Adhyaya 23
Rudra SamhitaSati KhandaAdhyaya 2356 Verses

सतीकृतप्रार्थना तथा परतत्त्वजिज्ञासा — Satī’s Prayer and Inquiry into the Supreme Principle

L’Adhyāya 23 s’ouvre sur le récit de Brahmā : après un long divertissement divin (vihāra) avec Śaṅkara, Satī se sent comblée intérieurement et un détachement (virāga) naît en elle. En audience privée, elle s’approche de Śiva avec une dévotion solennelle—prosternation et mains jointes en añjali—puis offre une hymne dense : Śiva comme Devadeva, Mahādeva, océan de compassion, sauveur des affligés ; et simultanément le Puruṣa suprême, au-delà de rajas-sattva-tamas, à la fois nirguṇa et saguṇa, principe témoin et Seigneur immuable. Après avoir reconnu sa bénédiction d’être son aimée et sa satisfaction de leur compagnie, Satī formule une demande salvatrice : connaître le « paraṃ tattvam » qui donne le bonheur et permet au jīva de traverser aisément la souffrance du saṃsāra. Elle demande l’enseignement grâce auquel même un être tourné vers les sens atteint l’état suprême et cesse d’être « saṃsārī », interrogeant pour l’élévation des vivants.

Shlokas

Verse 1

ब्रह्मोवाच । एवं कृत्वा विहारं वै शंकरेण च सा सती । संतुष्टा साभवच्चाति विरागा समजायत

Brahmā dit : Après s’être ainsi divertie dans les jeux divins avec Śaṅkara, Satī fut pleinement comblée ; et en elle s’éleva un profond vairāgya, le détachement.

Verse 2

एकस्मिन्दिवसे देवी सती रहसि संगता । शिवं प्रणम्य सद्भक्त्या न्यस्योच्चैः सुकृतांजलिः

Un jour, la Déesse Satī rencontra (le Seigneur Śiva) en secret. S’inclinant devant Śiva avec une dévotion sincère, joignant ses belles mains en un añjali révérencieux, elle parla d’une voix claire.

Verse 3

सुप्रसन्नं प्रभुं नत्वा सा दक्षतनया सती । उवाच सांजलिर्भक्त्या विनयावनता ततः

S’étant inclinée devant le Seigneur infiniment gracieux, Satī, fille de Dakṣa, parla alors les paumes jointes, emplie de dévotion et courbée d’humilité.

Verse 4

सत्युवाच । देवदेव महादेव करुणा सागर प्रभो । दीनोद्धर महायोगिन् कृपां कुरु ममोपरि

Satī dit : «Ô Dieu des dieux, ô Mahādeva, ô Seigneur—océan de compassion ; ô relèveur des humbles, ô grand Yogin—accorde-moi ta grâce».

Verse 5

त्वं परः पुरुषस्स्वामी रजस्सत्त्वतमः परः । निर्गुणस्सगुणस्साक्षी निर्विकारी महाप्रभुः

Tu es la Personne suprême, le Seigneur souverain—au-delà de rajas, sattva et tamas. Tu es sans qualités et pourtant manifesté avec qualités ; Conscience témoin, immuable, Grand Seigneur.

Verse 6

धन्याहं ते प्रिया जाता कामिनी सुविहारिणी । जातस्त्वं मे पतिस्स्वामिन्भक्तिवात्सल्यतो हर

« Je suis bénie : je suis devenue ton aimée, une épouse aimante qui se réjouit de ta compagnie. Et toi, ô Hara, par ta tendre sollicitude envers la bhakti, tu es devenu mon époux et mon Seigneur. »

Verse 7

कृतो बहुसमा नाथ विहारः परमस्त्वया । संतुष्टाहं महेशान निवृत्तं मे मनस्ततः

Ô Seigneur, durant de longues années tu as partagé avec moi la suprême félicité de la compagnie divine. Ô Maheśāna, je suis pleinement comblée ; ainsi mon esprit s’est apaisé et s’est retiré de toute quête nouvelle.

Verse 8

ज्ञातुमिच्छामि देवेश परं तत्त्वं सुखावहम् । यं न संसारदुःखाद्वै तरेज्जीवोंजसा हर

Je désire connaître, ô Seigneur des dieux, la Réalité suprême qui confère la vraie béatitude ; sans elle, ô Hara, l’âme individuelle ne peut aisément franchir la souffrance du saṃsāra.

Verse 9

यत्कृत्वा विषयी जीवस्स लभेत्परमं पदम् । संसारी न भवेन्नाथ तत्त्वं वद कृपां कुरु

Ô Seigneur, en accomplissant quoi une âme—même absorbée par les objets des sens—peut-elle atteindre l’état suprême et ne plus demeurer liée au saṃsāra ? Par compassion, révèle-moi le vrai principe (tattva).

Verse 10

ब्रह्मोवाच । इत्यपृच्छत्स्म सद्भक्त्या शंकरं सा सती मुने । आदिशक्तिर्महेशानी जीवोद्धाराय केवलम्

Brahmā dit : Ainsi, ô sage, Satī — l’Ādiśakti, la grande Reine de Maheśa — interrogea Śaṅkara avec une dévotion authentique, uniquement pour l’élévation et la délivrance des âmes incarnées.

Verse 11

आकर्ण्य तच्छिवः स्वामी स्वेच्छयोपात्तविग्रहः । अवोचत्परमप्रीतस्सतीं योगविरक्तधीः

Ayant entendu cela, le Seigneur Śiva—le Souverain qui prend une forme selon sa libre volonté—s’adressa à Satī avec un profond déplaisir, l’esprit détaché par la puissance du yoga.

Verse 12

शिव उवाच । शृणु देवि प्रवक्ष्यामि दाक्षायणि महेश्वरि । परं तत्त्वं तदेवानुशयी मुक्तो भवेद्यतः

Śiva dit : «Écoute, ô Déesse—ô Dākṣāyaṇī, ô Mahēśvarī. Je vais exposer la Réalité suprême ; en demeurant en Elle seule, on obtient la délivrance».

Verse 13

परतत्त्वं विजानीहि विज्ञानं परमेश्वरी । द्वितीयं स्मरणं यत्र नाहं ब्रह्मेति शुद्धधीः

«Ô Parameśvarī, sache que la Réalité suprême est vijnāna, le discernement spirituel véritable. Tel est le second souvenir : là, avec une intelligence purifiée, on se rappelle : “Je ne suis pas Brahman (l’Absolu)”.»

Verse 14

तद्दुर्लभं त्रिलोकेस्मिंस्तज्ज्ञाता विरलः प्रिये । यादृशो यस्सदासोहं ब्रह्मसाक्षात्परात्परः

«Cette Réalité est extrêmement difficile à atteindre dans les trois mondes, ô bien-aimée, et celui qui la connaît véritablement est des plus rares. Tel que Je suis éternellement—réalisé directement comme Brahman—Je suis le Suprême, au-delà de l’au-delà.»

Verse 15

तन्माता मम भक्तिश्च भुक्तिमुक्तिफलप्रदा । सुलभा मत्प्रसादाद्धि नवधा सा प्रकीर्तिता

«Cette Mère divine est en vérité Ma bhakti, dispensant les fruits de la jouissance mondaine comme de la délivrance. Par Ma grâce, elle s’obtient aisément, et l’on proclame qu’elle est de neuf sortes.»

Verse 16

भक्तौ ज्ञाने न भेदो हि तत्कर्तुस्सर्वदा सुखम् । विज्ञानं न भवत्येव सति भक्तिविरोधिनः

Entre la bhakti (dévotion) et le jñāna (connaissance spirituelle véritable), il n’y a, en vérité, aucune différence; pour celui qui suit cette voie, la joie demeure en tout temps. Mais si l’on nourrit une opposition à la dévotion, le vijñāna (discernement réalisé) ne naît jamais réellement.

Verse 17

भक्त्या हीनस्सदाहं वै तत्प्रभावाद्गृहेष्वपि । नीचानां जातिहीनानां यामि देवि न संशयः

«Ô Devi, si je suis dépourvu de bhakti, alors—sous l’emprise de sa force écrasante—j’aboutirai sûrement jusque dans les maisons des gens vils et de ceux qui sont sans noble naissance; il n’y a là aucun doute.»

Verse 18

सा भक्तिर्द्विविधा देवि सगुणा निर्गुणा मता । वैधी स्वाभाविकी या या वरा सा त्ववरा स्मृता

Ô Déesse, la bhakti est tenue pour double : saguṇā (avec attributs) et nirguṇā (sans attributs). Parmi elles, la dévotion guidée par les règles (vaidhī) et la dévotion naturelle, spontanée (svābhāvikī) — la première est considérée comme supérieure, tandis que la seconde est mémorisée comme inférieure.

Verse 19

नैष्ठिक्या नैष्ठिकी भेदाद्द्विविधे द्विविधे हि ते । षड्विधा नैष्ठिकी ज्ञेया द्वितीयैकविधा स्मृता

En raison de la distinction entre le « naiṣṭhikya » et la « naiṣṭhikī », ceux-ci sont véritablement de deux sortes. Parmi eux, la « naiṣṭhikī » doit être comprise comme étant de six formes, tandis que la seconde (« naiṣṭhikya ») est tenue en mémoire comme d’une seule espèce.

Verse 20

विहिताविहिताभेदात्तामनेकां विदुर्बुधाः । तयोर्बहुविधत्वाच्च तत्त्वं त्वन्यत्र वर्णितम्

En raison de la distinction entre ce qui est prescrit et ce qui est interdit, les sages savent que cette discipline/observance revêt de nombreuses formes. Et puisque l’une et l’autre sont de maintes sortes, leur principe véritable a été expliqué ailleurs.

Verse 21

ते नवांगे उभे ज्ञेये वर्णिते मुनिभिः प्रिये । वर्णयामि नवांगानि प्रेमतः शृणु दक्षजे

«Ô bien-aimée, ces deux ensembles de navāṅga, les neuf membres, doivent être compris comme les sages muni les ont décrits. À présent je vais exposer les neuf membres : écoute avec amour, ô fille de Dakṣa.»

Verse 22

श्रवणं कीर्तनं चैव स्मरणं सेवनं तथा । दास्यं तथार्चनं देवि वंदनं मम सर्वदा

Ô Devī, pour Moi ces pratiques sont toujours chères et puissantes : écouter (Ma gloire), la chanter, Me garder en mémoire, le service dévot, l’attitude de serviteur, l’adoration et la salutation révérencieuse.

Verse 23

सख्यमात्मार्पणं चेति नवांगानि विदुर्बुधाः । उपांगानि शिवे तस्या बहूनि कथितानि वै

Les sages reconnaissent là les neuf membres de la bhakti : l’amitié avec le Seigneur et l’offrande de soi-même tout entier à Lui. Et, en vérité, bien des membres secondaires de cette dévotion à Śiva ont aussi été décrits.

Verse 24

शृणु देवि नवांगानां लक्षणानि पृथक्पृथक् । मम भक्तेर्मनो दत्त्वा भक्ति मुक्तिप्रदानि हि

Écoute, ô Déesse, les caractéristiques distinctes de la dévotion en neuf membres, chacune à part. Lorsque l’esprit est offert dans la bhakti envers Moi, cette bhakti devient en vérité dispensatrice de libération.

Verse 25

कथादेर्नित्यसम्मानं कुर्वन्देहादिभिर्मुदा । स्थिरासनेन तत्पानं यत्तच्छ्रवणमुच्यते

C’est cela qu’on nomme le véritable « śravaṇa » (l’écoute) : offrir avec joie un hommage constant au récit sacré et à ce qui s’y rapporte, puis le « boire » assis fermement, en l’honorant par le corps et par toutes les facultés.

Verse 26

हृदाकाशेन संपश्यञ् जन्मकर्माणि वै मम । प्रीत्याचोच्चारणं तेषामेतत्कीर्तनमुच्यते

Voir, dans le ciel intérieur du cœur, Mes naissances et Mes actes divins, puis les proclamer avec amour et joie : voilà ce qu’on appelle kīrtana, la louange dévotionnelle.

Verse 27

व्यापकं देवि मां दृष्ट्वा नित्यं सर्वत्र सर्वदा । निर्भयत्वं सदा लोके स्मरणं तदुदाहृतम्

« Ô Déesse, en Me voyant comme l’Omniprésent—toujours, partout, en tout temps—on obtient dans le monde une intrépidité constante ; c’est cela qu’on déclare être le véritable smaraṇa, le souvenir de Śiva. »

Verse 28

अरुणोदयमारभ्य सेवाकालेंचिता हृदा । निर्भयत्वं सदा लोके स्मरणं तदुदाहृतम्

Dès l’aurore, le cœur fermement recueilli au temps du service dévot, on obtient dans le monde une intrépidité constante ; telle est proclamée la véritable mémoire de Śiva.

Verse 29

सदा सेव्यानुकूल्येन सेवनं तद्धि गोगणैः । हृदयामृतभोगेन प्रियं दास्यमुदाहृतम्

Servir Celui qui doit être servi, toujours d’une manière qui Lui soit agréable : voilà ce que les sages nomment véritablement « service ». Lorsqu’il est offert avec la saveur nectarée du cœur, un tel dāsya, servitude aimante, est proclamé le plus cher au Seigneur.

Verse 30

सदा भृत्यानुकूल्येन विधिना मे परात्मने । अर्पणं षोडशानां वै पाद्यादीनां तदर्चनम्

Toujours, avec la disposition réglée d’un serviteur dévot et selon le rite juste, offre-Moi, à Moi le Soi suprême (Paramātman), les seize services traditionnels commençant par l’eau pour laver les pieds ; cette offrande est la véritable adoration de Moi.

Verse 31

मंत्रोच्चारणध्यानाभ्यां मनसा वचसा क्रमात् । यदष्टांगेन भूस्पर्शं तद्वै वंदनमुच्यते

Lorsque, dans l’ordre prescrit, on récite le mantra et l’on médite—par l’esprit et par la parole—puis que l’on touche la terre avec les huit membres du corps, cet acte est véritablement appelé vandana, la prosternation révérencieuse.

Verse 32

मंगलामंगलं यद्यत्करोतीतीश्वरो हि मे । सर्वं तन्मंगलायेति विश्वासः सख्यलक्षणम्

Que mon Seigneur (Īśvara) fasse advenir ce qui paraît faste ou néfaste, je suis convaincu que tout cela vise mon bien suprême. Une telle confiance inébranlable est le signe même de la véritable amitié avec Śiva.

Verse 33

कृत्वा देहादिकं तस्य प्रीत्यै सर्वं तदर्पणम् । निर्वाहाय च शून्यत्वं यत्तदात्मसमर्पणम्

Faire même de son corps et de tout le reste une offrande pour Sa joie—tout Lui offrir—et, afin de soutenir cette vie, demeurer comme « vide », libre de tout esprit de possession : voilà, en vérité, l’offrande de soi-même à Lui.

Verse 34

नवांगानीति मद्भक्तेर्भुक्तिमुक्तिप्रदानि च । मम प्रियाणि चातीव ज्ञानोत्पत्तिकराणि च

Tels sont les neuf membres de la dévotion envers Moi ; ils accordent à la fois la jouissance du monde et la libération. Ils Me sont infiniment chers, et ils sont aussi la cause de l’éveil de la vraie connaissance spirituelle.

Verse 35

उपांगानि च मद्भक्तेर्बहूनि कथितानि वै । बिल्वादिसेवनादीनि समू ह्यानि विचारतः

De nombreux membres secondaires de la dévotion envers Moi (Śiva) ont certes été exposés — tels l’offrande révérencieuse et l’usage des feuilles de bilva, ainsi que les observances qui s’y rattachent — lorsqu’on les rassemble et les considère avec discernement, selon l’ordre convenable.

Verse 36

इत्थं सांगोपांगभक्तिर्मम सर्वोत्तमा प्रिये । ज्ञानवैराग्यजननी मुक्तिदासी विराजते

Ainsi, ô bien-aimée, cette dévotion envers Moi (Śiva), complète en toutes ses parties et ses auxiliaires, resplendit comme la plus haute. Elle enfante la vraie connaissance et le détachement (vairāgya), et se tient comme la servante qui mène à la délivrance (mokṣa).

Verse 37

सर्वकर्मफलोत्पत्तिस्सर्वदा त्वत्समप्रिया । यच्चित्ते सा स्थिता नित्यं सर्वदा सोति मत्प्रियः

Elle, toujours présente, source d’où naissent les fruits de toutes les actions, t’est aussi chère que ton propre être. Quiconque la maintient établie dans son cœur à tout instant, celui-là m’est toujours infiniment cher.

Verse 38

त्रैलोक्ये भक्तिसदृशः पंथा नास्ति सुखावहः । चतुर्युगेषु देवेशि कलौ तु सुविशेषतः

Ô Déesse, dans les trois mondes il n’est point de voie comparable à la bhakti, si assurée à dispenser la félicité. Parmi les quatre yuga, et tout particulièrement dans le Kali Yuga, cela est vrai au plus haut degré.

Verse 39

कलौ तु ज्ञानवैरागो वृद्धरूपौ निरुत्सवौ । ग्राहकाभावतो देवि जातौ जर्जर तामति

Mais dans l’âge de Kali, ô Devī, la connaissance spirituelle et le détachement prennent l’aspect de la vieillesse : sans joie et sans fête. Faute de réceptacles dignes, on dit qu’ils naissent dans la décrépitude et l’infirmité.

Verse 40

कलौ प्रत्यक्षफलदा भक्तिस्सर्वयुगेष्वपि । तत्प्रभावादहं नित्यं तद्वशो नात्र संशयः

Dans l’âge de Kali, la bhakti (dévotion) donne des fruits visibles et immédiats ; en vérité, en tout âge elle est efficace. Par la puissance de cette dévotion, Je demeure à jamais sous son empire : il n’y a là aucun doute.

Verse 41

यो भक्तिमान्पुमांल्लोके सदाहं तत्सहायकृत् । विघ्नहर्ता रिपुस्तस्य दंड्यो नात्र च संशयः

Quiconque, en ce monde, est un homme de bhakti, Je suis sans cesse son soutien. Tout ennemi qui lui suscite des obstacles et ruine son bien est assurément punissable : il n’y a là aucun doute.

Verse 42

भक्तहेतोरहं देवि कालं क्रोधपरिप्लुतः । अदहं वह्निना नेत्रभवेन निजरक्षकः

Ô Devī, pour l’amour de Mon dévot, Moi—submergé de colère—j’ai brûlé Kāla (la Mort/le Temps) par le feu jailli de Mon œil, demeurant Mon propre protecteur.

Verse 43

भक्तहेतोरहं देवि रव्युपर्यभवं किल । अतिक्रोधान्वितः शूलं गृहीत्वाऽन्वजयं पुरा

Ô Déesse, pour l’amour de Mon dévot, jadis Je montai au-dessus du Soleil. Puis, empli d’une colère ardente, Je saisis le trident et poursuivis l’offenseur aux temps anciens.

Verse 44

भक्तहेतोरहं देवि रावणं सगणं क्रुधा । त्यजति स्म कृतो नैव पक्षपातो हि तस्य वै

Ô Déesse, pour l’amour de Mon dévot, dans Ma colère J’abandonnai Rāvaṇa avec toute sa suite ; en vérité, jamais Je ne lui ai témoigné de partialité.

Verse 45

भक्तहेतोरहं देवि व्यासं हि कुमतिग्रहम् । काश्या न्यसारयत् क्रोधाद्दण्डयित्वा च नंदिना

Ô Déesse, pour l’amour de Mon dévot, dans Ma colère Je fis chasser de Kāśī le sage Vyāsa—dont l’esprit était saisi par une compréhension erronée—et Je le fis châtier par Nandin.

Verse 46

किं बहूक्तेन देवेशि भक्त्याधीनस्सदा ह्यहम् । तत्कर्तुं पुरुषस्यातिवशगो नात्र संशयः

À quoi bon tant de paroles, ô Souveraine divine ? Je suis à jamais soumis à la bhakti. Pour accomplir cela, Je suis entièrement sous l’empire de l’âme dévote ; il n’y a là aucun doute.

Verse 47

ब्रह्मोवाच । इत्थमाकर्ण्य भक्तेस्तु महत्त्वं दक्षजा सती । जहर्षातीव मनसि प्रणनाम शिवं मुदा

Brahmā dit : Ayant ainsi entendu la grandeur de la bhakti, Satī, fille de Dakṣa, fut comblée de joie en son cœur et, dans l’allégresse, se prosterna devant le Seigneur Śiva.

Verse 48

पुनः पप्रच्छ सद्भक्त्या तत्काण्डविषयं मुने । शास्त्रं सुखकरं लोके जीवोद्धारपरायणम्

Puis, de nouveau, avec une dévotion sincère, elle interrogea le sage au sujet de cette section : une Écriture qui apporte le bien-être au monde et se voue entièrement au relèvement et à la délivrance des âmes.

Verse 49

सयंत्रमंत्रशास्त्रं च तन्माहात्म्यं विशेषतः । अन्यानि धर्मवस्तूनि जीवोद्धारकराणि हि

Et (il parla) des écritures sur les yantras et les mantras, et tout particulièrement de leur grandeur ; ainsi que d’autres enseignements religieux — en vérité, de ces matières du dharma qui deviennent des moyens d’élévation et de délivrance pour l’âme incarnée.

Verse 50

शंकरोपि तदाकर्ण्य सतीं प्रश्नं प्रहृष्टधीः । वर्णयामास सुप्रीत्या जीवोद्धाराय कृत्स्नशः

Entendant la question de Satī, Śaṅkara aussi, l’esprit réjoui, exposa tout entièrement avec une grande affection, pour l’élévation et la délivrance des êtres incarnés.

Verse 51

तत्र शास्त्रं सयंत्रं हि सपंचाङ्गं महेश्वरः । बभाषे महिमानं च तत्तद्दैववरस्य वै

Là, Maheśvara exposa l’enseignement sacré avec sa discipline de soutien et ses cinq composantes ; et il proclama aussi la grandeur de chacune de ces excellentes observances divines.

Verse 52

सेतिहासकथं तेषां भक्तमाहात्म्यमेव च । सवर्णाश्रमधर्मांश्च नृपधर्मान् मुनीश्वर

Ô le meilleur des sages, (ce texte enseigne aussi) les récits de l’histoire sacrée qui leur est liée, la grandeur même de la bhakti, les devoirs des varṇa et des āśrama, ainsi que les justes devoirs des rois.

Verse 53

सुतस्त्रीधर्ममाहात्म्यं वर्णाश्रममनश्वरम् । वैद्यशास्त्रं तथा ज्योतिश्शास्त्रं जीवसुखावहम्

Sūta déclara : «(Cette Écriture enseigne) la grandeur du devoir du fils et du dharma de la femme ; l’ordre durable des varṇa et des āśrama ; et de même les sciences de la médecine et de l’astrologie (jyotiṣa), disciplines qui assurent le bien-être et la joie des êtres incarnés.»

Verse 54

सामुद्रिकं परं शास्त्रमन्यच्छास्त्राणि भूरिशः । कृपां कृत्वा महे शानो वर्णयामास तत्त्वतः

Par compassion, le Seigneur Maheśāna exposa en vérité le suprême Sāmudrika-śāstra, ainsi que de nombreux autres traités, les décrivant selon leurs principes authentiques.

Verse 55

इत्थं त्रिलोकसुखदौ सर्वज्ञौ च सतीशिवौ । लोकोपकारकरणधृतसद्गुणविग्रहौ

Ainsi Satī et Śiva—tous deux omniscients et dispensateurs de félicité aux trois mondes—revêtirent des formes parées de nobles qualités, uniquement pour accomplir le bien et le salut de tous les êtres.

Verse 56

चिक्रीडाते बहुविधे कैलासे हिमवद्गिरौ । अन्यस्थलेषु च तदा परब्रह्मस्वरूपिणौ

Alors ces deux—dont la nature véritable est le Parabrahman, le Brahman suprême—se livrèrent à de multiples jeux sur Kailāsa, au mont Himavat, et aussi en d’autres lieux en ce temps-là.

Frequently Asked Questions

Satī, after enjoying divine companionship with Śiva, privately approaches him and—through praise and humility—requests instruction on the supreme tattva that liberates beings from saṃsāra.

The passage models the transition from fulfillment to vairāgya and from devotion (stuti) to liberating knowledge (tattva-jñāna), presenting inquiry itself as an act of compassion for the jīva’s uplift.

Śiva is highlighted as both transcendent and immanent: beyond the three guṇas, yet also the personal lord (Mahādeva) and the inner witness (sākṣī), approached through grace and bhakti.