
L’Adhyāya 13 se déploie comme une transmission emboîtée : Vyāsa demande un récit détaillé des actes de Śiva et de sa renommée sans tache ; Sūta rapporte que Sanatkumāra répond. L’histoire se tourne ensuite vers Jīva et Indra (Śakra/Puraṃdara) qui, poussés par une bhakti ardente, se rendent au Kailāsa pour obtenir le darśana de Śiva. Śiva, conscient de leur approche, décide d’éprouver (parīkṣā) leur savoir et leur disposition intérieure. Il barre le chemin au milieu de la route sous une forme digambara : cheveux emmêlés noués en haut, austère mais rayonnant, redoutable et extraordinaire. Indra, par orgueil de fonction (svādhikāra) et sans reconnaître Śiva, l’interroge : qui es-tu, d’où viens-tu, et Śambhu est-il chez lui ou parti ailleurs ? Le chapitre met en lumière la reconnaissance et la méprise, le danger de la fierté institutionnelle, et l’étiquette spirituelle pour approcher le Divin : humilité et discernement plutôt que prétention.
Verse 1
व्यास उवाच । भो ब्रह्मन्भगवन्पूर्वं श्रुतं मे ब्रह्मपुत्रक । जलंधरं महादैत्यमवधीच्छंकरः प्रभुः
Vyāsa dit : «Ô brahmane vénérable, ô bienheureux—ô fils de Brahmā—jadis j’ai entendu que le Seigneur Śaṅkara, le Maître souverain, mit à mort le grand daitya Jalandhara.»
Verse 2
तत्त्वं वद महाप्राज्ञ चरितं शशिमौलिनः । विस्तारपूर्वकं शृण्वन्कस्तृप्येत्तद्यशोऽमलम्
Ô très sage, dis la vérité profonde et les actes sacrés du Seigneur au croissant de lune, Śiva. Qui, en les entendant dans tout leur détail, pourrait jamais s’en rassasier, tant Sa gloire est sans tache ?
Verse 3
सूत उवाच । इत्येवं व्याससंपृष्टो ब्रह्मपुत्रो महामुनिः । उवाचार्थवदव्यग्रं वाक्यं वाक्यविशारदः
Sūta dit : Ainsi interrogé par Vyāsa, le grand sage, fils de Brahmā, expert dans l’art de la parole, prononça des mots pleins de sens, posés et sans trouble.
Verse 4
सनत्कुमार उवाच । एकदा जीवशक्रौ च भक्त्या परमया मुने । दर्शनं कर्तुमीशस्य कैलासं जग्मतुर्भृशम्
Sanatkumāra dit : Ô sage, un jour Jīva et Śakra, remplis de la plus haute dévotion, partirent avec ferveur vers Kailāsa afin d’obtenir le darśana direct du Seigneur Īśa.
Verse 5
अथ गुर्विन्द्रयोर्ज्ञात्वागमनं शंकरः प्रभुः । परीक्षितुं तयोर्ज्ञानं स्वदर्शनरतात्मनोः
Alors le Seigneur Śaṅkara, ayant appris l’approche du Guru et d’Indra, résolut d’éprouver leur compréhension — eux dont l’esprit aspirait à Son propre darśana divin.
Verse 6
महातेजस्विनं शांतं जटासंबद्धमस्तकम् । महाबाहुं महोरस्कं गौरं नयनभीषणम्
Il vit un être d’une splendeur immense et pourtant parfaitement paisible, la tête ceinte de mèches de jaṭā ; aux bras puissants, à la poitrine large, au teint clair, et dont la vue inspirait une crainte sacrée.
Verse 7
अथ तौ गुरुशक्रौ च कुर्वंतौ गमनं मुदा । आलोक्य पुरुषं भीमं मार्गमध्येऽद्भुताकृतिम्
Alors ces deux-là — Bṛhaspati, le précepteur, et Śakra (Indra) — poursuivirent leur route dans la joie. Au milieu du chemin, ils aperçurent une personne redoutable, d’une forme merveilleuse et extraordinaire, se tenant là.
Verse 9
अथो पुरंदरोऽपृच्छत्स्वाधिकारेण दुर्मदः । पुरुषं तं स्वमार्गांतस्थितमज्ञाय शंकरम्
Alors Purandara (Indra), enivré d’orgueil de sa propre autorité, interrogea cette Personne qui se tenait au terme de son chemin, sans reconnaître qu’Il était Śaṅkara (le Seigneur Śiva).
Verse 10
पुरन्दर उवाच । कस्त्वं भोः कुत आयातः किं नाम वद तत्त्वतः । स्वस्थानेसंस्थितश्शंभु किं वान्यत्र गतः प्रभुः
Purandara (Indra) dit : «Seigneur, qui es-tu ? D’où es-tu venu ? Dis-moi ton nom en toute vérité. Śambhu, le Seigneur, demeure-t-il en sa propre résidence, ou bien le Maître suprême est-il allé ailleurs ?»
Verse 11
सनत्कुमार उवाच । शक्रेणेत्थं स पृष्टस्तु किंचिन्नोवाच तापसः । शक्रः पुनरपृच्छद्वै नोवाच स दिगंबरः
Sanatkumāra dit : Ainsi questionné par Śakra (Indra), l’ascète ne répondit rien du tout. Śakra interrogea encore, mais le renonçant « vêtu du ciel » (digambara) demeura sans parole.
Verse 12
पुनः पुरंदरोऽपृच्छ्ल्लोकानामधिपेश्वरः । तूष्णीमास महायोगी लीलारूपधरः प्रभुः
De nouveau Indra, seigneur des mondes, l’interrogea ; mais le Souverain Suprême — le grand Yogin qui prend des formes dans son jeu divin — demeura silencieux.
Verse 13
इति श्रीशिवमहापुराणे द्वितीयायां रुद्रसंहितायां पंचमे युद्धखण्डे जलंधरवधोपाख्याने शक्रजीवनं नाम त्रयोदशोऽ ध्यायः
Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa, dans la seconde section appelée Rudra Saṃhitā, au sein de la cinquième division, le Yuddha-khaṇḍa, dans l’épisode relatif à la mise à mort de Jalandhara, s’achève le treizième chapitre intitulé « Śakrajīvana » (le rétablissement d’Indra).
Verse 14
अथ चुक्रोध देवेशस्त्रैलोक्यैश्वर्यगर्वितः । उवाच वचनं चैव तं निर्भर्त्स्य जटाधरम्
Alors le seigneur des dieux, enivré d’orgueil de sa souveraineté sur les trois mondes, s’embrasa de colère ; et, réprimandant cet ascète aux cheveux nattés, il prononça ces paroles.
Verse 15
इन्द्र उवाच । रे मया पृच्छ्यमानोऽपि नोत्तरं दत्तवानसि । अतस्त्वां हन्मि वज्रेण कस्ते त्रातास्ति दुर्मते
Indra dit : «Hé ! Bien que je t’aie interrogé, tu n’as donné aucune réponse. C’est pourquoi je te frapperai de mon Vajra, la foudre : qui donc te protégera, ô esprit mauvais ?»
Verse 16
सनत्कुमार उवाच । इत्युदीर्य ततो वज्री संनिरीक्ष्य क्रुधा हि तम् । हंतुं दिगंबरं वज्रमुद्यतं स चकार ह
Sanatkumāra dit : Après avoir parlé ainsi, Vajrī le fixa avec colère et leva son foudre, résolu à tuer le Digambara, « vêtu du ciel ».
Verse 17
पुरंदरं वज्रहस्तं दृष्ट्वा देवस्सदाशिवः । चकार स्तंभनं तस्य वज्रपातस्य शंकरः
Voyant Purandara (Indra) tenant le vajra en sa main, le Seigneur Sadāśiva—Śaṅkara—immobilisa la chute même du vajra et en neutralisa la puissance.
Verse 18
ततो रुद्रः क्रुधाविष्टः करालाक्षो भयंकरः । द्रुतमेव प्रजज्वाल तेजसा प्रदहन्निव
Alors Rudra, saisi de colère—aux yeux terribles et redoutables—s’embrasa aussitôt, comme s’il consumait tout par l’éclat ardent de sa splendeur.
Verse 19
बाहुप्रतिष्टंभभुवामन्युनांतश्शचीपतिः । समदह्यत भोगीव मंत्ररुद्धपराक्रमः
Alors l’époux de Śacī (Indra), dont la force et la vaillance avaient été entravées par la puissance du mantra, fut brûlé par la colère de ceux que ses bras avaient contenus, tel un serpent qui se consume en lui-même.
Verse 20
दृष्ट्वा बृहस्पतिस्तूर्णं प्रज्वलंतं स्वतेजसा । पुरुषं तं धिया ज्ञात्वा प्रणनाम हरं प्रभुम्
Voyant cette Personne divine s’embraser aussitôt de son éclat inné, Bṛhaspati le reconnut par le discernement et se prosterna avec révérence devant Hara, le Seigneur suprême.
Verse 21
कृतांजलिपुटो भूत्वा ततो गुरुरुदारधीः । नत्वा च दंडवद्भूमौ प्रभुं स्तोतुं प्रचक्रमे
Alors le Guru, à l’intelligence noble, joignit les mains en un añjali de vénération; puis, se prosternant devant le Seigneur, étendu sur la terre tel un bâton, il se mit à Le louer.
Verse 22
गुरुरुवाच । नमो देवाधिदेवाय महादेवाय चात्मने । महेश्वराय प्रभवे त्र्यम्बकाय कपर्दिने
Le Guru dit : «Hommage au Dieu des dieux—à Mahādeva, le Soi intime; à Maheśvara, le Seigneur souverain; à Prabhava, la source première; à Tryambaka, le Trois‑Yeux; et à Kapardin, le Seigneur aux cheveux nattés».
Verse 23
दीननाथाय विभवे नमोंऽधकनिषूदिने । त्रिपुरघ्नाय शर्वाय ब्रह्मणे परमेष्ठिने
Hommage au Seigneur des affligés, au Tout‑Puissant; hommage au vainqueur d’Andhaka. Hommage au destructeur de Tripura, à Śarva; au Brahman suprême, au Très‑Haut Seigneur qui préside à tout.
Verse 24
विरूपाक्षाय रुद्राय बहुरूपाय शंभवे । विरूपायातिरूपाय रूपातीताय ते नमः
Hommage à Toi—Rudra, Virūpākṣa (Seigneur au regard merveilleux et transcendant); Śambhu aux formes innombrables; Toi qui es au‑delà de la forme commune, au‑delà même de toute forme sublime, et qui, en vérité, transcendes toute forme.
Verse 25
यज्ञविध्वंसकर्त्रे च यज्ञानां फलदायिने । नमस्ते मखरूपाय परकर्मप्रवर्तिने
Salutations à Toi : Toi qui peux mettre fin aux rites du yajña, et pourtant Toi seul accordes le fruit véritable de tous les sacrifices ; hommage à Toi, qui es la forme même du Makha (le sacrifice) et qui mets les êtres en marche vers les actes que leur karma a destinés.
Verse 26
कालांतकाय कालाय कालभोगिधराय च । नमस्ते परमेशाय सर्वत्र व्यापिने नमः
Salutations à Toi—Vainqueur de la Mort, le Temps lui-même, et Porteur du serpent du Temps. Salutations à Toi, ô Parameśvara, Seigneur suprême qui pénètres tout, présent en tous lieux.
Verse 27
नमो ब्रह्मशिरोहंत्रे ब्रह्मचंद्र स्तुताय च । ब्रह्मण्याय नमस्तेऽस्तु नमस्ते परमात्मने
Hommage à Toi, qui tranchas la tête de Brahmā ; hommage à Toi, loué par Brahmā et par la Lune. Hommage à Toi, protecteur et bienfaiteur des dévots ; hommage à Toi, le Soi suprême (Paramātman).
Verse 28
त्वमग्निरनिलो व्योम त्वमेवापो वसुंधरा । त्वं सूर्यश्चन्द्रमा भानि ज्योतिश्चक्रं त्वमेव हि
Tu es le feu, le vent et l’immense étendue de l’espace ; Toi seul es les eaux et la terre. Tu es le soleil et la lune, les clartés rayonnantes—oui, toute la roue des astres lumineux n’est autre que Toi.
Verse 29
त्वमेव विष्णुस्त्वं ब्रह्मा तत्स्तुतस्त्वं परेश्वरः । मुनयः सनकाद्यास्त्वं नारदस्त्वं तपोधनः
Toi seul es Viṣṇu ; Toi es Brahmā. Toi es le Seigneur suprême (Pareśvara), loué même par eux. Toi es les sages—Sanaka et les autres—et Toi es Nārada, l’ascète riche en tapas.
Verse 30
त्वमेव सर्व लोकेशस्त्वमेव जगदात्मकः । सर्वान्वयस्सर्वभिन्नस्त्वमेव प्रकृतेः परः
Toi seul es le Seigneur de tous les mondes ; Toi seul es le Soi même de l’univers. Tu pénètres tout comme lien intérieur, et pourtant Tu demeures distinct de tout ; Toi seul transcendes Prakṛti (la nature matérielle).
Verse 31
त्वं वै सृजसि लोकांश्च रजसा विधिनामभाक् । सत्त्वेन हरिरूपस्त्वं सकलं यासि वै जगत्
En vérité, Tu crées les mondes par le rajas, assumant la fonction de Brahmā. Par le sattva, Tu prends la forme de Hari (Viṣṇu) et Tu pénètres l’univers tout entier.
Verse 32
त्वमेवासि महादेव तमसा हररूपधृक् । लीलया भुवनं सर्वं निखिलं पांचभौतिकम्
Toi seul es Mahādeva. Par la puissance du tamas, Tu assumes la forme de Hara ; et par Ta līlā, Ton jeu divin, Tu pénètres et soutiens cet univers tout entier, entièrement constitué des cinq éléments.
Verse 33
त्वद्ध्यानबलतस्सूर्यस्तपते विश्वभावन । अमृतं च्यवते लोके शशी वाति समरिणः
Ô Nourricier de l’univers, par la puissance de la méditation sur Toi, le soleil brûle et dispense sa chaleur ; la lune fait couler l’amṛta dans le monde ; et le vent souffle : tout se meut et agit par Ta souveraineté intérieure.
Verse 34
त्वद्ध्यानबलतो मेघाश्चांबु वर्षंति शंकर । त्वद्ध्यानबलतश्शक्रस्त्रिलोकीं पाति पुत्रवत्
Ô Śaṅkara, par la puissance de la méditation sur Toi, les nuages versent l’eau de la pluie ; par la puissance de la méditation sur Toi, Śakra (Indra) protège les trois mondes comme s’ils étaient ses propres enfants.
Verse 35
त्वद्ध्यानबलतो मेघाः सर्वे देवा मुनीश्वराः । स्वाधिकारं च कुर्वंति चकिता भवतो भयात्
Par la puissance de la méditation sur Toi, les nuages, tous les dieux et les grands sages accomplissent leurs charges propres ; mais ils le font saisis d’effroi, tremblant de crainte devant Toi.
Verse 36
त्वत्पादकमलस्यैव सेवनाद्भुवि मानवाः । नाद्रियन्ते सुरान्रुद लोकैश्वर्यं च भुंजते
Ô Rudra, par le seul service rendu à Tes pieds de lotus, les hommes sur la terre ne dépendent plus des dieux ; ils en viennent à jouir de la souveraineté et de la prospérité dans les mondes.
Verse 37
त्वत्पादकमलस्यैव सेवनादगमन्पराम् । गतिं योगधना नामप्यगम्यां सर्वदुर्लभाम्
Par le seul service rendu à Tes pieds de lotus, ils atteignirent l’état suprême — un but sans égal nommé « la richesse du Yoga », une demeure inaccessible aux non-dévots et d’une rareté extrême pour tous.
Verse 38
सनत्कुमार उवाच । बृहस्पतिरिति स्तुत्वा शंकरं लोकशंकरम् । पादयो पातयामास तस्येशस्य पुरंदरम्
Sanatkumāra dit : Après avoir loué Śaṅkara, le bienfaiteur des mondes, (Indra) invoqua Bṛhaspati ; puis Purandara (Indra) se laissa tomber aux pieds de ce Seigneur, l’Īśa suprême.
Verse 39
पातयित्वा च देवेशमिंद्रं नत शिरोधरम् । बृहस्पतिरुवाचेदं प्रश्रयावनतश्शिवम्
Après avoir fait tomber Indra, seigneur des dieux, la tête inclinée en signe de soumission, Bṛhaspati adressa ces paroles à Śiva avec respect et humilité.
Verse 40
बृहस्पतिरुवाच । दीननाथ महादेव प्रणतं तव पादयोः । समुद्धर च शांतं स्वं क्रोधं नयनजं कुरु
Bṛhaspati dit : « Ô Mahādeva, refuge des affligés, je me prosterne à Tes pieds. Relève et protège Ton dévot ; et apaise Ta propre colère — née de Tes yeux — en la rendant sereine. »
Verse 41
तुष्टो भव महादेव पाहीद्र शरणागतम् । अग्निरेव शमं यातु भालनेत्रसमुद्भवः
«Sois favorable, ô Mahādeva. Protège Indra, venu chercher refuge. Que ce feu — né de l’œil de ton front — s’apaise et se résorbe.»
Verse 42
सनत्कुमार उवाच । इत्याकर्ण्य गुरोर्वाक्यं देवदेवो महेश्वरः । उवाच करुणासिन्धुर्मेघनिर्ह्रादया गिरा
Sanatkumāra dit : Ayant ainsi entendu les paroles de son guru, Mahādeva — Dieu des dieux, Maheśvara — océan de compassion, parla d’une voix grondante comme le tonnerre des nuées.
Verse 43
महेश्वर उवाच । क्रोधं च निस्सृते नेत्राद्धारयामि बृहस्पतेः । कथं हि कञ्चुकीं सर्पस्संधत्ते नोज्झितां पुनः
Mahādeva dit : «Ô Bṛhaspati, même lorsque la colère a jailli de Mon œil, Je la retiens et la porte. Comment donc un serpent pourrait-il reprendre la peau qu’il a muée, une fois qu’elle a été rejetée ?»
Verse 44
सनत्कुमार उवाचु । इति श्रुत्वा वचस्तस्य शंकरस्य बृहस्पतिः । उवाच क्लिष्टरूपश्च भयव्याकुलमानसः
Sanatkumāra dit : Ayant entendu ces paroles de Śaṅkara, Bṛhaspati — l’aspect éprouvé et l’esprit bouleversé par la crainte — prit la parole.
Verse 45
बृहस्पतिरुवाच । हे देव भगवन्भक्ता अनुकंप्याः सदैव हि । भक्तवत्सलनामेति त्वं सत्यं कुरु शंकर
Bṛhaspati dit : «Ô Deva, ô Seigneur bienheureux, Tes dévots sont, certes, toujours dignes de compassion. Aussi, ô Śaṅkara, rends vrai par Tes actes Ton nom de “Bhakta-vatsala”, Tendre envers les dévots.»
Verse 46
क्षेप्तुमन्यत्र देवेश स्वतेजोऽत्युग्रमर्हसि । उद्धर्तस्सर्वभक्तानां समुद्धर पुरंदरम्
Ô Seigneur des dieux, détourne ailleurs ta puissance divine, si terriblement ardente. Toi qui sauves tous les dévots, relève et sauve Purandara (Indra).
Verse 47
सनत्कुमार उवाच । इत्युक्तो गुरुणा रुद्रो भक्तवत्सलनामभाक् । प्रत्युवाच प्रसन्नात्मा सुरेज्यं प्रणतार्त्तिहा
Sanatkumāra dit : Ainsi interpellé par son Guru, Rudra—célèbre comme le tendre protecteur des dévots—répondit d’un cœur serein. Lui que même les dieux vénèrent, lui qui ôte la détresse de ceux qui se prosternent, prit la parole en retour.
Verse 48
शिव उवाच । प्रीतः स्तुत्यानया तात ददामि वरमुत्तमम् । इन्द्रस्य जीवदानेन जीवेति त्वं प्रथां व्रज
Śiva dit : « Mon enfant bien-aimé, réjoui par cet hymne de louange, je t’accorde un don excellent. Puisque tu as rendu la vie à Indra, va et sois renommé sous le nom de “Jīva”, le Donneur de vie. »
Verse 49
समुद्भूतोऽनलो योऽयं भालनेत्रात्सुरेशहा । एनं त्यक्ष्याम्यहं दूरं यथेन्द्रं नैव पीडयेत्
« Ce feu, né de l’Œil au front de Śiva, est le meurtrier des seigneurs des dieux. Je le jetterai au loin, afin qu’il n’afflige pas Indra. »
Verse 50
सनत्कुमार उवाच् । इत्युक्त्वा तं करे धृत्वा स्वतेजोऽनलमद्भुतम् । भालनेत्रात्समुद्भूतं प्राक्षिपल्लवणांभसि
Sanatkumāra dit : Ayant ainsi parlé, il prit dans sa main ce feu merveilleux — son propre éclat, son tejas — né de l’œil du front, et le jeta dans les eaux salées de l’océan.
Verse 51
ततश्चांतर्दधे रुद्रो महालीलाकरः प्रभुः । गुरुशक्रौ भयान्मुक्तौ जग्मतुः सुखमुत्तमम्
Alors le Seigneur Rudra—le Souverain qui accomplit la grande līlā divine—disparut aux regards. Délivrés de la crainte, Guru (Bṛhaspati) et Śakra (Indra) s’en allèrent, atteignant la paix et la félicité suprêmes.
Verse 52
यदर्थं गमनोद्युक्तौ दर्शनं प्राप्य तस्य वै । कृतार्थौ गुरुशक्रौ हि स्वस्थानं जग्मतुर्मुदा
Ayant obtenu le darśana de Celui pour qui ils s’étaient mis en route, Guru (Bṛhaspati) et Śakra (Indra) se sentirent comblés dans leur dessein et, dans la joie, regagnèrent leur propre demeure.
Jīva and Indra journey to Kailāsa for Śiva’s darśana; Śiva appears as a formidable digambara figure blocking the path, initiating a test as Indra questions him without recognizing him.
The ‘blocked path’ symbolizes epistemic obstruction: pride and entitlement prevent recognition of Śiva; the test converts external authority into inner humility and discernment.
Śiva’s liminal, boundary-guarding manifestation as a digambara ascetic with jaṭā (matted locks), simultaneously serene and terrifying—an instructive form that conceals and reveals.