
Le chapitre 43 présente un dialogue théologico-éthique étroitement construit, situé dans un tīrtha décrit comme un refuge accordé au dharma. Menakā s’adresse à un brāhmaṇa ascète, se reconnaît parmi les courtisanes célestes (divaukasaṃ veśyāḥ) et exprime son désir : elle le dit semblable à Kāma et décrit les effets corporels et affectifs de l’attirance. Elle cherche à le fléchir par un dilemme contraignant : s’il ne l’accepte pas, elle périra, et lui encourra le blâme et le péché d’avoir causé du tort à une femme. L’ascète répond par une défense doctrinale de la discipline des vœux : lui et les siens sont des observants de vrata, voués au brahmacarya selon l’injonction de Śiva. Il définit le brahmacarya comme la racine de tous les vœux, surtout pour les dévots de Śiva, et affirme qu’une seule relation charnelle peut anéantir de vastes austérités chez un pratiquant Pāśupata. Il classe aussi la fréquentation—le toucher, la proximité prolongée, et même la conversation avec les femmes—comme moralement périlleuse pour l’ascète Pāśupata, non pour condamner des personnes, mais pour sauvegarder l’intégrité du vœu. Le chapitre s’achève sur l’ordre qu’elle parte sans tarder chercher ailleurs ce qu’elle désire, afin de préserver la discipline de l’ascète et l’atmosphère éthique du tīrtha.
Verse 1
। मेनकोवाच । अन्यास्ता नायिका विप्र यासां धर्मस्त्वयोदितः । स्वेच्छाचारविहारिण्यो वयं वेश्या दिवौकसाम्
Menakā dit : «Ô brāhmane, ces autres héroïnes dont tu as exposé la règle du dharma sont différentes de nous. Nous, nous errons à notre gré ; nous sommes les courtisanes des êtres célestes.»
Verse 2
स त्वं वद महाभाग कस्माद्देशात्समागतः । मम चित्तहरो वापि तीर्थे धर्मिष्ठसंश्रये
Dis-moi donc, ô bienheureux : de quel pays es-tu venu ? Et pourquoi as-tu ravi mon cœur ici, en ce tīrtha, refuge des plus fermes dans le dharma ?
Verse 3
त्वां दृष्ट्वाहं महाभाग कामदेव समाकृतिम् । पुलकांचितसर्वांगी कामबाणप्रपीडिता
En te voyant, ô bienheureux—dont la forme ressemble à Kāmadeva—je frémis de tous mes membres, la chair hérissée, tourmentée par les flèches du désir.
Verse 4
तस्माद्भजस्व मां रक्तां नो चेद्यास्यामि संक्षयम् । कामबाणप्रदग्धा वै पुरोऽपि तव तापस । ततः स्त्रीवधपापेन लिप्यसे त्वं न संशयः
C’est pourquoi, accueille-moi, embrasée de passion; sinon je dépérirai. Brûlée par les flèches du désir, je mourrai devant toi, ô ascète; et alors, sans doute, tu seras souillé par le péché d’avoir tué une femme.
Verse 5
तापस उवाच । वयं व्रतधराः सुभ्रु ब्रह्मचर्यपरायणाः । मूर्खाः कामविधौ भद्रे निरताः शिवशासने
L’ascète dit : «Ô dame aux beaux sourcils, nous portons des vœux, voués au brahmacarya. Dans les voies de la passion, ô douce, nous sommes comme des ignorants; mais nous demeurons fermes dans la discipline de Śiva».
Verse 6
सर्वेषां व्रतिनां मूलं ब्रह्मचर्यमुदाहृतम् । विशेषाच्छिवभक्तानामेवं भूयो विधास्यसि
Le brahmacarya est proclamé racine de tous les vœux—surtout pour les dévots de Śiva. Ainsi, n’agis plus jamais de la sorte.
Verse 7
अपि वर्षशतं साग्रं यत्तपः कुरुते व्रती । सकृत्स्त्रीसंगमान्नाशं याति पाशुपतस्य च
Même si un ascète voué aux vœux accomplit des austérités pendant cent ans et davantage, par un seul acte d’union avec une femme il tombe en ruine—même sur la voie Pāśupata.
Verse 8
मां च पाशुपतं लुब्धा कस्मात्त्वं भीरु भाषसे । ईदृक्पापतमं कर्म गर्हितं शिवशासने
Ô timide, pourquoi parles-tu ainsi, poussée par la convoitise, cherchant à tenter à la fois moi et un Pāśupata ? Un acte si extrêmement pécheur est blâmé dans l’ordonnance de Śiva.
Verse 9
यः स्त्रीं भजति पापात्मा वृथा पाशुपतव्रती । सोऽतीतान्दश चाधाय पुरुषान्नरके पचेत्
Cet homme pécheur qui—tout en se disant voué au vœu Pāśupata—fréquente une femme dans une hypocrisie vaine, après avoir entraîné dix autres avec lui, est cuit en enfer.
Verse 10
आस्तां तावत्समा संगं संस्पर्शं च वरानने । संभाषमपि पापाय स्त्रीभिः पाशुपतस्य च
Ô toi au beau visage, sans même parler d’une longue fréquentation et du contact du corps, la simple conversation avec des femmes devient cause de péché pour celui qui suit la discipline Pāśupata.
Verse 11
तस्माद् द्रुततरं गच्छ स्थानादस्माद्वरांगने । यत्रावाप्स्यसि चाभीष्टं तत्र त्वं गन्तुमर्हसि
C’est pourquoi, ô toi aux membres gracieux, quitte ce lieu plus promptement encore. Va là où tu obtiendras ce que tu désires ; c’est là que tu dois aller.