Adhyaya 33
Purva BhagaAdhyaya 3324 Verses

Adhyaya 33

Adhyaya 33: Pashupata Conduct, Bhasma-Vrata, and Shiva’s Boon to the Sages

Nandī raconte que Mahēśvara, satisfait après avoir entendu l’hymne des sages, proclame le mérite de réciter, d’écouter et d’enseigner ce stava, accordant aux dignes une réalisation comparable à celle des gaṇapatyas. Śiva expose ensuite une doctrine de la création fondée sur les deux principes associés, strīliṅga (prakṛti) et puṁliṅga (puruṣa), tous deux issus de son propre Être, établissant ainsi une métaphysique śaiva non duelle sous le symbolisme du genre. Il donne des injonctions éthiques : ne pas se moquer ni outrager le digvāsas/ascète qui peut paraître enfantin ou fou, mais qui est dévot à Śiva et profère le brahman. Il loue les brāhmaṇas disciplinés et méditatifs portant la bhasma, maîtrisant parole, mental et corps, adorant Mahādeva, atteignant Rudra-loka et ne revenant plus. Les savants ne doivent ni transgresser ni insulter les bhasma-vratins et les ascètes munda ; les honorer revient à honorer Śaṅkara, les condamner revient à condamner Mahādeva. Les sages, délivrés de la peur et de l’illusion, accomplissent l’abhiṣeka avec des eaux pures, du kuśa et des fleurs, chantent des mantras secrets et des huṁkāras, et louent aussi Ardhanārīśvara. Śiva, ravi, les invite à demander une grâce ; les ṛṣis interrogent alors le sens du bain de bhasma, de la nudité, de la « gauche » (vāmatva), de l’inversion (pratilomatā), et de ce qu’il faut servir ou éviter, annonçant l’enseignement suivant.

Shlokas

Verse 1

इति श्रीलिङ्गमहापुराणे पूर्वभागे द्वात्रिंशो ऽध्यायः नन्द्युवाच ततस्तुतोष भगवान् अनुगृह्य महेश्वरः स्तुतिं श्रुत्वा स्तुतस्तेषाम् इदं वचनमब्रवीत्

Ainsi s’achève le trente-deuxième chapitre du Śrī Liṅga Mahāpurāṇa (Pūrva-bhāga). Nandī dit : Alors Bhagavān Maheśvara, plein de grâce envers Ses dévots, fut satisfait. Ayant entendu leur hymne et étant loué par eux, le Seigneur prononça ces paroles—accordant Sa faveur aux paśu (âmes liées) par Sa seigneurie en tant que Pati.

Verse 2

यः पठेच्छृणुयाद्वापि युष्माभिः कीर्तितं स्तवम् श्रावयेद्वा द्विजान्विप्रो गाणपत्यमवाप्नुयात्

Quiconque récite, ou même écoute, cet hymne que vous avez célébré—et le brāhmane savant qui, de plus, le fait entendre aux deux-fois-nés—obtient l’état de gaṇapatya, c’est-à-dire la grâce et la seigneurie associées à Gaṇapati, fruit d’une bhakti conforme à l’ordre divin de Śiva.

Verse 3

वक्ष्यामि वो हितं पुण्यं भक्तानां मुनिपुङ्गवाः अद्वन्तगेस् ओफ़् थे पाशुपत बेहविओउर् स्त्रीलिङ्गमखिलं देवी प्रकृतिर्मम देहजा

Ô meilleurs des sages, je vous dirai ce qui est propice et salutaire pour les dévots. La Déesse—Prakṛti, née de Mon propre corps—constitue entièrement le principe féminin (strī-liṅga).

Verse 4

पुंल्लिङ्गं पुरुषो विप्रा मम देहसमुद्भवः उभाभ्यामेव वै सृष्टिर् मम विप्रा न संशयः

Ô sages brāhmanes, le principe masculin (puṃ-liṅga)—le Puruṣa—est né de Mon propre corps. De l’un et l’autre (masculin et féminin) procède la création, mais d’Elle vient de Moi seul, ô sages; il n’y a là aucun doute.

Verse 5

न निन्देद्यतिनं तस्माद् दिग्वाससमनुत्तमम् बालोन्मत्तविचेष्टं तु मत्परं ब्रह्मवादिनम्

Ainsi, nul ne doit dénigrer un renonçant (yati), le plus éminent parmi ceux qui sont vêtus des directions (digvāsa). Même s’il se comporte comme un enfant ou comme un insensé, il est tout entier voué à Moi et proclame le Brahman. Tel est le sage tourné vers le Pati, ayant dépassé le pāśa qui enchaîne le paśu (l’âme individuelle).

Verse 6

ये हि मां भस्मनिरता भस्मना दग्धकिल्बिषाः यथोक्तकारिणो दान्ता विप्रा ध्यानपरायणाः

Ces voyants brāhmanes qui Me sont dévoués par la cendre sacrée (bhasma)—dont les fautes sont consumées par cette cendre—qui agissent exactement selon l’injonction, se maîtrisent et se vouent à la méditation: ceux-là sont véritablement accordés à Moi, le Pati (Seigneur) qui délivre le paśu (l’âme) de ses liens, le pāśa.

Verse 7

महादेवपरा नित्यं चरन्तो ह्यूर्ध्वरेतसः अर्चयन्ति महादेवं वाङ्मनःकायसंयताः

Toujours voués à Mahādeva, menant une discipline constante comme ceux qui préservent et transmutent leur énergie vitale, ils adorent Mahādeva par la parole, le mental et le corps, entièrement maîtrisés.

Verse 8

रुद्रलोकमनुप्राप्य न निवर्तन्ति ते पुनः तस्मादेतद्व्रतं दिव्यम् अव्यक्तं व्यक्तलिङ्गिनः

Ayant atteint le monde de Rudra, ils ne reviennent plus. Ainsi ce vœu divin—subtil en son essence, et pourtant manifesté par le Liṅga—appartient au Seigneur qui porte le signe révélé, et il accorde au paśu, l’âme liée, la délivrance du retour.

Verse 9

भस्मव्रताश् च मुण्डाश् च व्रतिनो विश्वरूपिणः न तान्परिवदेद्विद्वान् न चैतान्नाभिलङ्घयेत्

Ceux qui observent le vœu des cendres (bhasma-vrata), ceux qui sont au crâne rasé, et les ascètes voués qui portent les marques universelles de Śiva — le sage ne doit ni les dénigrer ni les outrager ou les bafouer.

Verse 10

न हसेन्नाप्रियं ब्रूयाद् अमुत्रेह हितार्थवान् यस्तान्निन्दति मूढात्मा महादेवं स निन्दति

Pour le vrai bien en ce monde et dans l’autre, qu’on ne se moque pas et qu’on ne profère pas de paroles dures. L’âme égarée qui blâme les dévots et les observances śaiva blâme Mahādeva lui-même, car Pati, le Seigneur Śiva, est présent là où ses bhaktas et son dharma sont honorés.

Verse 11

यस् त्वेतान् पूजयेन् नित्यं स पूजयति शङ्करम् एवमेष महादेवो लोकानां हितकाम्यया

Mais quiconque les honore sans cesse, honore véritablement Śaṅkara. Ainsi Mahādeva, désirant le bien des mondes, fait connaître ce principe : par le culte juste, le paśu, l’âme liée, parvient à Pati, le Seigneur.

Verse 12

युगे युगे महायोगी क्रीडते भस्मगुण्ठितः एवं चरत भद्रं वस् ततः सिद्धिमवाप्स्यथ

À chaque âge, le Grand Yogin (Śiva) se meut dans sa līlā, le corps couvert de cendre sacrée. Vivez et pratiquez ainsi—que l’auspice soit vôtre—et alors vous obtiendrez le siddhi (accomplissement spirituel).

Verse 13

अतुलमिह महाभयप्रणाशहेतुं शिवकथितं परमं पदं विदित्वा व्यपगतभवलोभमोहचित्ताः प्रणिपतिताः सहसा शिरोभिर् उग्रम्

Ici, ayant compris l’État Suprême incomparable enseigné par Śiva—cause même de la destruction de la grande peur—leurs esprits, délivrés du devenir mondain, de l’avidité et de l’illusion, se prosternèrent aussitôt, la tête inclinée en révérence devant le Seigneur redoutable.

Verse 14

ततः प्रमुदिता विप्राः श्रुत्वैवं कथितं तदा गन्धोदकैः सुशुद्धैश् च कुशपुष्पविमिश्रितैः

Alors les sages brahmanes, réjouis d’avoir entendu ainsi l’enseignement, s’employèrent aussitôt à préparer une eau parfumée d’une pureté parfaite, mêlée d’herbe kuśa et de fleurs, comme offrande sanctifiante pour l’adoration de Śiva.

Verse 15

स्नापयन्ति महाकुम्भैर् अद्भिर् एव महेश्वरम् गायन्ति विविधैर्गुह्यैर् हुंकारैश्चापि सुस्वरैः

Ils baignent Maheśvara avec l’eau versée de grandes jarres rituelles, et ils chantent divers hymnes secrets, proférant aussi des invocations huṃ-kāra d’une voix juste et sonore.

Verse 16

नमो देवाधिदेवाय महादेवाय वै नमः अर्धनारीशरीराय सांख्ययोगप्रवर्तिने

Hommage au Dieu au-delà de tous les dieux—oui, hommage à Mahādeva. Hommage à Celui dont le corps est moitié Femme (Ardhanārīśvara), révélateur et fondateur du Sāṃkhya et du Yoga : la connaissance discriminante et la discipline libératrice qui mènent le paśu (l’âme liée) vers le Pati (le Seigneur).

Verse 17

मेघवाहनकृष्णाय गजचर्मनिवासिने कृष्णाजिनोत्तरीयाय व्यालयज्ञोपवीतिने

Hommage au Seigneur à la sombre couleur, monté sur le nuage; revêtu d’une peau d’éléphant; portant en vêtement supérieur la peau de l’antilope noire; et ceint du cordon sacré tissé de serpents.

Verse 18

सुरचितसुविचित्रकुण्डलाय सुरचितमाल्यविभूषणाय तुभ्यम् मृगपतिवरचर्मवाससे च प्रथितयशसे नमो ऽस्तु शङ्कराय

Hommage à Śaṅkara : à Toi, paré de boucles d’oreilles merveilleuses, finement façonnées; embelli de guirlandes et d’ornements harmonieusement disposés; à Toi qui portes la noble peau du seigneur des bêtes; et dont la gloire est renommée en tous lieux. Que mon salut Te soit offert.

Verse 19

ततस् तान् स मुनीन् प्रीतः प्रत्युवाच महेश्वरः प्रीतो ऽस्मि तपसा युष्मान् वरं वृणुत सुव्रताः

Alors Maheśvara, le Grand Dieu, comblé de joie, répondit à ces sages : « Par votre tapas, je suis satisfait de vous. Ô vous aux vœux excellents, choisissez une grâce. »

Verse 20

ततस्ते मुनयः सर्वे प्रणिपत्य महेश्वरम् भृग्वङ्गिरा वसिष्ठश् च विश्वामित्रस्तथैव च

Alors tous ces sages se prosternèrent devant Maheśvara — Bhr̥gu, Aṅgirā, Vasiṣṭha, et de même Viśvāmitra — reconnaissant le Pati suprême, qui délivre les paśu des liens du pāśa.

Verse 21

गौतमो ऽत्रिः सुकेशश् च पुलस्त्यः पुलहः क्रतुः मरीचिः कश्यपः कण्वः संवर्तश् च महातपाः

Gautama, Atri et Sukeśa; Pulastya, Pulaha et Kratu; Marīci, Kaśyapa, Kaṇva et Saṃvarta : tels sont les grands ascètes, puissants en tapas.

Verse 22

ते प्रणम्य महादेवम् इदं वचनमब्रुवन् भस्मस्नानं च नग्नत्वं वामत्वं प्रतिलोमता

S’étant prosternés devant Mahādeva, ils prononcèrent ces paroles : «Le bain avec la cendre sacrée (bhasma), la nudité, la conduite “de gauche” à rebours des usages, et l’inversion de l’ordre ordinaire—sont-ce là les disciplines à observer ?»

Verse 23

सेव्यासेव्यत्वमेवं च ह्य् एतदिच्छाम वेदितुम् ततस्तेषां वचः श्रुत्वा भगवान्परमेश्वरः

«Nous désirons connaître précisément cette distinction : ce qui est digne d’être servi (et adoré) et ce qui ne l’est pas.» Alors, ayant entendu leurs paroles, Bhagavān Parameśvara, le Seigneur suprême Śiva, s’apprêta à répondre.

Verse 24

सस्मितं प्राह सम्प्रेक्ष्य सर्वान्मुनिवरांस्तदा

Alors, après avoir posé son regard sur tous ces sages éminents, il parla avec un doux sourire—signe d’un enseignement gracieux du Seigneur (Pati) envers les âmes liées (paśu) qui aspirent à se délivrer du lien (pāśa).

Frequently Asked Questions

It presents bhasma as a vow-marker of Śaiva purity and discipline: those devoted to bhasma, self-controlled, and meditative—worshiping Mahādeva with restraint—attain Rudra-loka and are described as not returning again, indicating a liberation-oriented fruition.

Because an ascetic may appear childish or mad yet be wholly devoted to Śiva and established in brahma-vāda; condemning such votaries is equated with condemning Mahādeva, while honoring them is treated as direct worship of Śaṅkara.

The sages explicitly salute Śiva as ‘ardhanārīśarīra’ and as the propounder of sāṁkhya and yoga, integrating metaphysics (prakṛti–puruṣa) with devotional stuti and ritual abhiṣeka.