
L’Adhyaya 22 poursuit l’arc du tapas de Pārvatī en passant de la résolution intérieure à l’autorisation familiale. Brahmā raconte qu’après le départ de Deva-muni, Pārvatī, pleine de joie, fixe son esprit sur l’obtention de Hara (Śiva) par l’austérité sacrée. Ses compagnes Jayā et Vijayā servent d’intermédiaires : elles vont d’abord trouver Himavān avec respect, lui exposent l’intention de Pārvatī et soutiennent que l’accomplissement du destin de la lignée repose sur le tapas, moyen de « réaliser » Śiva. Himavān approuve, tout en soulignant l’importance de l’assentiment de Menā, et présente l’issue comme assurément auspicious pour la famille. Les compagnes se rendent ensuite auprès de la mère afin d’obtenir son consentement. Le chapitre établit ainsi la renonciation dans le cadre du dharma : le projet de tapas en forêt n’est pas une fuite impulsive, mais une sādhana autorisée, orientée et conforme à la finalité familiale et cosmique, préparant la transition vers les austérités forestières jusqu’à l’acceptation de Śiva.
Verse 1
ब्रह्मोवाच । त्वयि देवमुने याते पार्वती हृष्टमानसा । तपस्साध्यं हरं मेने तपोर्थं मन आदधे
Brahmā dit : «Lorsque toi, ô sage divin, tu fus parti, Pārvatī, l’esprit empli de joie, estima que le Seigneur Hara pouvait être atteint par le tapas (austérité). Aussi prit-elle en son cœur la résolution d’accomplir des austérités à cette fin.»
Verse 2
ततः सख्यौ समादाय जयां च विजयां तथा । मातरं पितरं चैव सखीभ्यां पर्यपृच्छत
Puis, prenant avec elle ses deux compagnes, Jaya et Vijaya, elle s’enquit, par leur entremise, auprès de sa mère et de son père également.
Verse 3
प्रथमं पितरं गत्वा हिमवन्तं नगेश्वरम् । पर्यपृच्छत्सुप्रणम्य विनयेन समन्विता
D’abord elle se rendit auprès de son père Himavān, seigneur des montagnes ; puis, s’étant inclinée comme il se doit, elle l’interrogea avec respect, empreinte d’humilité et de bienséance.
Verse 4
सख्यावूचतुः । हिमवञ्च्छ्रूयतां पुत्री वचनं कथ्यतेऽधुना । सा स्वयं चैव देहस्य रूपस्यापि तथा पुनः
Les compagnes dirent : «Ô Himavān, écoute. À présent nous rapportons les paroles de ta fille : comment, elle-même, a parlé maintes et maintes fois de son corps et de sa propre forme.»
Verse 5
भवतो हि कुलस्यास्य साफल्यं कर्तुमिच्छति । तपसा साधनीयोऽसौ नान्यथा दृश्यतां व्रजेत्
En vérité, il désire rendre votre lignée pleinement féconde. On ne peut l’atteindre que par le tapas (l’austérité) ; autrement, il ne se laissera ni voir ni rejoindre.
Verse 6
तस्माच्च पर्वतश्रेष्ठ देह्याज्ञां भवताधुना । तपः करोतु गिरिजा वनं गत्वेति सादरम्
C’est pourquoi, ô le meilleur des monts, accorde dès maintenant ton assentiment. Que Girijā aille en forêt et accomplisse le tapas ; ainsi parlèrent-ils avec révérence.
Verse 7
ब्रह्मोवाच । इत्येवं च तदा पृष्टस्सखीभ्यां मुनिसत्तम । पार्वत्या सुविचार्याथ गिरिराजोऽब्रवीदिदम्
Brahmā dit : « Ainsi, ô le meilleur des sages, lorsqu’alors il fut interrogé par les deux compagnes au sujet de Pārvatī, le roi des montagnes—après mûre réflexion—prononça ces paroles. »
Verse 8
हिमालय उवाच । मह्यं च रोचतेऽत्यर्थं मेनायै रुच्यतां पुनः । यथेदं भवितव्यं च किमतः परमुत्तमम्
Himālaya dit : «Cette proposition m’est infiniment agréable ; que Menā aussi l’approuve de nouveau. Qu’il en soit exactement ainsi, car qu’y a-t-il de plus souverainement auspice que cela ?»
Verse 9
साफल्यं तु मदीयस्य कुलस्य च न संशयः । मात्रे तु रुच्यते चेद्वै ततः शुभतरं नु किम्
«Il n’y a aucun doute : ma lignée atteindra l’accomplissement et la réussite bénie. Et si ma mère l’approuve vraiment, qu’y aurait-il de plus auspice que cela ?»
Verse 10
ब्रह्मोवाच । इत्येवं वचनं पित्रा प्रोक्तं श्रुत्वा तु ते तदा । जग्मतुर्मातरं सख्यौ तदाज्ञप्ते तया सह
Brahmā dit : «Ayant alors entendu les paroles ainsi prononcées par leur père, les deux amis allèrent vers leur mère ; et, avec elle—qui leur donna ses instructions—ils agirent en conséquence».
Verse 11
गत्वा तु मातरं तस्याः पार्वत्यास्ते च नारद । सुप्रणम्य करो बध्वोचतुर्वचनमादरात्
Alors Nārada se rendit auprès de la mère de Pārvatī. Après s’être prosterné avec grande révérence et les mains jointes, il lui adressa des paroles pleines de respect.
Verse 12
सख्यावूचतुः । मातस्त्वं वचनं पुत्र्याः शृणु देवि नमोऽस्तु ते । सुप्रसन्नतया तद्वै श्रुत्वा कर्तुमिहार्हसि
Les compagnes dirent : "Ô Mère, ô Déesse — salutations à vous. Veuillez écouter les paroles de votre fille ; les ayant entendues avec un cœur gracieux et satisfait, vous devriez accomplir ce qui doit être fait ici."
Verse 13
तप्तुकामा तु ते पुत्री शिवार्थं परमं तपः । प्राप्तानुज्ञा पितुश्चैव तुभ्यं च परिपृच्छति
Votre fille, désirant entreprendre l'austérité afin d'atteindre Śiva, souhaite accomplir le plus haut tapas. Ayant obtenu la permission de son père, elle vient maintenant à vous également et sollicite votre consentement.
Verse 14
इयं स्वरूपसाफल्यं कर्तुकामा पतिव्रते । त्वदाज्ञया यदि जायेत तप्यते च तथा तपः
Ô épouse dévouée, elle souhaite que sa propre nature soit accomplie ; si, par votre commandement, cela est permis, alors elle entreprendra en effet cette austérité en conséquence.
Verse 15
ब्रह्मोवाच । इत्युक्त्वा च ततस्सख्यौ तूष्णीमास्तां मुनीश्वर । नांगीचकार मेना सा तद्वाक्यं खिन्नमानसा
Brahmā dit : Ayant ainsi parlé, les deux amis demeurèrent silencieux, ô meilleur des sages. Mais Menā, le cœur accablé, n’accepta pas ces paroles.
Verse 16
ततस्सा पार्वती प्राह स्वयमेवाथ मातरम् । करौ बद्ध्वा विनीतात्मा स्मृत्वा शिवपदांबुजम्
Alors Pārvatī s’adressa elle-même à sa mère. Les mains jointes, l’âme humble et maîtrisée, elle parla après s’être souvenue des pieds de lotus du Seigneur Śiva.
Verse 17
पार्वत्युवाच । मातस्तप्तुं गमिष्यामि प्रातः प्राप्तुं महेश्वरम् । अनुजानीहि मां गंतुं तपसेऽद्य तपोवनम्
Pārvatī dit : «Mère, je vais accomplir l’austérité sacrée, afin qu’au matin je puisse atteindre Maheśvara. Accorde-moi la permission de partir aujourd’hui vers la forêt de pénitence, pour y entreprendre le tapas.»
Verse 18
ब्रह्मोवाच । इत्याकर्ण्य वचः पुत्र्या मेना दुःख मुपागता । सोपाहूय तदा पुत्रीमुवाच विकला सती
Brahmā dit : Entendant les paroles de sa fille, Menā fut envahie de chagrin. Alors, l’appelant près d’elle, cette dame vertueuse, bouleversée, lui adressa ces mots.
Verse 19
मेनोवाच । दुःखितासि शिवे पुत्री तपस्तप्तुं पुरा यदि । तपश्चर गृहेऽद्य त्वं न बहिर्गच्छ पार्वति
Menā dit : «Ô Śivā, ma fille, si tu es dans la peine et si jadis tu as résolu d’accomplir l’austérité, alors pratique aujourd’hui ton tapas au sein de la maison ; ne sors pas, ô Pārvatī.»
Verse 20
कुत्र यासि तपः कर्तुं देवास्संति गृहे मम । तीर्थानि च समस्तानि क्षेत्राणि विविधानि च
« Où vas-tu pour accomplir des austérités (tapas) ? Dans Ma propre demeure, les dieux sont présents ; et l’on y trouve tous les tīrthas ainsi que les multiples lieux saints (kṣetras). »
Verse 21
कर्तव्यो न हठः पुत्रि गंतव्यं न बहिः क्वचित् । साधितं किं त्वया पूर्वं पुनः किं साधयिष्यसि
« Ô ma fille, ne t’entête pas ; ne sors nulle part. Qu’as-tu déjà accompli auparavant ? Et maintenant, qu’espères-tu accomplir encore ? »
Verse 22
इति श्रीशिवमहापुराणे द्वितीयायां रुद्रसं तृतीये पार्वती पार्वतीतपोव नाम द्वाविंशोऽध्यायः
Ainsi s’achève le vingt-deuxième chapitre, intitulé « Pārvatītapova — Les austérités de Pārvatī », dans la troisième section, le Pārvatī-khaṇḍa, du Rudra Saṃhitā, au sein du Deuxième Livre du Śrī Śiva Mahāpurāṇa.
Verse 23
स्त्रीणां तपोवनगतिर्न श्रुता कामनार्थिनी । तस्मात्त्वं पुत्रि मा कार्षीस्तपोर्थं गमनं प्रति
On n’a jamais entendu qu’une jeune fille, poussée par le désir, se rende aux ermitages de la forêt pour y pratiquer le tapas. C’est pourquoi, ma fille, ne fixe pas ton esprit sur le départ au nom de l’austérité.
Verse 24
ब्रह्मोवाच । इत्येवं बहुधा पुत्री तन्मात्रा विनवारिता । संवेदे न सुखं किंचिद्विनाराध्य महेश्वरम्
«Brahmā dit : Ainsi, de bien des façons, la fille fut retenue et ardemment suppliée par sa mère. Pourtant, elle ne trouvait aucune joie—à moins de vénérer Maheśvara, le Mahādeva.»
Verse 25
तपोनिषिद्धा तपसे वनं गंतुं च मेनया । हेतुना तेन सोमेति नाम प्राप शिवा तदा
«Lorsque Menā empêcha Śivā (Pārvatī) d’aller dans la forêt pour accomplir les austérités, c’est pour cette raison même qu’en ce temps-là elle reçut le nom de “Somā”.»
Verse 26
अथ तां दुखितां ज्ञात्वा मेना शैलप्रिया शिवाम् । निदेशं सा ददौ तस्याः पार्वत्यास्तपसे मुने
«Alors, comprenant que Śivā (Pārvatī), bien-aimée de la Montagne (l’Himālaya), était accablée, Menā lui donna une directive, ô sage, orientant Pārvatī vers la pratique du tapas afin d’atteindre Śiva.»
Verse 27
मातुराज्ञां च संप्राप्य सुव्रता मुनिसत्तम । ततः स्वांते सुखं लेभे पार्वती स्मृतशंकरा
Ayant obtenu l’assentiment de sa mère, ô le plus excellent des sages, la vertueuse Pārvatī—se souvenant de Śaṅkara au fond de son cœur—goûta ensuite une profonde paix en son être intérieur.
Verse 28
मातरं पितरं साथ प्रणिपत्य मुदा शिवा । सखीभ्यां च शिवं स्मृत्वा तपस्तप्तुं समुद्गता
Dans la joie, Śivā (Pārvatī) se prosterna devant sa mère et son père; puis, accompagnée de ses deux compagnes, se souvenant du Seigneur Śiva, elle se mit en route pour pratiquer les austérités.
Verse 29
हित्वा मतान्यनेकानि वस्त्राणि विविधानि च । वल्कलानि धृतान्याशु मौंजीं बद्ध्वा तु शोभनाम्
Délaissant maintes opinions et des vêtements variés, elle revêtit promptement l’étoffe d’écorce; puis, pour la beauté de la discipline, elle se ceignit d’une belle ceinture d’herbe muñja.
Verse 30
हित्वा हारं तथा चर्म्म मृगस्य परमं धृतम् । जगाम तपसे तत्र गंगावतरणं प्रति
Délaissant la guirlande et revêtant l’excellente peau de cerf, il s’y rendit pour accomplir l’austérité, résolu à obtenir la descente de la rivière Gaṅgā.
Verse 31
शंभुना कुर्वता ध्यानं यत्र दग्धो मनोभवः । गंगावतरणो नाम प्रस्थो हिमवतस्स च
Ce plateau de l’Himavat est nommé « Gaṅgāvataraṇa », le Lieu de la Descente de la Gaṅgā ; là, tandis que Śambhu était absorbé en méditation, Manobhava (Kāma, dieu du désir) fut consumé par le feu.
Verse 32
हरशून्योऽथ ददृशे स प्रस्थो हिमभूभृतः । काल्या तत्रेत्य भोस्तात पार्वत्या जगदम्बया
Alors ce plateau de l’Himalaya apparut privé de Hara (Śiva). Là, Kālikā dit : «Ô bien-aimé, c’est ici», tandis que Pārvatī—Mère de l’univers—regardait et répondait selon la situation.
Verse 33
यत्र स्थित्वा पुरा शंभुस्तप्तवान्दुस्तरं तपः । तत्र क्षणं तु सा स्थित्वा बभूव विरहार्दिता
Au lieu même où jadis Śambhu (Śiva) avait accompli une austérité rude et sans égale, elle demeura un instant; et aussitôt elle fut tourmentée par la douleur de la séparation d’avec Lui.
Verse 34
हा हरेति शिवा तत्र रुदन्ती सा गिरेस्सुता । विललापातिदुःखार्ता चिन्ताशोकसमन्विता
Là, Śivā — Girijā, la fille de la Montagne — se mit à pleurer en s’écriant : « Hā ! Hari ! » Accablée d’une douleur extrême, elle se lamenta, envahie d’angoisse et de chagrin.
Verse 35
ततश्चिरेण सा मोहं धैर्य्या त्संस्तभ्य पार्वती । नियमायाऽभवत्तत्र दीक्षिता हिमवत्सुता
Puis, après longtemps, Pārvatī — ferme par son courage — réprima son égarement ; et là, la fille d’Himavān fut consacrée à l’observance, entrant dans le niyama (vœux de discipline) en quête de Śiva.
Verse 36
तपश्चकार सा तत्र शृंगितीर्थे महोत्तमे । गौरीशिखर नामासीत्तत्तपःकरणाद्धि तत्
Là, au Śṛṅgī-tīrtha suprêmement sacré, elle entreprit les austérités (tapas). Par la puissance de ce tapas, ce sommet fut dès lors nommé « Gaurī-Śikhara ».
Verse 37
सुंदराश्च द्रुमास्तत्र पवित्राश्शिवया मुने । आरोपिताः परीक्षार्थं तपसः फलभागिनः
Ô sage, il s’y trouvait aussi de beaux arbres sanctifiants, plantés par Śivā (Pārvatī) comme une épreuve ; ils devinrent participants aux fruits de son tapas.
Verse 38
भूभिशुद्धिं ततः कृत्वा वेदीं निर्माय सुन्दरी । तथा तपस्समारब्धं मुनीनामपि दुष्करम्
Puis, après avoir purifié le sol et construit une vedī, un autel sacré, la belle Déesse entreprit une austérité si rigoureuse qu’elle est difficile même pour les grands sages.
Verse 39
विगृह्य मनसा सर्वाणींद्रियाणि सहाशु सा । समुपस्थानिके तत्र चकार परमं तपः
L’esprit fermement maître de tous les sens, elle se rendit promptement en ce lieu sacré de culte et y entreprit l’austérité suprême, d’un seul élan, aspirant à atteindre le Seigneur Śiva.
Verse 40
ग्रीष्मे च परितो वह्निं प्रज्वलंतं दिवानिशम् । कृत्वा तस्थौ च तन्मध्ये सततं जपती मनुम
Dans l’ardeur de l’été, elle alluma tout autour un feu flamboyant jour et nuit; se tenant au milieu, elle répétait sans cesse le mantra sacré, absorbée dans un japa inébranlable pour le Seigneur Śiva.
Verse 41
सततं चैव वर्षासु स्थंडिले सुस्थिरासना । शिलापृष्ठे च संसिक्ता बभूव जलधारया
Même durant les pluies, elle demeurait sans cesse assise, d’une stabilité inébranlable, sur la terre nue; et, sur la roche aussi, des nappes d’eau la trempaient encore et encore, sans qu’elle dévie de son austérité.
Verse 42
शीते जलांतरे शश्वत्तस्थौ सा भक्तितत्परा । अनाहारातपत्तत्र नीहारे निशासु च
Dans le froid mordant, elle demeurait sans cesse au milieu des eaux, tout entière vouée à la bhakti. Là, elle pratiqua l’austérité sans nourriture, endurant aussi la brume des nuits.
Verse 43
एवं तपः प्रकुर्वाणा पंचाक्षरजपे रता । दध्यौ शिवं शिवा तत्र सर्वकामफलप्रदम्
Ainsi, s’adonnant aux austérités et vouée au japa du mantra aux cinq syllabes, Śivā (Pārvatī) y médita sur le Seigneur Śiva, dispensateur des fruits de tous les désirs légitimes.
Verse 44
स्वारोपिताच्छुभान्वृक्षान्सखीभिस्सिंचती मुदा । प्रत्यहं सावकाशे सा तत्रातिथ्यमकल्पयत्
Avec joie, elle, avec ses compagnes, arrosait les arbres de bon augure qu’elle avait elle-même plantés ; et chaque jour, lorsqu’elle avait du loisir, elle y préparait l’accueil des hôtes.
Verse 45
वातश्चैव तथा शीतवृष्टिश्च विविधा तथा । दुस्सहोऽपि तथा घर्म्मस्तया सेहे सुचित्तया
Il y eut des vents violents, ainsi que des pluies froides de toutes sortes ; et même la chaleur brûlante, pourtant difficile à endurer, elle la supporta d’un esprit pur et constant.
Verse 46
दुःखं च विविधं तत्र गणितं न तयागतम् । केवलं मन आधाय शिवे सासीत्स्थिता मुने
Bien des peines s’y trouvaient, mais elle ne les compta point. Fixant son esprit uniquement sur Śiva, elle demeura ferme, sans vaciller, ô sage.
Verse 47
प्रथमं फलभोगेन द्वितीयं पर्णभोजनैः । तपः प्रकुर्वती देवी क्रमान्निन्येऽमिताः समाः
D’abord, la Déesse Pārvatī se soutint en mangeant des fruits ; au second degré, elle ne prit plus que des feuilles. Ainsi, accomplissant le tapas avec ordre et persévérance, la Devī traversa d’innombrables années d’austérité réglée, tournant tout son être vers l’obtention du Seigneur Śiva, le Pati suprême.
Verse 48
ततः पर्णान्यपि शिवा निरस्य हिमवत्सुता । निराहाराभवद्देवी तपश्चरणसंरता
Puis Śivā, fille d’Himavān, renonça même aux feuilles comme nourriture. La Déesse demeura dans un jeûne total, fermement absorbée dans la pratique du tapas, résolue à atteindre le Seigneur Śiva.
Verse 49
आहारे त्यक्तपर्णाभूद्यस्माद्धिमवतः सुतः । तेन देवैरपर्णेति कथिता नामतः शिवा
Parce que la fille d’Himavān renonça même aux feuilles comme nourriture durant son austérité, les dieux appelèrent donc Śivā (Pārvatī) du nom d’« Aparṇā », « celle qui est sans feuilles ».
Verse 50
एका पादस्थिता सासीच्छिवं संस्मृत्य पार्वती । पंचाक्षरं जपंती च मनुं तेपे तपो महत्
Debout sur un seul pied, Pārvatī demeura absorbée dans le souvenir de Śiva ; répétant sans cesse le mantra aux cinq syllabes « Namaḥ Śivāya », elle accomplit une austérité grande et ardente.
Verse 51
चीरवल्कलसंवीता जटासंघातधारिणी । शिवचिंतनसंसक्ता जिगाय तपसा मुनीम्
Vêtue d’écorce et de haillons, portant une masse de cheveux emmêlés, et tout entière vouée à la contemplation de Śiva, elle surpassa la sage ascète par la puissance de son austérité.
Verse 52
एवं तस्यास्तपस्यन्त्या चिंतयंत्या महेश्वरम् । त्रीणि वर्ष सहस्राणि जग्मुः काल्यास्तपोवने
Ainsi, tandis qu’elle poursuivait son austérité en gardant Maheśvara sans cesse dans sa pensée, trois mille années s’écoulèrent dans la forêt de pénitence de Kālī.
Verse 53
षष्टिवर्षसहस्राणि यत्र तेपे तपो हरः । तत्र क्षणमथोषित्वा चिंतयामास सा शिवा
En ce lieu où Hara avait pratiqué l’austérité durant soixante mille ans, Śivā (Pārvatī) demeura un instant ; puis elle se mit à contempler profondément.
Verse 54
नियमस्थां महादेव किं मां जानासि नाधुना । येनाहं सुचिरं तेन नानुयाता तवोरता
Pārvatī dit : «Ô Mahādeva, ne me reconnais-Tu pas encore, moi qui demeure établie dans l’observance sacrée ? Par cette même résolution grâce à laquelle j’ai pratiqué l’austérité si longtemps, je ne me suis pas détournée de mon vœu de dévotion envers Toi».
Verse 55
लोके वेदे च गिरिशो मुनिभिर्गीयते सदा । शंकरस्य हि सर्वज्ञस्सर्वात्मा सर्वदर्शनः
Dans le monde et dans les Veda, Girīśa est sans cesse chanté par les sages. Car Śaṅkara est véritablement l’Omniscient : le Soi en tous les êtres, et Celui dont la vision embrasse tout.
Verse 56
सर्वभूतिप्रदो देवस्सर्वभावानुभावनः । भक्ताभीष्टप्रदो नित्यं सर्वक्लेशनिवारणः
Ce Dieu accorde toute prospérité et mène à leur accomplissement tous les états de l’être. Il exauce sans cesse les vœux chers de Ses dévots et, infailliblement, dissipe toute affliction.
Verse 57
सर्वकामान्परित्यज्य यदि चाहं वृषध्वजे । अनुरक्ता तदा सोत्र संप्रसीदतु शंकरः
Ô Śiva, Seigneur au drapeau du Taureau ! Si j’ai renoncé à tous les désirs du monde et si je t’aime avec une dévotion véritable, que Śaṅkara, l’Éternellement Auspicieux, m’accorde sa grâce ici et maintenant.
Verse 58
यदि नारद तत्रोक्तमंत्रो जप्तश्शराक्षरः । सुभक्त्या विधिना नित्यं संप्रसीदतु शंकरः
Ô Nārada, si le mantra enseigné là est récité chaque jour, syllabe après syllabe, selon le rite prescrit et avec une dévotion sincère, alors Śaṅkara est pleinement satisfait et accorde sa grâce.
Verse 59
यदि भक्त्या शिवस्याहं निर्विकारा यथोदितम् । सर्वेश्वरस्य चात्यंतं संप्रसीदतु शंकरः
Si, par la dévotion envers Śiva, je suis réellement devenue sans altération, comme il a été proclamé, alors que Śaṅkara—Seigneur de tout—soit pleinement apaisé et me comble de sa grâce.
Verse 60
एवं चिंतयती नित्यं तेपे सा सुचिरं तपः । अधोमुखी निर्विकारा जटावल्कलधारिणी
Ainsi, méditant sans cesse de la sorte, elle accomplit des austérités durant très longtemps—le visage tourné vers le dedans, sans être ébranlée par les changements, portant les jaṭā et des vêtements d’écorce—orientant avec constance sa discipline vers Śiva, le Seigneur qui accorde la délivrance.
Verse 61
तथा तया तपस्तप्तं मुनीनामपि दुष्करम् । स्मृत्वा च पुरुषास्तत्र परमं विस्मयं गताः
Ainsi, elle accomplit un tapas si rigoureux que même les sages le trouveraient difficile. En se remémorant cette ascèse, les gens de là furent saisis du plus grand émerveillement.
Verse 62
तत्तपोदर्शनार्थं हि समाजग्मुश्च तेऽखिलाः । धन्यान्निजान्मन्यमाना जगदुश्चेति सम्मताः
En vérité, tous s’assemblèrent là afin de contempler cette austérité sacrée. Tenant les leurs pour bénis, ils proclamèrent au monde qu’il en était ainsi, avec une conviction inébranlable.
Verse 63
महतां धर्म्मवृद्धेषु गमनं श्रेय उच्यते । प्रमाणं तपसो नास्ति मान्यो धर्म्मस्सदा बुधैः
S’approcher des grands—ceux qui ont mûri dans le dharma—est déclaré être un bien véritable. Il n’existe pas de mesure fixe pour l’austérité (tapas) ; ainsi le dharma est toujours tenu pour digne d’honneur par les sages.
Verse 64
श्रुत्वा दृष्ट्वा तपोऽस्यास्तु किमन्यैः क्रियते तपः । अस्मात्तपोऽधिकं लोके न भूतं न भविष्यति
Après avoir entendu et vu son austérité, quel besoin reste-t-il que d’autres accomplissent pénitence ? En ce monde, nulle austérité plus grande que celle-ci n’a jamais existé, et jamais elle n’adviendra.
Verse 65
जल्पंत इति ते सर्वे सुप्रशस्य शिवातपः । जग्मुः स्वं धाम मुदिताः कठिनांगाश्च ये ह्यपि
S’entretenant ainsi, tous louèrent hautement cette austérité accomplie pour Śiva. Dans la joie, ils regagnèrent leurs propres demeures, même ceux dont le corps s’était endurci sous une discipline rigoureuse.
Verse 66
अन्यच्छृणु महर्षे त्वं प्रभावं तपसोऽधुना । पार्वत्या जगदम्बायाः पराश्चर्य्यकरं महत्
Ô grand sage, écoute maintenant encore la puissance de l’austérité : combien elle fut vaste et merveilleuse à l’extrême dans le cas de Pārvatī, la Mère de l’univers.
Verse 67
तदाश्रमगता ये च स्वभावेन विरोधिनः । तेप्यासंस्तत्प्रभावेण विरोधरहि तास्तदा
Et ceux qui étaient venus à cet ermitage — bien que, par nature, portés à l’opposition — devinrent alors, par la puissance de cette présence sacrée, exempts de toute hostilité.
Verse 68
सिंहा गावश्च सततं रागादिदोषसंयुताः । तन्महिम्ना च ते तत्र नाबाधंत परस्परम्
Les lions et les vaches, bien que toujours sujets à des défauts tels que la passion et autres, ne se faisaient aucun mal là-bas, retenus par la puissance de Sa gloire.
Verse 69
अथान्ये च मुनिश्रेष्ठ मार्ज्जारा मूषकादयः । निसर्गाद्वैरिणो यत्र विक्रियंते स्म न क्वचित्
Et là aussi, ô le meilleur des sages, d’autres créatures—chats, souris et semblables—bien qu’ennemies par nature, ne manifestèrent jamais hostilité ni conduite nuisible en ce lieu.
Verse 70
वृक्षाश्च सफलास्तत्र तृणानि विविधानि च । पुष्पाणि च विचित्राणि तत्रासन्मुनिसत्तम
Ô meilleur des sages, il y avait là des arbres porteurs de fruits, des herbes de maintes sortes, et aussi des fleurs merveilleuses aux couleurs variées.
Verse 71
तद्वनं च तदा सर्वं कैलासेनोपमान्वितम् । जातं च तपस्तस्यास्सिद्धिरूपमभूत्तदा
Alors, toute cette forêt devint comparable au Kailāsa lui-même ; et, en cet instant même, le fruit de son austérité se manifesta comme siddhi—accomplissement spirituel—par la grâce qui mène le tapas à sa perfection.
Pārvatī’s decision to undertake tapas to attain Śiva is formally taken to her parents through her companions; Himavān explicitly approves and directs that Menā’s assent also be obtained.
It encodes tapas as dharma-aligned sādhana: renunciation is framed not as social rupture but as a sanctioned transition, integrating personal resolve with cosmic purpose and familial order.
Pārvatī is highlighted as Girijā—the ascetic aspirant; Jayā and Vijayā function as ritual-social mediators; Himavān appears as dharmic authority validating the tapas pathway toward Hara (Śiva).