
Manvantaras, Indras, Saptarṣis, and the Seven Sustaining Manifestations; Vyāsa as Nārāyaṇa
Le chapitre poursuit l’exposé purānique sur l’administration cosmique. Les sages demandent un résumé des manvantaras (passés et futurs) et des manifestations de Vyāsa au Dvāpara, en soulignant comment le dharma est maintenu au Kali par la ramification des Veda et par les avatāra. Sūta énumère les six premiers Manu déjà écoulés et situe le présent comme le septième, le Vaivasvata Manvantara, en indiquant pour chacun les cohortes divines (gaṇa), l’Indra de l’époque et les sept Saptarṣi. Le texte se tourne ensuite vers la théologie de l’avatāra : à chaque manvantara, le Seigneur se manifeste comme forme de soutien (aṃśa), culminant dans le Vaivasvata en Vāmana, qui réordonne la souveraineté en accordant les trois mondes à Indra. De là naît une synthèse doctrinale : Keśava/Nārāyaṇa est créateur, conservateur et dissolvant ; il pénètre l’univers ; et il est décrit selon un mode quadruple—Vāsudeva, Saṅkarṣaṇa/Śeṣa en tant que Temps, Pradyumna, Aniruddha—intégrant les fonctions liées aux guṇa. Enfin, le chapitre identifie Kṛṣṇa-Dvaipāyana Vyāsa à Nārāyaṇa lui-même, l’unique connaisseur du Suprême sans commencement, reliant cosmologie, révélation (division des Veda) et connaissance salvatrice, et préparant l’enseignement philosophique à venir.
Verse 1
इति श्रीकूर्मपुराणे षट्साहस्त्र्यां संहितायां पूर्वविभागे अष्टचत्वारिंशो ऽध्यायः ऋषय ऊचुः अतीतानागतानीह यानि मन्वन्तराणि तु / तानि त्वं कथयास्माकं व्यासांश्च द्वापरे युगे
Ainsi, dans le Śrī Kūrma Purāṇa, dans la Saṃhitā de six mille stances, au Pūrva-bhāga, s’ouvre le quarante-huitième chapitre. Les ṛṣi dirent : «Raconte-nous les Manvantara, ceux qui sont passés et ceux qui doivent venir, ainsi que les manifestations de Vyāsa au temps du Dvāpara-yuga.»
Verse 2
वेदशाखाप्रणयनं देवदेवस्य धीमतः / तथावतारान् धर्मार्थमीशानस्य कलौ युगे
Dans le Kali-yuga, le Sage Seigneur des seigneurs, Dieu des dieux, établit les diverses branches du Veda ; et de même Il manifeste Ses descentes (avatāra) afin de soutenir le dharma.
Verse 3
कियन्तो देवदेवस्य शिष्याः कलियुगेषु वै / एतत् सर्वं समासेन सूत वक्तुमिहार्हसि
Combien y aura-t-il de disciples du Dieu des dieux dans les âges de Kali ? Ô Sūta, il te convient de nous dire tout cela ici, brièvement et en résumé.
Verse 4
सूत उवाच मनुः स्वायंभुवः पूर्वं ततः स्वारोचिषो मनुः / उत्तमस्तामसश्चैव रैवतश्चाक्षुषस्तथा
Sūta dit : D’abord fut Svāyambhuva Manu ; puis vint Svārociṣa Manu. Ensuite (vinrent) Uttama, Tāmasa, Raivata, et de même Cākṣuṣa (Manu).
Verse 5
षडेते मनवो ऽतीताः सांप्रतं तु रवेः सुतः / वैवस्वतो ऽयं यस्यैतत् सप्तमं वर्तते ऽन्तरम्
Ces six Manu sont déjà passés ; à présent règne le fils du Soleil, Vaivasvata. Sous son autorité, c’est ce septième Manvantara qui est actuellement en cours.
Verse 6
स्वायंभुवं तु कथितं कल्पादावन्तरं मया / अत ऊर्ध्वं निबोधध्वं मनोः स्वारोचिषस्य तु
Je vous ai déjà exposé le Manvantara de Svāyambhuva, survenu au commencement du kalpa. À présent, écoutez encore, tandis que je rapporte le Manvantara de Manu Svārociṣa.
Verse 7
पारावताश्च तुषिता देवाः स्वारोचिषे ऽन्तरे / विपश्चिन्नाम देवेन्द्रो बभूवासुरसूदनः
Dans le Manvantara de Svārociṣa, les dieux étaient les Pārāvatas et les Tuṣitas ; et le souverain des dieux était Indra, nommé Vipaścit, pourfendeur des Asuras.
Verse 8
ऊर्जस्तम्भस्तथा प्राणो दान्तो ऽथ वृषभस्तथा / तिमिरश्चार्वरीवांश्च सप्त सप्तर्षयो ऽभवन्
Ūrjastambha, Prāṇa, Dānta, Vṛṣabha, Timira et Ārvarīvān—avec un autre encore—devinrent les sept Saptarishis, les Sept Grands Ṛṣis.
Verse 9
चैत्रकिंपुरुषाद्याश्च सुताः स्वारोचिषस्य तु / द्वितीयमतदाख्यातमन्तरं शृणु चोत्तरम्
Caitra, Kiṃpuruṣa et d’autres encore furent les fils de Svārociṣa (Manu). Ayant ainsi exposé ce second Manvantara, écoutez maintenant le récit suivant qui vient après.
Verse 10
तृतीये ऽप्यन्तरे विप्रा उत्तमो नाम वै मनुः / सुशान्तिस्तत्र देवेन्द्रो बभूवामित्रकर्षणः
Ô brāhmanes, dans le troisième Manvantara aussi, le Manu se nommait Uttama ; et en ce temps-là Suśānti devint Indra, seigneur des dieux, dompteur des ennemis.
Verse 11
सुधामानस्तथा सत्याः शिवाश्चाथ प्रतर्दनाः / वशवर्तिनश्च पञ्चैते गणा द्वादशकाः स्मृताः
De même, les Sudhāmānas, les Satyas, les Śivas, les Pratardanas et les Vaśavartins : ces cinq-là sont rappelés comme des gaṇas (troupes divines), chacun formé de douze.
Verse 12
रजोर्ध्वश्चोर्ध्वबाहुश्च सबलश्चानयस्तथा / सुतपाः शुक्र इत्येते सप्त सप्तर्षयो ऽभवन्
Rajōrdhva, Ūrdhvabāhu, Sabala, Anaya, Sutapā et Śukra : ceux-ci devinrent les sept grands ṛṣi, les Saptarṣis.
Verse 13
तामसस्यान्तरे देवाः सुरा वाहरयस्तथा / सत्याश्च सुधियश्चैव सप्तविंशतिका गणाः
Dans le Manvantara de Tāmasa, les cohortes divines furent les Suras, les Vāharayas, ainsi que les Satyas et les Sudhiyas : l’ensemble formait vingt-sept gaṇas.
Verse 14
शिबिरिन्द्रस्तथैवासीच्छतयज्ञोपलक्षणः / बभूव शङ्करे भक्तो महादेवार्चने रतः
De même, Śibirindra fut renommé comme l’accomplisseur de cent sacrifices ; il devint un dévot de Śaṅkara, sans cesse appliqué à l’adoration de Mahādeva.
Verse 15
ज्योतिर्धर्मा पृथुः काव्यश्चैत्रोग्निर्वनकस्तथा / पीवरस्त्वृषयो ह्येते सप्त तत्रापि चान्तरे
Jyotirdharmā, Pṛthu, Kāvya, Caitrogni, Vanaka et aussi Pīvara : tels sont les sept sages qui furent présents là, eux aussi, durant cet entre-deux (antara).
Verse 16
पञ्चमे चापि विप्रेन्द्रा रैवतो नाम नामतः / मनुर्वसुश्च तत्रेन्द्रो बभूवासुरमर्दनः
Ô meilleurs des brāhmanes, dans le cinquième Manvantara le Manu se nommait Raivata ; et en ce temps-là Vasu devint Indra, le broyeur des Asuras.
Verse 17
अमिताभा भूतरया वैकुण्ठाः स्वच्छमेधसः / एते देवगणास्तत्र चतुर्दश चतुर्दश
Là (à Vaikuṇṭha) se trouvent les cohortes de devas nommées Amitābhā, Bhūtarayā et Vaikuṇṭhas, à l’intellect limpide. Chacun de ces ordres divins se compte par quatorze et quatorze.
Verse 18
हिरण्यरोमा वेदश्रीरूर्ध्वबाहुस्तथैव च / वेदबाहुः सुधामा च पर्जन्यश्च महामुनिः / एते सप्तर्षयो विप्रास्तत्रासन् रैवते ऽन्तरे
Hiraṇyaromā, Vedaśrī, et de même Ūrdhvabāhu ; Vedabāhu, Sudhāmā et Parjanya, le grand muni : tels furent les sept Ṛṣis, ô brāhmanes, qui demeurèrent là durant le Manvantara de Raivata.
Verse 19
स्वारोचिषश्चोत्तमश्च तामसो रैवतस्तथा / प्रियव्रतान्वया ह्येते चत्वारो मनवः स्मृताः
Svārociṣa, Uttama, Tāmasa, et de même Raivata : ces quatre Manus sont tenus en mémoire comme appartenant à la lignée de Priyavrata.
Verse 20
षष्ठे मन्वन्तरे चासीच्चाक्षुषस्तु मनुर्द्विजाः / मनोजवस्तथैवेन्द्रो देवानपि निबोधतः
Ô vous, deux-fois-nés, dans le sixième Manvantara le Manu fut Cākṣuṣa ; et l’Indra fut aussi Manojava. Comprenez maintenant également l’assemblée des dieux de cette époque.
Verse 21
आद्याः प्रसूता भाव्याश्च पृथुगाश्च दिवौकसः / महानुभावा लेख्याश्च पञ्चैते ह्यष्टका गणाः
Les Ādyas, les Prasūtas, les Bhāvyas, les Pṛthugas et les Divaukas, habitants du ciel; de même les Mahānubhāvas et les Lekhyas : tels sont les gaṇas principaux comptés parmi les Aṣṭakās, les huit groupes divins.
Verse 22
सुमेधा विरजाश्चैव हविष्मानुत्तमो मधुः / अतिनामा सहिष्णुश्च सप्तासन्नृषयः शुभाः
Sumedhā, Virajā, Haviṣmān, Uttama, Madhu, Atināmā et Sahiṣṇu : ces sept-là furent des rishis de bon augure.
Verse 23
विवस्वतः सुतो विप्राः श्राद्धदेवो महाद्युतिः / मनुः स वर्तते धीमान् सांप्रतं सप्तमे ऽन्तरे
Ô brāhmaṇas, l’illustre Śrāddhadeva—fils de Vivasvān—est le sage Manu qui, à présent, préside au septième Manvantara.
Verse 24
आदित्या वसवो रुद्रा देवास्तत्र मरुद्गणाः / पुरन्दरस्तथैवेन्द्रो बभूव परवीरहा
Là se trouvaient les Ādityas, les Vasus, les Rudras et les troupes des Maruts parmi les dieux; et là aussi était Indra—Purandara—qui devint le pourfendeur des héros du camp adverse.
Verse 25
वसिष्ठः कश्यपश्चात्रिर्जमदग्निश्च गौतमः / विश्वामित्रो भरद्वाजः सप्त सप्तर्षयो ऽभवन्
Vasiṣṭha, Kaśyapa, Atri, Jamadagni, Gautama, Viśvāmitra et Bharadvāja : ceux-là devinrent les sept grands voyants, les Saptarṣis.
Verse 26
विष्णुशक्तिरनौपम्या सत्त्वोद्रिक्ता स्थिता स्थितौ / तदंशभूता राजानः सर्वे च त्रिदिवौकसः
La Śakti incomparable de Viṣṇu—surabondante de sattva—demeure dans l’état de préservation. D’une part de cette Śakti naissent toutes les puissances souveraines, y compris tous les habitants des trois cieux, les dieux.
Verse 27
स्वायंभुवे ऽन्तरे पूर्वमाकूत्यां मानसः सुतः / रुचेः प्रजापतेर्यज्ञस्तदंशेनाभवद् द्विजाः
Dans l’ancien Manvantara de Svāyambhuva, ô deux-fois-nés, Yajña—né comme fils issu de l’esprit en Ākūti et appartenant à Prajāpati Ruci—se manifesta comme une incarnation partielle (aṃśa).
Verse 28
ततः पुनरसौ देवः प्राप्ते स्वारोचिषे ऽन्तरे / तुषितायां समुत्पन्नस्तुषितैः सह दैवतैः
Puis, lorsque vint le Manvantara de Svarociṣa, ce même Seigneur se manifesta en Tuṣitā, avec les divinités Tuṣita.
Verse 29
औत्तमे ऽप्यन्तरे विष्णुः सत्यैः सह सुरोत्तमैः / सत्यायामभवत् सत्यः सत्यरूपो जनार्दनः
Dans le Manvantara d’Auttama également, Viṣṇu—avec les dieux sublimes appelés Satyas—se manifesta en Satyā, devenant Satya lui-même : Janārdana, dont la forme est Vérité.
Verse 30
तामसस्यान्तरे चैव संप्राप्ते पुनरेव हि / हर्यायां हरिभिर्देवैर्हरिरेवाभवद्धरिः
Et de nouveau, lorsque survint le Manvantara de Tāmasa, dans la période appelée Haryā—au milieu des dieux connus comme les Haris—Hari lui-même se manifesta encore comme Dhari, le Soutien.
Verse 31
रैवते ऽप्यन्तरे चैव संभूत्यां मानसो ऽभवत् / संभूतो मानसैः सार्धं देवैः सह महाद्युतिः
Dans le Manvantara de Raivata également, au cycle présidé par Saṃbhūti, Mānasā se manifesta ; et Saṃbhūta, d’une grande splendeur, apparut avec les Mānasas, en compagnie des dieux.
Verse 32
चाक्षुषे ऽप्यन्तरे चैव वैकुण्ठः पुरुषोत्तमः / विकुण्ठायामसौ जज्ञे वैकुण्ठैर्दैवतैः सह
Dans le Manvantara de Cākṣuṣa également, Vaikuṇṭha, le Puruṣottama, le Seigneur suprême, se manifesta ; il naquit de Vikuṇṭhā avec les divinités appelées Vaikuṇṭhas.
Verse 33
मन्वन्तरे ऽत्र संप्राप्ते तथा वैवस्वते ऽन्तरे / वामनः कश्यपाद् विष्णुरदित्यां संबभूव ह
Lorsque ce Manvantara advint — en la période de Vaivasvata — Viṣṇu naquit de Kaśyapa en Aditi sous la forme de Vāmana (l’Avatar nain).
Verse 34
त्रिभिः क्रमैरिमांल्लोकाञ्जित्वा येन महात्मना / पुरन्दराय त्रैलोक्यं दत्तं निहतकण्टकम्
Ce Seigneur à la grande âme, ayant conquis ces mondes en trois pas, remit les trois mondes à Purandara (Indra), après avoir ôté toute épine — tout obstacle ennemi.
Verse 35
इत्येतास्तनवस्तस्य सप्त मन्वन्तरेषु वै / सप्त चैवाभवन् विप्रा याभिः संरक्षिताः प्रजाः
Ainsi, dans les sept Manvantaras, il y eut vraiment sept formes de soutien de Lui ; et, ô brahmanes, il y eut pareillement sept (principes correspondants) par lesquels les créatures furent préservées et protégées.
Verse 36
यस्माद् विष्टमिदं कृत्स्नं वामनेन महात्मना / तस्मात् स वै स्मृतो विष्णुर्विशेर्धातोः प्रवेशनात्
Parce que le magnanime Vāmana a pénétré et imprégné l’univers tout entier, on se souvient de Lui comme de « Viṣṇu », issu de la racine viś (« entrer, pénétrer partout »), en raison de cette entrée.
Verse 37
एष सर्वं सृजत्यादौ पाति हन्ति च केशवः / भूतान्तरात्मा भगवान् नारायण इति श्रुतिः
C’est Lui—Keśava—qui, au commencement, crée tout, qui protège, et qui aussi mène à la dissolution. La Śruti déclare que ce Seigneur bienheureux est Nārāyaṇa, le Soi intérieur en tous les êtres.
Verse 38
एकांशेन जगत् सर्वं व्याप्य नारायणः स्थितः / चतुर्धा संस्थितो व्यापी सगुणो निर्गुणो ऽपि च
Nārāyaṇa demeure, imprégnant l’univers entier par une seule part de Lui-même. Le Seigneur omniprésent est établi en un mode quadruple—à la fois avec attributs (saguṇa) et aussi sans attributs (nirguṇa).
Verse 39
एका भगवतो मूर्तिर्ज्ञानरूपा शिवामला / वासुदेवाभिधाना सा गुणातीता सुनिष्कला
Il est une unique forme du Seigneur bienheureux—faite de connaissance pure, auspicious et sans tache. Cette forme est appelée Vāsudeva; elle transcende les guṇas et demeure parfaitement indivise, sans parties.
Verse 40
द्वितीया कालसंज्ञान्या तामसी शेषसंज्ञिता / निहन्ति सकलं चान्ते वैष्णवी परमा तनुः
La seconde puissance, connue comme le Temps, est de nature tāmasique et porte aussi le nom de Śeṣa. À la fin, la forme vaiṣṇavī suprême détruit l’univers tout entier.
Verse 41
सत्त्वोद्रिक्ता तथैवान्या प्रद्युम्नेति च संज्ञिता / जगत् स्थापयते सर्वं स विष्णुः प्रकृतिर्ध्रुवा
Une autre puissance de la Prakṛti, où domine le sattva, est véritablement appelée Pradyumna. Par cette nature inébranlable, Viṣṇu établit et soutient l’univers entier : Il est la Prakṛti stable et durable.
Verse 42
चतुर्थो वासुदेवस्य मूर्तिर्ब्राह्मीति संज्ञिता / राजसी चानिरुद्धाख्या प्रद्युम्नः सृष्टिकारिका
La quatrième manifestation de Vāsudeva est connue sous le nom de forme « Brāhmī ». Cette puissance de nature rajasique est appelée Aniruddha ; et Pradyumna est la cause opérante qui met la création en mouvement.
Verse 43
यः स्वपित्यखिलं भूत्वा प्रद्युम्नेन सह प्रभुः / नारायणाख्यो ब्रह्मासौ प्रिजासर्गं करोति सः
Ce Seigneur qui, devenant le Soi même et le Père de tout, avec Pradyumna, est appelé Nārāyaṇa : Il est en vérité Brahmā, et Il fait surgir la création des êtres (la création de la descendance).
Verse 44
या सा नारायणतनुः प्रद्युम्नाख्या मुनीश्वराः / तया संमोहयेद् विश्वं सदेवासुरमानुषम्
Ô sages éminents, cette forme de Nārāyaṇa appelée Pradyumna : par cette puissance même, Il envoûte et égare l’univers entier, avec les dieux, les asuras et les humains.
Verse 45
सैव सर्वजगत्सूतिः प्रकृतिः परिकीर्तिता / वासुदेवो ह्यनन्तात्मा केवलो निर्गुणो हरिः
Elle seule est proclamée Prakṛti, la source génératrice de l’univers entier ; et Vāsudeva—au Soi infini—n’est autre que Hari : le Suprême pur, sans attributs (nirguṇa).
Verse 46
प्रधानं पुरुषः कालस्तत्त्वत्रयमनुत्तमम् / वासुदेवात्मकं नित्यमेतद् विज्ञाय मुच्यते
Pradhāna (la Nature primordiale), Puruṣa (le Soi conscient) et le Temps : cette triade de principes, sans égale, est éternellement de la nature même de Vāsudeva. Qui le sait ainsi obtient la délivrance.
Verse 47
एकं चेदं चतुष्पादं चतुर्धा पुनरच्युतः / बिभेद वासुदेवो ऽसौ प्रद्युम्नो हरिरव्ययः
Ce Veda, unique, bien que «à quatre pieds» dans sa structure, fut de nouveau partagé en quatre parties par le Seigneur infaillible : Vāsudeva lui-même, Pradyumna, Hari, l’Immuable.
Verse 48
कृष्णद्वैपायनो व्यासो विष्णुर्नारायणः स्वयम् / अपान्तरतमाः पूर्वं स्वेच्छया ह्यभवद्धरिः
Kṛṣṇa-Dvaipāyana Vyāsa est véritablement Viṣṇu—Nārāyaṇa en personne. Jadis il fut Apāntaratamā ; et, de sa propre volonté souveraine, Hari se manifesta en lui.
Verse 49
अनाद्यन्तं परं ब्रह्म न देवा नर्षयो विदुः / एको ऽयं वेद भगवान् व्यासो नारायणः प्रभुः
Le Brahman suprême, sans commencement ni fin, n’est pleinement connu ni des dieux ni des ṛṣis. Un seul le connaît : le Seigneur bienheureux Vyāsa, qui est Nārāyaṇa lui-même, le Maître souverain.
Verse 50
इत्येतद् विष्णुमाहात्म्यमुक्तं वो मुनिपुङ्गवाः / एतत् सत्यं पुनः सत्यमेवं ज्ञात्वा न मुह्यति
Ainsi, ô sages éminents, la grandeur de Viṣṇu vous a été exposée. Ceci est vérité—vérité en vérité ; qui le sait ainsi n’est plus dans l’égarement.
It presents a repeatable schema for each manvantara—Manu, the period’s Indra, the principal deva-gaṇas, and the seven Saptarṣis—then anchors the schema in theology by naming the Lord’s sustaining manifestation for each cycle.
The chapter frames ultimate reality as Vāsudeva/Nārāyaṇa, with Pradhāna (Prakṛti), Puruṣa, and Kāla as an eternal triad of principles ‘of the nature of Vāsudeva’; liberation is tied to knowing this hierarchy, where functional powers operate without compromising the Lord’s transcendence.
Because Veda-preservation and right knowledge are treated as divine interventions: Vyāsa is portrayed as a deliberate manifestation (formerly Apāntaratamā) through whom Nārāyaṇa divides and transmits the one Veda for Kali-yuga continuity.