
Īśvara enseigne à Devī la manière de se rendre au liṅga de Mahākāleśvara, situé légèrement au nord d’Aghoreśa et orienté vers le vāyavya (nord-ouest), en le décrivant comme un lieu qui détruit les péchés. Le chapitre retrace aussi l’histoire des noms selon les yuga : au Kṛtayuga, on s’en souvient comme Citrāṅgadeśvara, tandis qu’au Kali il est célébré comme Mahākāleśvara. Rudra y apparaît comme kāla-rūpa (la Forme du Temps) et comme un principe cosmique capable d’« engloutir » le soleil, reliant cosmologie et théologie du sanctuaire. Sont prescrits divers rites : l’adoration à l’aube avec un mantra de six syllabes ; et, lors de Kṛṣṇāṣṭamī, une observance particulière où l’on offre du guggulu mêlé de ghee dans un rite nocturne accompli selon les règles. Il est dit que Bhairava accorde un vaste pardon des offenses. Le dāna est mis en avant, surtout le dhenu-dāna (don d’une vache), qui élève la lignée des ancêtres ; ainsi que la récitation du Śatarudrīya au côté sud de la divinité pour l’essor des lignées paternelle et maternelle. On mentionne encore l’offrande d’un ghṛta-kambala (couverture de ghee) au solstice du nord, promettant d’atténuer des renaissances difficiles. La phalaśruti conclut par la prospérité, l’éloignement du malheur et une bhakti affermie de vie en vie, en rattachant la renommée du lieu au culte ancien de Citrāṅgada.
Verse 1
ईश्वर उवाच । ततो गच्छेद्वरारोहे महाकालेश्वरं हरम् । अघोरेशादुत्तरतः किंचिद्वायव्यसंस्थितम्
Īśvara dit : « Ensuite, ô Dame aux hanches gracieuses, il faut se rendre auprès de Hara nommé Mahākāleśvara, situé un peu au nord d’Aghoreśvara, dans le quartier du nord-ouest ».
Verse 2
धनुषां त्रिंशता देवि श्रुतं पातकनाशनम् । पूर्वं कृतयुगे देवि स्मृतं चित्रांगदेश्वरम्
Ô Déesse, dans un rayon de trente longueurs d’arc, ce lieu est réputé pour anéantir les péchés. Jadis, au Kṛta Yuga, ô Déesse, on s’en souvenait sous le nom de Citrāṅgadeśvara.
Verse 3
महाकालेश्वरं देवि कलौ नाम प्रकीर्तितम् । कालरूपी महारुद्रस्तस्मिंल्लिंगे व्यवस्थितः
Ô Déesse, à l’âge de Kali, on le célèbre sous le nom de Mahākāleśvara. Là, le Grand Rudra—incarné en Temps—demeure établi dans ce liṅga.
Verse 4
चराचरगुरुः साक्षाद्देवदानवदर्पहा । सूर्यरूपेण यत्सर्वं ब्रह्मांडे ग्रसते प्रिये
Il est le Guru manifesté de tout ce qui se meut et de tout ce qui demeure immobile, celui qui brise l’orgueil des dieux et des asuras ; et, sous la forme du Soleil, ô bien-aimée, il consume tout dans la sphère cosmique.
Verse 5
स देवः संस्थितो देवि तस्मिंल्लिंगे महाप्रभः । यस्तत्पूजयते भक्त्या कल्ये लिंगं मम प्रियम् । षडक्षरेण मंत्रेण मृत्युं जयति तत्क्षणात्
Ô Déesse, cette Divinité puissante et rayonnante est établie dans ce liṅga. Quiconque, à l’aube, vénère avec bhakti ce liṅga—qui m’est cher—triomphe de la mort à l’instant même par le mantra de six syllabes.
Verse 6
कृष्णाष्टम्यां विशेषेण गुग्गुलं घृतसंयुतम् । यो दहेद्विधिवत्तत्र पूजां कृत्वा निशागमे
Surtout au jour de Kṛṣṇāṣṭamī, quiconque, après avoir accompli le culte en ce lieu au crépuscule, brûle selon le rite la résine de guggulu mêlée de ghee—
Verse 7
अपराधसहस्रं तु क्षमते तस्य भैरवः । धेनुदानं प्रशंसंति तस्मिन्स्थाने महर्षयः
Bhairava pardonne même mille offenses d’un tel dévot. En ce lieu, les grands sages louent le don d’une vache (dhenu-dāna).
Verse 8
धेनुदस्तारयेन्नूनं दश पूर्वान्दशापरान् । देवस्य दक्षिणे भागे यो जपेच्छतरुद्रियम्
Assurément, celui qui offre une vache délivre dix ancêtres et dix descendants. Et quiconque, au côté sud de la divinité, récite le Śatarudrīya—
Verse 9
उद्धरेत्पितृवर्गं च मातृवर्गं च मानवः । बाल्ये वयसि यत्पापं वार्द्धके यौवनेऽपि वा । क्षालयेच्चैव तत्सर्वं दृष्ट्वा कालेश्वरं हरम्
En contemplant Kāleśvara—Hara Lui-même—l’homme relève la lignée paternelle comme la lignée maternelle. Quel que soit le péché commis dans l’enfance, la jeunesse ou même la vieillesse, tout est lavé par la vision de Kāleśvara.
Verse 10
अयने चोत्तरे प्राप्ते यः कुर्याद्घृतकंबलम् । न स भूयोऽत्र संसारे जन्म प्राप्नोति दारुणम्
Quand advient le solstice du nord (uttarāyaṇa), celui qui accomplit l’offrande appelée « ghṛta-kambala » (don/offrande de ghee) n’obtient plus de naissance terrible dans ce cycle de saṃsāra.
Verse 11
न दुःखितो दरिद्रो वा दुर्भगो वा प्रजायते । सप्तजन्मान्तराण्येव महाकालेशदर्शनात्
Par la seule vision de Mahākāleśa, on ne renaît ni malheureux, ni pauvre, ni frappé de mauvais sort, et cela durant sept naissances successives.
Verse 12
धनधान्यसमायुक्ते स्फीते सञ्जायते कुले । भक्तिर्भवति भूयोऽपि महाकालेश्वरार्चने
On naît dans une lignée prospère, pourvue de richesses et de grains; et, encore et encore, la dévotion s’éveille envers le culte de Mahākāleśvara.
Verse 13
इति संक्षेपतः प्रोक्तं महाकालेश्वरं प्रिये । चित्रांगदो गणो देवि तेन चाराधितं पुरा
Ainsi, brièvement, ô bien-aimée, Mahākāleśvara a été décrit. Ô Déesse, jadis un gaṇa nommé Citrāṅgada L’adora avec dévotion.
Verse 14
दिव्याब्दानां सहस्रं तु महा कालेश्वरं हि तत् । चित्रांगदेश्वरं नाम तेन ख्यातं धरातले
Durant mille années divines, ce liṅga demeura véritablement comme Mahā-Kāleśvara; c’est pourquoi, sur la terre, il devint renommé sous le nom de « Citrāṅgadeśvara ».
Verse 93
इति श्रीस्कान्दे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभास खंडे प्रथमे प्रभासक्षेत्रमाहात्म्य एकादशरुद्रमाहात्म्ये महाकालेश्वरमाहात्म्यवर्णनंनाम त्रिणवतितमोऽध्यायः
Ainsi s’achève le quatre-vingt-treizième chapitre, intitulé « Description de la grandeur de Mahākāleśvara », dans le Prabhāsa Khaṇḍa du Śrī Skanda Mahāpurāṇa, au sein du Prabhāsakṣetra Māhātmya, dans la section Ekādaśa-Rudra Māhātmya, de la recension de quatre-vingt-un mille ślokas.