
L’Adhyāya 7 présente le Śiva-dhyāna et la pūjā comme une suite d’actions rituelles techniques et symboliques, plutôt qu’un récit mythique. Le discours (attribué à Īśvara) enseigne au pratiquant à établir et consacrer le lieu de culte : tracer un maṇḍala carré (caturasra), employer le praṇava « Oṃ » pour l’invocation et pour des actes répétés d’arcanā. On installe la śaṅkha (conque) et l’arghya-pātra (vase d’offrande), remplis d’eau purifiée parfumée au candana et à d’autres fragrances. Le chapitre énumère les matériaux rituels—pointes de kuśa, akṣata, grains (yava, vrīhi), tila, ghee, siddhārtha, fleurs et bhasma—comme inventaire liturgique śaiva normé. Il introduit aussi une géométrie en strates (carré, demi-lune, triangle, hexagone et cercle) qui inscrit un schéma cosmologique dans l’espace de la pūjā. Les composantes mantriques comprennent Sadyojāta et d’autres mantras liés aux ṣaḍaṅga, l’« armure » protectrice (varmaṇa) et l’avaguṇṭhana (voilement/protection) par l’astra-mantra. Des mudrās telles que dhenumudrā et śaṅkhamudrā servent de sceaux rituels pour purifier, protéger et maîtriser la transmission de l’efficacité mantrique. L’ensemble encode une pédagogie ésotérique : purifier la substance, stabiliser l’attention et convertir l’espace en champ de présence centré sur Śiva par le mantra, la géométrie et le geste.
Verse 1
ईश्वर उवाच । स्ववामे चतुरस्रं तु मण्डलं परिकल्पयेत् । ओमित्यभ्यर्च्य तस्मिंस्तु शंखमस्त्रोपशोभितम्
Īśvara dit : «À la gauche de soi, qu’on dispose un maṇḍala carré. Après l’avoir adoré par la syllabe “Oṃ”, qu’on y place une conque (śaṅkha), ornée et investie par les mantras-armes protecteurs (astra).»
Verse 2
स्थाप्य साधारकं तं तु प्रणवेनार्चयेत्ततः । आपूर्य्य शुद्धतोयेन चन्दनादिसुगंधिना
Après avoir établi ce sādhāraka, le socle-support du culte, qu’on l’honore alors par le Praṇava (Oṁ). Ensuite, qu’on le remplisse d’eau pure, parfumée de santal et d’autres essences.
Verse 3
अभ्यर्च्य गन्धपुष्पाद्यैः प्रणवेन च सप्तधा । अभिमंत्र्य ततस्तस्मिन्धेनुमुद्रां प्रदर्शयेत्
Après avoir honoré comme il se doit par les parfums, les fleurs et autres offrandes, et après avoir accompli sept fois le rite avec le Praṇava (Oṁ), qu’on le sanctifie ensuite par le mantra (abhimantra). Puis, dans ce même culte, qu’on manifeste la Dhenumudrā, le geste de la « vache », comme sceau rituel.
Verse 4
शंखमुद्रां च पुरतश्चतुरस्रं प्रकल्पयेत् । तदन्तरेर्द्धचन्द्रं च त्रिकोणं च तदन्तरे
Qu’on forme d’abord, devant soi, la śaṅkha-mudrā, le geste en forme de conque, puis qu’on dispose mentalement un carré. En son sein, qu’on place un demi-lune; et en son sein encore, qu’on place un triangle.
Verse 5
षट्कोणं वृत्तमेवेदं मण्डलं परिकल्पयेत् । अभ्यर्च्य गंधपुष्पाद्यैः प्रणवेनाथ मध्यतः
Qu’on dispose rituellement ce maṇḍala comme un cercle marqué d’une figure à six pointes. Après l’avoir honoré de pâte de santal, de fleurs et d’autres offrandes, qu’en son centre on adore (Śiva) par le Praṇava : « Oṁ ».
Verse 6
साधारमर्घ्यपात्रं च स्थाप्य गंधादिनार्चयेत् । आपूर्य्य शुद्धतोयेन तस्मिन्पात्रे विनिःक्षिपेत्
Après avoir placé le vase commun d’arghya, qu’on l’honore avec pâte de santal et offrandes semblables. Puis, l’ayant rempli d’eau pure, qu’on dépose dans ce vase la substance/l’offrande prescrite.
Verse 7
इति श्रीशिवमहापुराणे षष्ठ्यां कैलाशसंहितायां शिवध्यानपूजनवर्णनं नाम सप्तमोऽध्यायः
Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa, au sixième livre nommé Kailāsa-saṃhitā, s’achève le septième chapitre intitulé «Description de la méditation sur Śiva et de Son culte».
Verse 8
सद्योजातादिभिर्मंत्रैः षडंगैः प्रणवेन च । अभ्यर्च्य गंधपुष्पाद्यैरभिमंत्र्य च वर्मणा
Après avoir adoré (Śiva) par les mantras commençant par Sadyajāta, avec les mantras des six membres (ṣaḍ-aṅga) et le Praṇava (Oṃ), qu’on offre parfums, fleurs et autres; puis qu’on consacre en récitant le mantra «Varman», l’armure protectrice.
Verse 9
अवगुंण्ठ्यास्त्रमंत्रेण संरक्षार्थं प्रदर्शयेत् । धेनुमुद्रां च तेनैव प्रोक्षयेदस्त्रमंत्रतः
Pour la protection, qu’on manifeste le geste Avaguṇṭhya (voilement) avec l’Astra-mantra. Puis, avec ce même mantra, qu’on montre la Dhenu-mudrā et qu’on asperge d’eau consacrée les offrandes ou le lieu, par la puissance de l’Astra-mantra.
Verse 10
स्वात्मानं गंधपुष्पादिपूजोपकरणान्यपि । पद्मस्येशानदिक्पद्मं प्रणवोच्चारपूर्वकम्
D’abord, en proférant le Praṇava (Oṁ), qu’il consacre son propre être ainsi que les objets de la pūjā, tels les parfums et les fleurs; puis qu’il sanctifie le siège de lotus, surtout le lotus associé à la direction Īśāna (nord-est).
Verse 11
गुर्वासनाय नम इत्यासनं परिकल्पयेत् । गुरोर्मूर्तिं च तत्रैव कल्प येदुपदेशतः
En prononçant : «Hommage au siège du Guru», on doit préparer avec soin un āsana. Et, en ce même lieu, selon l’enseignement (upadeśa) du Guru, on doit aussi y établir la forme du Guru.
Verse 12
प्रणवं गुं गुरुभ्योन्ते नमः प्रोच्यापि देशिकम् । समावाह्य ततो ध्यायेद्दक्षिणाभिमुखं स्थितम्
Après avoir prononcé le Praṇava (Oṁ) et la syllabe «guṃ», puis avoir dit à la fin «namaḥ» en hommage aux gurus, on doit invoquer le précepteur spirituel (deśika). Ensuite, on doit méditer sur lui, assis et tourné vers le sud.
Verse 13
सुप्रसन्नमुखं सौम्यं शुद्धस्फटिकनिर्मलम् । वरदाभयहस्तं च द्विनेत्रं शिवविग्रहम्
Il contempla la forme incarnée de Śiva : au visage infiniment gracieux et paisible, à l’éclat pur et limpide comme le cristal, tenant ses mains dans les mudrā qui accordent les dons et dissipent la crainte, apparaissant comme le Seigneur de bon augure aux deux yeux.
Verse 14
एवं ध्यात्वा यजेद्गन्धपुष्पादिभिरनुक्रमात् । पद्मस्य नैरृते पद्मे गणपत्यासनोपरि
Après avoir ainsi médité, on doit ensuite adorer dans l’ordre prescrit avec parfums, fleurs et autres offrandes, en les déposant sur le siège de Gaṇapati, sur le lotus situé au sud-ouest du diagramme de lotus.
Verse 15
मूर्तिम्प्रकल्प्य तत्रैव गणानां त्वेति मंत्रतः । समावाह्य ततो देवं ध्यायेदेका ग्रमानसः
En façonnant sur place une image (pour le culte) et, par le mantra commençant par «gaṇānāṁ tv…», on doit y invoquer le Deva afin qu’il y demeure. Ensuite, l’esprit rendu un-pointé, on doit méditer sur ce Deva (Śiva).
Verse 16
रक्तवर्णं महाकायं सर्वाभरणभूषितम् । पाशांकुशेष्टदशनान्दधानङ्करपङ्कजैः
Il était d’une teinte rouge, d’une stature puissante, paré de tous les ornements. De ses mains pareilles au lotus, il portait le pāśa (lacet) et l’aṅkuśa (aiguillon), laissant voir des défenses bien marquées.
Verse 17
गजाननम्प्रभुं सर्वविघ्नौघघ्नमुपासितुः । एवन्ध्यात्वा यजेद्गन्धपुष्पाद्यैरुपचारकैः
Qu’on se réfugie auprès du Seigneur Gajānana, le Maître qui détruit l’amas de tous les obstacles, et qu’on l’adore. L’ayant ainsi contemplé en méditation, qu’on accomplisse la pūjā avec parfums, fleurs et autres services rituels.
Verse 18
कदलीनारिकेलाम्रफललड्डुकपूर्वकम् । नैवेद्यं च समर्प्याथ नमस्कुर्याद्गजाननम्
Après avoir d’abord offert le naivedya — bananes, noix de coco, mangues, fruits et laddus — qu’on s’incline ensuite avec révérence devant Gajānana (le Seigneur Gaṇeśa).
Verse 19
पद्मस्य वायुदिक्पद्मे संकल्प्य स्कान्दमासनम् । स्कन्दमूर्तिम्प्रकल्प्याथ स्कन्दमावाहयेद्बुधः
Sur le siège de lotus placé dans la direction de Vāyu, le sage doit établir en son esprit le trône de Skanda; puis, ayant façonné l’icône de Skanda, il doit y invoquer le Seigneur Skanda afin qu’il y demeure.
Verse 20
उच्चार्य्य स्कन्दगायत्रीं ध्यायेदथ कुमारकम् । उद्यदादित्यसंकाशं मयूरवरवाहनम्
Après avoir récité la Gāyatrī de Skanda, qu’on médite sur le divin Jeune, Kumāra (Skanda) : éclatant comme le soleil levant et monté sur le paon d’excellence.
Verse 21
चतुर्भुजमुदाराङ्गं मुकुटादिविभूषितम् । वरदाभयहस्तं च शक्तिकुक्कुटधारिणम्
Il était pourvu de quatre bras, au corps noble et splendide, paré d’un diadème et d’autres ornements. Une main accordait les dons (varada), une autre conférait l’absence de crainte (abhaya), et il portait la lance śakti ainsi que l’emblème du coq pour insigne.
Verse 22
एवन्ध्यात्वाऽथ गंधाद्यैरुपचारैरनुक्रमात् । संपूज्य पूर्वद्वारस्य दक्षशाखामुपाश्रितम्
Ainsi, après avoir d’abord médité, qu’on rende le culte selon l’ordre prescrit avec des offrandes telles que la pâte de santal et le reste; puis qu’on honore pleinement ce qui se tient près de la branche du sud, à la porte de l’est.
Verse 23
अन्तःपुराधिपं साक्षान्नन्दिनं सम्यगर्चयेत् । चामीकराचलप्रख्यं सर्वाभरणभूषितम्
Ensuite, qu’on adore comme il se doit Nandin lui-même —seigneur du sanctuaire intérieur de Śiva—, éclatant tel une montagne d’or et paré de toutes sortes d’ornements.
Verse 24
बालेन्दुमुकुटं सौम्यं त्रिनेत्रं च चतुर्भुजम् । दीप्तशूलमृगीटंकहेमवेत्रधरं विभुम्
Il est le Seigneur qui pénètre tout—doux et de bon augure—portant le croissant de lune pour diadème; doté de trois yeux et de quatre bras; tenant un trident flamboyant, marqué de l’emblème du cerf, et portant un bâton d’or.
Verse 25
चन्द्रबिम्बाभवदनं हरिवक्त्रमथापि वा । उत्तरस्यान्तथा तस्य भार्यां च मरुतां सुताम्
Son visage était tel l’orbe de la lune—voire tel le visage de Hari. Dans la direction du nord, elle devint l’épouse de celui (qui s’y tient), la fille née des Maruts.
Verse 26
सुयशां सुव्रतामम्बापादमण्डनतत्पराम् । संपूज्य विधिवद्गन्धपुष्पाद्यैरुपचारकैः
Après avoir vénéré selon le rite Suyaśā — vertueuse, aux vœux excellents, toujours appliquée à parer les pieds de la Mère divine — par des offrandes telles que parfums, fleurs et autres services rituels.
Verse 27
ततस्संप्रोक्षयेत्पद्मं सास्त्रशं खोदबिन्दुभिः । कल्पयेदासनं पश्चादाधारादि यथाक्रमात्
Ensuite, conformément aux prescriptions des śāstra, qu’on asperge et purifie le lotus (maṇḍala/siège) par des gouttes d’eau consacrée. Puis qu’on dispose le siège divin, en commençant par le support (ādhāra) et le reste, selon l’ordre requis.
Verse 28
आधारशक्तिं कल्याणीं श्यामां ध्यायेदधो भुवि । तस्याः पुरस्तादुत्कंठमनन्तं कुंडलाकृतिम्
Qu’on médite, au‑dessous sur le plan de la terre, sur l’Ādhāra‑Śakti, la Puissance‑Support, bienfaisante, de teinte sombre et propice. Devant Elle, qu’on contemple Ananta, l’Infini, aux capuchons dressés, enroulé comme un anneau.
Verse 29
धवलं पंचफणिनं लेलिहानमिवाम्बरम् । तस्योपर्यासनं भद्रं कंठीरवचतुष्पदम्
Ce serpent aux cinq capuchons était d’une blancheur éclatante, comme s’il léchait le ciel. Et sur lui fut posé un siège de bon augure : un trône de lion à quatre pieds, digne de la majesté du Seigneur.
Verse 30
धर्मो ज्ञानं च वैराग्यमैश्वर्यं च पदानि वै । आग्नेयादिश्वेतपीतरक्तश्यामानि वर्णतः
Dharma, connaissance spirituelle, détachement (vairāgya) et souveraineté divine (aiśvarya) : tels sont, en vérité, les quatre états. Quant à leur aspect, ils se manifestent, selon le quartier du Feu et les autres, en blanc, jaune, rouge et sombre (noir).
Verse 31
अधर्मादीनि पूर्वादीन्युत्तरां तान्यनुक्रमात् । राजावर्तमणिप्रख्यान्यस्य गात्राणि भावयेत्
En commençant par Adharma à l’est et en poursuivant selon l’ordre jusqu’au nord, qu’on médite sur ces membres (du Seigneur/de cette forme divine), qui brillent tels le joyau rājāvarta.
Verse 32
अधोर्द्ध्वच्छदनं पश्चात्कंदं नालं च कण्टकान् । दलादिकं कर्णिकाञ्च विभाव्य क्रमशोऽर्चयेत्
Ensuite, qu’il médite et qu’il adore selon l’ordre prescrit : les enveloppes inférieure et supérieure ; puis le bulbe, la tige et les épines ; puis les pétales et les autres parties, avec le péricarpe (kārṇikā), en offrant la révérence étape par étape.
Verse 33
दलेषु सिद्धयश्चाष्टौ केसरेषु च शक्तिकाः । रुद्रा वामादयस्त्वष्टौ पूर्वादिपरितः क्रमात्
Dans les pétales résident les huit Siddhi, et dans les filaments (késara) demeurent les Śakti divines. Autour d’elles, selon l’ordre commençant à l’est et suivant les directions, se tiennent les huit Rudra—à partir de Vāmā et des autres.
Verse 34
कर्णिकायां च वैराग्यं बीजेषु नव शक्तयः । वामाद्या एव पूर्वादि तदन्तश्च मनोन्मनी
Dans le péricarpe central (kārṇikā) s’établit le vairāgya, le détachement. Dans les syllabes‑semences (bīja) demeurent les neuf Śakti—à commencer par Vāmā, disposées depuis l’est et selon l’ordre; et à leur terme se tient Manonmanī, la Śakti transcendante qui élève l’esprit au‑delà de l’esprit.
Verse 35
कन्दे शिवात्मको धर्मो नाले ज्ञानं शिवाश्रयम् । कर्णिकोपरि वाह्नेयं मंडलं सौरमैन्दवम्
Dans le bulbe (kanda) se tient le Dharma dont l’essence même est Śiva ; dans la tige (nāla) se tient la Connaissance qui prend refuge en Śiva. Au‑dessus du péricarpe se trouvent les cercles sacrés (maṇḍala) : celui du Feu, celui du Soleil et celui de la Lune.
Verse 36
आत्मविद्या शिवाख्यं च तत्त्वत्रयमतः परम् । सर्वासनोपरि सुखं विचित्रकुसुमोज्ज्वलम्
Au‑delà de la triade des tattva se tient le principe nommé Śiva, la connaissance du Soi (ātma‑vidyā) elle‑même. Au‑dessus de tous les sièges, c’est le siège suprême de béatitude, rayonnant de fleurs merveilleuses et multicolores.
Verse 37
परव्योमावकाशाख्यं विद्ययातीव भास्वरम् । परिकल्प्यासनं मूर्त्तेः पुष्पविन्यास पूर्वकम्
Par la puissance de la connaissance contemplative, qu’on se représente l’étendue suprêmement rayonnante appelée « l’espace du plus haut ciel » (para‑vyoma). Puis, en disposant un siège pour la forme sacrée du Seigneur, qu’on le prépare d’abord par une juste disposition et offrande de fleurs.
Verse 38
आधारशक्तिमारभ्य शुद्धविद्यासनावधि । ओंकारादिचतुर्थ्यंतं नाममन्त्रं नमोन्तकम्
Depuis Ādhāra‑Śakti jusqu’au siège de Śuddha‑vidyā, on doit méditer le Mantra du Nom : il commence par Oṃ, se poursuit jusqu’à la quatrième syllabe et s’achève par le mot « namaḥ ».
Verse 39
उच्चार्य पूजयेद्विद्वान्सर्वत्रैवं विधिक्रमः । अङ्गवक्त्रकलाभेदात्पंचब्रह्माणि पूर्ववत्
Après avoir récité les mantras prescrits, l’adorateur savant doit accomplir le culte. En toute circonstance, tel est l’ordre rituel ordonné. Et, selon les distinctions des membres, des visages et des puissances divines (kalā), les Cinq Brahma doivent être appliqués et vénérés comme il a été dit auparavant.
Verse 40
विन्यसेत्क्रमशो मूर्त्तौ तत्तन्मुद्राविचक्षणः । आवाहयेत्ततो देवं पुष्पाञ्जलिपुटस्थितः
Celui qui est versé dans les mudrā rituels doit les disposer, l’un après l’autre, sur la forme sacrée (mūrti). Puis, tenant dans les paumes jointes une offrande de fleurs, il doit accomplir l’āvāhana et invoquer le Deva—le Seigneur Śiva—afin qu’Il demeure en cette forme pour recevoir le culte.
Verse 41
सद्योजातम्प्रपद्यामीत्यारभ्योमन्तमुच्चरन् । आधारोत्थितनादं तु द्वादशग्रन्धिभेदतः
En commençant par le mantra : « Je prends refuge en Sadyojāta », et en le récitant, on doit ensuite contempler le son intérieur (nāda) qui s’élève depuis le support fondamental (ādhāra). Ce nāda est éprouvé lorsqu’il perce et différencie les douze nœuds (granthi).
Verse 42
ब्रह्मरन्धांतमुच्चार्य ध्यायेदोंकारगोचरम् । शुद्धस्फटिकसंकाशं देवं निष्कलमक्षरम्
Après avoir proféré (le son sacré) jusqu’au Brahma-randhra, l’orifice du sommet du crâne, qu’on médite le Seigneur saisi par Oṃ—resplendissant comme un cristal pur—, le Divin sans parties, impérissable, Réalité indestructible.
Verse 43
कारणं सर्वलोकानां सर्वलोकमयं परम् । अन्तर्बहिः स्थितं व्याप्य ह्यणोरल्पं महत्तमम्
Il est la Cause suprême de tous les mondes, la Réalité transcendante présente comme tous les mondes. Demeurant au-dedans et au-dehors, Il pénètre tout—plus subtil que l’atome le plus subtil, et pourtant le plus grand des grands.
Verse 44
भक्तानामप्रयत्नेन दृश्यमीश्वरमव्ययम् । ब्रह्मेन्द्रविष्णुरुद्राद्यैरपि देवैरगोचरम्
Pour Ses dévots, le Seigneur impérissable est vu sans effort ; mais même pour les dieux—Brahmā, Indra, Viṣṇu, Rudra et les autres—Il demeure hors de portée de la perception.
Verse 45
वेदसारञ्च विद्वद्भिरगोचरमिति श्रुतम् । आविर्मध्यान्तरहितं भेषजं भवरोगिणाम्
On entend des sages qu’Il est l’essence même des Veda, et pourtant au-delà de la portée de la cognition ordinaire. Il est manifeste—sans milieu ni fin—et Il est le remède pour ceux qu’afflige la maladie du devenir mondain (saṃsāra).
Verse 46
समाहितेन मनसा ध्यात्वैवं परमेश्वरम् । आवाहनं स्थापनं च सन्निरोधं निरीक्षणम्
L’esprit parfaitement recueilli et stable, après avoir ainsi médité sur le Seigneur suprême, Parameśvara, qu’on accomplisse les rites d’āvāhana (invocation) et de sthāpana (l’établir sur le siège ou l’emblème du culte), puis sannirodha (maîtrise intérieure) et nirīkṣaṇa (contemplation attentive).
Verse 47
नमस्कारं च कुर्वीत बध्वा मुद्राः पृथक्पृथक् । ध्यायेत्सदाशिवं साक्षाद्देवं सकलनिष्कलम्
Après avoir formé les diverses mudrās l’une après l’autre, qu’on accomplisse le namaskāra avec révérence, puis qu’on médite directement sur Sadāśiva—le Seigneur divin, à la fois avec forme (sakala) et au-delà de toute forme (niṣkala).
Verse 48
शुद्धस्फटिकसंकाशं प्रसन्नं शीतलद्युतिम् । विद्युद्वलयसंकाशं जटामुकुटभूषितम्
Il apparut tel un cristal d’une pureté parfaite—serein, gracieux, répandant une splendeur fraîche et apaisante; orné d’une couronne de jata (mèches emmêlées) et resplendissant comme un cercle d’éclair.
Verse 49
शार्दूलचर्मवसनं किंचित्स्मितमुखाम्बुजम् । रक्तपद्मदलप्रख्यपाणिपादतलाधरम्
Il portait pour vêtement une peau de tigre; son visage, tel un lotus, était éclairé d’un doux sourire. Les paumes de ses mains, les plantes de ses pieds et ses lèvres brillaient comme des pétales de lotus rouge, rayonnant d’une beauté de bon augure.
Verse 50
सर्वलक्षणसम्पन्नं सर्वाभरणभूषितम् । दिव्या युधकरैर्युक्तं दिव्यगन्धानुलेपनम्
Il était pourvu de tous les signes auspicieux et paré de tous les ornements ; ses mains tenaient des armes célestes, et son corps était oint d’onguents divins au parfum exquis.
Verse 51
पञ्चवक्त्रन्दशभुजञ्चन्द्रखण्डशिखामणिम् । अस्य पूर्वमुखं सौम्यं बालार्कसदृशप्रभम्
Il est à cinq visages et dix bras, paré du joyau sommital en forme de croissant de lune. Parmi ces visages, celui de l’Est est doux et de bon augure, rayonnant comme le soleil à peine levé—révélant au dévot la forme compatissante et manifeste (saguṇa) de Śiva, objet de contemplation.
Verse 52
त्रिलोचनारविन्दाढ्यं बालेन्दुकृतशेखरम् । दक्षिणं नीलजीमूतसमानरुचिरप्रभम्
À droite se tenait le Seigneur : ses trois yeux, pareils à des lotus, rayonnaient; il portait le jeune croissant de lune comme joyau de sa cime, et sa splendeur, belle à voir, ressemblait à un nuage de pluie bleu sombre.
Verse 53
भ्रुकुटीकुटिलं घोरं रक्तवृत्तत्रिलोचनम् । दंष्ट्रा करालं दुष्प्रेक्ष्यं स्फुरिताधरपल्लवम्
Son front se plissait en une grimace effrayante; ses trois yeux, ronds, étaient rouges comme le sang. Avec des crocs terribles, difficile à soutenir du regard, et les lèvres frémissantes, il se révélait comme une manifestation saisissante et redoutable du Seigneur.
Verse 54
उत्तरं विद्रुमप्रख्यं नीलालकविभूषितम् । सद्विलासन्त्रिनयनं चन्द्रार्द्धकृतशेखरम्
Son côté nord brillait comme le corail, orné de boucles d’un bleu sombre. Toujours joueur en sa grâce, il portait trois yeux, et le croissant de lune formait son diadème.
Verse 55
पश्चिमम्पूर्णचन्द्राभं लोचनत्रितयोज्ज्वलम् । चन्द्रलेखाधरं सौम्यं मन्दस्मितमनोहरम्
Tourné vers l’ouest, le Seigneur rayonnait comme la pleine lune, éclatant de ses trois yeux lumineux. Portant le signe du croissant, doux et serein, il charmait par un sourire léger et ravissant.
Verse 56
पञ्चमं स्फटिकप्रख्यमिन्दुरेखासमुज्ज्वलम् । अतीवसौम्यमुत्फुल्ललोचनत्रितयोज्ज्वलम्
La cinquième forme resplendissait telle le cristal, irradiant de l’éclat de la ligne du croissant de lune. Souverainement douce et de bon augure, elle flamboyait de la splendeur de trois yeux grands ouverts.
Verse 57
दक्षिणे शूलपरशुवज्रखड्गानलोज्ज्वलम्
À droite, (Il) flamboyait—portant le trident, la hache, le vajra, l’épée et le feu—rayonnant d’une puissance irrésistible.
Verse 58
पूर्व्वे पिनाकनाराचघण्टा पाशांकुशोज्ज्वलम् । निवृत्त्याजानुपर्य्यंतमानाभि च प्रतिष्ठया
À l’est, elle brille du arc Pināka, des flèches, d’une cloche, du lacet (pāśa) et de l’aiguillon à éléphant (aṅkuśa). Qu’on place (la forme/l’agencement divin) depuis Nivṛtti jusqu’aux genoux, puis de là jusqu’au nombril avec Pratiṣṭhā.
Verse 59
आकण्ठं विद्यया तद्वदाललाटं तु शान्तया । तदूर्ध्वं शान्त्यतीताख्यकलया परया तथा
Jusqu’à la gorge, qu’on contemple la Présence du Seigneur par Vidyā ; de même, au front, par Śānti. Au‑dessus encore, qu’on médite par la Puissance suprême (Kalā) nommée Śāntyatītā, qui transcende même la paix.
Verse 60
पञ्चाध्वव्यापिनं तस्मात्कलापञ्चकविग्रहम् । ईशानमुकुटं देवम्पुरुषाख्यम्पुरातनम्
Ainsi, Il est la Divinité qui pénètre les cinq voies (pañcādhvā), se manifestant comme un corps constitué des cinq kalās ; couronné d’Īśāna, l’antique Seigneur nommé Puruṣa.
Verse 61
अघोरहृदयं तद्वद्वामगुह्यं महेश्वरम् । सद्योजातं च तन्मूर्तिमष्टत्रिंशत्कलामयम्
De même, qu’il contemple Aghora comme le «Cœur» et Vāma comme le «Mystère caché» de Mahēśvara; et aussi Sadyojāta—cette forme même du Seigneur—composée de trente-huit kalās divines (énergies/parts).
Verse 62
मातृकामयमीशानम्पञ्चब्रह्ममयन्तथा । ओंकाराख्यमयं चैव हंसन्यासमयन्तथा
Qu’il contemple Īśāna (Śiva) comme pénétrant la mātṛkā, la matrice des lettres; comme l’essence même des Cinq Brahmans; comme identique à la syllabe sacrée Oṃ; et pareillement comme présent dans le haṃsa-nyāsa (l’imposition intérieure du mantra du souffle).
Verse 63
पञ्चाक्षरमयन्देवं षडक्षरमयन्तथा । अङ्गषट्कमयञ्चैव जातिषट्कसमन्वितम्
Cette Divinité est de la nature du mantra à cinq syllabes, et aussi du mantra à six syllabes. Elle est encore constituée des six membres du culte mantrique et dotée des six classifications (jātis), selon la révélation śaiva.
Verse 64
एवन्ध्यात्वाथ मद्वामभागे त्वां च मनोन्मनीम् । गौरी मिमाय मन्त्रेण प्रणवाद्येन भक्तितः
Ayant ainsi médité, Gaurī—avec dévotion—te façonna, l’état de Manonmanī, sur mon côté gauche, au moyen d’un mantra qui commence par le Pranava (Oṃ).
Verse 65
आवाह्य पूर्ववत्कुर्यान्नमस्कारांतमी श्वरि । ध्यायेत्ततस्त्वां देवेशि समाहितमना मुनिः
T’ayant invoquée comme auparavant, ô Īśvarī, il doit accomplir le culte jusqu’à la prosternation finale. Ensuite, ô Devī, Souveraine des dieux, le sage—l’esprit parfaitement recueilli—doit méditer sur toi.
Verse 66
प्रफुल्लोत्पलपत्राभां विस्तीर्णायतलोचनाम् । पूर्णचन्द्राभवदनान्नील कुंचितमूर्द्धजाम्
Ses yeux, larges et allongés, étaient tels les pétales d’un lotus bleu en pleine floraison; son visage rayonnait comme la pleine lune, et sa chevelure, sombre, était délicatement bouclée.
Verse 67
नीलोत्पलदलप्रख्याञ्चन्द्रार्धकृतशेखराम् । अतिवृत्तघनोत्तुंगस्निग्धपीनपयोधराम्
Elle rayonnait de la teinte d’un pétale de lotus bleu; son diadème était orné du croissant de lune; et sa poitrine, haute et pleine, était dense, luisante et parfaitement arrondie.
Verse 68
तनुमध्याम्पृथुश्रोणीम्पीतसूक्ष्मतराम्बराम् । सर्वाभरणसम्पन्नां ललाटतिलकोज्ज्वलाम्
Sa taille était fine et ses hanches larges, vêtue d’un tissu jaune d’une extrême finesse; parée de tous les ornements, elle resplendissait d’un tilaka lumineux au front.
Verse 69
विचित्रपुष्पसंकीर्णकेशपाशोपशोभिताम् । सर्वतोऽनुगुणाकारां किंचिल्लज्जानताननाम्
Ses tresses étaient ornées de bouquets de fleurs aux mille couleurs; sa forme était gracieuse et harmonieuse en tout, et son visage s’abaissait légèrement dans une pudeur douce.
Verse 70
हेमारविन्दं विलसद्दधानां दक्षिणे करे । चण्डवच्चामरं हस्तं न्यस्यासीनां सुखासने
Elle siégeait paisiblement sur un siège confortable : de la main droite, elle tenait avec grâce un lotus d’or; et de l’autre, posée comme celle d’une servante digne, elle portait le chamara rituel.
Verse 71
एवम्मान्त्वां च देवेशि ध्यात्वा नियतमानसः । स्नापयेच्छंखतोयेन प्रणवप्रोक्षणक्रमात्
Ainsi, ô Déesse souveraine : ayant compris cela et méditant l’esprit maîtrisé, on doit baigner (le saint emblème de Śiva) avec l’eau d’une conque, selon l’ordre prescrit d’aspersion accompagné du Praṇava « Oṁ ».
Verse 72
भवे भवे नातिभव इति पाद्यम्प्रकल्पयेत् । वामाय नम इत्युक्त्वा दद्यादाचमनीयकम्
En récitant : « De naissance en naissance, que je ne sois pas accablé par le devenir du monde », on doit offrir le pādya, l’eau pour les pieds. Puis, en disant « Hommage à Vāmā », on doit offrir l’ācamanīya, l’eau pour la gorgée rituelle.
Verse 73
ज्येष्ठाय नम इत्युक्त्वा शुभ्रवस्त्रम्प्रकल्पयेत् । श्रेष्ठाय नम इत्युक्त्वा दद्याद्यज्ञोपवीतकम्
En récitant « Hommage à Jyeṣṭha (le Plus Ancien, Śiva) », on doit préparer en offrande un vêtement blanc et pur. En récitant « Hommage à Śreṣṭha (le Plus Excellent) », on doit ensuite offrir le yajñopavīta, le cordon sacré.
Verse 74
रुद्राय नम इत्युक्त्वा पुनराचमनीयकम् । कालाय नम इत्युक्त्वा गन्धन्दद्यात्सुसंस्कृतम्
Après avoir prononcé « Hommage à Rudra », on doit accomplir de nouveau l’ācamanā, la gorgée purificatrice. Puis, en prononçant « Hommage à Kāla », on doit offrir une pâte de santal parfumée, bien préparée et sanctifiée.
Verse 75
कलाविकरणाय नमोऽक्षतं च परिकल्पयेत् । बलविकरणाय नम इति पुष्पाणि दापयेत्
Avec le mantra «Hommage au Révélateur des kalā, les arts divins», qu’on offre dûment des grains de riz intacts. Puis, avec le mantra «Hommage au Révélateur de la force», qu’on présente des fleurs.
Verse 76
बलाय नम इत्युक्त्वा धूपन्दद्यात्प्र यत्नतः । बलप्रमथनायेति सुदीपं चैव दापयेत्
Après avoir dit : « Hommage à Bala », qu’on offre avec soin l’encens. Puis, en récitant : « (Hommage) à Celui qui dompte Bala », qu’on fasse aussi allumer une lampe d’éclatante lumière en offrande.
Verse 77
ब्रह्मभिश्च षडंगैश्च ततो मातृकया सह । प्रणवेन शिवेनैव शक्तियुक्तेन च क्रमात्
Ensuite, selon l’ordre prescrit, qu’on accomplisse le nyāsa de consécration avec les mantras de Brahmā et les six auxiliaires (ṣaḍaṅga) ; puis avec la Mātṛkā, matrice des lettres ; et enfin avec le Praṇava (Oṁ) et avec Śiva—toujours conjoint à Śakti—pas à pas.
Verse 78
मुद्राः प्रदर्शयेन्मह्यन्तुभ्यञ्च वरवर्णिनि । मयि प्रकल्पयेत्पूर्वमुपचारांस्ततस्त्वयि
« Ô dame à la beauté excellente, qu’il montre d’abord les mudrās, gestes rituels des mains, à Moi et à toi ; puis qu’il dispose d’abord les offrandes du culte (upacāra) pour Moi, et ensuite pour toi. »
Verse 79
यदा त्वयि प्रकुर्वीत स्त्रीलिंगं योजयेत्तदा । इयानेव हि भेदोऽस्ति नान्यः पार्वति कश्चन
Lorsqu’on forme un mot ou une expression en référence à toi, ô Pārvatī, on emploie le genre féminin ; telle est l’unique différence : il n’en est aucune autre, ô Pārvatī.
Verse 80
एवन्ध्यानम्पूजनं च कृत्वा सम्यग्विधानतः । ममावरणपूजां च प्रारभेत विचक्षणः
Ainsi, après avoir accompli comme il se doit la méditation et le culte selon les règles prescrites, le dévot avisé doit alors commencer l’āvaraṇa-pūjā : mon adoration à travers les cercles d’assistance et les enveloppes du maṇḍala sacré.
It teaches a step-by-step Śaiva worship protocol: constructing a maṇḍala, installing vessels (śaṅkha/arghya-pātra), performing praṇava-based arcanā, adding prescribed substances, and applying mantras and mudrās to consecrate, protect, and finalize the rite.
The sequence of square/ardhacandra/triangle/hexagon/circle functions as a cosmogram that orders space into a Śiva-field; mudrās (dhenumudrā, śaṅkhamudrā) act as embodied ‘seals’ that stabilize intention, mark transitions in the rite, and ritually secure purity and protection.
The chapter foregrounds Īśvara as the instructing authority and invokes Sadyojāta and related ṣaḍaṅga-associated mantra-elements, alongside protective layers (varmaṇa, astra-mantra, avaguṇṭhana) that express Śiva’s safeguarding and consecratory power in ritual form.