
चित्रकूटवर्णनम् (Description of Chitrakūṭa) / Rama Shows Sita Chitrakuta
अयोध्याकाण्ड
Dans le Sarga 94, Rāma déploie une varṇana continue, à la fois écologique et éthique, du mont Citrakūṭa. Depuis longtemps établi sur cette montagne et désormais attaché à la vie des bois, il cherche à réjouir Sītā —et à affermir son propre esprit— en lui montrant le « merveilleux » Citrakūṭa, comparable à Indra présentant des prodiges à Śacī. Il requalifie l’exil : face à la beauté de la montagne, il ne doit plus être une souffrance intérieure. Il en dresse ensuite l’inventaire : pics éclatants comme des gemmes; animaux paisibles et non hostiles; bosquets denses d’arbres en fleurs et chargés de fruits; indices suggérant kinneras et vidyādharīs, tels des vêtements et des épées suspendus aux branches. Cascades, sources et grottes aux souffles parfumés composent un paysage où la vue, l’odorat et l’ouïe sont sollicités. À cette cartographie des sens s’unit un discours de dharma : Rāma affirme que demeurer ici avec Sītā et Lakṣmaṇa peut dissiper le chagrin. Il énonce le « double fruit » de la vie forestière : accomplir avec droiture le devoir envers le père et apporter de la joie à Bharata. Le sarga s’achève en exaltant la vie des bois comme un nectar pour le bien posthume d’un roi, et en présentant Citrakūṭa comme surpassant même les modèles célestes par l’abondance de racines, de fruits et d’eau.
Verses 1-2
दीर्घकालोषित स्तस्मिन्गिरौ गिरिवनप्रियः ।वैदेह्याः प्रियमाकाङ्क्षन्स्वं च चित्तं विलोभयन् ॥१॥अथ दाशरथिश्चित्रं चित्रकूटमदर्शयत् ।भार्याममरसङ्काश श्शचीमिव पुरन्दरः ॥२॥
Après avoir longtemps séjourné sur cette montagne, Rāma, ami des collines et des forêts, voulut réjouir Vaidehī et charmer aussi son propre cœur. Alors Dāśarathi, rayonnant tel un deva, montra à son épouse le merveilleux Citrakūṭa, comme Purandara (Indra) montra jadis Śacī.
Verse 3
न राज्याद्भ्रंशनं भद्रे न सुहृद्भिर्विनाभवः ।मनो मे बाधते दृष्ट्वा रमणीयमिमं गिरिम् ॥३॥
Ô douce dame, lorsque je contemple cette montagne si charmante, mon esprit n’est affligé ni par la perte du royaume ni par l’éloignement des amis.
Verse 4
पश्येममचलं भद्रे नानाद्विजगणायुतम् ।शिखरैः खमिवोद्विद्धैर्धातुमद्भिर्विभूषितम् ॥४॥
Ô bienheureuse, regarde cette montagne : elle est peuplée de troupes d’oiseaux de toutes espèces, et parée de sommets riches en minerais, comme s’ils perçaient le ciel.
Verses 5-6
केचिद्रजतसङ्काशाः केचित्क्षतजसंनिभाः ।पीतमाञ्जिष्टवर्णाश्च केचिन्मणिवरप्रभाः ॥५॥पुष्यार्ककेतकाभाश्च केचिज्ज्योतीरसप्रभाः ।विराजन्तेऽचलेन्द्रस्य देशा धातुविभूषिताः ॥६॥
Parées de minerais, les contrées de cette montagne souveraine resplendissent de mille teintes : les unes comme l’argent, les autres rouge sang, d’autres jaunes comme la mañjiṣṭhā, d’autres éclatantes comme des gemmes choisies ; certaines luisent comme la topaze, le soleil ou les fleurs de ketaka, et d’autres miroitent comme le vif-argent.
Verse 7
नानामृगगणद्वीपितरर्क्ष्वृक्षगणैर्वुतः ।अदुष्टैर्भात्ययं शैलो बहुपक्षिसमायुतः ॥७॥
Cette montagne resplendit, pleine d’innombrables oiseaux et entourée de troupeaux de bêtes diverses—tigres, panthères et ours—qui, en ce lieu, semblent dépourvus de cruauté.
Verses 8-10
आम्रजम्ब्वसनैर्लोध्रैः प्रियालैः पनसैर्धवैः ।अङ्कोलैर्भव्यतिनिशैर्बिल्वतिन्दुक वेणुभिः ॥८॥काश्मर्यरिष्टवरुणैर्मधूकैस्तिलकैस्तथा ।बदर्यामलकैर्नीपैर्वेत्रधन्वनबीजकैः ॥९॥पुष्पवद्भिः फलोपेतैश्छायावद्भिर्मनोरमैः ।एवमादिभिराकीर्णः श्रियं पुष्यत्ययं गिरिः ॥१०॥
Rempli d’arbres tels—en fleurs, chargés de fruits, ombrageux et charmants—manguiers, jambū, asana, lodhra, priyāla, jacquiers, dhava, aṅkola, le noble tiniśa, bilva, tinduka et bambous; ainsi que kāśmarya, ariṣṭa, varuṇa, madhūka et tilaka; badarī, āmalaka, nīpa, cannes, dhanvana et bījaka—cette montagne s’épanouit dans la splendeur.
Verse 11
शैलप्रस्थेषु रम्येषु पश्येमान् रोमहर्षणान् ।किन्नरान् द्वन्द्वशो भद्रे रममाणान्मनस्विनः ॥११॥
Ô douce bien-aimée, regarde : sur ces charmants plateaux rocheux apparaissent les Kinnaras, au cœur vaillant, par couples, s’ébattant d’une manière qui fait frissonner d’émerveillement.
Verse 12
शाखावसक्तान् खड्गांश्च प्रवराण्यम्बराणि च ।पश्य विद्याधरस्त्रीणां क्रीडोद्धेशान्मनोरमान् ॥१२॥
Vois ces délicieux lieux de jeu des femmes Vidyādhara, où des épées et de nobles vêtements sont suspendus aux branches.
Verse 13
जलप्रपातैरुद्भेदैर्निष्यन्दैश्च क्वचित्क्वचित् ।स्रवद्भिर्भात्ययं शैल स्स्रवन्मद इव द्विपः ॥१३॥
Par ses cascades, ses sources jaillissantes et ses filets d’eau coulant çà et là, cette montagne resplendit, telle un éléphant en rut dont s’écoule le suc de l’ivresse.
Verse 14
गुहासमीरणो गन्धान्नानापुष्पभवान्वहन् ।घ्राणतर्पणमभ्येत्य कं नरं न प्रहर्षयेत् ॥१४॥
Le souffle des grottes, portant des parfums nés de mille fleurs, vient rassasier l’odorat : quel homme ne réjouirait-il pas ?
Verse 15
यदीह शरदोऽनेकास्त्वया सार्धमनिन्दिते ।लक्ष्मणेन च वत्स्यामि न मां शोकः प्रधक्ष्यति ॥१५॥
Ô irréprochable, si je demeurais ici durant bien des automnes avec toi et avec Lakṣmaṇa, le chagrin ne me consumerait jamais.
Verse 16
बहुपुष्पफले रम्ये नानाद्विजगणायुते ।विचित्रशिखरे ह्यस्मिन्रतवानस्मि भामिनि ॥१६॥
Ô bien-aimée, je suis vraiment épris de cette montagne charmante : ses sommets sont merveilleux, riches de fleurs et de fruits, et animés de multitudes d’oiseaux variés.
Verse 17
अनेन वनवासेन मया प्राप्तं फलद्वयम् ।पितुश्चानृणता धर्मे भरतस्य प्रियं तथा ॥१७॥
Par ce séjour en forêt, j’ai obtenu un double fruit : j’ai acquitté ma dette envers mon père dans la voie du dharma, et j’ai aussi comblé Bharata.
Verse 18
वैदेहि रमसे कच्चिच्चित्रकूटे मया सह ।पश्यन्ती विविधान्भावान्मनोवाक्कायसम्मतान् ॥१८॥
Ô Vaidehī (Sītā), trouves-tu la joie ici, à Citrakūṭa, avec moi, en contemplant les multiples visions et expériences qui réjouissent l’esprit, la parole et le corps ?
Verse 19
इदमेवामृतं प्राहू राज्ञि राजर्षयः परे ।वनवासं भवार्थाय प्रेत्य मे प्रपितामहाः ॥१९॥
Ceci même, disaient les anciens rājārṣis, est ‘amṛta’ : pour un roi, le séjour en forêt est comme un nectar, apportant le bien spirituel et une condition plus élevée après la mort.
Verse 20
शिला श्शैलस्य शोभन्ते विशाला श्शतशोऽभितः ।बहुला बहुलैर्वर्णैर्नीलपीतसितारुणैः ॥२०॥
Tout autour de la montagne, des centaines de larges rochers resplendissent avec magnificence, riches de multiples teintes : bleu sombre/noir, jaune, blanc et rouge.
Verse 21
निशिभान्त्यचलेन्द्रस्य हुताशनशिखा इव ।ओषध्यः स्वप्रभालक्ष्म्या भ्राजमाना स्सहस्रशः ॥२१॥
La nuit, sur ce seigneur des montagnes, des milliers d’herbes médicinales luisent de leur propre éclat, telles des langues de feu.
Verse 22
केचित् क्षयनिभा देशाः केचिदुद्यानसन्निभाः ।केचिदेकशिला भान्ति पर्वतस्यास्य भामिनि ॥२२॥
Ô belle, certaines parties de cette montagne ressemblent à des demeures, d’autres à des jardins de plaisir, et d’autres encore brillent comme si elles n’étaient qu’un seul rocher.
Verse 23
भित्त्वेव वसुधां भाति चित्रकूटस्समुत्थितः ।चित्रकूटस्य कूटोऽसौ दृश्यते सर्वत श्शुभः ॥२३॥
Citrakūṭa resplendit comme s’il s’était dressé en fendant la terre; et ce sommet de Citrakūṭa apparaît, de tous côtés, beau et de bon augure.
Verse 24
कुष्ठस्थगरपुन्नाग भूर्जपत्रोत्तरच्छदान् ।कामिनां स्वास्तरान्पश्य कुशेशयदलायुतान् ॥२४॥
Vois, comme de délicats lits d’amants : étendus de feuilles de kuṣṭha, sthagara, punnāga et bhūrja, et amoncelés de pétales de lotus.
Verse 25
मृदिताश्चापविद्धाश्च दृश्यन्ते कमलस्रजः ।कामिभिर्वनिते पश्य फलानि विविधानि च ॥२५॥
Ô dame, vois : l’on aperçoit ici des guirlandes de lotus, froissées et rejetées par les amants ; et aussi des fruits de toutes sortes, abandonnés.
Verse 26
वस्वौकसारां नलिनीमत्येतीवोत्तरान्कुरून् ।पर्वतश्चित्रकूटोऽसौ बहुमूलफलोदकः ॥२६॥
Cette montagne de Citrakūṭa—riche en racines, en fruits et en eaux—semble surpasser Vasvaukasārā, Nalini, et même les Uttarakuru, par son abondance et sa grâce.
Verse 27
इमं तु कालं वनिते विजह्रिवांस्त्वया च सीते सह लक्ष्मणेन च ।रतिं प्रपत्स्ये कुलधर्मवर्धनीं सतां पथि स्वैर्नियमैः परैः स्थितः ॥२७॥
Ô Sītā bien-aimée, en passant ce temps dans la forêt avec toi et avec Lakṣmaṇa—demeurant ferme sur la voie des justes et tenu par mes austères observances—j’atteindrai une joie profonde, qui fortifie aussi le dharma de notre lignée.
Rather than a courtroom dilemma, the pivotal action is Rāma’s ethical reframing of exile: he intentionally transforms displacement into a dharmic, emotionally stable mode of life by guiding Sītā’s perception toward the mountain’s order, abundance, and serenity.
The sarga teaches that disciplined perception and restraint can convert suffering into meaningful practice: forest-dwelling becomes ‘nectar-like’ when aligned with dharma, yielding benefits such as fulfilling duty to one’s father and maintaining harmony with Bharata.
Citrakūṭa is mapped through plateaus, peaks, caves, waterfalls, springs, luminous night-herbs, and diverse groves; culturally, it is compared to Indra–Śacī and to Kubera’s Vasvaukasārā, Nalini, and Uttarakuru, indicating a landscape imagined as near-celestial in splendour.
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