Adhyaya 14
Prabhasa KhandaArbudha KhandaAdhyaya 14

Adhyaya 14

Pulastya expose à un auditeur royal la grandeur de Siddheśvara, liṅga suprême que l’on dit avoir été établi jadis par un siddha accompli. Ce siddha, nommé Viśvāvasu, pratique de vastes austérités avec bhakti, maîtrisant colère, orgueil et sens; Śiva (Vṛṣabhadhvaja) s’en trouve satisfait et lui accorde sa présence directe. Śiva propose une grâce; Viśvāvasu demande que quiconque contemple mentalement ce liṅga obtienne ses buts désirés par la faveur de Śiva. Pulastya dit que Śiva consent puis disparaît; beaucoup se rendent à Siddheśvara et atteignent la siddhi. Mais, parce que l’influence du liṅga procure aisément les fruits, les actes de dharma ordinaires—yajña et dāna—déclinent, ce qui attriste les dieux; Indra tente d’entraver l’obtention de la siddhi en le couvrant du vajra, pourtant la proximité de Siddheśa continue d’accorder l’accomplissement et d’amoindrir le péché. Une prescription calendaire est donnée: le quatorzième jour lunaire (caturdaśī) tombant un lundi, en quinzaine claire ou sombre, celui qui le touche (sparśana) devient « siddha ». Le chapitre se clôt en réaffirmant l’efficacité durable du lieu et en recommandant pèlerinage, vénération et l’obtention de la sadgati, la bonne destinée.

Shlokas

Verse 1

पुलस्त्य उवाच । ततो गच्छेन्नृपश्रेष्ठ देवं सिद्धेश्वरं परम् । सिद्धिदं प्राणिनां सम्यक्सिद्धेन स्थापितं पुरा

Pulastya dit : Alors, ô meilleur des rois, rends-toi auprès du Seigneur suprême Siddheśvara. Il accorde les siddhi aux êtres vivants, car jadis un Siddha l’y établit selon la juste règle.

Verse 2

तत्र विश्वावसुर्नाम सिद्धस्तेपे महातपः । बहुवर्षाणि संस्थाप्य शिवं भक्तिपरायणः

Là, un Siddha nommé Viśvāvasu accomplit de grandes austérités durant de longues années, ayant établi Śiva et demeurant tout entier voué à la bhakti.

Verse 3

जितक्रोधो जितमदो जितसर्वेंद्रियक्रियः । तावद्वर्षसहस्रांते भगवान्वृषभध्वजः । तुतोष नृपतेस्तस्य स्वयं दर्शनमाययौ

Ayant vaincu la colère et l’orgueil, et maîtrisé les actes de tous ses sens, au terme de mille ans le Seigneur, porteur de l’emblème du taureau (Śiva), fut satisfait de ce roi-sage et vint lui-même lui accorder le darśana.

Verse 4

अब्रवीत्तं महादेवो वरदोस्मीति पार्थिव

Mahādeva lui dit : «Ô roi, je suis le dispensateur de grâces».

Verse 5

श्रीभगवानुवाच । वरं वरय भद्रं ते यत्ते मनसि वर्त्तते । दास्यामि ते प्रसन्नोऽहं यद्यपि स्यात्सुदुर्लभम्

Le Seigneur Bienheureux dit : «Choisis une grâce — que le bien soit sur toi — ce qui demeure dans ton cœur. Je suis satisfait ; je te l’accorderai, fût-ce chose extrêmement difficile à obtenir».

Verse 6

विश्वावसुरुवाच । एतल्लिंगं सुरश्रेष्ठ ध्यात्वा मनसि निश्चयम् । सर्वान्कामानवाप्नोतु प्रसादात्तव शंकर

Viśvāvasu dit : «Ô le meilleur des dieux, ô Śaṅkara : en méditant avec ferme résolution sur ce liṅga dans le cœur, qu’on obtienne tous les accomplissements désirés par ta grâce».

Verse 7

पुलस्त्य उवाच । एवमस्त्विति स प्रोच्य तत्रैवांतरधीयत । सिद्धेश्वरं ततो गत्वा सिद्धिं याति सहस्रशः

Pulastya dit : Ayant prononcé « Qu’il en soit ainsi », Lui (Śiva) disparut sur-le-champ. Ensuite, celui qui se rend à Siddheśvara obtient des siddhi, accomplissements spirituels, par milliers de voies.

Verse 8

प्रभावात्तस्य लिंगस्य कामानिष्टानवाप्नुयुः । ततो धर्मक्रियाः सर्वा गता नाशं धरातले

Par la puissance prodigieuse de ce liṅga, les hommes obtenaient les objets de leurs désirs. Puis, sur la terre, toutes les observances du dharma déclinèrent et allèrent vers la ruine.

Verse 9

न कश्चिद्यजते यज्ञैर्न दानानि प्रयच्छति । सिद्धेश्वरप्रसादेन सिद्धिं यांति नरा भुवि

Même si nul n’accomplit de sacrifices et si nul ne fait l’aumône, par la grâce de Siddheśvara les hommes sur la terre atteignent pourtant la siddhi, l’accomplissement spirituel.

Verse 10

उच्छिन्नेषु च यज्ञेषु दानेषु नृपसत्तम । इन्द्राद्यास्त्रिदशाः सर्वे परं दुःखमुपागताः

Ô le meilleur des rois, lorsque les sacrifices et les dons de charité furent interrompus, tous les dieux—Indra et les autres—tombèrent dans une affliction extrême.

Verse 11

ज्ञात्वा यज्ञविघातं च तद्विघाताय वासवः । वज्रेणाच्छादयामास यथा सिद्धिर्न जायते

Sachant que le sacrifice était entravé, Vāsava (Indra), pour l’entraver davantage, le recouvrit de son vajra, la foudre, afin qu’aucune siddhi ne puisse naître.

Verse 12

तथापि संनिधौ तस्य सिद्धेशस्य नृपोत्तम । कर्मणो जायते सिद्धिः पातकस्य परिक्षयः

Pourtant, ô meilleur des rois, en la présence même de ce Siddheśa, la réussite des actes surgit, et le péché est réduit à néant.

Verse 13

यस्तु माघचतुर्द्दश्यां सोमवारे नृपोत्तम । शुक्लायां वाथ कृष्णायां स्पृष्ट्वा सिद्धो भवेन्नरः

Mais l’homme qui, ô meilleur des rois, le quatorzième jour lunaire de Māgha, tombant un lundi—qu’il soit en quinzaine claire ou sombre—touche le lieu/objet sacré, devient accompli.

Verse 14

अद्यापि जायते सिद्धिः सत्यमेतन्मयोदितम् । तस्मात्सिद्धेश्वरं गत्वा नत्वा यास्यति सद्गतिम्

Même aujourd’hui la siddhi se manifeste—telle est la vérité que j’ai proclamée. Ainsi, en allant à Siddheśvara et en s’inclinant avec révérence, on atteindra la bonne voie (la destinée bénie).