
Ce chapitre prend la forme d’un dialogue où le sage Mārkaṇḍeya instruit Yudhiṣṭhira au sujet d’un tīrtha sacré sur la rive de la Narmadā, nommé Ānandeśvara. Il en donne d’abord l’origine : après l’abattement des démons, Maheśvara (Śiva) est honoré par les dieux et les êtres de tous ordres ; prenant la forme de Bhairava, avec Gaurī pour parèdre, il exécute une danse sur la rive méridionale de la Narmadā. De cet événement fondateur, le lieu reçoit le nom d’Ānandeśvara et devient un centre de puissance purificatrice. Le texte passe ensuite aux prescriptions rituelles : il est recommandé d’adorer la divinité aux jours d’Aṣṭamī, de Caturdaśī et de Paurṇamāsī, avec onctions parfumées, et d’honorer les brāhmaṇas selon ses moyens. Sont également conseillés le go-dāna (don de vaches) et le vastra-dāna (don de vêtements), ainsi qu’une observance saisonnière de śrāddha (notamment la trayodaśī du printemps, Vasanta), avec des offrandes concrètes telles que inguda, badara, bilva, akṣata et de l’eau. La phalaśruti finale promet une satisfaction durable des ancêtres et la continuité de la descendance à travers de nombreuses naissances, présentant l’action rituelle comme devoir de dharma et bénéfice spirituel à long terme.
Verse 1
श्रीमार्कण्डेय उवाच । ततो गच्छेत्तु राजेन्द्र आनन्देश्वरमुत्तमम् । तत्तीर्थं कथयिष्यामि सर्वपापक्षयंकरम्
Śrī Mārkaṇḍeya dit : Alors, ô seigneur des rois, qu’on se rende au suprême Ānandeśvara. Je décrirai ce tīrtha sacré, qui anéantit tous les péchés.
Verse 2
युधिष्ठिर उवाच । आनन्दश्चैव संजातो रुद्रस्य द्विजसत्तम । कथ्यतां मे च तत्सर्वं संक्षेपात्सह बान्धवैः
Yudhiṣṭhira dit : Ô le meilleur des brāhmanes, comment Rudra fut-il comblé de joie ? Dis-moi tout cela brièvement, ainsi que ce qui concerne les proches.
Verse 3
श्रीमार्कण्डेय उवाच । कथयामि नृपश्रेष्ठ आनन्देश्वरमुत्तमम् । दानवानां वधं कृत्वा देवदेवो महेश्वरः
Śrī Mārkaṇḍeya dit : Ô le meilleur des rois, je vais raconter l’excellent Ānandeśvara. Après avoir terrassé les Dānavas, Maheśvara, le Dieu des dieux, (en manifesta la splendeur).
Verse 4
पूजितो दैवतैः सर्वैः किन्नरैर्यक्षपन्नगैः । आनन्दसंयुतो देवो ननर्त वृषवाहनः
Vénéré par tous les dieux, par les Kinnaras, les Yakṣas et les serpents, le Dieu—uni à la béatitude—dansa, Lui dont la monture est le Taureau.
Verse 5
भैरवं रूपमास्थाय गौर्या चार्द्धाङ्गसंस्थितः । भूतवेतालकङ्कालैर्भैरवैर्भैरवो वृतः
Revêtant la forme de Bhairava, avec Gaurī demeurant comme la moitié de Son corps, Bhairava fut entouré de Bhairavas — des troupes de Bhūtas, de Vetālas et d’esprits squelettiques.
Verse 6
ननर्त नर्मदातीरे दक्षिणे पाण्डुनन्दन । तुष्टैर्मरुद्गणैः सर्वैः स्थापितः कमलासनः
Il dansa sur la rive méridionale de la Narmadā, ô fils de Pāṇḍu; et, toutes les troupes des Maruts réjouies, Brahmā, assis sur le lotus, y fut établi.
Verse 7
तदाप्रभृति तत्तीर्थमानन्देश्वरमुच्यते । अष्टम्यां च चतुर्दश्यां पौर्णमास्यां नराधिप
Dès lors, ce gué sacré fut appelé Ānandeśvara. Ô roi, (son culte est tout particulièrement recommandé) au huitième tithi, au quatorzième et au jour de pleine lune.
Verse 8
विधिवच्चार्चयेद्देवं सुगन्धेन विलेपयेत् । ब्राह्मणान्पूजयेत्तत्र यथाशक्त्या युधिष्ठिर
Là, on doit adorer le Seigneur selon le rite prescrit, en L’oignant de baumes parfumés; et l’on doit y honorer les brāhmaṇas, ô Yudhiṣṭhira, selon ses moyens.
Verse 9
गोदानं तत्र कर्तव्यं वस्त्रदानं शुभावहम् । वसन्तस्य त्रयोदश्यां श्राद्धं तत्रैव कारयेत्
Là, il convient d’accomplir le don d’une vache, ainsi que le don de vêtements, porteur d’heureux présages. Au treizième tithi du printemps, qu’on y fasse aussi célébrer le śrāddha.
Verse 10
इङ्गुदैर्बदरैर्बिल्वैरक्षतैश्च जलेन वा । प्रेतानां कारयेच्छ्राद्धमानन्देश्वर उत्तमे
Au très excellent Ānandeśvara, qu’on accomplisse le śrāddha pour les défunts avec des fruits d’iṅguda, des jujubes (badara), des fruits de bilva et du riz intact—ou même avec de l’eau seule.
Verse 11
आनन्दिता भवेयुस्ते यावदाभूतसम्प्लवम् । सन्ततेर्वै न विच्छेदः सप्तजन्मसु जायते । आनन्दो हि भवत्तेषां प्रतिजन्मनि भारत
Ils demeureront dans la joie jusqu’à la dissolution des êtres. En vérité, nulle rupture de leur lignée ne survient durant sept naissances; et à chaque naissance, ô Bhārata, le bonheur leur advient.
Verse 65
। अध्याय
Fin du chapitre (adhyāya).