
Pulastya enseigne à un roi d’aller à Yama-tīrtha, lieu sacré sans égal qui délivre les êtres des états infernaux et détruit le péché. Ce tīrtha est loué comme un purificateur suprême, capable d’effacer les souillures karmiques. Vient ensuite un récit exemplaire : le roi Citrāṅgada, d’une avidité extrême et transgresseur du dharma—violent, oppresseur des devas et des brāhmaṇas, habitué au vol et à l’adultère, dépourvu de vérité et de pureté, mû par la ruse et l’envie—part chasser sur le mont Arbuda. Épuisé par la soif, il entre dans une étendue d’eau riche en poissons et en oiseaux ; un graha (crocodile) le saisit et il meurt. Dans le royaume de Yama, de terribles narakas sont préparés et les messagers l’y précipitent ; pourtant, par le contact lié à sa mort au tīrtha de Yama, les êtres de ces enfers éprouvent un soulagement inattendu. Les messagers, stupéfaits, rapportent l’anomalie à Dharmarāja. Yama explique que sur terre se trouvent Arbuda-acala et un tīrtha bien-aimé où il accomplit jadis des tapas ; quiconque meurt en ce tīrtha qui détruit tous les péchés doit être aussitôt relâché. Sur l’ordre de Yama, le roi est libéré et atteint le ciel, servi par des apsaras. Le chapitre énonce alors la règle générale : celui qui s’y baigne avec dévotion parvient à l’état suprême, affranchi de vieillesse et de mort. Il prescrit une observance particulière—se baigner avec un effort total, surtout au jour de Caitra śukla trayodaśī—et recommande d’y accomplir correctement le śrāddha, assurant aux ancêtres une demeure durable au ciel.
Verse 1
पुलस्त्य उवाच । ततो गच्छेन्नृपश्रेष्ठ यमतीर्थमनुत्तमम् । मोचकं नरकेभ्यश्च प्राणिनां पापनाशनम्
Pulastya dit : « Ensuite, ô meilleur des rois, il faut se rendre au Yama Tīrtha sans égal, qui délivre les êtres des enfers et anéantit les péchés des créatures vivantes. »
Verse 2
पुरा चित्रांगदो नाम राजा परमलोभवान् । न तेन सुकृतं किंचित्कृतं पार्थिवसत्तम
« Jadis, il y eut un roi nommé Citrāṅgada, d’une avidité extrême. Ô meilleur des souverains, il n’accomplit absolument aucun acte méritoire. »
Verse 3
अतीव निष्ठुरो दुष्टो देवब्राह्मणपीडकः । परदारहरो नित्यं परवित्तहरस्तथा
Il était d’une dureté extrême et pervers : il tourmentait les dévots des dieux et les brāhmaṇas ; sans cesse il souillait les épouses d’autrui et, de même, dérobait les biens des autres.
Verse 4
सत्यशौचविहीनस्तु मायामत्सरसंयुतः । स कदाचिन्मृगयासक्त आरूढोऽर्बुदपर्वते
Privé de vérité et de pureté, habité par la ruse et l’envie, un jour — adonné à la chasse — il monta sur le mont Arbuda.
Verse 6
पद्मिनीभिः समाकीर्णो ग्राहनक्रझषाकुलः । नानापक्षिसमायुक्तो मनोहारी सुविस्तरः
Il était rempli d’étangs de lotus, grouillant de crocodiles, de gavials et de poissons, et fréquenté par d’innombrables oiseaux — ravissant l’esprit et s’étendant au loin.
Verse 7
तृषार्तः संप्रविष्टः स तस्मिन्नेव जलाशये । ग्राहेण तत्क्षणाद्धृत्वा भक्षितो नृपसत्तम
Tourmenté par la soif, il entra dans ce même lac ; à l’instant, un crocodile le saisit et le dévora, ô meilleur des rois.
Verse 8
तस्यार्थे नरका रौद्रा निर्मिताश्च यमेन च । यमदूतैस्ततः क्षिप्तः स नीत्वा पापकृत्तमः
Pour lui, Yama façonna des enfers terribles ; puis, précipité par les messagers de Yama, ce pire des pécheurs fut emporté.
Verse 9
तस्य स्पर्शेन ते सर्वे नरकस्था सुखं गताः । ते दूता धर्मराजाय वृत्तांतं नरको द्भवम् । आचख्युर्विस्मयाविष्टा नरकस्थानां सुखोद्भवम्
Par son seul contact, tous ceux qui demeuraient en enfer obtinrent du réconfort. Saisis d’étonnement, les messagers rapportèrent à Dharmarāja l’événement prodigieux : comment la joie avait surgi parmi les habitants de l’enfer.
Verse 10
तदा वैवस्वतः प्राह भूमावस्त्यर्बुदाचलः । तत्र मेऽतिप्रियं तीर्थं यत्र तप्तं मया तपः
Alors Vaivasvata (Yama) dit : « Sur la terre se trouve le mont Arbuda. Là est un tīrtha qui m’est infiniment cher, où moi-même j’accomplis jadis des austérités ».
Verse 11
तत्रासौ मृत्युमापन्नो भात्यदस्त्विह कारणम् । तैरुक्तं सत्यमेतद्धि मृतोऽसावर्बुदाचले । ग्राहेण स धृतस्तत्र मृत्युं प्राप्तो नृपाधमः
« C’est là qu’il a trouvé la mort ; voilà, semble-t-il, la cause ici. » Ils répondirent : « C’est vrai : cet homme est mort sur Arbudācala. Saisi là par un crocodile, ce roi le plus vil a rencontré la mort. »
Verse 12
यम उवाच । मुच्यतामाशु तेनायं नानेयाश्चापरे जनाः । ये मृता मम तीर्थे वै सर्वपातकनाशने
Yama dit : «Qu’il soit aussitôt délivré par la puissance de ce tīrtha ; et que nul autre ne soit amené au châtiment, ceux qui sont morts dans mon tīrtha — destructeur de tous les péchés — n’y sont pas destinés.»
Verse 13
ततस्तैः किंकरैर्मुक्तो यमवाक्यान्नृपोत्तम । त्रिविष्टपं मुदा प्राप्तः सेव्यमानोऽप्सरोगणैः
Alors, délivré par ces serviteurs sur l’ordre de Yama, ô roi excellent, il parvint avec joie au Triviṣṭapa, le ciel, servi par des multitudes d’Apsaras.
Verse 14
यस्तु भक्तिसमायुक्तः स्नानं तत्र समाचरेत् । स याति परमं स्थानं जरामरणवर्जितम्
Quiconque, animé de dévotion, accomplit là le bain rituel, atteint la demeure suprême, exempte de vieillesse et de mort.
Verse 15
तस्मात्सर्वप्रयत्नेन स्नानं तत्र समाचरेत् । चैत्रशुक्लत्रयोदश्यां यत्र सिद्धिं गतो यमः
C’est pourquoi, avec tous ses efforts, qu’on accomplisse le bain en ce lieu, surtout au treizième jour (Trayodaśī) de la quinzaine claire de Caitra, là où Yama obtint l’accomplissement.
Verse 16
तस्मिन्नेव नरः सम्यक्छ्राद्धकृत्यं समाचरेत् । आकल्पं पितरस्तस्य स्वर्गे तिष्ठंति पार्थिव
En ce lieu même, l’homme doit accomplir correctement les rites de śrāddha ; et ses ancêtres demeurent établis au ciel durant tout un kalpa, ô roi.
Verse 18
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभास खंडे तृतीयेऽर्बुदखण्डे यमतीर्थमाहात्म्यवर्णनंनामाष्टादशोऽध्यायः
Ainsi s’achève le dix-huitième chapitre, intitulé « Description de la grandeur de Yama Tīrtha », dans le troisième Arbuda-khaṇḍa du septième Prabhāsa-khaṇḍa du Śrī Skanda Mahāpurāṇa, la compilation de quatre-vingt-un mille ślokas.
Verse 58
अटनात्स परिश्रांतः क्षुत्पिपासासमाकुलः । तेन तत्र ह्रदः प्राप्तः स्वच्छोदकप्रपूरितः
Épuisé par ses errances, tourmenté par la faim et la soif, il parvint alors à un lac, rempli d’une eau limpide et pure.