Adhyaya 106
Purva BhagaAdhyaya 10628 Verses

Adhyaya 106

विनायकोत्पत्तिः / ताण्डव-प्रसङ्गः (दारुक-वधः, काली-उत्पत्तिः, क्षेत्रपालोत्पत्तिः)

Les rishis demandent la cause du début de la danse de Śambhu (Śiva) et souhaitent entendre l’épisode lié au frère aîné de Skanda. Sūta décrit l’asura Dāruka : par son tapas il a acquis une grande puissance et tourmente les devas et les brahmanes. Brahmā et les dieux se réfugient auprès d’Umāpati et implorent la mise à mort de Dāruka. Śiva prie Girijā ; la Devī pénètre le corps du Seigneur et devient une śakti redoutable. Du troisième œil, Śiva fait naître Kālī (Kālakāṇṭhī) ; elle tue Dāruka, mais le feu de sa colère bouleverse le monde. Alors Śiva apparaît au śmaśāna sous la forme d’un enfant en pleurs ; la Déesse l’allaite et apaise sa fureur. L’enfant devient Kṣetrapāla, gardien du lieu sacré, et les huit formes (Aṣṭamūrti) sont indiquées. Enfin, au crépuscule, Mahādeva exécute le Tāṇḍava avec les troupes de pretas ; la Devī boit l’« amṛta de la danse » et s’en trouve réjouie. Les devas se prosternent devant Kālī et Pārvatī ; ce récit prépare l’explication suivante sur Vināyaka et la lignée des divinités protectrices.

Shlokas

Verse 1

इति श्रीलिङ्गमहापुराणे पूर्वभागे विनायकोत्पत्तिर्नाम पञ्चाधिकशततमो ऽध्यायः ऋषय ऊचुः नृत्यारम्भः कथं शंभोः किमर्थं वा यथातथम् वक्तुमर्हसि चास्माकं श्रुतः स्कन्दाग्रजोद्भवः

Ainsi, dans le Śrī Liṅga Mahāpurāṇa, dans la section Pūrvabhāga, commence le cent-sixième chapitre intitulé « L’Origine de Vināyaka ». Les sages dirent : « Ô Śambhu (Śiva), comment as-Tu commencé Ta danse, et dans quel dessein ? Dis-le-nous exactement tel que cela advint. Nous avons entendu parler de la manifestation de l’aîné né de Skanda (Vināyaka) ; aussi, explique-le-nous. »

Verse 2

सूत उवाच दारुको ऽसुरसम्भूतस् तपसा लब्धविक्रमः सूदयामास कालाग्निर् इव देवान्द्विजोत्तमान्

Sūta dit : Dāruka, né des asuras et rendu puissant par l’austérité (tapas), se mit à tourmenter et à détruire les devas et les plus éminents des deux-fois-nés, tel le feu de Kālâgni à la fin d’un âge. Quand le dharma est ainsi opprimé, les paśu (âmes liées) s’enfoncent davantage dans le pāśa (lien d’asservissement) jusqu’à chercher refuge auprès du Pati, le Seigneur : Śiva.

Verse 3

दारुकेण तदा देवास् ताडिताः पीडिता भृशम् ब्रह्माणं च तथेशानं कुमारं विष्णुमेव च

Alors, frappés et cruellement tourmentés par Dāruka, les devas, dans leur détresse, s’approchèrent de Brahmā, d’Īśāna (le Seigneur), de Kumāra (Skanda) et aussi de Viṣṇu.

Verse 4

यममिन्द्रमनुप्राप्य स्त्रीवध्य इति चासुरः स्त्रीरूपधारिभिः स्तुत्यैर् ब्रह्माद्यैर्युधि संस्थितैः

Parvenus auprès de Yama et d’Indra, cet asura fut déclaré « celui qui doit être mis à mort ». Sur le champ de bataille, Brahmā et les autres dieux se tenaient là, offrant des hymnes, après avoir pris des formes féminines.

Verse 5

बाधितास्तेन ते सर्वे ब्रह्माणं प्राप्य वै द्विजाः विज्ञाप्य तस्मै तत्सर्वं तेन सार्धमुमापतिम्

Affligés par lui, tous ces deux-fois-nés s’approchèrent de Brahmā et lui exposèrent tout en détail, ainsi que le récit concernant Umāpati (Śiva), le Seigneur uni à Umā.

Verse 6

सम्प्राप्य तुष्टुवुः सर्वे पितामहपुरोगमाः ब्रह्मा प्राप्य च देवेशं प्रणम्य बहुधा नतः

Parvenus jusqu’à Lui, tous—conduits par Pitāmaha (Brahmā)—louèrent le Seigneur des dieux; et Brahmā, s’approchant de Deva-īśa, se prosterna maintes fois avec une vénération profonde.

Verse 7

दारुणो भगवान्दारुः पूर्वं तेन विनिर्जिताः निहत्य दारुकं दैत्यं स्त्रीवध्यं त्रातुमर्हसि

Ô Bhagavān, Seigneur farouche nommé « Dāru », jadis nous fûmes vaincus par lui. Après avoir abattu le daitya Dāruka, daigne protéger ces femmes vouées au massacre.

Verse 8

विज्ञप्तिं ब्रह्मणः श्रुत्वा भगवान् भगनेत्रहा देवीमुवाच देवेशो गिरिजां प्रहसन्निव

Ayant entendu la supplique de Brahmā, le Seigneur Bienheureux—Bhaganetraghna, destructeur de l’œil de Bhaga, Maître des dieux—s’adressa à la Déesse Girijā comme avec un doux sourire.

Verse 9

भवतीं प्रार्थयाम्यद्य हिताय जगतां शुभे वधार्थं दारुकस्यास्य स्त्रीवध्यस्य वरानने

Ô Bienheureuse, pour le salut des mondes je t’en prie aujourd’hui—ô Dame au visage gracieux—accomplis la mise à mort de ce Dāruka, voué à périr par la main d’une femme.

Verse 10

अथ सा तस्य वचनं निशम्य जगतो ऽरणिः विवेश देहे देवस्य देवेशी जन्मतत्परा

Alors elle—Deveśī, la Souveraine divine, tel l’araṇi (bois d’embrasement) des mondes—ayant entendu sa parole, entra dans le corps du Dieu, tout entière vouée à la manifestation de la naissance à venir.

Verse 11

एकेनांशेन देवेशं प्रविष्टा देवसत्तमम् न विवेद तदा ब्रह्मा देवाश्चेन्द्रपुरोगमाः

N’entrant dans le Seigneur des Devas que par une infime parcelle de Sa puissance, ils ne purent nullement Le comprendre : ni Brahmā, ni les Devas conduits par Indra ne perçurent la Divinité Suprême telle qu’Elle est en vérité.

Verse 12

गिरिजां पूर्ववच्छंभोर् दृष्ट्वा पार्श्वस्थितां शुभाम् मायया मोहितस्तस्याः सर्वज्ञो ऽपि चतुर्मुखः

Voyant Girijā, comme auparavant, se tenir de façon propice auprès de Śambhu, Brahmā aux quatre visages—bien qu’omniscient—fut troublé par Sa māyā.

Verse 13

सा प्रविष्टा तनुं तस्य देवदेवस्य पार्वती कण्ठस्थेन विषेणास्य तनुं चक्रे तदात्मनः

Pārvatī pénétra dans le corps de ce Dieu des dieux ; et, par le poison retenu dans Sa gorge, Elle façonna Son corps à l’image même de Son propre être, manifestant ainsi Son unité avec Lui.

Verse 14

तां च ज्ञात्वा तथाभूतां तृतीयेनेक्षणेन वै ससर्ज कालीं कामारिः कालकण्ठीं कपर्दिनीम्

La sachant en cet état, l’ennemi de Kāma (Śiva), en vérité, par la puissance de Son troisième œil, fit naître Kālī : sombre de teint, dévoreuse du temps, aux cheveux emmêlés, afin que le Seigneur (Pati) dompte les forces qui enchaînent les mondes.

Verse 15

जाता यदा कालिमकालकण्ठी जाता तदानीं विपुला जयश्रीः देवेतराणामजयस्त्वसिद्ध्या तुष्टिर्भवान्याः परमेश्वरस्य

Lorsque Kālimā—au teint sombre, l’épouse de Nīlakaṇṭha—se manifesta, à cet instant même s’éleva une vaste gloire de victoire. Les non-devas (les cohortes asuriques) furent défaits, leurs desseins étant réduits à néant ; et Bhavānī fut comblée—tout comme Parameśvara, le Seigneur Suprême.

Verse 16

जातां तदानीं सुरसिद्धसंघा दृष्ट्वा भयाद् दुद्रुवुर् अग्निकल्पाम् कालीं गरालंकृतकालकण्ठीम् उपेन्द्रपद्मोद्भवशक्रमुख्याः

Alors, voyant Kālikā tout juste apparue—flamboyante comme le feu, la gorge sombre ornée d’une guirlande redoutable—les cohortes des Devas et des Siddhas s’enfuirent de peur, menées par Upendra (Viṣṇu), Padmodbhava (Brahmā) et Śakra (Indra).

Verse 17

तथैव जातं नयनं ललाटे सितांशुलेखा च शिरस्युदग्रा कण्ठे करालं निशितं त्रिशूलं करे करालं च विभूषणानि

De même, un œil se manifesta sur le front; et sur le sommet de la tête apparut une haute traînée semblable au blanc rayon de la lune. À la gorge surgit un trident redoutable et acéré; et dans la main apparurent aussi des ornements saisissants—signes du Seigneur en tant que Pati, le Maître transcendant au-delà de tout lien (pāśa).

Verse 18

सार्धं दिव्यांबरा देव्याः सर्वाभरणभूषिताः सिद्धेन्द्रसिद्धाश् च तथा पिशाचा जज्ञिरे पुनः

Avec la Déesse, rayonnante de vêtements divins et parée de tous les ornements, surgirent de nouveau les Siddhas—avec les Siddhas souverains—et naquirent aussi les Piśācas. Ainsi, dans le déploiement de la création sous Pati (Śiva) et Śakti, même les ordres subtils des êtres se manifestèrent selon leur nature propre et leurs liens karmiques (pāśa).

Verse 19

आज्ञया दारुकं तस्याः पार्वत्याः परमेश्वरी दानवं सूदयामास सूदयन्तं सुराधिपान्

Sur l’ordre de cette Pārvatī, la suprême Mahēśvarī, la Déesse abattit le Dānava Dāruka, qui tourmentait les seigneurs des Devas. Ainsi, Śakti, toujours une avec Pati (Śiva), protégea l’ordre cosmique en ôtant la force du lien (pāśa) qui opprimait les cohortes divines.

Verse 20

संरंभातिप्रसंगाद् वै तस्याः सर्वमिदं जगत् क्रोधाग्निना च विप्रेन्द्राः संबभूव तदातुरम्

Ô le meilleur des brahmanes, sous l’élan irrésistible de sa colère impétueuse, ce monde tout entier fut accablé—brûlé et tourmenté par le feu de l’ire.

Verse 21

भवो ऽपि बालरूपेण श्मशाने प्रेतसंकुले रुरोद मायया तस्याः क्रोधाग्निं पातुम् ईश्वरः

Même Bhava (Śiva), prenant la forme d’un enfant, pleura—par sa propre māyā—dans un champ de crémation rempli d’esprits, afin que le Seigneur boive, absorbe et éteigne le feu de la colère d’Elle.

Verse 22

तं दृष्ट्वा बालमीशानं मायया तस्य मोहिता उत्थाप्याघ्राय वक्षोजं स्तनं सा प्रददौ द्विजाः

Voyant Īśāna apparaître comme un enfant, elle fut troublée par sa Māyā. Le soulevant et le pressant contre sa poitrine, elle lui offrit le lait de son sein—ô sages deux fois nés.

Verse 23

स्तनजेन तदा सार्धं कोपमस्याः पपौ पुनः क्रोधेनानेन वै बालः क्षेत्राणां रक्षको ऽभवत्

Alors, avec le lait de son sein, il but de nouveau sa colère. Par cette colère même, l’enfant devint le gardien des champs sacrés, un kṣetrapāla veillant sur le domaine de Śiva.

Verse 24

मूर्तयो ऽष्टौ च तस्यापि क्षेत्रपालस्य धीमतः एवं वै तेन बालेन कृता सा क्रोधमूर्छिता

Même pour ce sage Kṣetrapāla, il existe huit formes manifestées. Ainsi l’acte fut accompli par l’enfant; elle fut accablée et comme stupéfiée par l’ivresse de la colère.

Verse 25

कृतमस्याः प्रसादार्थं देवदेवेन ताण्डवम् संध्यायां सर्वभूतेन्द्रैः प्रेतैः प्रीतेन शूलिना

Pour lui accorder la grâce, le Dieu des dieux exécuta le Tāṇḍava au crépuscule; et le Seigneur au trident, comblé, fut entouré de tous les chefs des bhūtas et des troupes de pretas.

Verse 26

पीत्वा नृत्यामृतं शंभोर् आकण्ठं परमेश्वरी ननर्त सा च योगिन्यः प्रेतस्थाने यथासुखम्

Ayant bu jusqu’à la gorge le nectar de la danse de Śambhu, la Déesse Suprême se mit à danser; et les yoginīs aussi dansèrent à leur aise dans le champ de crémation, séjour des esprits.

Verse 27

तत्र सब्रह्मका देवाः सेन्द्रोपेन्द्राः समन्ततः प्रणेमुस्तुष्टुवुः कालीं पुनर्देवीं च पार्वतीम्

Là, tous les dieux—avec Brahmā, et Indra et Upendra (Viṣṇu) de toutes parts—se prosternèrent avec révérence et louèrent Kāḷī; puis, de nouveau, ils exaltèrent la Déesse en tant que Pārvatī.

Verse 28

एवं संक्षेपतः प्रोक्तं ताण्डवं शूलिनः प्रभोः योगानन्देन च विभोस् ताण्डवं चेति चापरे

Ainsi, brièvement, a été exposé le Tāṇḍava du Seigneur porteur du trident. Toutefois, certains appellent aussi cette même danse du Seigneur qui pénètre tout le “Tāṇḍava de la Béatitude yogique (Yogānanda)”.

Frequently Asked Questions

Kali is manifested to accomplish the destruction of the boon-protected Daruka (notably framed as ‘strī-vadhya’), signifying Shiva’s controlled release of Shakti’s fierce power for dharma-protection—followed by the necessity of pacifying that power to restore cosmic balance.

It dramatizes divine upaya (skillful means): Shiva uses māyā to redirect and absorb the destructive ‘krodhāgni’ into a protective function, transforming uncontrolled fury into kshetra-raksha (guardianship), a template for inner anger’s sublimation in sadhana.

The text presents Tandava as a prasāda-hetu act that delights and pacifies, while also being described as ‘yogānanda-tāṇḍava’—linking outward divine dance with inward yogic bliss and restoration of sattva.