मया समाक्रम्य राज्यमस्यानुजस्य ते । एतत्ते बलमानितं तद्भुङ्क्ष्वस्वकुलोचितम् ॥
Alors je me suis emparé du royaume de ce cadet qui est ton frère. Je t’ai apporté cette armée/cette puissance ; jouis-en comme il convient à ta propre lignée.
Verse 5
सुबाहुरुवाच काशिराज ! निबोध त्वं यदर्थमयमुद्यमः । कृतो मया भवान्श्चैव कारितोऽत्यन्तमुद्यमम् ॥
Subāhu dit : «Ô roi de Kāśī, comprends dans quel dessein j’ai entrepris cet effort—et pourquoi je t’ai aussi pressé jusqu’à l’extrême application.»
Verse 6
भ्राता ममायं ग्राम्येषु सक्तो भोगेषु तत्त्ववित् । विमूढौ बोधवन्तौ च भ्रातरावग्रजौ मम ॥
«Ce frère à moi s’attache aux plaisirs rustiques/du monde, bien qu’il soit connaisseur de la vérité. Mes deux frères aînés sont tout ensemble abusés par l’illusion—et pourtant doués d’intelligence.»
Verse 7
तयोर्मम च यन्मात्रा बाल्ये स्तन्यं यथा मुखे । तथावबोधो विन्यस्तः कर्णयोरवनिपते ॥
«De même que notre mère mit le lait dans nos bouches durant l’enfance, de même aussi, ô seigneur de la terre, mit-elle l’intelligence dans nos oreilles.»
Verse 8
तयोर्मम च विज्ञेयाः पदार्था ये मता नृभिः । प्राकाश्यं मनसो नीतास्ते मात्रा नास्य पार्थिव ॥
«Quels que soient les “objets/sens” que les hommes tiennent pour dignes d’être connus, ceux-là, ô roi, notre mère les porta à la lumière de notre esprit.»
Verse 9
यथैकमर्थे यातानामेकस्मिन्नवसीदति । दुःखं भवति साधूनां ततास्माकं महीपते ॥
«De même, pour ceux qui se sont mis en route vers un but unique, lorsque l’un chancelle, cela devient une peine pour les gens de bien—ainsi en est-il pour nous, ô roi.»
Verse 10
गार्हस्थ्यमोहमापन्ने सीदत्यस्मिन्नरेश्वर । सम्बन्धिन्यस्य देहस्य बिभ्रति भ्रातृकल्पनाम् ॥
Lorsque celui-ci tombe dans l’illusion de la vie de maître de maison, ô seigneur des hommes, il s’enfonce—s’imaginant « fraternité » et liens de parenté à l’égard de ce corps et de ses attaches.
Verse 11
ततो मया विनिश्चित्य दुःखाद्वैराग्यभावना । भविष्यतीत्यस्य भवानित्युद्योगाय संश्रितः ॥
Ainsi, ayant conclu que de la peine naîtrait pour lui la culture du détachement (vairāgya), je me suis réfugié en toi (comme allié) pour cette entreprise.
Verse 12
तदस्य दुःखाद्वैराग्यं सम्बोधादवनिपते । समुद्भूतं कृतं कार्यं भद्रं तेऽस्तु व्रजाम्यहम् ॥
Ainsi, de la peine—et de l’éveil—le détachement a surgi en lui, ô roi. La tâche est accomplie. Que le bien soit tien ; je m’en vais.
Verse 13
उष्ट्वा मदालसागर्भे पीत्वा सत्सास्तथा स्तनम् । नान्यनारीसुतैर्यातं वर्त्म यात्विति पार्थिव ॥
Ô roi—né du sein de Madālasā et ayant bu à sa poitrine (ainsi que l’enseignement des gens de bien)—avance sur une voie que les fils d’autres femmes n’ont pas parcourue.
Verse 14
विचार्य तन्मया सर्वं युष्मत्संश्रयपूर्वकम् । कृतं तच्चापि निष्पन्नं प्रयास्ये सिद्धये पुनः ॥
Ayant considéré tout cela, et m’appuyant d’abord sur toi, j’ai agi—et cela a été accompli. À présent, je m’efforcerai de nouveau d’atteindre la siddhi (accomplissement).
Verse 15
उपेक्ष्यते सीदमाणः स्वजनो बान्धवः सुहृत् । यैर्नरेन्द्र ! न तान् मन्ये सेन्द्रिया विकला हि ते ॥
«Ceux qui négligent les leurs—parents et amis—lorsqu’ils sombrent dans la détresse, ô roi, je ne les tiens pas pour véritablement humains; car leurs sens et leur discernement moral sont altérés.»
Verse 16
सुहृदि स्वजने बन्धौ समर्थे योऽवसीदति । धर्मार्थकाममोक्षेभ्यो वाच्या स्ते तत्र न त्वसौ ॥
«Celui qui manque à son devoir envers un ami capable, envers les siens ou envers un parent n’est pas apte à recevoir l’enseignement, fût-ce sur le dharma, l’artha, le kāma et le mokṣa; un tel enseignement ne doit être dit qu’au digne, non à lui.»
Verse 17
एतत् त्वत्सङ्गमाद् भू प ! मया कार्यं महत् कृतम् । स्वस्ति तेऽस्तु गमिष्यामि ज्ञानभाग्भव सत्तम ॥
«Par ma fréquentation de toi, ô roi, j’ai accompli un grand dessein. Que l’auspice soit tien; je m’en vais. Ô meilleur des hommes, deviens participant de la connaissance véritable.»
Verse 18
काशिराज उवाच उपकारस्त्वया साधोः अलर्कस्य कृतो महान् । ममोपकाराय कथं न करोṣi स्वमानसम् ॥
«Le roi de Kāśī dit : Tu as rendu une grande aide au saint Alarka. Pourquoi ne tournes-tu pas de même ton esprit vers l’aide à mon égard ?»
Verse 19
फलदायी सतां सद्भिः सङ्गमो नाफलो यतः । तस्मात् तवत्संश्रयाद् युक्ता मया प्राप्ता समुन्नतिः ॥
«La fréquentation des vertueux porte du fruit; elle n’est jamais sans fruit. Ainsi, en prenant refuge en toi de manière juste, j’ai obtenu un accroissement.»
Verse 20
सुबाहुरुवाच धर्मार्थकाममोक्षाख्यं पुरुषार्थचतुष्टयम् । तत्र धर्मार्थकामास्ते सकला हीयतेऽपरः ॥
Subāhu dit : Les quatre buts de l’homme sont appelés dharma, artha, kāma et mokṣa. Parmi eux, lorsque dharma, artha et kāma se trouvent tous amoindris, celui qui demeure (mokṣa) est à rechercher.
Verse 21
तत्ते संक्षेपतो वक्ष्ये तदिहैकमनाः शृणु । श्रुत्वा च सम्यगालोच्य यतेथाः श्रेयसे नृप ॥
Je te l’exposerai brièvement ; écoute ici d’un esprit unifié. Après avoir entendu et dûment réfléchi, efforce-toi pour ton bien suprême, ô roi.
Verse 22
ममेति प्रत्ययो भू प ! न कार्योऽहमिति त्वया । सम्यगालोच्य धर्मो हि धर्माभावे निराश्रयः ॥
Ô roi, ne cultive pas la notion de « mien », ni la notion égocentrée de « moi ». Considère avec justesse : le dharma, en l’absence de dharma (c’est-à-dire sans son fondement), devient sans appui.
Verse 23
कस्याहमिति संज्ञेयमित्यालोच्य त्वयात्मना । बाह्यान्तर्गतं आलॊच्य आलॊच्यापररात्रिषु ॥
Réfléchis en toi-même : « De qui (ou de quoi) faut-il comprendre ce “moi” ? ». En examinant l’extérieur et l’intérieur, réfléchis encore et encore, nuit après nuit.
Verse 24
अव्यक्तादिविशेषान्तम् अविकारम् अचेतनम् । व्यक्ताव्यक्तं त्वया ज्ञेयं ज्ञाता कश्चाहमित्युत ॥
Depuis l’inmanifesté jusqu’aux particularités manifestées—tout ce qui est immuable et insensible—tu dois comprendre cet ensemble du manifesté et de l’inmanifesté ; et alors (tu sauras) qui je suis vraiment, moi, le connaissant.
Verse 25
एतस्मिन्नेव विज्ञानॆ विज्ञान्तमखिलं त्वया । अनात्मन्यात्मविज्ञानमखे खमिति मूढता ॥
Par cette connaissance même, tout a été connu de toi. Mais vouloir connaître le Soi (Ātman) dans ce qui n’est pas le Soi (anātman)—comme chercher le ciel dans un espace vide—n’est que pure illusion.
Verse 26
सोऽहं सर्वगतो भूप ! लोकसंव्यवहारतः । मयेदमुच्यते सर्वं त्वया पृष्टो व्रजाम्यहम् ॥
«Je suis Cela», ô roi, moi qui pénètre tout ; toutefois, selon la convention du monde, je parle ainsi. Puisque tu m’as interrogé, je me retire à présent.
Verse 27
एवमुक्त्वा ययौ धीमान् ! सुबाहुः काशिभूमिपम् । काशिराजोऽपि संपूज्य सोऽलर्कं स्वपुरं ययौ ॥
Après avoir ainsi parlé, le sage Subāhu se retira d’auprès du souverain de Kāśī. Et le roi de Kāśī, l’ayant honoré comme il se doit, cet Alarka aussi regagna sa propre cité.
Verse 28
अलर्कोऽपि सुतं ज्येष्ठमभिषिच्य नराधिपम् । वनं जगाम सन्त्यक्तसर्वसङ्गः स्वसिद्धये ॥
Alarka aussi, après avoir consacré son fils aîné comme roi, se rendit dans la forêt, abandonnant tout attachement, pour son propre accomplissement spirituel.
Verse 29
ततः कालेन महता निर्द्वन्द्वो निष्परिग्रहः । प्राप्य योगर्धिमतुलां परं निर्वाणमाप्तवान् ॥
Puis, après un long temps, libre des paires d’opposés et sans possessions, ayant obtenu une réalisation yogique incomparable, il atteignit le nirvāṇa suprême.
Verse 30
पश्यन् जगदिदं सर्वं सदेवासुरमानुषम् । पाशैर्गुणमयैर्बद्धं बध्यमानञ्च नित्यशः ॥
Il vit le monde entier—dieux, asura et humains—lié par des lacets faits des guṇa, et de nouveau lié sans cesse, encore et encore, à perpétuité.
Verse 31
पुत्रादिभ्रातृपुत्रादि-स्वपारक्यादिभावितैः । आकृष्यमाणं करणैर्दुःखार्तं भिन्नदर्शनम् ॥
(Il vit le monde) traîné par les facultés des sens, conditionné par des notions telles que « fils », « fils du frère », « à soi » et « à autrui » ; accablé de peine, la vision morcelée.
Verse 32
अज्ञानपङ्कगर्भस्थमनुद्धारं महामतिः । आत्मानञ्च समुत्तीर्णं गाथामेतामगायत ॥
Le magnanime, voyant les êtres enfoncés dans la fange—le sein de l’ignorance—sans être secourus, et se voyant lui-même déjà passé sur l’autre rive, chanta cette gāthā :
Verse 33
अहो कष्टं यदस्माभैः पूर्वं राज्यमनुष्ठितम् । इति पश्चान्मया ज्ञातं योगान्नास्ति परं सुखम् ॥
«Hélas, quelle affliction que d’avoir jadis exercé la royauté !» Ainsi compris-je plus tard : il n’est pas de bonheur plus élevé que le yoga.
Verse 34
जड उवाच तातैनं त्वं समातिष्ठ मुक्तये योगमुत्तमम् । प्राप्स्यसे येन तद् ब्रह्म यत्र गत्वा न शोचसि ॥
Jaḍa dit : Bien-aimé, entreprends ce yoga suprême en vue de la délivrance. Par lui tu atteindras Brahman ; l’ayant atteint, tu ne t’affligeras plus.
Verse 35
ततोऽहमपि यास्यामि किं यज्ञैः किं जपेन मे । कृतकृत्यस्य करणं ब्रह्मभावाय कल्पते ॥
«Ainsi, moi aussi je partirai sur la voie du saṃnyāsa (renoncement). De quels sacrifices ai-je besoin, de quelles récitations murmurées (japa) ai-je besoin ? Pour celui qui a accompli ce qui devait l’être, tout “agir” supplémentaire ne sert qu’à s’établir dans la nature de Brahman.»
Verse 36
त्वत्तोऽनुज्ञामवाप्याहं निर्द्वन्द्वो निष्परिग्रहः । प्रयतिष्ये तथा मुक्तौ यथा यास्यामि निर्वृतिम् ॥
«Ayant obtenu ta permission, moi—libre des paires d’opposés et sans possessions—je m’efforcerai vers la délivrance (mokṣa) de telle sorte que j’atteigne la paix ultime, semblable à la quiétude du nirvāṇa.»
Verse 37
पक्षिण ऊचुः एवमुक्त्वा स पितरं प्राप्यानुज्ञां ततश्च सः । ब्रह्मन् ! जगाम मेधावी परित्यक्तपरिग्रहः ॥
Les oiseaux dirent : «Ayant parlé ainsi et ayant obtenu la permission de son père, ce sage partit, ô brahmane, après avoir abandonné ses possessions.»
Verse 38
सोऽपि तस्य पिता तद्वत् क्रमेण सुमहामतिः । वानप्रस्थं समास्थाय चतुर्थाश्रममभ्यगात् ॥
«Son père aussi, de même et selon l’ordre prescrit—homme de grande intelligence—entra dans l’état de vānaprastha (demeurant en forêt), puis atteignit le quatrième āśrama (saṃnyāsa, vie de renonçant).»
Verse 39
तत्रात्मजं समासाद्य हित्वा बन्धं गुणादिकम् । प्राप सिद्धिं परां प्राज्ञस्तत्कालोपात्तसंमतिः ॥
«Là, ayant rencontré son fils et ayant abandonné les liens qui commencent avec les guṇas, ce sage atteignit l’accomplissement suprême, sa conviction s’étant éveillée au moment opportun.»
Verse 40
एतत्ते कथितं ब्रह्मन् ! यत्पृष्टा भवता वयम् । सुविस्तरं यथावच्च किमन्यच्छ्रोतुमिच्छसि ॥
Ô brahmane, ce que tu nous as demandé t’a été exposé pleinement et avec justesse. Que désires-tu entendre encore ?
The chapter centers on how suffering arises from misidentification with body, kinship, and possessive notions (‘I’/‘mine’), and it proposes ātma-vicāra (self-inquiry) and vairāgya as the corrective path culminating in yoga-based liberation.
This Adhyaya is not structured as a Manvantara chronicle; it functions within the Alarka exemplum, emphasizing ethical kingship, engineered disillusionment, renunciation, and yogic soteriology rather than Manu-lineages or cosmic time cycles.
Adhyaya 44 lies outside the Devi Mahatmyam section (traditionally Adhyayas 81–93). Its contribution is instead a liberation-oriented teaching: the superiority of yoga and self-knowledge over ritual action, illustrated through Alarka’s abdication and nirvāṇa.