Adhyaya 105
Nagara KhandaTirtha MahatmyaAdhyaya 105

Adhyaya 105

Sūta raconte une suite d’événements située à un moment charnière du calendrier (il est fait mention du soleil en Tulā), lorsque l’ancien sol sacré lié aux manifestations de liṅga se trouve comblé et recouvert de poussière et de dépôts, au point d’être dissimulé. Le fait que les liṅga ne soient plus visibles rend au kṣetra une forme de kṣema, sécurité et quiétude; et cette protection s’étend même à d’autres mondes, puisque les marques apparentes ont disparu. Plus tard, dans un autre cycle d’âge, le roi Bṛhadaśva arrive du Śālva-deśa. Voyant une vaste étendue sans palais, il décide de bâtir. Il convoque de nombreux artisans et ordonne un déblaiement et une excavation profonds. En creusant, d’innombrables liṅga à quatre faces apparaissent. Confronté à une terre saturée de formes sacrées d’une puissance redoutable, le roi s’effondre et meurt sur-le-champ, et les artisans présents périssent avec lui. Dès lors, nul mortel n’ose y construire un palais, ni même un étang ou un puits, par crainte mêlée de vénération. Ainsi s’inscrit une interdiction locale, gardée en mémoire comme signe de danger sacré et de respect, dans la tradition tīrtha de Hāṭakeśvara-kṣetra.

Shlokas

Verse 1

सूत उवाच । अथ प्राप्ते दिनाधीशे तुलायां द्विजसत्तमाः । प्रेता लिंगोद्भवां भूमिं पूरयामासुरेव हि

Sūta dit : Lorsque le Soleil entra en Tulā (Balance), ô brāhmaṇas excellents, les esprits des défunts commencèrent vraiment à remplir le sol d’où les liṅga avaient surgi.

Verse 2

यत्किंचित्तत्र संस्थं तु आद्यतीर्थं सुरालयम् । तत्सर्वं व्यन्तरैस्तैश्च पांसुभिः परिपूरितम्

Tout ce qui y était établi —ce tīrtha primordial et la demeure des dieux— fut entièrement rempli et étouffé par ces vyantaras et par la poussière.

Verse 3

ततः क्षेमं समुत्पन्नं क्षेत्रे तत्र द्विजोत्तमाः । अन्येषामपि लोकानां लिंगैस्तैर्लुप्तिमागतैः

Alors, ô meilleurs des brāhmaṇas, le bien-être naquit dans ce champ sacré ; tandis que, dans d’autres mondes, ces mêmes liṅga, ayant disparu aux regards, firent naître un sentiment de manque.

Verse 4

कस्यचित्त्वथ कालस्य बृहदश्वो महीपतिः । शाल्वदेशात्समायातः कस्मिश्चिद्युगपर्यये

Après quelque temps, le roi Bṛhadaśva, souverain de la terre, vint du pays de Śālva à un certain tournant de l’âge.

Verse 5

स दृष्ट्वा विपुलां भूमिं प्रासादैः परिवर्जिताम् । प्रासादार्थं मतिं चक्रे तत्र क्षेत्रे द्विजोत्तमाः

Voyant cette vaste étendue de terre dépourvue de temples, il résolut —en ce champ sacré, ô meilleurs des brāhmaṇas— d’y édifier un prāsāda (temple).

Verse 6

शिल्पिनश्च समाहूयानेकांस्तत्र सहस्रशः । शोधयामास तां भूमिमधस्ताद्बहुविस्तृताम्

Il fit appeler là des artisans—nombreux, par milliers même—et se mit à déblayer et purifier ce sol, en creusant vers le bas dans sa vaste étendue souterraine.

Verse 7

भूमौ निखन्यमानायां ततो लिंगानि भूरिशः । चतुर्वक्त्राणि तान्येव यांति दृष्टेश्च गोचरम्

À mesure que l’on creusait le sol, d’innombrables liṅgas apparurent; ces mêmes liṅgas à quatre visages entrèrent dans le champ du regard.

Verse 8

ततः स पार्थिवस्तैश्च लिंगैर्दृष्ट्वा वृतां भुवम् । तत्क्षणान्मृत्युमापन्नः शिल्पिभिश्च समन्वितः

Alors ce roi, voyant la terre tout autour couverte de ces liṅgas, à l’instant même rencontra la mort—avec les artisans qui l’avaient accompagné.

Verse 9

ततःप्रभृति नो तत्र कश्चिन्मर्त्यो महीतले । प्रासादं कुरुते भीत्या तडागं कूपमेव च

Depuis lors, en ce lieu sur la terre, nul mortel ne bâtit de palais; et, par crainte, il n’y fait même ni étang ni puits.

Verse 105

इति श्रीस्कान्दे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्र माहात्म्ये राक्षसलिंगच्छेदनंनाम पञ्चोत्तरशततमोऽध्यायः

Ainsi, dans le vénérable Skanda Mahāpurāṇa, dans la Saṃhitā de quatre-vingt-un mille ślokas, au sein de la sixième section—le Nāgara-khaṇḍa—dans le Māhātmya du Hāṭakeśvara-kṣetra, s’achève le cent-cinquième chapitre intitulé «La coupe des liṅgas du rākṣasa».