
Īśvara-Gītā (continued): Twofold Yoga, Aṣṭāṅga Discipline, Pāśupata Meditation, and the Unity of Nārāyaṇa–Maheśvara
Poursuivant le courant de l’Īśvara‑Gītā, Īśvara enseigne un Yoga extrêmement rare, qui consume le péché et donne la vision directe du Soi ainsi que le nirvāṇa. Le Yoga est défini comme double : Abhāva‑yoga (cessation/vacuité des projections) et le plus haut Mahāyoga ou Brahma‑yoga, culminant dans la vision du Seigneur omniprésent. Le chapitre ordonne l’aṣṭāṅga‑yoga : yama et niyama (définitions d’ahiṃsā, satya, asteya, brahmacarya, aparigraha ; tapas, svādhyāya, santoṣa, śauca, īśvara‑pūjā), puis prāṇāyāma (mesures en mātrā ; « avec graine » et « sans graine » ; méthode liée à Gāyatrī), pratyāhāra, dhāraṇā, dhyāna et samādhi (avec des rapports de durée). Il prescrit les āsana, les lieux propices, et deux grandes contemplations (lotus du sommet et lotus du cœur) centrées sur Oṃ et la Lumière impérissable, menant explicitement à la pratique Pāśupata (cendre d’Agnihotra, mantras, Īśāna comme Lumière suprême). L’enseignement s’étend ensuite à la bhakti et au karma‑yoga : renoncer aux fruits, s’abandonner au Seigneur, vénérer le Liṅga partout, et faire le japa de Oṃ/Śatarudrīya jusqu’à la mort ; Vārāṇasī est louée comme lieu de délivrance. Suit une synthèse doctrinale vigoureuse : Śiva déclare Nārāyaṇa comme sa manifestation suprême et affirme que la perception de la non‑différence met fin aux renaissances, tandis que la division sectaire mène à la chute. Le chapitre se clôt sur la lignée de transmission (guru‑paramparā), des injonctions de secret et d’aptitude, et un pivot narratif lorsque les sages demandent un enseignement sur le karma‑yoga, préparant le chapitre suivant.
Verse 1
इती श्रीकूर्मपुराणे षट्साहस्त्र्यां संहितायामुपरिविभागे (ईश्वरगीतासु) दशमो ऽध्यायः ईश्वर उवाच अतः परं प्रवक्ष्यामि योगं परमदुर्लभम् / येनात्मानं प्रपश्यन्ति भानुमन्तमिवेश्वरम्
Īśvara dit : «À présent, je vais exposer le Yoga suprêmement rare ; par lui, ils contemplent directement le Soi, rayonnant tel le soleil, en tant que Seigneur.»
Verse 2
योगाग्निर्दहति क्षिप्रमशेषं पापपञ्जरम् / प्रसन्नं जायते ज्ञानं साक्षान्निर्वाणसिद्धिदम्
Le feu du Yoga consume vite toute la cage du péché. Alors naît une connaissance claire et paisible — une connaissance qui confère directement l’accomplissement du nirvāṇa (la perfection libératrice).
Verse 3
योगात्संजायते ज्ञानं ज्ञानाद् योगः प्रवर्तते / योगज्ञानाभियुक्तस्य प्रसीदति महेश्वरः
Du Yoga naît la vraie connaissance ; de la connaissance, le Yoga se met en mouvement. Pour celui qui demeure uni au Yoga et à la connaissance, Maheśvara (Mahādeva) devient bienveillant.
Verse 4
एककालं द्विकालं वा त्रिकालं नित्यमेव वा / ये युञ्जन्तीह मद्योगं ते विज्ञेया महेश्वराः
Une fois par jour, deux fois, trois fois, ou sans cesse : ceux qui pratiquent ici Mon Yoga doivent être reconnus comme des « Maheshvaras », des dévots identifiés au Grand Seigneur.
Verse 5
योगस्तु द्विविधो ज्ञेयो ह्यभावः प्रथमो मतः / अपरस्तु महायोगः सर्वयोगोत्तमोत्तमः
Il faut savoir que le yoga est double. Le premier est tenu pour «abhāva» : la cessation, l’absence des fluctuations du mental et de l’attachement au monde. L’autre est le Grand Yoga (mahāyoga), le plus élevé de tous les yogas, suprême parmi les suprêmes.
Verse 6
शून्यं सर्वनिराभासं स्वरूपं यत्र चिन्त्यते / अभावयोगः स प्रोक्तो येनात्मानं प्रपश्यति
Cette discipline est appelée Abhāva-yoga : on y contemple sa propre nature essentielle comme « vide », libre de toute apparence et de toute projection objective ; par elle, on voit directement l’Ātman, le Soi.
Verse 7
यत्र पश्यति चात्मानं नित्यानन्दं निरञ्जनम् / मयैक्यं स महायोगो भाषितः परमेश्वरः
Cet état où l’on contemple l’Ātman — éternellement bienheureux et sans tache — et où l’on réalise l’unité avec Moi : tel est le Mahāyoga, le yoga suprême, enseigné par le Seigneur Suprême (Parameśvara).
Verse 8
ये चान्ये योगिनां योगाः श्रूयन्ते ग्रन्थविस्तरे / सर्वे ते ब्रह्मयोगस्य कलां नार्हन्ति षोडशीम्
Et quels que soient les autres yogas des yogin dont parlent les vastes Écritures : aucun ne vaut ne fût-ce qu’un seizième du Brahma-yoga.
Verse 9
यत्र साक्षात् प्रपश्यन्ति विमुक्ता विश्वमीश्वरम् / सर्वेषामेव योगानां स योगः परमो मतः
Cet état où les libérés contemplent directement le Seigneur (Īśvara), le Souverain qui pénètre l’univers entier : ce yoga est tenu pour le plus élevé de tous les yogas.
Verse 10
सहस्रशो ऽथ शतशो ये चेश्वरबहिष्कृताः / न ते पश्यन्ति मामेकं योगिनो यतमानसाः
Fussent-ils par milliers ou par centaines, ceux qui sont exclus d’Īśvara ou se détournent du Seigneur ne Me contemplent pas, Moi l’Unique. Seuls les yogin, l’esprit discipliné et tendu vers l’effort, Me voient véritablement.
Verse 11
प्राणायामस्तथा ध्यानं प्रत्याहारो ऽथ धारणा / समाधिश्च मुनिश्रेष्ठा यमो नियम आसनम्
La discipline du souffle (prāṇāyāma), la méditation (dhyāna), le retrait des sens (pratyāhāra), puis la concentration (dhāraṇā) ; et l’absorption (samādhi), ô le meilleur des sages, avec yama, niyama et āsana.
Verse 12
मय्येकचित्ततायोगो वृत्त्यन्तरनिरोधतः / तत्साधनान्यष्टधा तु युष्माकं कथितानि तु
Le Yoga de l’unique attention en Moi naît de la maîtrise de toutes les autres modifications du mental. Ses moyens, au nombre de huit, vous ont en vérité été enseignés.
Verse 13
अहिंसा सत्यमस्तेयं ब्रह्मचर्यापरिग्रहौ / यमाः संक्षेपतः प्रोक्ताश्चित्तशुद्धिप्रदा नृणाम्
Ahiṃsā (non-violence), satya (vérité), asteya (ne pas voler), brahmacarya (discipline chaste) et aparigraha (non-attachement aux possessions) : tels sont, brièvement, les yama, qui donnent la purification du mental aux hommes.
Verse 14
कर्मणा मनसा वाचा सर्वभूतेषु सर्वदा / अक्लेशजननं प्रोक्तं त्वहिंसा परमर्षिभिः
Par l’acte, par la pensée et par la parole—envers tous les êtres, en tout temps—la non-violence est proclamée par les suprêmes ṛṣi comme ce qui ne fait naître aucune souffrance (pour quiconque).
Verse 15
अहिंसायाः परो धर्मो नास्त्यहिंसा परं सुखम् / विधिना या भवेद्धिंसा त्वहिंसैव प्रकीर्तिता
Il n’est pas de dharma plus élevé que la non-violence (ahiṃsā), ni de bonheur plus élevé que la non-violence. Même l’acte qui paraît violence, s’il est accompli selon la règle des Écritures et le juste rite, est proclamé être la non-violence elle-même.
Verse 16
सत्येन सर्वमाप्नोति सत्ये सर्वं प्रतिष्ठितम् / यथार्थकथनाचारः सत्यं प्रोक्तं द्विजातिभिः
Par la vérité (satya) on obtient tout; dans la vérité tout est établi. La discipline de dire les choses telles qu’elles sont, voilà ce que les dvija, les « deux-fois-nés », ont proclamé être la vérité.
Verse 17
परद्रव्यापहरणं चौर्याद् वाथ बलेन वा / स्तेयं तस्यानाचरणादस्तेयं धर्मसाधनम्
S’emparer du bien d’autrui—par ruse et vol, ou par la force—s’appelle le vol (steya). S’en abstenir est l’asteya (ne pas voler), moyen d’accomplir le dharma et discipline fondamentale de la vie spirituelle.
Verse 18
कर्मणा मनसा वाचा सर्वावस्थासु सर्वदा / सर्वत्र मैथुनत्यागं ब्रह्मचर्यं प्रचक्षते
Ils enseignent que le brahmacarya est le renoncement à l’union sexuelle partout—en tout temps et en toute condition—par l’acte, la pensée et la parole.
Verse 19
द्रव्याणामप्यनादानमापद्यपि यथेच्छया / अपरिग्रह इत्याहुस्तं प्रयत्नेन पालयेत्
Ne pas accepter de possessions—pas même des biens matériels—selon son libre choix, même dans l’épreuve: cela est appelé aparigraha, le non-attachement aux biens. Qu’on le préserve avec un effort conscient.
Verse 20
तपः स्वाध्यायसंतोषाः शौचमीश्वरपूजनम् / समासान्नियमाः प्रोक्ता योगसिद्धिप्रदायिनः
Austérité, étude sacrée de soi (svādhyāya), contentement, pureté et adoration du Seigneur Īśvara : tels sont, en bref, les niyama proclamés, dispensateurs de la réussite en Yoga.
Verse 21
उपवासपराकादिकृच्छ्रचान्द्रायणादिभिः / शरीरशोषणं प्राहुस्तापसास्तप उत्तमम्
Par les jeûnes, l’observance Parāka, la pénitence Kṛcchra, le vœu Cāndrāyaṇa et autres semblables, les ascètes déclarent que l’amaigrissement du corps est l’austérité la plus haute.
Verse 22
वेदान्तशतरुद्रीयप्रणवादिजपं बुधाः / सत्त्वशुद्धिकरं पुंसां स्वाध्यायं परिचक्षते
Les sages nomment svādhyāya la récitation révérencieuse du Vedānta, du Śatarudrīya, ainsi que le japa du Praṇava (Oṁ) et d’autres formules sacrées, car cela purifie le sattva, la clarté intérieure des hommes.
Verse 23
स्वाध्यायस्य त्रयो भेदा वाचिकोपांशुमानसाः / उत्तरोत्तरवैशिष्ट्यं प्राहुर्वेदार्थवेदिनः
On dit que le svādhyāya est de trois sortes : vocal, murmuré (upāṁśu) et mental. Ceux qui connaissent le sens du Veda déclarent que chaque mode suivant est supérieur au précédent.
Verse 24
यः शब्दबोधजननः परेषां शृण्वतां स्फुटम् / स्वाध्यायो वाचिकः प्रोक्त उपांशोरथ लक्षणम्
Le svādhyāya qui, par le son, fait naître clairement la compréhension chez ceux qui écoutent est dit vācika (vocal). Ensuite, par contraste, on énonce la marque du mode murmuré, upāṁśu.
Verse 25
ओष्ठयोः स्पन्दमात्रेण परस्याशब्दबोधकः / उपांशुरेष निर्दिष्टः साहस्रो वाचिकाज्जपः
Lorsque le mantra est transmis sans son audible, par le seul frémissement des lèvres, on l’enseigne comme upāṃśu (récitation murmurée, inaudible). Cet upāṃśu-japa est déclaré mille fois plus efficace que le japa vocal (vācika).
Verse 26
यत्पदाक्षरसङ्गत्या परिस्पन्दनवर्जितम् / चिन्तनं सर्वशब्दानां मानसं तं जपं विदुः
Cette contemplation où, par l’union intérieure aux syllabes des mots du mantra, il n’y a ni mouvement ni vibration extérieure, et où l’on médite en esprit le sens de tous les mots du mantra : les sages savent que c’est le japa mental (mānasa-japa).
Verse 27
यदृच्छालाभतो नित्यमलं पुंसो भवेदिति / या धीस्तामृषयः प्राहुः संतोषं सुखलक्षणम्
Cette compréhension stable par laquelle l’homme se dit : «Ce qui vient de soi-même me suffit toujours»,—les ṛṣi ont déclaré que cet état d’esprit est santoṣa (le contentement), marque du vrai bonheur.
Verse 28
बाह्यमाभ्यन्तरं शौचं द्विधा प्रोक्तं द्विजोत्तमाः / मृज्जलाभ्यां स्मृतं बाह्यं मनःशुद्धिरथान्तरम्
Ô meilleurs des deux-fois-nés, la pureté (śauca) est dite de deux sortes : extérieure et intérieure. La pureté extérieure s’obtient par le nettoyage avec la terre (argile) et l’eau ; la pureté intérieure est la purification du mental.
Verse 29
स्तुतिस्मरणपूजाभिर्वाङ्मनःकायकर्मभिः / सुनिश्चला शिवे भक्तिरेतदीश्वरपूजनम्
Par la louange, le souvenir et le culte—accomplis par la parole, l’esprit et les actes du corps—lorsque la bhakti envers Śiva devient parfaitement inébranlable, cela même est le véritable culte d’Īśvara.
Verse 30
यमाः सनियमाः प्रोक्ताः प्राणायामं निबोधत / प्राणः स्वदेहजो वायुरायामस्तन्निरोधनम्
Les yama, avec les niyama, ont été enseignés; comprends maintenant le prāṇāyāma. Le prāṇa est le souffle vital né dans son propre corps; «āyāma» en est la retenue—ainsi, le prāṇāyāma est la maîtrise de ce souffle.
Verse 31
उत्तमाधममध्यत्वात् त्रिधायं प्रतिपादितः / स एव द्विविधः प्रोक्तः सगर्भो ऽगर्भ एव च
En raison des distinctions—supérieur, inférieur et moyen—cela est enseigné comme triple. Cette même classification est aussi déclarée double : «sagarbha» (avec semence) et «agarbha» (sans semence).
Verse 32
मात्राद्वादशको मन्दश्चतुर्विंशतिमात्रिकः / मध्यमः प्राणसंरोधः षट्त्रिंशन्मात्रिकोत्तमः
La retenue du souffle (prāṇa-saṃrodha) est de trois degrés : le doux se mesure à douze mātrā; le moyen à vingt-quatre; et l’excellent à trente-six mātrā.
Verse 33
प्रस्वेदकम्पनोत्थानजनकत्वं यथाक्रमम् / मन्दमध्यममुख्यानामानन्दादुत्तमोत्तमः
Dans l’ordre voulu, la béatitude (ānanda) engendre la sueur, le tremblement et le fait de se relever. Parmi le doux, le moyen et le principal, la béatitude suprême est la plus excellente de toutes.
Verse 34
सगर्भमाहुः सजपमगर्भं विजपं बुधाः / एतद् वै योगिनामुक्तं प्राणायामस्य लक्षणम्
Les sages disent que le prāṇāyāma est «sagarbha» (avec semence) lorsqu’il est accompagné de japa, la récitation du mantra, et «agarbha» (sans semence) lorsqu’il est sans japa. Telle est, en vérité, la marque du prāṇāyāma enseignée par les yogin.
Verse 35
सव्याहृतिं सप्रणवां गायत्रीं शिरसा सह / त्रिर्जपेदायतप्राणः प्राणायामः स उच्यते
Avec les vyāhṛti et le praṇava (Oṁ), en y joignant la formule « śiras », on doit réciter la Gāyatrī trois fois en allongeant et en réglant le souffle ; c’est ce qu’on nomme prāṇāyāma.
Verse 36
रेचकः पूरकश्चैव प्राणायामो ऽथ कुम्भकः / प्रोच्यते सर्वशास्त्रेषु योगिभिर्यतमानसैः
L’expiration (recaka), l’inspiration (pūraka), puis la rétention du souffle (kumbhaka) : voilà ce que toutes les Écritures nomment prāṇāyāma, tel que l’enseignent les yogins à l’esprit discipliné, ardents dans la pratique.
Verse 37
रेचको ऽजस्त्रनिश्वासात् पूरकस्तन्निरोधतः / साम्येन संस्थितिर्या सा कुम्भकः परिगीयते
L’expiration est dite recaka, issue du souffle qui s’écoule sans cesse vers l’extérieur ; l’inspiration est pūraka, par la retenue de ce (courant sortant). La stabilité paisible établie dans l’équilibre est chantée comme kumbhaka.
Verse 38
इन्द्रियाणां विचरतां विषयेषु स्वभावतः / निग्रहः प्रोच्यते सद्भिः प्रत्याहारस्तु सत्तमाः
Ô le meilleur des vertueux, les sages déclarent que le pratyāhāra est la maîtrise des sens qui, par nature, errent parmi leurs objets.
Verse 39
हृत्पुण्डरीके नाभ्यां वा मूर्ध्नि पर्वतमस्तके / एवमादिषु देशेषु धारणा चित्तबन्धनम्
Fixer l’esprit dans le lotus du cœur, ou au nombril, ou au sommet de la tête, ou sur la cime d’une montagne : telle est la dhāraṇā, l’attache et la stabilisation du mental en ces lieux choisis.
Verse 40
देशावस्थितिमालम्ब्य बुद्धेर्या वृत्तिसंततिः / वृत्त्यन्तरैरसंसृष्टा तद्ध्यानं सूरयो विदुः
Lorsque le courant ininterrompu des modifications de l’intellect est fixé en un seul lieu et un seul état, sans se mêler à d’autres mouvements du mental, cela—enseignent les sages—est le dhyāna, la méditation.
Verse 41
एकाकारः समाधिः स्याद् देशालम्बनवर्जितः / प्रत्ययो ह्यर्थमात्रेण योगसाधनमुत्तमम्
On dit que le samādhi est une absorption d’une seule forme, affranchie de tout appui de lieu ou de support extérieur. En vérité, le moyen suprême du Yoga est cette connaissance qui ne repose que sur l’objet—rien que le sens visé.
Verse 42
धारणा द्वादशायामा ध्यानं द्वादशधारणाः / ध्यानं द्वादशकं यावत् समाधिरभिधीयते
On dit que la dhāraṇā dure douze yāmas ; douze dhāraṇās constituent le dhyāna. Et lorsque le dhyāna atteint un ensemble de douze, on l’appelle alors samādhi.
Verse 43
आसनं स्वस्तिकं प्रोक्तं पद्ममर्धासनं तथा / साधनानां च सर्वेषामेतत्साधनमुत्तमम्
On proclame que la posture Svastika est un siège légitime, et de même la posture du Lotus (padma) ainsi que le demi-lotus. Pour toutes les disciplines spirituelles, on dit que c’est le moyen de pratique le plus excellent.
Verse 44
ऊर्वोरुपरि विप्रेन्द्राः कृत्वा पादतले उभे / समासीतात्मनः पद्ममेतदासनमुत्तमम्
Ô éminents sages brāhmanes : posant les deux plantes des pieds sur les cuisses et s’asseyant fermement, l’être intérieur recueilli—voilà le padmāsana, la posture du lotus, siège suprême pour le dhyāna.
Verse 45
एकं पादमथैकस्मिन् विन्यस्योरुणि सत्तमाः / आसीतार्धासनमिदं योगसाधनमुत्तमम्
Ô le meilleur des vertueux, en posant un pied sur la cuisse opposée et en s’asseyant : on nomme cela Ardhāsana (la Demi-Posture), un secours excellent pour la discipline du Yoga.
Verse 46
उभे कृत्वा पादतले जानूर्वोरन्तरेण हि / समासीतात्मनः प्रोक्तमासनं स्वस्तिकं परम्
En plaçant les deux plantes des pieds entre les genoux et les cuisses, qu’on s’assoie paisible et maître de soi. Cette posture est enseignée comme le Svastika-āsana suprême.
Verse 47
अदेशकाले योगस्य दर्शनं हि न विद्यते / अग्न्यभ्यासे जले वापि शुष्कपर्णचये तथा
En vérité, lorsque le lieu et le temps sont inappropriés, il n’y a ni accomplissement ni vision véritable du Yoga. C’est comme vouloir allumer le feu en s’exerçant dans l’eau, ou (le vouloir) dans un tas de feuilles sèches.
Verse 48
जन्तुव्याप्ते श्मशाने च जीर्णगोष्ठे चतुष्पथे / सशब्दे सभये वापि चैत्यवल्मीकसंचये
Dans un lieu envahi de créatures, dans un champ de crémation, dans une étable délabrée, à un carrefour, dans un endroit bruyant ou qui inspire la peur, et aussi dans un amas de sanctuaires et de fourmilières—qu’on n’y entreprenne pas la méditation stable.
Verse 49
अशुभे दुर्जनाक्रान्ते मशकादिसमन्विते / नाचरेद् देहबाधे वा दौर्मनस्यादिसंभवे
Qu’on n’entreprenne pas le rite ou l’observance en un lieu néfaste—envahi par des gens mauvais, infesté de moustiques et autres—ni lorsqu’il y a souffrance du corps, ou lorsque surgissent abattement et troubles semblables.
Verse 50
सुगुप्ते सुशुभे देशे गुहायां पर्वतस्य तु / नद्यास्तीरे पुण्यदेशे देवतायतने तथा
Dans un lieu bien protégé et de bon augure—tel qu’une grotte sur la montagne, la rive d’une rivière, une terre sainte, ou encore dans un sanctuaire ou temple de la Divinité—(qu’on demeure et qu’on pratique).
Verse 51
गृहे वा सुशुभे रम्ये विजने जन्तुवर्जिते / युञ्जीत योगी सततमात्मानं मत्परायणः
Qu’il soit dans une demeure bien tenue ou dans un lieu beau, retiré et sans trouble d’êtres vivants, le yogin—ayant en Moi le refuge et le but suprême—doit sans cesse s’appliquer à la discipline du Yoga, unissant l’ātman.
Verse 52
नमस्कृत्य तु योगीन्द्रान् सशिष्यांश्च विनायकम् / गुरुं चैवाथ मां योगी युञ्जीत सुसमाहितः
Après s’être d’abord incliné devant les Yogins éminents avec leurs disciples, devant Vināyaka (Gaṇeśa) et aussi devant son Guru, le yogin—l’esprit parfaitement recueilli—doit ensuite s’adonner au Yoga, fixant sa contemplation sur Moi, le Seigneur.
Verse 53
आसनं स्वस्तिकं बद्ध्वा पद्ममर्धमथापि वा / नासिकाग्रे समां दृष्टिमीषदुन्मीलितेक्षणः
Ayant pris la posture Svastika—ou, à défaut, le Demi-Lotus—qu’on garde un regard égal et stable sur la pointe du nez, les yeux légèrement entrouverts.
Verse 54
कृत्वाथ निर्भयः शान्तस्त्यक्त्वा मायामयं जगत् / स्वात्मन्यवस्थितं देवं चिन्तयेत् परमेश्वरम्
Ensuite, devenu sans crainte et paisible, renonçant au monde fait de Māyā, qu’on médite Parameśvara, le Seigneur suprême—la Réalité divine établie au sein de son propre ātman.
Verse 55
शिखाग्रे द्वादशाङ्गुल्ये कल्पयित्वाथ पङ्कजम् / धर्मकन्दसमुद्भूतं ज्ञाननालं सुशोभनम्
Alors, au sommet de la tête—à douze largeurs de doigt au-dessus—qu’on se représente un lotus, né du bulbe du Dharma, dont la tige est la Connaissance rayonnante, splendide à contempler.
Verse 56
ऐश्वर्याष्टदलं श्वेतं परं वैराग्यकर्णिकम् / चिन्तयेत् परमं कोशं कर्णिकायां हिरण्मयम्
Qu’on contemple le lotus suprême : ses huit pétales sont blancs de souveraineté divine (aiśvarya), son cœur central est le détachement suprême (vairāgya) ; et dans ce noyau d’or, qu’on médite le kośa suprême, le sanctuaire le plus intime de la conscience.
Verse 57
सर्वशक्तिमयं साक्षाद् यं प्राहुर्दिव्यमव्ययम् / ओङ्कारवाच्यमव्यक्तं रश्मिजालसमाकुलम्
Cette Réalité suprême est, en vérité, la plénitude de toutes les śakti ; les sages le déclarent divin et impérissable—désignable par la syllabe Oṃ, non manifesté, et pénétré d’un réseau de rayons (de conscience et d’éclat).
Verse 58
चिन्तयेत् तत्र विमलं परं ज्योतिर्यदक्षरम् / तस्मिन् ज्योतिषि विन्यस्यस्वात्मानं तदभेदतः
Là, qu’on contemple la Lumière suprême, sans tache et impérissable ; puis, en y déposant son propre Soi, qu’on demeure dans la non-différence avec Elle.
Verse 59
ध्यायीताकाशमध्यस्थमीशं परमकारणम् / तदात्मा सर्वगो भूत्वा न किञ्चिदपि चिन्तयेत्
Qu’on médite Īśa, la Cause suprême, comme demeurant au milieu de l’espace. Devenu un avec ce Soi qui pénètre tout, qu’on ne pense plus à rien, absolument.
Verse 60
एतद् गुह्यतमं ध्यानं ध्यानान्तरमथोच्यते / चिन्तयित्वा तु पूर्वोक्तं हृदये पद्ममुत्तमम्
Ceci est la méditation la plus secrète ; à présent, un autre mode de méditation est enseigné. Après avoir contemplé dans le cœur le lotus suprême, comme il a été dit auparavant,
Verse 61
आत्मानमथ कर्तारं तत्रानलसमत्विषम् / मध्ये वह्निशिखाकारं पुरुषं पञ्चविंशकम्
Ensuite, qu’on contemple le Soi comme l’agent intérieur, resplendissant tel le feu ; et, au centre même, qu’on visualise le vingt-cinquième Principe — le Puruṣa — ayant la forme de la crête d’une flamme.
Verse 62
चिन्तयेत् परमात्मानं तन्मध्ये गगनं परम् / ओङ्करबोधितं तत्त्वं शाश्वतं शिवमच्युतम्
Qu’on contemple le Paramātman, le Soi suprême ; et, en Lui, l’étendue suprême semblable au ciel de la conscience pure. Cette Réalité révélée par la syllabe Oṃ est éternelle, faste comme Śiva et infaillible comme Acyuta (Viṣṇu).
Verse 63
अव्यक्तं प्रकृतौ लीनं परं ज्योतिरनुत्तमम् / तदन्तः परमं तत्त्वमात्माधारं निरञ्जनम्
L’Inmanifesté (Avyakta), fondu dans la Prakṛti, est la Lumière suprême, sans égale. En elle se tient le Principe le plus élevé : sans tache, soutien même de l’Ātman.
Verse 64
ध्यायीत तन्मयो नित्यमेकरूपं महेश्वरम् / विशोध्य सर्वतत्त्वानि प्रणवेनाथवा पुनः
Devenu tout entier absorbé en Lui, qu’on médite sans cesse sur Maheśvara, l’Unique à la forme une et immuable ; et, après avoir purifié tous les tattvas, qu’on se recentre de nouveau aussi par le Pranava (Oṃ).
Verse 65
संस्थाप्य मयि चात्मानं निर्मले परमे पदे / प्लावयित्वात्मनो देहं तेनैव ज्ञानवारिणा
Ayant établi le Soi en Moi—dans l’état suprême, sans tache—qu’on inonde et purifie sa condition incarnée par cette même eau de la connaissance.
Verse 66
मदात्मा मन्मयो भस्म गृहीत्वा ह्यग्निहोत्रजम् / तेनोद्धृत्य तु सर्वाङ्गमग्निरित्यादिमन्त्रतः / चिन्तयेत् स्वात्मनीशानं परं ज्योतिः स्वरूपिणम्
Avec la conscience : «Je suis Son Soi; je suis pénétré de Lui», qu’on prenne la cendre issue de l’Agnihotra, qu’on la relève et qu’on l’applique sur tout le corps en récitant les mantras commençant par «Agni…». Puis, en son propre Soi, qu’on contemple Īśāna, le Seigneur, comme la Lumière suprême dont la nature est pure splendeur.
Verse 67
एष पाशुपतो योगः पशुपाशविमुक्तये / सर्ववेदान्तसारो ऽयमत्याश्रममिति श्रुतिः
Voici le Yoga Pāśupata, enseigné pour délivrer l’âme liée (paśu) des liens (pāśa) de la limitation. Il est l’essence de tout le Vedānta ; et la Śruti proclame qu’il transcende tous les āśrama.
Verse 68
एतत् परतरं गुह्यं मत्सायुज्योपपादकम् / द्विजातीनां तु कथितं भक्तानां ब्रह्मचारिणाम्
Voici l’enseignement le plus élevé et le plus secret, le moyen qui conduit au sāyujya, l’union avec Moi. Il a été proclamé pour les dvija, les « deux fois nés », dévots vivant dans la discipline du brahmacarya.
Verse 69
ब्रह्मचर्यमहिंसा च क्षमा शौचं तपो दमः / संतोषः सत्यमास्तिक्यं व्रताङ्गानि विशेषतः
Brahmacarya (continence sacrée), ahiṃsā (non-violence), kṣamā (pardon), śauca (pureté), tapas (austérité) et dama (maîtrise de soi) ; avec santoṣa (contentement), satya (vérité) et āstikya (foi révérencielle) — tels sont, en particulier, les membres essentiels des vœux sacrés.
Verse 70
एकेनाप्यथ हीनेन व्रतमस्य तु लुप्यते / तस्मादात्मगुणोपेतो मद्व्रतं वोढुमर्हति
Si ne manque ne serait-ce qu’une seule observance, ce vœu est compromis. Ainsi, seul celui qui possède la maîtrise de soi et les vertus du Soi intérieur est apte à entreprendre et à maintenir Mon vœu.
Verse 71
वीतरागभयक्रोधा मन्मया मामुपाश्रिताः / बहवो ऽनेन योगेन पूता मद्भावमागताः
Libérés de l’attachement, de la peur et de la colère—absorbés en Moi et réfugiés en Moi—beaucoup ont été purifiés par ce même Yoga et ont atteint Mon état d’être.
Verse 72
ये यथा मां प्रपद्यन्ते तांस्तथैव भजाम्यहम् / ज्ञानयोगेन मां तस्माद् यजेत परमेश्वरम्
De la manière dont les êtres se livrent à Moi, de cette même manière Je leur réponds. Ainsi, qu’on M’adore—Moi, le Seigneur Suprême (Parameśvara)—par le Yoga de la connaissance.
Verse 73
अथवा भक्तियोगेन वैराग्येण परेण तु / चेतसा बोधयुक्तेन पूजयेन्मां सदा शुचिः
Ou bien, par le Yoga de la dévotion (bhakti), soutenu par le détachement suprême, que l’être toujours pur M’adore sans cesse avec un esprit pourvu d’un discernement éveillé.
Verse 74
सर्वकर्माणि संन्यस्य भिक्षाशी निष्परिग्रहः / प्राप्नोति मम सायुज्यं गुह्यमेतन्मयोदितम्
En renonçant à toutes les actions, vivant d’aumônes et libre de tout esprit de possession, on atteint Mon sāyujya : l’union avec Moi. Tel est l’enseignement secret que J’ai proclamé.
Verse 75
अद्वेष्टा सर्वभूतानां मैत्रः करुण एव च / निर्ममो निरहङ्कारो यो मद्भक्तः स मे प्रियः
Celui qui ne nourrit aucune haine envers les êtres, qui est amical et plein de compassion; sans attachement possessif et sans ego—ce dévot qui est à Moi m’est cher.
Verse 76
संतुष्टः सततं योगी यतात्मा दृढनिश्चयः / मय्यर्पितमनो बुद्धिर्यो मद्भक्तः स मे प्रियः
Toujours content, toujours établi dans le yoga, maître de soi et ferme dans sa résolution; celui dont le mental et l’intelligence sont offerts en Moi—ce dévot qui est à Moi m’est cher.
Verse 77
यस्मान्नोद्विजते लोको लोकान्नोद्विजते च यः / हर्षामर्षभयोद्वेगैर्मुक्तो यः स हि मे प्रियः
Celui par qui le monde n’est pas troublé et qui n’est pas troublé par le monde; et qui est libéré de l’exaltation, du ressentiment, de la peur et de l’agitation—lui, en vérité, m’est cher.
Verse 78
अनपेक्षः शुचिर्दक्ष उदासीनो गतव्यथः / सर्वारम्भपरित्यागी भक्तिमान् यः स मे प्रियः
Celui qui n’attend rien, qui est pur, habile, impartial et au‑delà de la peine; qui renonce à toute entreprise née de l’intérêt personnel et demeure rempli de dévotion—celui‑là m’est cher.
Verse 79
तुल्यनिन्दास्तुतिर्मौनी संतुष्टो येन केनचित् / अनिकेतः स्थिरमतिर्मद्भक्तो मामुपैष्यति
Celui qui demeure égal dans le blâme et la louange, mesuré dans la parole, content de ce qui vient de soi, sans demeure fixe et d’intelligence stable—ce dévot qui est à Moi parviendra à Moi.
Verse 80
सर्वकर्माण्यपि सदा कुर्वाणो मत्परायणः / मत्प्रसादादवाप्नोति शाश्वतं परमं पदम्
Même en accomplissant sans cesse toutes les actions, celui qui se voue entièrement à Moi atteint—par Ma grâce—l’état suprême et éternel.
Verse 81
चेतसा सर्वकर्माणि मयि संन्यस्य मत्परः / निराशीर्निर्ममो भूत्वा मामेकं शरणं व्रजेत्
Par l’esprit, dépose toutes les actions en Moi et prends-Moi pour but suprême; sans attente ni appropriation, viens chercher refuge en Moi seul.
Verse 82
त्यक्त्वा कर्मफलासङ्गं नित्यतृप्तो निराश्रयः / कर्मण्यभिप्रवृत्तो ऽपि नैव तेन निबध्यते
Ayant abandonné l’attachement aux fruits de l’action, toujours comblé et ne dépendant de rien, même pleinement engagé dans l’acte, il n’en est pas lié.
Verse 83
निराशीर्यतचित्तात्मा त्यक्तसर्वपरिग्रहः / शारीरं केवलं कर्म कुर्वन्नाप्नोति तत्पदम्
Sans désir de résultats, l’esprit et le soi maîtrisés, ayant renoncé à toute possession et à toute revendication, celui qui n’accomplit que les actes corporels nécessaires atteint cet État suprême.
Verse 84
यदृच्छालाभतुष्टस्य द्वन्द्वातीतस्य चैव हि / कुर्वतो मत्प्रसादार्थं कर्म संसारनाशनम्
Pour celui qui se satisfait de ce qui vient de soi, qui a transcendé les paires d’opposés et agit uniquement pour obtenir Ma grâce, cette action devient destructrice du saṃsāra (le cycle de l’asservissement mondain).
Verse 85
मन्मना मन्नमस्कारो मद्याजी मत्परायणः / मामुपैष्यति योगीशं ज्ञात्वा मां परमेश्वरम्
L’esprit fixé sur Moi, m’offrant ses salutations, me vénérant dans le sacrifice et ne prenant refuge qu’en Moi, il viendra à Moi—Seigneur du Yoga—ayant compris que Je suis le Souverain suprême, Parameśvara.
Verse 86
मद्बुद्धयो मां सततं बोधयन्तः परस्परम् / कथयन्तश्च मां नित्यं मम सायुज्यमाप्नुयुः
Ceux dont l’intelligence demeure fixée sur Moi, s’éveillant sans cesse les uns les autres à Ma vérité et parlant toujours de Moi, obtiennent le sāyujya : l’union avec Moi, entrant dans Mon propre état.
Verse 87
एवं नित्याभियुक्तानां मायेयं कर्मसान्वगम् / नाशयामि तमः कृत्स्नं ज्ञानदीपेन भास्वता
Ainsi, pour ceux qui demeurent sans cesse unis à la dévotion, Je détruis toute l’obscurité née de Māyā—avec son cortège de karma—par la lampe éclatante de la connaissance.
Verse 88
मद्बुद्धयो मां सततं पूजयन्तीह ये जनाः / तेषां नित्याभियुक्तानां योगक्षेमं वहाम्यहम्
Ceux qui, ici, ont l’intelligence fixée sur Moi et Me vénèrent sans cesse—à ces dévoués constants, Moi-même Je porte le yoga et le kṣema : ce qu’il faut obtenir et ce qu’il faut préserver.
Verse 89
ये ऽन्ये च कामभोगार्थं यजन्ते ह्यन्यदेवताः / तेषां तदन्तं विज्ञेयं देवतानुगतं फलम्
Quant à ceux qui, recherchant les plaisirs et les jouissances des sens, vénèrent d’autres divinités, qu’ils sachent que leur fruit est limité à cette fin seule : il suit la divinité adorée et s’éteint avec elle.
Verse 90
ये चान्यदेवताभक्ताः पूजयन्तीह देवताः / मद्भावनासमायुक्ता मुच्यन्ते ते ऽपि भावतः
Même ceux qui sont dévots d’autres divinités et les vénèrent ici—s’ils sont unis à la contemplation de Moi, le Seigneur Suprême—eux aussi sont délivrés, selon la disposition intime de leur dévotion.
Verse 91
तस्मादनीश्वरानन्यांस्त्यक्त्वा देवानशेषतः / मामेव संश्रयेदीशं स याति परमं पदम्
Ainsi, après avoir entièrement renoncé aux autres dieux qui ne sont pas le Seigneur Suprême, qu’on prenne refuge en Moi seul comme Īśvara ; un tel être atteint l’état suprême.
Verse 92
त्यक्त्वा पुत्रादिषु स्नेहं निः शोको निष्परिग्रहः / यजेच्चामरणाल्लिङ्गे विरक्तः परमेश्वरम्
Ayant abandonné l’attachement aux fils et au reste, sans chagrin et sans esprit de possession, que le détaché adore Parameśvara dans le Liṅga immortel, au-delà de la mort.
Verse 93
ये ऽर्चयन्ति सदा लिङ्गं त्यक्त्वा भोगानशेषतः / एकेन जन्मना तेषां ददामि परमैश्वरम्
À ceux qui vénèrent sans cesse le Liṅga, ayant renoncé entièrement à toutes les jouissances du monde—en une seule existence—J’accorde la seigneurie suprême, l’état le plus haut d’Īśvara.
Verse 94
परानन्दात्मकं लिङ्गं केवलं सन्निरञ्जनम् / ज्ञानात्मकं सर्वगतं योगिनां हृदि संस्थितम्
Ce Liṅga est de l’essence de la béatitude suprême : unique, pur Être, sans tache. Il est de la nature de la conscience-savoir, omniprésent, et demeure établi dans le cœur des yogins.
Verse 95
ये चान्ये नियता भक्ता भावयित्वा विधानतः / यत्र क्वचन तल्लिङ्गमर्चयन्ति महेश्वरम्
Et les autres dévots, eux aussi, fermes dans la discipline—s’étant préparés selon le rite prescrit—adorent Maheshvara en vénérant ce même liṅga, où qu’ils se trouvent.
Verse 96
जले वा वह्निमध्ये वाव्योम्नि सूर्ये ऽथवान्यतः / रत्नादौ भावयित्वेशमर्चयेल्लिङ्गमैश्वरम्
Que ce soit dans l’eau, au cœur du feu, dans le ciel ouvert, dans le soleil ou ailleurs—après avoir contemplé Īśa comme présent en ce lieu—qu’on adore le liṅga, emblème souverain d’Īśvara.
Verse 97
सर्वं लिङ्गमयं ह्येतत् सर्वं लिङ्गे प्रतिष्ठितम् / तस्माल्लिङ्गे ऽर्चयेदीशं यत्र क्वचन शाश्वतम्
En vérité, tout ceci est pénétré du Liṅga ; tout est établi dans le Liṅga. C’est pourquoi il faut adorer le Seigneur Éternel dans le Liṅga—en tout lieu, en tout temps—comme la réalité toujours demeurante.
Verse 98
अग्नौ क्रियावतामप्सु व्योम्नि सूर्ये मनीषिणाम् / काष्ठादिष्वेव मूर्खाणां हृदि लिङ्गन्तुयोगिनाम्
Pour ceux qui accomplissent les rites, (le Divin se cherche) dans le feu ; pour d’autres, dans l’eau ; pour les sages contemplatifs, dans le ciel et dans le soleil. Les insensés le cherchent dans le simple bois et autres choses ; mais pour les yogins, le liṅga véritable est au cœur.
Verse 99
यद्यनुत्पन्नविज्ञानो विरक्तः प्रीतिसंयुतः / यावज्जीवं जपेद् युक्तः प्रणवं ब्रह्मणो वपुः
Même si la réalisation véritable n’est pas encore née, celui qui est détaché et pourtant rempli d’une dévotion aimante doit—dans une concentration disciplinée—répéter tant que dure la vie le Praṇava (Oṁ), forme incarnée de Brahman.
Verse 100
अथवा शतरुद्रीयं जपेदामरणाद् द्विजः / एकाकी यतचित्तात्मा स याति परमं पदम्
Ou bien, que le deux-fois-né récite le Śatarudrīya jusqu’à l’heure de la mort ; solitaire, maître de son mental et de son âme, il atteint l’État suprême.
Verse 101
वसेद् वामरणाद् विप्रो वाराणस्यां समाहितः / सो ऽपीश्वरप्रसादेन याति तत् परमं पदम्
Qu’un brahmane demeure à Vārāṇasī, stable dans la contemplation recueillie jusqu’à la mort ; par la grâce d’Īśvara, lui aussi atteint cet État suprême.
Verse 102
तत्रोत्क्रमणकाले हि सर्वेषामेव देहिनाम् / ददाति तत् परं ज्ञानं येन मुच्येत बन्धनात्
À cet instant, au moment de quitter le corps, Il accorde vraiment à tous les êtres incarnés la connaissance suprême, par laquelle on est délivré des liens.
Verse 103
वर्णाश्रमविधिं कृत्स्नं कुर्वाणो मत्परायणः / तेनैव जन्मना ज्ञानं लब्ध्वा याति शिवं पदम्
Celui qui accomplit pleinement toute la discipline des varṇa et des āśrama, Me prenant pour refuge suprême, obtient la vraie connaissance en cette même vie ; l’ayant reçue, il parvient à l’état auspiceux de Śiva (la délivrance).
Verse 104
ये ऽपि तत्र वसन्तीह नीचा वा पापयोनयः / सर्वे तरन्ति संसारमीश्वरानुग्रहाद् द्विजाः
Même ceux qui y demeurent—de condition basse ou nés d’un sein de péché—tous traversent le saṃsāra ; par la grâce d’Īśvara, ô deux-fois-nés, tous obtiennent la délivrance.
Verse 105
किन्तु विघ्ना भविष्यन्ति पापोपहतचेतसाम् / धर्मं समाश्रयेत् तस्मान्मुक्तये नियतं द्विजाः
Pourtant, des obstacles surgiront à coup sûr pour ceux dont l’esprit est blessé par le péché. C’est pourquoi, ô deux-fois-nés, prenez refuge avec constance dans le Dharma, en vue de la délivrance.
Verse 106
एतद् रहस्यं वेदानां न देयं यस्य कस्य चित् / धार्मिकायैव दातव्यं भक्ताय ब्रह्मचारिणे
Cet enseignement secret des Veda ne doit pas être donné à n’importe qui. Il ne doit être transmis qu’à un homme juste, dévot et fermement établi dans le brahmacarya (continence et étude sacrée).
Verse 107
व्यास उवाच इत्येतदुक्त्वा भगवानात्मयोगमनुत्तमम् / व्याजहार समासीनं नारायणमनामयम्
Vyāsa dit : Ayant ainsi exposé le Yoga suprême du Soi, le Seigneur Bienheureux s’adressa alors à Nārāyaṇa, assis dans une paisible maîtrise, exempt de toute affliction.
Verse 108
मयैतद् भाषितं ज्ञानं हितार्थं ब्रह्मवादिनाम् / दातव्यं शान्तचित्तेभ्यः शिष्येभ्यो भवता शिवम्
Cette connaissance, je l’ai énoncée pour le bien de ceux qui enseignent Brahman. Toi, ô Śiva de bon augure, accorde-la aux disciples dont l’esprit est paisible.
Verse 109
उक्त्वैवमथ योगीन्द्रानब्रवीद् भगवानजः / हिताय सर्वभक्तानां द्विजातीनां द्विजोत्तमाः
Après avoir ainsi parlé, le Seigneur Non-Né s’adressa aux plus éminents des yogins, pour le bien de tous les dévots — et tout particulièrement pour le bien des deux-fois-nés, ô meilleur des deux-fois-nés.
Verse 110
भवन्तो ऽपि हि मज्ज्ञानं शिष्याणां विधिपूर्वकम् / उपदेक्ष्यन्ति भक्तानां सर्वेषां वचनान्मम
Vous aussi, selon le rite et la règle prescrite, transmettrez Ma connaissance à vos disciples—oui, à tous les dévots—conformément à Mon ordre.
Verse 111
अयं नारायणो यो ऽहमीश्वरो नात्र संशयः / नान्तरं ये प्रपश्यन्ति तेषां देयमिदं परम्
Ce Suprême est Nārāyaṇa—en vérité, Je suis cet Īśvara; il n’y a nul doute. À ceux qui ne voient aucune différence (entre les deux), il faut conférer ce don suprême.
Verse 112
ममैषा परमा मूर्तिर्नारायणसमाह्वया / सर्वभूतात्मभूतस्था शान्ता चाक्षरसंज्ञिता
«Voici Ma manifestation suprême, connue sous le nom de “Nārāyaṇa” : demeurant comme le Soi de tous les êtres, présente au cœur de toute existence; paisible, et désignée comme l’Immuable (Akṣara).»
Verse 113
ये त्वन्यथा प्रपश्यन्ति लोके भेददृशो जनाः / न ते मां संप्रपश्यन्ति जायन्ते च पुनः पुनः
Mais ceux qui, dans le monde, voient autrement—ceux qui s’attachent à la vision de la séparation—ne Me perçoivent pas en vérité; et ils renaissent encore et encore.
Verse 114
ये त्विमं विष्णुमव्यक्तं मां वा देवं महेश्वरम् / एकीभावेन पश्यन्ति न तेषां पुनरुद्भवः
Mais ceux qui contemplent ce Viṣṇu non manifesté—ou Moi, le divin Maheśvara—avec la vision de l’unité essentielle, pour eux il n’y a plus de nouvelle naissance.
Verse 115
तस्मादनादिनिधनं विष्णुमात्मानमव्ययम् / मामेव संप्रपश्यध्वं पूजयध्वं तथैव हि
Ainsi, contemplez-Moi, Moi seul—Viṣṇu, le Soi impérissable et immuable—sans commencement ni fin; et adorez-Moi, en vérité, de la même manière.
Verse 116
ये ऽन्यथा मां प्रपश्यन्ति मत्वेमं देवतान्तरम् / ते यान्ति नरकान् घोरान् नाहं तेषुव्यवस्थितः
Ceux qui Me voient autrement, Me prenant pour une autre divinité séparée, vont vers d’effroyables enfers; Je ne demeure pas en eux.
Verse 117
मूर्खं वा पण्डितं वापि ब्राह्मणं वा मदाश्रयम् / मोचयामि श्वपाकं वा न नारायणनिन्दकम्
Qu’il soit ignorant ou savant, même un brāhmaṇa ayant pris refuge en Moi, J’accorde la délivrance; même un cuiseur de chiens (un paria) Je puis libérer, mais non celui qui blasphème Nārāyaṇa.
Verse 118
तस्मादेष महायोगी मद्भक्तैः पुरुषोत्तमः / अर्चनीयो नमस्कार्यो मत्प्रीतिजननाय हि
Ainsi, ô Puruṣottama, ce Grand Yogin doit être adoré et salué par Mes dévots; en vérité, afin de faire naître Ma satisfaction (Ma grâce).
Verse 119
एवमुक्त्वा समालिङ्ग्य वासुदेवं पिनाकधृक् / अन्तर्हितो ऽभवत् तेषां सर्वेषामेव पश्यताम्
Après avoir ainsi parlé, le Porteur du Pināka (Śiva) étreignit Vāsudeva; et, sous les yeux de tous, il disparut de leur vue.
Verse 120
नारायणो ऽपि भगवांस्तापसं वेषमुत्तमम् / जग्राह योगिनः सर्वांस्त्यक्त्वा वै परमं वपुः
Même le Bhagavān Nārāyaṇa revêtit l’habit d’ascète le plus excellent ; renonçant à sa forme suprême, il adopta cette voie pour le bien de tous les yogins.
Verse 121
ज्ञातं भवद्भिरमलं प्रसादात् परमेष्ठिनः / साक्षादेव महेशस्य ज्ञानं संसारनाशनम्
Par la grâce de Parameṣṭhin, le Seigneur Suprême, vous avez connu la vérité sans tache : la connaissance directe de Maheśvara lui-même, qui détruit l’enchaînement du saṃsāra.
Verse 122
गच्छध्वं विज्वराः सर्वे विज्ञानं परमेष्ठिनः / प्रवर्तयध्वं शिष्येभ्यो धार्मिकेभ्यो मुनीश्वराः
«Allez, vous tous, délivrés de toute affliction. Mettez en mouvement la connaissance suprême réalisée du Très-Haut, Parameṣṭhin ; et, ô seigneurs des sages, transmettez-la à vos disciples établis dans le dharma.»
Verse 123
इदं भक्ताय शान्ताय धार्मिकायाहिताग्नये / विज्ञानमैश्वरं देयं ब्राह्मणाय विशेषतः
Cette sagesse souveraine, tournée vers Īśvara, doit être transmise au dévot paisible, établi dans le dharma et gardien des feux sacrés ; et tout particulièrement à un brāhmaṇa.
Verse 124
एवमुक्त्वा स विश्वात्मा योगिनां योगवित्तमः / नारायणो महायोगी जगामादर्शनं स्वयम्
Après avoir ainsi parlé, l’Âme universelle — Nārāyaṇa, le Grand Yogin, le plus éminent connaisseur du yoga parmi les yogins — se retira de lui-même hors de la vue et devint invisible.
Verse 125
ते ऽपि देवादिदेवेशं नमस्कृत्य महेश्वरम् / नारायणं च भूतादिं स्वानि स्थानानि भेजिरे
Eux aussi, s’étant prosternés devant Mahādeva, Mahēśvara—Seigneur des dieux—et devant Nārāyaṇa, source primordiale des êtres, regagnèrent leurs demeures respectives.
Verse 126
सनत्कुमारो भगवान् संवर्ताय महामुनिः / दत्तवानैश्वरं ज्ञानं सो ऽपि सत्यव्रताय तु
Le bienheureux sage Sanatkumāra transmit au grand voyant Saṃvarta l’aiśvara-jñāna, la connaissance divine du Seigneur ; et Saṃvarta, à son tour, la conféra à Satyavrata.
Verse 127
सनन्दनो ऽपि योगीन्द्रः पुलहाय महर्षये / प्रददौ गौतमायाथ पुलहो ऽपि प्रजापतिः
Sanandana aussi, le plus éminent des yogins, le transmit au grand sage Pulaha ; puis Pulaha, le Prajāpati, le conféra à Gautama.
Verse 128
अङ्गिरा वेदविदुषे भरद्वाजाय दत्तवान् / जैगीषव्याय कपिलस्तथा पञ्चशिखाय च
Aṅgiras le donna à Bharadvāja, connaisseur du Veda ; et Kapila, de même, le conféra à Jaigīṣavya, ainsi qu’à Pañcaśikha.
Verse 129
पराशरो ऽपि सनकात् पिता मे सर्वतत्त्वदृक् / लेभेतत्परमं ज्ञानं तस्माद् वाल्मीकिराप्तवान्
Mon père Parāśara aussi, voyant de tous les tattvas, reçut de Sanaka cette connaissance suprême ; et de lui Vālmīki l’obtint.
Verse 130
ममोवाच पुरा देवः सतीदेहभवाङ्गजः / वामदेवो महायोगी रुद्रः किल पिनाकधृक्
Autrefois, le Seigneur me parla : Rudra, le grand Yogin Vāmadeva, renommé pour porter l’arc Pināka, né du corps de Satī.
Verse 131
नारायणो ऽपि भगवान् देवकीतनयो हरिः / अर्जुनाय स्वयं साक्षात् दत्तवानिदमुत्तमम्
Même Nārāyaṇa en personne—le Bienheureux Seigneur Hari, fils de Devakī—accorda lui-même, directement, cet enseignement suprême à Arjuna.
Verse 132
यदहं लब्धवान् रुद्राद् वामदेवादनुत्तमम् / विशेषाद् गिरिशे भक्तिस्तस्मादारभ्य मे ऽभवत्
Lorsque je reçus de Rudra—Vāmadeva—l’enseignement sans égal, dès cet instant ma dévotion envers Girīśa (Śiva, Seigneur de la Montagne) s’éveilla avec une ferveur particulière.
Verse 133
शरण्यं शरणं रुद्रं प्रपन्नो ऽहं विशेषतः / भूतेशं गिरशं स्थाणुं देवदेवं त्रिशूलिनम्
J’ai pris refuge—tout particulièrement—en Rudra, Refuge de ceux qui cherchent asile ; en Bhūteśa, Seigneur des êtres ; en Girīśa, Seigneur des montagnes ; en Sthāṇu, l’Immuable ; en Devadeva, Dieu des dieux ; en le Seigneur porteur du trident.
Verse 134
भवन्तो ऽपि हि तं देवं शंभुं गोवृषवाहनम् / प्रपद्यध्वं सपत्नीकाः सपुत्राः शरणं शिवम्
Ainsi, vous aussi, prenez refuge en ce Dieu, Śambhu—Śiva dont la monture est le taureau—approchez-vous avec vos épouses et vos fils, et abandonnez-vous à Śiva seul comme unique asile.
Verse 135
वर्तध्वं तत्प्रसादेन कर्मयोगेन शङ्करम् / पूजयध्वं महादेवं गोपतिं भूतिभूषणम्
Par Sa grâce, vivez et agissez selon la discipline du karma‑yoga ; adorez Śaṅkara—Mahādeva, Seigneur et protecteur des êtres, paré de la cendre sacrée.
Verse 136
एवमुक्ते ऽथ मुनयः शौनकाद्या महेश्वरम् / प्रणेमुः शाश्वतं स्थाणुं व्यासं सत्यवतीसुतम्
Quand cela eut été dit, les sages conduits par Śaunaka se prosternèrent avec révérence devant Maheśvara, le Seigneur éternel et immuable, et devant Vyāsa, fils de Satyavatī.
Verse 137
अब्रुवन् हृष्टमनसः कृष्णद्वैपायनं प्रभुम् / साक्षादेव हृषीकेशं सर्वलोकमहेश्वरम्
Le cœur en joie, ils s’adressèrent au vénérable Kṛṣṇa Dvaipāyana (Vyāsa), le tenant pour le Seigneur lui‑même : Hṛṣīkeśa manifesté en personne, le Grand Souverain de tous les mondes.
Verse 138
भवत्प्रसादादचला शरण्ये गोवृषध्वजे / इदानीं जायते भक्तिर्या देवैरपि दुर्लभा
Par Ta grâce, ô Refuge de tous, ô Seigneur dont l’étendard porte le taureau, s’éveille maintenant en moi une dévotion inébranlable—une dévotion difficile à obtenir même pour les dieux.
Verse 139
कथयस्व मुनिश्रेष्ठ कर्मयोगमनुत्तमम् / येनासौ भगवानीशः समाराध्यो मुमुक्षुभिः
Ô le meilleur des sages, enseigne l’incomparable yoga de l’action, par lequel le Seigneur bienheureux, Īśa, est parfaitement adoré et satisfait par ceux qui aspirent à la délivrance.
Verse 140
त्वत्संनिधावेष सूतः शृणोतु भगवद्वचः / तद्वदाखिललोकानां रक्षणं धर्मसंग्रहम्
En ta propre présence, ô Sūta, qu’il entende la parole du Seigneur ; car ainsi se trouve la protection de tous les mondes — tel est le compendium et le rempart du Dharma.
Verse 141
यदुक्तं देवदेवेन विष्णुना कूर्मरूपिणा / पृष्टेन मुनिभिः पूर्वं शक्रेणामृतमन्थने
Telle est la parole jadis prononcée par le Dieu des dieux—Viṣṇu sous la forme de Kūrma, la Tortue—lors du barattage de l’ambroisie, lorsqu’il fut interrogé par les sages et par Śakra (Indra).
Verse 142
श्रुत्वा सत्यवतीसूनुः कर्मयोगं सनातनम् / मुनीनां भाषितं कृष्णः प्रोवाच सुसमाहितः
Ayant entendu des sages la discipline éternelle du Karma‑Yoga, Kṛṣṇa—fils de Satyavatī—prit la parole, l’esprit parfaitement recueilli.
Verse 143
य इमं पठते नित्यं संवादं कृत्तिवाससः / सनत्कुमारप्रमुखैः सर्वपापैः प्रमुच्यते
Quiconque récite chaque jour ce dialogue de Kṛttivāsa (Śiva), exposé par les sages éminents tels que Sanatkumāra, est entièrement délivré de tous les péchés.
Verse 144
श्रावयेद् वा द्विजान् शुद्धान् ब्रह्मचर्यपरायणान् / यो वा विचारयेदर्थं स याति परमां गतिम्
Ou bien, si l’on fait entendre cet enseignement à des dvija purs, voués au brahmacarya ; ou si l’on en médite le sens, on atteint l’état suprême.
Verse 145
यश्चैतच्छृणुयान्नित्यं भक्तियुक्तो दृढव्रतः / सर्वपापविनिर्मुक्तो ब्रह्मलोके महीयते
Celui qui écoute ceci sans cesse—doué de bhakti et ferme dans son vœu—est délivré de tous les péchés et honoré dans le monde de Brahmā (Brahmaloka).
Verse 146
तस्मात् सर्वप्रयत्नेन पठितव्यो मनीषिभिः / श्रोतव्यश्चाथ मन्तव्यो विशेषाद् ब्राह्मणैः सदा
C’est pourquoi, avec tous les efforts, les sages doivent le lire et l’étudier ; il doit être écouté puis médité—tout particulièrement et toujours par les brāhmaṇas.
Abhāva-yoga is the discipline of contemplating one’s essential nature as “empty” of appearances and projections—cessation of mental modifications—leading to direct Ātman-vision. Mahāyoga/Brahma-yoga is the supreme state where the yogin beholds the Lord pervading the universe and realizes unity with Him.
It teaches yama, niyama, āsana, prāṇāyāma, pratyāhāra, dhāraṇā, dhyāna, and samādhi, but frames their culmination as one-pointed absorption in Īśvara—supported by Oṃ (Praṇava), devotion, and the vision of the Supreme as the inner Self.
Prāṇāyāma is called sagarbha (“with seed”) when accompanied by mantra-japa, and agarbha (“seedless”) when performed without japa; this distinction is presented as a defining mark recognized by yogins.
Śiva explicitly identifies Nārāyaṇa as his supreme manifestation and states “I am that Īśvara,” declaring that those who perceive essential oneness (no bheda) are freed from rebirth, while those fixed in difference fail to perceive the Supreme.
Continuous Praṇava (Oṃ) japa, Śatarudrīya recitation until death, and steadfast collected contemplation—especially in Vārāṇasī—are presented as powerful supports, with Īśvara granting liberating knowledge at the time of leaving the body.