
Āditya-vyūha-kīrtana (Praise/Account of the Solar Array and Celestial Motions)
Ce chapitre s’ouvre sur Sūta (Lomaharṣaṇa/Romaharṣaṇa), qui annonce qu’il exposera avec ordre les enchaînements cosmiques liés à la création de Svāyambhuva et au déploiement du temps. Les sages assemblés l’interrogent sur le « cāra » (les parcours) du Soleil, de la Lune et des planètes : comment les luminaires se meuvent sans collision, et s’ils sont mus par eux-mêmes ou par une force extérieure. Sūta répond en plaçant l’axe de la régulation céleste en Dhruva (l’Étoile Polaire), décrite comme fixe dans la configuration de Śiśumāra et agissant tel un pivot (meḍhī) autour duquel tournent les luminaires. Il explique que les étoiles, nakṣatra, Soleil, Lune et graha suivent le mouvement de Dhruva « comme une roue », liés par des bandes semblables à vātānīka (cordes de vent/d’air). De cet ordre centré sur Dhruva procèdent le lever et le coucher, les présages, solstices, équinoxes, saisons, jour et nuit, ainsi que les résultats fastes ou néfastes. Le discours relie ensuite l’activité solaire à l’hydrologie : le Soleil aspire les eaux ; Soma (la Lune) transmet ou relâche l’humidité, qui circule par des canaux (nāḍī) pour nourrir la pluie et la nourriture, unissant l’astronomie à une écologie cosmique.
Verse 1
इति श्रीब्रह्माण्डे महापुराणे वायुप्रोक्ते पूर्वभागे द्वितीये ऽनुषङ्गपादे आदित्यव्यूहकीर्त्तनं नामैकविंशतितमो ऽध्यायः सूत उवाच स्वायंभूवनिसर्गे तु व्याख्यातान्यन्तराणि च / भविष्याणि च सर्वाणि तेषां वक्ष्याम्यनुक्रमम्
Ainsi, dans le Śrī Brahmāṇḍa Mahāpurāṇa, dans la première partie enseignée par Vāyu, au second Anuṣaṅgapāda, le vingt-et-unième chapitre intitulé « Louange de la formation des Āditya ». Sūta dit : Dans la création de Svāyaṃbhuva, les manvantara déjà exposés et tous ceux à venir, j’en dirai l’enchaînement selon l’ordre.
Verse 2
एतच्छ्रुतवा तु मुनयः पप्रच्छू रोमहर्षणम् / सूर्याचन्द्रमसोश्चारं ग्रहाणां चैव सर्वशः
Après avoir entendu cela, les sages interrogèrent Romaharṣaṇa : comment se fait la course du Soleil et de la Lune, et le mouvement de toutes les planètes en général ?
Verse 3
ऋषय ऋचुः / भ्रमन्ति कथमेतानि ज्योतीषि दिवमण्डलम् / अव्यूहेन च सर्वाणि तथैवासंकरेण वा
Les ṛṣis dirent : comment ces luminaires tournent-ils dans le cercle du ciel ? Se meuvent-ils tous sans formation, ou bien sans se mêler ni se confondre les uns aux autres ?
Verse 4
कश्चिद्भामयते तानि भ्रमन्ते यदि वा स्वयम् / एतद्वेदितुमिच्छामस्तन्नो निगद सत्तम
Quelqu’un les fait-il tourner, ou bien tournent-ils d’eux-mêmes ? Nous désirons le savoir ; ô très noble, dis-nous la vérité.
Verse 5
सूत उवाच भूतसंमोहनं ह्येतद्वदतो मे निबोधत / प्रत्यक्षमपि दृश्यं च संमोहयति यत्प्रजाः
Sūta dit : Ceci est vraiment un enchantement pour les êtres ; écoutez mes paroles. Même ce qui est visible et évident égare les peuples.
Verse 6
यो ऽयं चतुर्द्दिशं पुच्छे शैशुमारे व्यवस्थितः / उत्तानपादपुत्रो ऽसौ मेढीभूतो ध्रुवो दिवि
Celui qui se tient, vers les quatre directions, sur la queue du Śaiśumāra, c’est Dhruva, fils d’Uttānapāda ; au ciel il demeure stable tel un axe.
Verse 7
स वै भ्रामयते नित्यं चन्द्रादित्यौ ग्रहैः सह / भ्रमन्तमनुगच्छन्ति नक्षत्राणि च चक्रवत्
C’est lui qui, sans cesse, fait tourner la Lune et le Soleil avec les planètes ; et les constellations le suivent en tournant comme une roue.
Verse 8
ध्रुवस्य मनसा चासौ सर्वते ज्योतिषां गणः / सूर्याचन्द्रमसौ तारा नक्षत्राणि ग्रहैः सह
Par la volonté de Dhruva, toute l’assemblée des luminaires—Soleil et Lune, étoiles, constellations et planètes—se met à tourner.
Verse 9
वातानीकमयैर्बन्धैर्ध्रुवे बद्धानि तानि वै / तेषां योगश्च भेदश्च कालश्चारस्तथैव च
Tout cela est lié à Dhruva par des liens faits de courants de vent. Leur union et leur séparation, le temps et leur mouvement, tout est ainsi réglé.
Verse 10
अस्तोदयौ तथोत्पाता अयने दक्षणोत्तरे / विषुवद्ग्रहवर्णाश्च द्रुवात्सर्वं प्रवर्त्तते
Le coucher et le lever, ainsi que les présages; les courses australe et boréale; l’équinoxe et les teintes des planètes : tout procède de Dhruva.
Verse 11
वर्षा घर्मो हिमं रात्रिः संध्या चैव दिनं तथा / शुभाशुभं प्रजानां च ध्रुवात्सर्वं प्रवर्त्तते
Pluie, ardeur, froid de neige, nuit, crépuscule et jour; et le faste et le néfaste des êtres : tout se met en mouvement depuis Dhruva.
Verse 12
ध्रुवेणाधिष्टितश्चैव सूर्यो ऽपो गृह्य वर्षति / तदेष दीप्त किरणः स कालग्निर्दिवाकरः
Soutenu par Dhruva, le Soleil recueille les eaux et les répand en pluie. Ce Divākara aux rayons éclatants est tel le feu du Temps, le kālāgni.
Verse 13
परिवर्त्तक्रमाद्विप्रा भाभिरालोकयन् दिशः / सूर्यः किरमजालेन वायुयुक्तेन सर्वशः
Ô vipras ! Selon l’ordre de sa rotation, le Soleil éclaire les directions de ses splendeurs, partout, au moyen d’un réseau de rayons mêlé au vent.
Verse 14
जगतो जलमादत्ते कृत्स्नस्य द्विजसत्तमाः / आदित्यपीतं सकलं सोमः संक्रमते जलम्
Ô brahmanes éminents, Aditya (le Soleil) recueille l’eau du monde entier ; et toute l’eau bue par le Soleil, Soma (la Lune) la reconduit de nouveau à l’état d’eau.
Verse 15
नाडीभिर्वायुयुक्ताभिर्लोकधारा प्रवर्त्तते / यत्सोमात्स्रवते ह्यंबु तदन्नेष्वेव तिष्ठति
Par les canaux (nāḍī) unis au souffle, le courant du monde se met en mouvement ; l’eau qui s’écoule de Soma demeure précisément dans les nourritures.
Verse 16
मेघा वायुविघातेन विसृजन्ति जलं भूवि / एवमुत्क्षिप्यते चैव पतते चासकृज्जलम्
Les nuages, sous l’impact des vents, répandent l’eau sur la terre ; ainsi l’eau est soulevée puis retombe sans cesse.
Verse 17
न नाश उदकस्यास्ति तदेव परिवर्त्तते / संधारणार्थं लोकानां मायैषा विश्वनिर्मिता
L’eau ne connaît pas de destruction : elle ne fait que se transformer. Pour soutenir les mondes, telle est cette māyā façonnée par l’univers.
Verse 18
अन्या मायया व्याप्तं त्रैलोक्यं सचराचरम् / विश्वेशो लोककृद्देवः सहस्राक्षः प्रजापतिः
Par cette māyā est pénétré le triple monde, avec le mobile et l’immobile ; c’est Viśveśa, le dieu artisan des mondes, le Prajāpati aux mille yeux (Indra).
Verse 19
धाता कृत्स्नस्य लोकस्य प्रभविष्णुर्दिवाकरः / सार्वलोकिकमंभो यत्तत्सोमान्नभसश्व्युतम्
Divākara, le Soleil, est l’ordonnateur puissant de l’univers entier; et l’eau qui se répand dans tous les mondes descend de Soma, tombée du firmament.
Verse 20
सोमाधारं जगत्सर्वमेतत्तथ्यं प्रकीर्तितम् / सूर्यादुष्णं निस्रवते सोमाच्छीतं प्रवर्त्तते
Il est proclamé vrai que l’univers entier repose sur Soma; du Soleil s’écoule la chaleur, et de Soma procède la fraîcheur.
Verse 21
शीतोष्णवीर्यौं द्वावेतौ युक्त्या धारयतो जगत् / सोमाधारा नदी गङ्गा पवित्रा विमलोदका
Deux puissances, le froid et le chaud, soutiennent le monde par un juste équilibre; le fleuve Gaṅgā, fondé sur Soma, est sacré, aux eaux limpides.
Verse 22
भद्रसोमपुरोगाश्च महानद्यो द्विजोत्तमाः / सर्वभूतशरीरेषु ह्यापो ह्यनुसृताश्च याः
Ô le meilleur des deux-fois-nés : les grands fleuves, Bhadrasoma en tête, marchent en avant; et l’eau s’est insinuée et répandue dans les corps de tous les êtres.
Verse 23
तेषु संदह्यमानेषु जङ्गमस्थावरेषु च / धूमभूतास्तु ता ह्यापो निष्कामन्तीह सर्वशः
Lorsque les êtres mobiles et immobiles sont consumés, ces eaux deviennent fumée et s’échappent de toutes parts en ce monde.
Verse 24
तेन चाभ्राणि जायन्ते स्थानमभ्रमयं स्मृतम् / तेजोर्ऽकः सर्वभूतेभ्य आदत्ते रश्मिभिर्जलम्
De là naissent les nuées; ce lieu est tenu pour ‘abhramaya’. Le Soleil, tout de splendeur, prélève l’eau de tous les êtres par ses rayons.
Verse 25
समुद्राद्वायुसंयोगाद्वहन्त्यापो गभस्तयः / संजीवनं च सस्यानामंभस्तदमृतोपमम्
De l’océan, par l’union avec le vent, les rayons du Soleil emportent les eaux. Cette eau vivifie les moissons, pareille à l’amrita.
Verse 26
ततस्त्वृतुवशात्काले परिवत्य दिवाकरः / यच्छत्यापो हि मेघेभ्यः घुक्लाशुक्लैर्गभस्तिभिः
Puis, selon l’ordre des saisons, quand vient le temps, le Soleil se modifie et, par des rayons clairs et sombres, remet les eaux aux nuées.
Verse 27
अभ्रस्थाः प्रपतन्त्यापो वायुना समुदीरिताः / सर्वभूतहितार्थाय वायुमिश्राः समन्ततः
Les eaux demeurant dans les nuées tombent, poussées par le vent; mêlées au vent, elles pleuvent de toutes parts pour le bien de tous les êtres.
Verse 28
ततो वर्षति षण्मासान्सर्वभूतविवृद्धये / वायव्यं स्तनितं चैव वैद्युतं चाग्निसंभवम्
Alors la pluie tombe durant six mois pour la croissance de tous les êtres; paraissent le tonnerre né du vent, l’éclair, et l’ardeur issue du feu.
Verse 29
मेहनाच्च मिहेधातोमघत्वं व्यजयन्ति हि / न भ्रश्यन्ति यतश्चापस्तदभं कवयो विदुः
Par mehanā et mihedhātu, ils obtiennent vraiment la nature de nuage; et ce d’où l’eau ne déchoit point, les poètes le connaissent comme ‘abha’.
Verse 30
मेघानां पुनरुत्पत्तिश्त्रिविधा योनिरुच्यते / आग्नेया ब्रह्मजाश्चैव पक्षजाश्च पृथग्विधाः
On dit que la renaissance des nuages a trois matrices : l’ignée, celle née de Brahmā, et celle née des ailes ; chacune est d’un genre distinct.
Verse 31
त्रिधा मेघाः समाख्यातास्तेषां वक्ष्यामि संभवम् / आग्नेया स्तूष्णजाः प्रोक्तास्तेषां धूमप्रवर्त्तनम्
Les nuages ont été décrits comme triples; j’exposerai maintenant leur origine. Les nuages ignés sont dits stūṣṇajā ; leur mise en mouvement vient de la fumée.
Verse 32
शीतदुर्दिनवाता ये स्वगुणास्ते व्यवस्थिताः / महिषाश्च वाराहाश्च मत्तमातङ्गरूपिणः
Froid, jour sombre et vent : telles sont leurs qualités propres, bien établies ; ils prennent la forme du buffle, du sanglier et de l’éléphant en rut impétueux.
Verse 33
भूत्वा धरणिमभ्येत्य रमन्ते विचरन्ति च / जीमूता नाम ते मेघा ह्येतेभ्यो जीवसंभवः
Ainsi formés, ils s’approchent de la terre, s’y réjouissent et y errent. Ces nuages sont appelés jīmūta ; d’eux provient la naissance des êtres vivants.
Verse 34
विद्युद्गुणविहीनाश्च जलधारा विलंबिनः / मूकमेघा महाकाया आवहस्य वशानुगाः
Des nuées privées de la qualité de l’éclair, dont les nappes d’eau tombent avec lenteur; nuages muets, au vaste corps, soumis à la puissance d’« Āvaha ».
Verse 35
क्रोशमात्राच्च वर्षन्ति क्रोशार्द्धादपि वा पुनः / पर्वताग्र नितंबेषु वर्षति च रसंति च
Ils font pleuvoir à la distance d’un krośa, ou encore même d’un demi-krośa; sur les cimes et les flancs des montagnes, ils pleuvent et grondent.
Verse 36
बलाकागर्भदाश्चैव बलाकागर्भधारिणः / ब्रह्मजा नाम ते मेघा ब्रह्मनिश्वाससंभवाः
Ils donnent et portent le « sein de la balākā » (la héronnière) ; ces nuées se nomment Brahmajā, nées du souffle de Brahmā.
Verse 37
ते हि विद्युद्गुणोपेतास्तनयित्नुप्रियस्वनाः / तेषां शश्र्वत्प्रणादेन भूमिः स्वाङ्गरूहोद्भवा
Ils sont pourvus de la qualité de l’éclair et d’un son de tonnerre aimé; par leur grondement incessant, la terre fait naître des pousses de ses propres membres.
Verse 38
राज्ञी राज्याभिषिक्तेव पुनर्यौंवनमश्नुते / तेष्वियं प्रावृडासक्ता भूतानां जीवितोद्भवा
Comme une reine consacrée par l’onction royale retrouve à nouveau la jeunesse, ainsi cette Prāvṛṭ, attachée à ces nuées, est la source de vie de tous les êtres.
Verse 39
द्वितीयं प्रवहं वायुं मेघास्ते तु समाश्रिताः / एतं योजनमात्राच्च साध्यर्द्धा निष्कृतादपि
Le second est le vent nommé Pravaha ; les nuées s’y tiennent appuyées. Au-delà d’une yojana, il s’écoule jusqu’à la moitié du pourtour du monde des Sādhya, dépassant même la limite de Niṣkṛti.
Verse 40
वृष्टिर्गर्भस्त्रिधा तेषां धारासारः प्रकीर्त्तितः / पुष्करावर्त्तका नाम ते मेघाः पक्षसंभवाः
Le germe de la pluie en ces nuées est dit triple, et l’on le nomme Dhārāsāra. Ces nuages, nés des ailes, portent le nom de Puṣkarāvarttaka.
Verse 41
शक्रेण पक्षच्छिन्ना ये पर्वतानां महौजसाम् / कामागानां प्रवृद्धानां भूतानां शिवमिच्छता
Ces montagnes d’une grande vigueur qui avaient des ailes, Śakra (Indra) leur trancha les ailes : elles étaient des êtres allant à leur gré, accrues comme des bhūta ; cela advint par la volonté bienfaisante de Śiva.
Verse 42
पुष्करा नाम ते मेघा बृंहन्तस्तोयमत्सराः / पुष्करावर्त्तकास्तेन कारणेनेह शब्दिताः
Ce sont des nuées nommées Puṣkara, qui grondent, gonflées d’eau. C’est pour cette raison qu’ici on les appelle Puṣkarāvarttaka.
Verse 43
नानारूपधराश्चैव महाघोरस्वनाश्च ते / कल्पान्तवृष्टेः स्रष्टारः संवर्ताग्ने र्नियामकाः
Ils prennent d’innombrables formes et grondent d’un fracas terrifiant. Ils sont les créateurs de la pluie à la fin du kalpa et les régulateurs du feu de Saṃvarta.
Verse 44
वर्षन्त्येते युगान्तेषु तृतीयास्ते प्रकीर्त्तिताः / अनेकरूपसंस्थानाः पूरयन्तो महीतलम्
À la fin des yuga, ces nuées du troisième ordre déversent la pluie ; aux formes multiples, elles emplissent la surface de la terre.
Verse 45
वायुं पुरा वहन्तः स्युराश्रिताः कल्पसाधकाः / यान्यण्डस्य तु भिन्नस्य प्राकृतस्याभवंस्तदा
Autrefois, ils portaient le Vāyu, soutiens accomplissant le kalpa ; alors ils devinrent les parties de l’œuf cosmique naturel, une fois fendu.
Verse 46
यस्मिन्ब्रह्मा समुत्पन्नश्चतुर्वक्त्रः स्वयंप्रभुः / तान्येवाण्डकपालानि सर्वे मेघाः प्रकीर्त्तिताः
Dans l’œuf cosmique où naquit Brahmā, l’Autolumineux aux quatre visages, ces mêmes fragments de coquille sont célébrés comme l’ensemble des nuées.
Verse 47
तेषामाप्यायनं धूमः सर्वेषामविशेषतः / तेषां श्रेष्ठस्तु पर्जन्यश्चत्वारश्चैव दिग्गजाः
Tous sont pareillement nourris par le dhūma (vapeur) ; parmi eux, le plus éminent est Parjanya, et il y a aussi les quatre diggaja, éléphants des directions.
Verse 48
गजानां पर्वतानां च मेघानां भोगिभिः सह / कुलमेकं पृथग्भूतं योनिरेका जलं स्मृतम्
Éléphants, montagnes et nuées, avec les bhogin (nāga), ont une même lignée bien qu’ils se manifestent séparément ; leur unique matrice est tenue pour l’eau.
Verse 49
पर्जन्यो दिग्गजा श्चैव हेमन्ते शीतसंभवाः / तुषारवृष्टिं वर्षन्ति शिष्टः सस्यप्रवृद्धये
En Hemanta, Parjanya et les éléphants des directions, nés du froid, répandent une pluie de givre pour la croissance des moissons.
Verse 50
षष्ठः परिवहो नाम तेषां वायुरपाश्रयः / यो ऽसौ बिबर्त्ति भगवान्गङ्गामाकाशगोचराम्
Le sixième est le vent nommé Parivaha, appui des eaux ; ce Seigneur porte la Gangā qui chemine dans le ciel.
Verse 51
दिव्यामृतजला पुण्यां त्रिधास्वातिपथे स्थिताम् / तस्या निष्यन्दतोयानि दिग्गजाः पृथुभिः करैः
La sainte Gangā, aux eaux d’amrita divines, demeure sur la voie de Svāti en triple aspect ; les eaux qui s’en écoulent sont conduites par les éléphants des directions de leurs larges trompes.
Verse 52
शीकरं संप्रमुञ्चन्ति नीहार इति स स्मृतः / दक्षिणेन गिरिर्यो ऽसौ हेमकूट इति स्मृतः
Ils relâchent de fines gouttelettes d’eau : on s’en souvient sous le nom de « nīhāra » ; et la montagne au sud est connue comme Hemakūṭa.
Verse 53
उदग्घिमवतः शैल उत्तरप्रायदक्षिणे / पुण्ड्रं नाम समाख्यातं नगरं तत्र विस्तृतम्
Au nord du mont Himavat, dans cette région montagneuse tournée vers le sud, s’étend une vaste cité renommée nommée Puṇḍra.
Verse 54
तस्मिन्निपतितं वर्षं तत्तुषारसमुद्भवम् / ततस्तदा वहो वायुर्हेमवन्तं समुद्वहन्
Là tomba la pluie née du givre; alors le vent soufflant l’emporta et la conduisit vers le mont Himavân.
Verse 55
आनयत्यात्मयोगेन सिंचमानो महागिरिम् / हिमवन्तमतिक्रम्य वृष्टिशेषं ततः परम्
Par sa puissance de yoga intérieur, il l’amène en arrosant la grande montagne; puis, dépassant Himavân, il porte plus loin le reste de la pluie.
Verse 56
इहाभ्येति ततः पश्चादपरान्तविवृद्धये / वर्षद्वयं समाख्यातं सस्यद्वयविवृद्धये
Ensuite elle parvient ici pour l’accroissement de la contrée occidentale; on enseigne qu’il est deux sortes de pluie, pour la croissance de deux sortes de moissons.
Verse 57
मेघाश्चाप्यायनं चैव सर्वमेतत्प्रकीर्त्तितम् / सूर्य एव तु वृष्टीनां स्रष्टा समुपदिश्यते
Les nuées et leur accroissement, tout cela a été proclamé; mais l’on enseigne que le Soleil seul est le créateur des pluies.
Verse 58
सूर्यमूला च वै वृष्टिर्जलं सूर्यात्प्रवर्तते / ध्रुवेणाधिष्ठितः सूर्यस्तस्यां वृष्टौ प्रवर्त्तते
La pluie a pour racine le Soleil; l’eau procède du Soleil. Le Soleil, établi par Dhruva, œuvre dans ce déploiement de la pluie.
Verse 59
ध्रुवेणाधिष्टितो वायुर्वृष्टिं संहरते पुनः / ग्रहो निःसृत्य सूर्यात्तु कृत्स्ने नक्षत्रमण्डले
Sous l’autorité de Dhruva, Vāyu retire de nouveau la pluie. Et l’astre, issu du Soleil, parcourt l’ensemble du cercle des constellations.
Verse 60
चरित्वान्ते विशत्यर्कं ध्रुवेण समाधिष्ठितम् / ततः सूर्यरथस्याथ सन्निवेशं निबोधत
À la fin de sa course, il entre en Arka, le Soleil établi par Dhruva. Ensuite, apprends la disposition du char du Soleil.
Verse 61
संस्थितेनैकचक्रेण पञ्चारेण त्रिनाभिना / हिरण्मयेन भगवांस्तथैव हरिदर्वणा
Le Bhagavān, le Soleil, est établi sur une seule roue, aux cinq rayons et aux trois moyeux, d’or éclatant et d’une lueur verdoyante.
Verse 62
अष्टापदनिबद्धेन षट्प्रकारैकनेमिना / चक्रेण भास्वता सूर्यः स्यन्दनेन प्रसर्पति
Avec une roue éclatante, liée par huit appuis et dotée d’un seul cerceau aux six modalités, le Soleil progresse sur son char.
Verse 63
दशयोजनसाहस्रो विस्तारायामतः स्मृतः / द्विगुणो ऽस्य रथोपस्थादीषादण्डः प्रमाणतः
Sa largeur et sa longueur sont dites de dix mille yojanas. Et, depuis la plate-forme du char, le timon (īṣā-daṇḍa) a une mesure double.
Verse 64
स तस्य ब्रह्मणा सृष्टो रथो ह्यर्थवशेन तु / असंगः काञ्चनो दिव्यो युक्तः पवनगैर्हयैः
Pour lui, Brahmā façonna un char selon la nécessité. Il était divin, d’or, sans attache, et attelé de chevaux rapides comme le vent.
Verse 65
छन्दोभिर्वाजिरूपैस्तु यतश्चक्रं ततः स्थितैः / वारुणस्यन्दनस्येह लक्षणैः सदृशस्तु सः
Par les mètres sacrés prenant forme de chevaux et par la roue établie à sa place, ce char apparut ici, par ses signes, semblable au char de Varuṇa.
Verse 66
तेनासौ सर्वते व्योम्नि भास्वता तु दिवाकरः / अथैतानि तु सूर्यस्य प्रत्यङ्गानि रथस्य ह
Par ce char, le resplendissant Divākara parcourt de toutes parts le ciel. Voici maintenant les membres et parties du char du Soleil.
Verse 67
संवत्सरस्यावयवैः कल्पि तस्य यथाक्रमम् / अहस्तु नाभिः सौरस्य एकचक्रस्य वै स्मृतः
Son agencement fut établi, dans l’ordre, à partir des membres de l’année. L’« ahaḥ », le jour, est tenu pour le moyeu de l’unique roue du char solaire.
Verse 68
अराः पञ्चार्त्तवांस्तस्य नेमिः षडृतवः स्मृतः / रथनीडः स्मृतो ह्येष चायने कूबरावुभौ
Ses rayons sont tenus pour les cinq périodes saisonnières (ārtava), et la jante (nemi) est rappelée comme les six saisons. Ceci est le rathanīḍa, le siège; et les deux ayana sont ses deux essieux (kūbara).
Verse 69
मुहूर्त्ता बन्धुरास्तस्य रम्याश्चास्य कलाः स्मृताः / तस्य काष्ठा स्मृता घोणा अक्षदण्डः क्षणस्तु वै
Ses muhūrta sont tenus pour gracieux, et ses kalā pour charmantes. Pour lui, la kāṣṭhā est dite ‘ghoṇā’, et ‘akṣadaṇḍa’ est, en vérité, le kṣaṇa.
Verse 70
निमेषश्चानुकर्षो ऽस्य हीषा चास्य लवाःस्मृताः / रात्रिर्वरूथो धर्मो ऽस्य ध्वज ऊर्द्ध्व समुच्छ्रितः
Son nimeṣa est nommé ‘anukarṣa’, et ‘hīṣā’ est tenu pour ses lavas. La nuit est son armure, et le dharma son étendard dressé vers le haut.
Verse 71
युगाक्षकोडी ते तस्य अर्थकामावुभौ स्मृतौ / सप्ताश्वरूपाश्छन्दासि वहन्तो वामतो धुरम्
Pour lui, yugākṣa et koḍī sont tenus pour artha et kāma. Les chandas, sous la forme de sept chevaux, portent le joug du côté gauche.
Verse 72
गायत्री चैव त्रिष्टुप्य ह्यनुष्टुब्जगती तथा / पङ्क्तिश्च बृहती चैव ह्युष्णिक्चैव तु सप्तमी
Gāyatrī, Triṣṭubh, Anuṣṭubh et Jagatī; ainsi que Paṅkti, Bṛhatī et Uṣṇik : tels sont les sept chandas mémorisés.
Verse 73
चक्रमक्षे निबद्धं तु ध्रुवे चाक्षः समर्पितः / सहचक्रो भ्रमत्यक्षः सहक्षो भ्रमते ध्रुवः
La roue est fixée à l’essieu, et l’essieu est établi en Dhruva. Avec la roue l’essieu tourne, et avec l’essieu Dhruva tourne aussi.
Verse 74
अक्षेण सह चक्रेशो भ्रमते ऽसौ ध्रुवेरितः / एवमर्थवशात्तस्य सन्निवेशो रथस्य तु
Sous l’impulsion de Dhruva, le maître des roues tourne avec l’essieu. Ainsi, par la nécessité de ce dessein, l’agencement de son char se trouve établi de la sorte.
Verse 75
तथा संयोगभावेन संसिद्धो भासुरो रथः / तेनासौ तरणिर्देवो भास्वता सर्पते दिवि
De même, par l’état de conjonction, le char éclatant s’accomplit pleinement. Grâce à lui, le dieu Taraṇi, le Soleil, glisse dans le ciel avec une splendeur lumineuse.
Verse 76
युगाक्षकोटिसन्नद्धौ द्वौ रश्मी स्यन्दनस्य तु / ध्रुवे तौ भ्राम्यते रश्मी च चक्रयुगयोस्तु वै
Deux rênes de rayons du char sont attachées aux extrémités du joug-essieu. Toutes deux tournent autour de Dhruva, et les rênes pivotent aussi avec la paire de roues.
Verse 77
भ्रमतो मण्डलान्यस्य खेचरस्य रथस्य तु / युगाक्षकोटी ते तस्य दक्षिणे स्यन्दनस्य हि
Dans les cercles de rotation de ce char qui parcourt le ciel, les extrémités du joug-essieu se trouvent, en vérité, du côté méridional du char.
Verse 78
ध्रुवेण प्रगृहीते वै विचक्रम तुरक्षवत् / भ्रमन्तमनुगच्छेतां ध्रुवं रश्मी तु तावुभौ
Lorsque Dhruva le maintient, bien que sans roues, il semble comme attelé à des coursiers. Et ces deux rênes de rayons suivent Dhruva tandis qu’il tourne sans relâche.
Verse 79
युगाक्षकोटिस्तत्तस्य रश्मिभिः स्यन्दनस्य तु / कीलासक्ता यथा रज्जुर्भ्रंमते सर्वतो दिशम्
Par les rayons liés à l’extrémité du joug de ce char, il tourne de toutes parts, tel une corde retenue par un clou.
Verse 80
ह्रसतस्तस्य रश्मी तु मण्डलेषूत्तरायणे / वर्द्धते दक्षिणे चैव भ्रमतो मण्डलानि तु
Dans les cercles de l’Uttarāyaṇa, son rayon se raccourcit; dans le Dakṣiṇāyaṇa, il s’allonge, et les cercles continuent de tourner.
Verse 81
युगाक्षकोटिसंबद्धौ रश्मी द्वौ स्यन्दनस्य तु / ध्रुवेण प्रगृहीतौ वै तौ रश्मी नयतो रविम्
Deux rayons sont attachés à l’extrémité du joug du char; Dhruva les tient, et ces rayons conduisent Ravi, le Soleil.
Verse 82
आकृष्येते यदा तौ वै ध्रुवेण सम धिष्ठितौ / तदा सो ऽभ्यन्तरे सूर्यो भ्रमते मण्डलानि तु
Lorsque ces deux rayons, établis en équilibre par Dhruva, sont tirés, alors le Soleil tourne dans les cercles intérieurs.
Verse 83
अशीतिर्मण्डलशतं काष्ठयोरन्तरं स्मृतम् / ध्रुवेण मुच्यमानाभ्यां रश्मिभ्यां पुनरेव तु
L’intervalle entre les deux kāṣṭhā est tenu pour ‘aśīti-maṇḍala-śata’ (huit mille); et par les deux rayons que Dhruva relâche, cela advient de nouveau.
Verse 84
तथैव बाह्यतः सूर्यो भ्रमते मण्डलानि तु / उद्वेषाटयन्स वेगेन मण्डलानि तु गच्छति
De même, au dehors, le Soleil tourne à travers les cercles; et, allant avec vitesse, comme mû par l’aversion, il semble ébranler ces cercles.
The chapter attributes orderly motion to Dhruva as a fixed pivot in the Śiśumāra formation; luminaries revolve in coordinated circuits ‘like a wheel,’ held in place by vātānīka (wind-like) bonds that preserve non-interference and regularity.
Rising and setting, omens (utpāta), the southern and northern courses (dakṣiṇottara ayana), equinox (viṣuva) conditions, seasonal changes, day-night and twilight, and even auspicious/inauspicious outcomes for beings are framed as Dhruva-governed effects.
It describes a cosmic hydrology where the Sun draws up the world’s waters, Soma mediates their transformation/flow, and moisture circulates through channels (nāḍīs) to become rainfall and ultimately reside in food—linking astronomy to ecological sustenance.