Adhyaya 10
Dvadasha SkandhaAdhyaya 1042 Verses

Adhyaya 10

Mārkaṇḍeya Ṛṣi Meets Lord Śiva: Devotee as Living Tīrtha and the Lord’s Māyā

Après que le Ṛṣi Mārkaṇḍeya a contemplé la puissance déroutante (māyā) du Seigneur Suprême et s’est réfugié exclusivement en Lui, ce chapitre passe de la vision intérieure à sa reconnaissance par les gouverneurs du cosmos. Le Seigneur Śiva, accompagné d’Umā et de ses suivants, trouve Mārkaṇḍeya plongé dans un samādhi profond, insensible au monde extérieur. Pour l’éveiller sans troubler son absorption spirituelle, Śiva, par le pouvoir yogique, entre dans le « ciel du cœur » et apparaît au sein même de la méditation du sage. Mārkaṇḍeya ouvre alors les yeux, offre l’hospitalité rituelle (arghya, pādya, āsana, ārati) et loue la position transcendante de Śiva au-delà des trois guṇa. Śiva répond en glorifiant les brāhmaṇa saints et les purs bhakta comme des purificateurs immédiats—supérieurs aux eaux sacrées ou aux icônes lorsqu’on ne les approche que extérieurement. Pressé de demander une grâce, Mārkaṇḍeya ne sollicite qu’une bhakti infaillible envers le Seigneur Adhokṣaja et envers Ses dévots. Śiva lui accorde longévité, absence de déclin, tri-kāla-jñāna (connaissance du passé-présent-futur) et le statut d’ācārya purānique, puis s’en va, reliant l’épisode de māyā précédent à l’accent final sur la libération par l’écoute et la dévotion.

Shlokas

Verse 1

सूत उवाच स एवमनुभूयेदं नारायणविनिर्मितम् । वैभवं योगमायायास्तमेव शरणं ययौ ॥ १ ॥

Sūta dit : Tout cela était la manifestation opulente de la Yogamāyā, arrangée par le Seigneur Nārāyaṇa. L’ayant vécue, le sage Mārkaṇḍeya prit refuge en Lui.

Verse 2

श्रीमार्कण्डेय उवाच प्रपन्नोऽस्म्यङ्‍‍घ्रिमूलं ते प्रपन्नाभयदं हरे । यन्माययापि विबुधा मुह्यन्ति ज्ञानकाशया ॥ २ ॥

Śrī Mārkaṇḍeya dit : Ô Hari, je prends refuge aux plantes de Tes pieds de lotus, qui accordent l’intrépidité à ceux qui se rendent. Même les dieux sont troublés par Ta māyā, qui se présente sous l’apparence du savoir.

Verse 3

सूत उवाच तमेवं निभृतात्मानं वृषेण दिवि पर्यटन् । रुद्राण्या भगवान् रुद्रो ददर्श स्वगणैर्वृत: ॥ ३ ॥

Sūta dit : Parcourant le ciel sur son taureau, le Seigneur Rudra, entouré de Rudrāṇī et de ses compagnons, aperçut Mārkaṇḍeya plongé en transe.

Verse 4

अथोमा तमृषिं वीक्ष्य गिरिशं समभाषत । पश्येमं भगवन् विप्रं निभृतात्मेन्द्रियाशयम् ॥ ४ ॥

Alors Umā, voyant le sage, s’adressa à Giriśa : Ô seigneur, vois ce brāhmane érudit ; son corps, son mental et ses sens demeurent immobiles en transe.

Verse 5

निभृतोदझषव्रातो वातापाये यथार्णव: । कुर्वस्य तपस: साक्षात् संसिद्धिं सिद्धिदो भवान् ॥ ५ ॥

Il est paisible comme l’océan lorsque le vent tombe et que les poissons demeurent immobiles. Ainsi, ô seigneur qui accordes la perfection aux ascètes, daigne conférer à ce sage la siddhi manifeste qui lui est due.

Verse 6

श्रीभगवानुवाच नैवेच्छत्याशिष: क्‍वापि ब्रह्मर्षिर्मोक्षमप्युत । भक्तिं परां भगवति लब्धवान् पुरुषेऽव्यये ॥ ६ ॥

Le Seigneur (Śiva) dit : Ce brahmarṣi ne désire aucune grâce, pas même la délivrance; car il a obtenu la bhakti suprême et pure envers Bhagavān, la Personne divine inépuisable et impérissable.

Verse 7

अथापि संवदिष्यामो भवान्येतेन साधुना । अयं हि परमो लाभो नृणां साधुसमागम: ॥ ७ ॥

Pourtant, ô Bhavānī, parlons avec ce saint; car pour les hommes, le plus grand gain est la fréquentation des sādhus.

Verse 8

सूत उवाच इत्युक्त्वा तमुपेयाय भगवान् स सतां गति: । ईशान: सर्वविद्यानामीश्वर: सर्वदेहिनाम् ॥ ८ ॥

Sūta dit : Ayant parlé ainsi, le Seigneur Śaṅkara — refuge des âmes pures, maître de toutes les sciences spirituelles et régisseur de tous les êtres incarnés — s’approcha du sage.

Verse 9

तयोरागमनं साक्षादीशयोर्जगदात्मनो: । न वेद रुद्धधीवृत्तिरात्मानं विश्वमेव च ॥ ९ ॥

Comme l’esprit matériel de Mārkaṇḍeya s’était arrêté, le sage ne remarqua pas que les deux Īśvara (Śiva et Pārvatī), l’âme de l’univers, étaient venus en personne; il n’avait conscience ni de lui-même ni du monde extérieur.

Verse 10

भगवांस्तदभिज्ञाय गिरिशो योगमायया । आविशत्तद्गुहाकाशं वायुश्छिद्रमिवेश्वर: ॥ १० ॥

Comprenant parfaitement la situation, Bhagavān Girīśa (Śiva) usa de sa yogamāyā pour pénétrer dans l’espace céleste de la caverne du cœur de Mārkaṇḍeya, comme le vent passe par une ouverture.

Verse 11

आत्मन्यपि शिवं प्राप्तं तडित्पिङ्गजटाधरम् । त्र्यक्षं दशभुजं प्रांशुमुद्यन्तमिव भास्करम् ॥ ११ ॥ व्याघ्रचर्माम्बरं शूलधनुरिष्वसिचर्मभि: । अक्षमालाडमरुककपालं परशुं सह ॥ १२ ॥ बिभ्राणं सहसा भातं विचक्ष्य हृदि विस्मित: । किमिदं कुत एवेति समाधेर्विरतो मुनि: ॥ १३ ॥

Śrī Mārkaṇḍeya vit soudain Bhagavān Śiva apparaître dans son propre cœur. Ses jaṭās dorées semblaient des éclairs; il avait trois yeux, dix bras et une haute stature resplendissant comme le soleil levant. Vêtu d’une peau de tigre, il portait trident, arc, flèches, épée et bouclier, ainsi qu’un rosaire, un tambour ḍamaru, un crâne et une hache. Émerveillé, le sage sortit du samādhi et se dit : «Qui est-il, et d’où est-il venu ?»

Verse 12

आत्मन्यपि शिवं प्राप्तं तडित्पिङ्गजटाधरम् । त्र्यक्षं दशभुजं प्रांशुमुद्यन्तमिव भास्करम् ॥ ११ ॥ व्याघ्रचर्माम्बरं शूलधनुरिष्वसिचर्मभि: । अक्षमालाडमरुककपालं परशुं सह ॥ १२ ॥ बिभ्राणं सहसा भातं विचक्ष्य हृदि विस्मित: । किमिदं कुत एवेति समाधेर्विरतो मुनि: ॥ १३ ॥

Le sage vit dans son cœur Bhagavān Śiva, vêtu d’une peau de tigre, portant trident, arc, flèches, épée, bouclier, chapelet de japa, tambour ḍamaru, crâne et hache. Son éclat était celui du soleil à l’aurore. Étonné, il sortit du samādhi et se demanda : «D’où est-il venu ?»

Verse 13

आत्मन्यपि शिवं प्राप्तं तडित्पिङ्गजटाधरम् । त्र्यक्षं दशभुजं प्रांशुमुद्यन्तमिव भास्करम् ॥ ११ ॥ व्याघ्रचर्माम्बरं शूलधनुरिष्वसिचर्मभि: । अक्षमालाडमरुककपालं परशुं सह ॥ १२ ॥ बिभ्राणं सहसा भातं विचक्ष्य हृदि विस्मित: । किमिदं कुत एवेति समाधेर्विरतो मुनि: ॥ १३ ॥

Voyant Śiva resplendir soudain dans son cœur, le sage fut saisi d’étonnement. Il sortit du samādhi et pensa : «Qu’est-ce donc, et d’où cela vient-il ?»

Verse 14

नेत्रे उन्मील्य दद‍ृशे सगणं सोमयागतम् । रुद्रं त्रिलोकैकगुरुं ननाम शिरसा मुनि: ॥ १४ ॥

En ouvrant les yeux, le sage vit Rudra, l’unique maître spirituel des trois mondes, venu avec Umā et ses gaṇas. Il inclina alors la tête et lui rendit hommage.

Verse 15

तस्मै सपर्यां व्यदधात् सगणाय सहोमया । स्वागतासनपाद्यार्घ्यगन्धस्रग्धूपदीपकै: ॥ १५ ॥

Mārkaṇḍeya rendit un culte à Bhagavān Śiva, avec Umā et ses gaṇas, en offrant des paroles de bienvenue, un siège, l’eau pour laver les pieds, l’arghya, des parfums, des guirlandes de fleurs, de l’encens et des lampes d’ārati.

Verse 16

आह त्वात्मानुभावेन पूर्णकामस्य ते विभो । करवाम किमीशान येनेदं निर्वृतं जगत् ॥ १६ ॥

Mārkaṇḍeya dit : Ô Seigneur tout-puissant, Toi qui es pleinement comblé par l’extase de Ton propre Soi, que pourrais-je faire pour Toi ? En vérité, par Ta miséricorde, l’univers entier est apaisé et rassasié.

Verse 17

नम: शिवाय शान्ताय सत्त्वाय प्रमृडाय च । रजोजुषेऽथ घोराय नमस्तुभ्यं तमोजुषे ॥ १७ ॥

Sans cesse je T’offre mes hommages, ô Śiva, paisible et tout-auspicious. Comme maître de la bonté tu donnes la joie; au contact de la passion tu parais redoutable; et à Toi aussi, lié à l’ignorance, je me prosterne.

Verse 18

सूत उवाच एवं स्तुत: स भगवानादिदेव: सतां गति: । परितुष्ट: प्रसन्नात्मा प्रहसंस्तमभाषत ॥ १८ ॥

Sūta dit : Ainsi loué, le Seigneur Śiva, dieu primordial et refuge des saints, fut satisfait. L’âme réjouie, il sourit et s’adressa au sage.

Verse 19

श्रीभगवानुवाच वरं वृणीष्व न: कामं वरदेशा वयं त्रय: । अमोघं दर्शनं येषां मर्त्यो यद् विन्दतेऽमृतम् ॥ १९ ॥

Le Seigneur Śiva dit : Demande une bénédiction. Parmi les dispensateurs de grâces, nous trois—Brahmā, Viṣṇu et moi—sommes les plus éminents. Notre vision n’est jamais vaine, car en nous voyant, un mortel obtient l’immortalité.

Verse 20

ब्राह्मणा: साधव: शान्ता नि:सङ्गा भूतवत्सला: । एकान्तभक्ता अस्मासु निर्वैरा: समदर्शिन: ॥ २० ॥ सलोका लोकपालास्तान् वन्दन्त्यर्चन्त्युपासते । अहं च भगवान् ब्रह्मा स्वयं च हरिरीश्वर: ॥ २१ ॥

Ces brāhmaṇas qui sont saints, toujours paisibles, détachés, compatissants envers tous les êtres, dévots exclusifs de nous, sans inimitié et dotés d’une vision égale—les habitants et les régents de tous les mondes les honorent, les adorent et les servent; et moi, le Seigneur Brahmā, ainsi que Hari Lui-même, le Souverain suprême, faisons de même.

Verse 21

ब्राह्मणा: साधव: शान्ता नि:सङ्गा भूतवत्सला: । एकान्तभक्ता अस्मासु निर्वैरा: समदर्शिन: ॥ २० ॥ सलोका लोकपालास्तान् वन्दन्त्यर्चन्त्युपासते । अहं च भगवान् ब्रह्मा स्वयं च हरिरीश्वर: ॥ २१ ॥

Ces brāhmaṇas saints sont toujours paisibles, sans attachement, compatissants envers tous les êtres, voués à nous d’une bhakti exclusive, sans haine et dotés d’une vision égale. Les habitants et les demi-dieux gouverneurs de tous les mondes, ainsi que moi, le Seigneur Brahmā et Śrī Hari Lui-même, l’Īśvara—nous les glorifions, les adorons et les servons.

Verse 22

न ते मय्यच्युतेऽजे च भिदामण्वपि चक्षते । नात्मनश्च जनस्यापि तद् युष्मान् वयमीमहि ॥ २२ ॥

Ces dévots ne voient pas la moindre différence entre moi, Acyuta Viṣṇu et Brahmā l’Aja; ils ne distinguent pas non plus entre eux-mêmes et les autres êtres. Ainsi, parce que tu es un dévot saint de cette nature, nous t’adorons.

Verse 23

न ह्यम्मयानि तीर्थानि न देवाश्चेतनोज्झिता: । ते पुनन्त्युरुकालेन यूयं दर्शनमात्रत: ॥ २३ ॥

Ce ne sont pas de simples étendues d’eau qui font un tīrtha, ni des statues inertes de demi-dieux de véritables divinités adorables. La vue extérieure n’en saisissant pas l’essence supérieure, ils ne purifient qu’au bout d’un long temps; mais des dévots comme vous purifient aussitôt, par le seul fait d’être vus.

Verse 24

ब्राह्मणेभ्यो नमस्यामो येऽस्मद्रूपं त्रयीमयम् । बिभ्रत्यात्मसमाधानतप:स्वाध्यायसंयमै: ॥ २४ ॥

Nous nous inclinons devant les brāhmaṇas qui, par la méditation en samādhi sur le Paramātmā, l’austérité, l’étude des Vedas et la maîtrise de soi, portent en eux les trois Vedas, non différents de notre forme—de Viṣṇu, de Brahmā et de moi. Ainsi je leur offre mes hommages.

Verse 25

श्रवणाद् दर्शनाद् वापि महापातकिनोऽपि व: । शुध्येरन्नन्त्यजाश्चापि किमु सम्भाषणादिभि: ॥ २५ ॥

Même les plus grands pécheurs et les exclus se purifient rien qu’en entendant parler de vous ou en vous voyant. Imaginez donc combien ils se purifieront davantage en vous parlant directement et en vous fréquentant !

Verse 26

सूत उवाच इति चन्द्रललामस्य धर्मगुह्योपबृंहितम् । वचोऽमृतायनमृषिर्नातृप्यत् कर्णयो: पिबन् ॥ २६ ॥

Sūta dit : En buvant par ses oreilles les paroles de nectar de Śiva, l’Orné de la lune, riches de l’essence secrète du dharma, le ṛṣi Mārkaṇḍeya ne put jamais être rassasié.

Verse 27

स चिरं मायया विष्णोर्भ्रामित: कर्शितो भृशम् । शिववागमृतध्वस्तक्लेशपुञ्जस्तमब्रवीत् ॥ २७ ॥

Ballotté longtemps par la māyā de Viṣṇu dans les eaux du pralaya, il était exténué; mais les paroles de nectar de Śiva anéantirent l’amas de ses peines. Alors il s’adressa à Śiva.

Verse 28

श्रीमार्कण्डेय उवाच अहो ईश्वरलीलेयं दुर्विभाव्या शरीरिणाम् । यन्नमन्तीशितव्यानि स्तुवन्ति जगदीश्वरा: ॥ २८ ॥

Śrī Mārkaṇḍeya dit : Hélas ! Pour les êtres incarnés, il est bien difficile de saisir les jeux des maîtres de l’univers, car ces seigneurs s’inclinent et louent ceux-là mêmes qu’ils gouvernent.

Verse 29

धर्मं ग्राहयितुं प्राय: प्रवक्तारश्च देहिनाम् । आचरन्त्यनुमोदन्ते क्रियमाणं स्तुवन्ति च ॥ २९ ॥

En général, pour amener les êtres incarnés à গ্রহণ dharma, les maîtres autorisés montrent eux-mêmes une conduite exemplaire, encouragent et louent la bonne conduite d’autrui.

Verse 30

नैतावता भगवत: स्वमायामयवृत्तिभि: । न दुष्येतानुभावस्तैर्मायिन: कुहकं यथा ॥ ३० ॥

Cette humilité apparente n’est que miséricorde. La puissance du Bhagavān et de Ses compagnons personnels, qu’Il manifeste par Sa propre māyā, n’en est nullement altérée, pas plus que l’art d’un magicien ne diminue en montrant ses tours.

Verse 31

सृष्ट्वेदं मनसा विश्वमात्मनानुप्रविश्य य: । गुणै: कुर्वद्भ‍िराभाति कर्तेव स्वप्नद‍ृग् यथा ॥ ३१ ॥ तस्मै नमो भगवते त्रिगुणाय गुणात्मने । केवलायाद्वितीयाय गुरवे ब्रह्ममूर्तये ॥ ३२ ॥

Celui qui, par sa seule volonté, a créé cet univers puis y est entré comme Paramātmā; en faisant agir les guṇa de la nature, Il paraît être le créateur direct, tel le rêveur qui agit dans son rêve. À ce Bhagavān, maître des trois guṇa et essence des guṇa, pur, unique sans second, Guru suprême et forme personnelle de la Vérité Absolue, j’offre mes hommages.

Verse 32

सृष्ट्वेदं मनसा विश्वमात्मनानुप्रविश्य य: । गुणै: कुर्वद्भ‍िराभाति कर्तेव स्वप्नद‍ृग् यथा ॥ ३१ ॥ तस्मै नमो भगवते त्रिगुणाय गुणात्मने । केवलायाद्वितीयाय गुरवे ब्रह्ममूर्तये ॥ ३२ ॥

Celui qui, par sa seule volonté, a créé cet univers puis y est entré comme Paramātmā; en faisant agir les guṇa de la nature, Il paraît être le créateur direct, tel le rêveur qui agit dans son rêve. À ce Bhagavān, maître des trois guṇa et essence des guṇa, pur, unique sans second, Guru suprême et forme personnelle de la Vérité Absolue, j’offre mes hommages.

Verse 33

कं वृणे नु परं भूमन् वरं त्वद् वरदर्शनात् । यद्दर्शनात् पूर्णकाम: सत्यकाम: पुमान् भवेत् ॥ ३३ ॥

Ô Seigneur omniprésent, ayant reçu la grâce de Te contempler, quelle autre bénédiction pourrais-je demander ? Par Ta seule vision, l’homme devient comblé et ses désirs véritables s’accomplissent.

Verse 34

वरमेकं वृणेऽथापि पूर्णात् कामाभिवर्षणात् । भगवत्यच्युतां भक्तिं तत्परेषु तथा त्वयि ॥ ३४ ॥

Pourtant, Toi qui es parfait et peux faire pleuvoir l’accomplissement de tous les désirs, je ne demande qu’une grâce : une bhakti infaillible envers Bhagavān, et envers Ses dévots entièrement consacrés, tout particulièrement envers toi.

Verse 35

सूत उवाच इत्यर्चितोऽभिष्टुतश्च मुनिना सूक्तया गिरा । तमाह भगवाञ्छर्व: शर्वया चाभिनन्दित: ॥ ३५ ॥

Sūta dit : Ainsi adoré et glorifié par le sage Mārkaṇḍeya en paroles inspirées, et encouragé par son épouse Śarvāṇī, Bhagavān Śarva (Śiva) lui répondit comme suit.

Verse 36

कामो महर्षे सर्वोऽयं भक्तिमांस्त्वमधोक्षजे । आकल्पान्ताद् यश: पुण्यमजरामरता तथा ॥ ३६ ॥

Ô grand sage, puisque tu es dévot du Seigneur Adhokṣaja, tous tes désirs seront exaucés. Jusqu’à la fin de ce kalpa, tu jouiras d’une renommée méritoire et seras libre de la vieillesse et de la mort.

Verse 37

ज्ञानं त्रैकालिकं ब्रह्मन् विज्ञानं च विरक्तिमत् । ब्रह्मवर्चस्विनो भूयात् पुराणाचार्यतास्तु ते ॥ ३७ ॥

Ô brāhmaṇa, puisses-tu posséder la connaissance parfaite des trois temps—passé, présent et futur—ainsi que la réalisation transcendante du Suprême, enrichie par le détachement. Tu resplendis de l’éclat d’un brāhmaṇa idéal; puisses-tu obtenir la charge d’ācārya des Purāṇa.

Verse 38

सूत उवाच एवं वरान् स मुनये दत्त्वागात् त्र्यक्ष ईश्वर: । देव्यै तत्कर्म कथयन्ननुभूतं पुरामुना ॥ ३८ ॥

Sūta dit : Ayant ainsi accordé des bénédictions au sage, le Seigneur aux trois yeux (Śiva) reprit sa route, continuant de raconter à la Déesse Devī les accomplissements du ṛṣi et la manifestation directe de l’étonnant pouvoir de la māyā du Seigneur qu’il avait vécue.

Verse 39

सोऽप्यवाप्तमहायोगमहिमा भार्गवोत्तम: । विचरत्यधुनाप्यद्धा हरावेकान्ततां गत: ॥ ३९ ॥

Mārkaṇḍeya Ṛṣi, le meilleur des descendants de Bhṛgu, est glorieux pour avoir atteint la perfection du mahā-yoga. Aujourd’hui encore, il parcourt ce monde, entièrement absorbé dans une bhakti exclusive et sans mélange envers Śrī Hari, la Suprême Personnalité de Dieu.

Verse 40

अनुवर्णितमेतत्ते मार्कण्डेयस्य धीमत: । अनुभूतं भगवतो मायावैभवमद्भ‍ुतम् ॥ ४० ॥

Je t’ai ainsi relaté les activités du très sage Mārkaṇḍeya, et surtout la manière dont il fit l’expérience directe de l’étonnante splendeur de la puissance illusoire (māyā) du Seigneur Suprême.

Verse 41

एतत् केचिदविद्वांसो मायासंसृतिरात्मन: । अनाद्यावर्तितं नृणां कादाचित्कं प्रचक्षते ॥ ४१ ॥

Bien que cet événement fût unique et sans précédent, certains esprits peu éclairés le comparent au cycle illusoire de l’existence matérielle que le Seigneur Suprême a établi pour les âmes conditionnées, un tour sans commencement qui se poursuit depuis des temps immémoriaux.

Verse 42

य एवमेतद् भृगुवर्य वर्णितं रथाङ्गपाणेरनुभावभावितम् । संश्रावयेत् संश‍ृणुयादु तावुभौ तयोर्न कर्माशयसंसृतिर्भवेत् ॥ ४२ ॥

Ô le meilleur des Bhṛgu, ce récit concernant le sage Mārkaṇḍeya est imprégné de la puissance transcendante du Seigneur Suprême, Celui qui tient le disque. Quiconque le raconte correctement ou l’écoute avec foi ne retombera plus dans l’existence matérielle, fondée sur le désir d’agir pour des fruits.

Frequently Asked Questions

Mārkaṇḍeya’s mind is withdrawn from external function due to deep samādhi, so ordinary approach would not register. Śiva uses yogic siddhi to appear within the sage’s inner awareness, demonstrating mastery over subtle existence while honoring the sage’s absorption. The episode also teaches that the Lord’s associates can interface with consciousness directly, and that genuine trance is characterized by forgetfulness of self and world, not performative stillness.

Śiva states that water-bodies and externally viewed deities purify ‘after a considerable time’ because people often approach them with external vision and mixed motives. A pure devotee, however, purifies immediately by darśana because devotion carries the Lord’s presence (bhagavat-sambandha) and awakens remembrance and surrender in others. The teaching elevates sādhu-saṅga as the most potent tīrtha.

Śiva names Brahmā, Viṣṇu (Hari), and himself as foremost among benedictors, emphasizing that contact with cosmic rulers is not meaningless. Yet the chapter’s conclusion reframes the highest boon: Mārkaṇḍeya asks not for wealth, siddhi, or even mokṣa, but for unwavering bhakti—showing that devotion is superior to all benedictions and that devas ultimately honor bhakti.

Śiva grants enduring fame, freedom from old age and death until the end of the creation cycle, tri-kāla-jñāna (knowledge of past, present, and future), and realization enriched by renunciation—culminating in eligibility as a Purāṇic spiritual master. These gifts validate Mārkaṇḍeya as a trustworthy transmitter (paramparā) while keeping bhakti central: the boons are secondary confirmations of his devotion to Adhokṣaja.