Ramayana Ayodhya Kanda Sarga 61
Ayodhya KandaSarga 6130 Verses

Sarga 61

कौसल्याविलापः · Kausalya’s Lament and Ethical Analogies on Kingship

अयोध्याकाण्ड

Dans ce sarga, lorsque Rāma est parti pour la forêt, Kausalyā, accablée d’un chagrin violent, adresse au roi Daśaratha un flot ininterrompu de paroles. Elle s’interroge d’abord sur la capacité de Rāma, Sītā et Lakṣmaṇa à endurer la vie sylvestre : la délicatesse de Sītā, habituée aux plaisirs royaux, la nourriture des bois, le froid et la chaleur, ainsi que les périls et les rugissements qui hantent la jungle. Elle qualifie ensuite la décision du roi d’acte sans compassion et rappelle que les siens méritent le bonheur. Elle laisse entendre qu’il est impensable que Bharata renonce au royaume ; et elle enchaîne des comparaisons : lors d’un śrāddha, nourrir d’abord les proches puis seulement chercher les meilleurs brahmanes, lesquels refusent de manger « après coup » ; le tigre qui ne prend pas une proie déjà ravie par un autre ; les matières sacrificielles du yajña qui ne peuvent être réemployées. Ainsi, un royaume déjà « consommé par autrui » ne saurait être accepté. Par ces images, elle met en lumière la dignité de Rāma et sa fidélité au dharma : il ne supporterait pas l’affront et, dans sa colère, pourrait fendre même des montagnes ; pourtant, par respect filial, il n’ose porter atteinte à Daśaratha. Enfin, est rappelée la règle d’appui du dharma féminin—époux, fils et parents—tandis que se dévoilent le sentiment d’abandon de Kausalyā et sa pensée de se laisser mourir.

Recitation with translationValmiki Ramayana 2.61

Shlokas

Verse 1

वनं गते धर्मपरे रामे रमयतां वरे ।कौसल्या रुदती स्वार्ता भर्तारमिदमब्रवीत् ॥१॥

Lorsque Rāma, voué au dharma et le plus éminent de ceux qui réjouissent autrui, fut parti pour la forêt, Kauśalyā, pleurant dans une douleur amère, adressa ces paroles à son époux.

Verse 2

यद्यपि त्रिषु लोकेषु प्रथितं ते महद्यशः ।सानुक्रोशो वदान्यश्च प्रियवादी च राघवः ॥२॥

Bien que ta grande renommée soit proclamée dans les trois mondes—que toi, ô Rāghava, tu es compatissant, généreux et à la parole douce—

Verse 3

कथं नरवरश्रेष्ठ पुत्रौ तौ सह सीतया ।दुःखितौ सुखसंवृद्धौ वने दुःखं सहिष्यतः ॥३॥

Ô le meilleur des rois, comment ces deux fils à toi, avec Sītā, élevés dans le confort et maintenant accablés de douleur, supporteront-ils les peines de la forêt ?

Verse 4

सा नूनं तरुणी श्यामा सुकुमारी सुखोचिता ।कथमुष्णं च शीतं च मैथिली प्रसहिष्यते ॥४॥

Elle est certes jeune, au teint sombre, délicate et habituée au confort ; comment Maithilī pourra-t-elle endurer la chaleur comme le froid ?

Verse 5

भुक्त्वाऽशनं विशालाक्षी सूपदं शान्वितं शुभम् ।वन्यं नैवारमाहारं कथं सीतोपभोक्ष्यते ॥५॥

Habituée, elle aux grands yeux, à des mets raffinés avec soupes et assaisonnements, comment Sītā mangera-t-elle la nourriture de la forêt, faite de riz sauvage ?

Verse 6

गीतवादित्रनिर्घोषं श्रुत्वा शुभमनिन्दिता ।कथं क्रव्यादसिंहानां शब्दं श्रोष्यत्यशोभनम् ॥६॥

Accoutumée aux sons auspices des chants et des instruments, comment l’irréprochable Sītā supportera-t-elle d’entendre les cris inauspicieux des lions et autres mangeurs de chair ?

Verse 7

महेन्द्रध्वजसङ्काशः क्व नु शेते महाभुजः ।भुजं परिघसङ्काशमुपधाय महाबलः ॥७॥

Où donc repose maintenant le puissant Rāma aux longs bras, haut comme l’étendard d’Indra, prenant pour oreiller un bras pareil à une barre de fer ?

Verse 8

पद्मवर्णं सुकेशान्तं पद्मनिश्श्वासमुत्तमम् ।कदा द्रक्ष्यामि रामस्य वदनं पुष्करेक्षणम् ॥८॥

Quand reverrai-je le visage sublime de Rāma—teinté comme le lotus, encadré de beaux cheveux, au souffle parfumé de lotus, et aux yeux pareils aux lotus bleus ?

Verse 9

वज्रसारमयं नूनं हृदयं मे न संशयः ।अपश्यन्त्या न तं यद्वै फलतीदं सहस्रधा ॥९॥

Sans doute mon cœur est fait de vajra, dur comme l’adamant ; car, ne le voyant pas, il ne se brise pas en mille éclats.

Verse 10

यत्त्वयाऽकरुणं कर्म व्यपोह्य मम बान्धवाः ।निरस्ताः परिधावन्ति सुखार्हाः कृपणा वने ॥१०॥

À cause de l’acte sans pitié que tu as accompli, mes proches, qui méritaient le repos et le bien-être, ont été rejetés et errent maintenant, pitoyables, dans la forêt.

Verse 11

यदि पञ्चदशे वर्षे राघवः पुनरेष्यति ।जह्याद्राज्यं च कोषं च भरतो नोपलक्षयते ॥११॥

Même si Rāghava revient la quinzième année, il ne semble pas que Bharata abandonne le royaume et le trésor.

Verse 12

भोजयन्ति किल श्राद्धे केचित्स्वानेव बान्धवान् ।ततः पश्चात्समीक्षन्ते कृतकार्या द्विजर्षभान् ॥१२॥

On dit que certains, lors du śrāddha, nourrissent d’abord uniquement leurs propres parents ; puis, se croyant quittes de leur devoir, ils cherchent ensuite les meilleurs des brāhmaṇas.

Verse 13

तत्र ये गुणवन्तश्च विद्वांसश्च द्विजातयः ।न पश्चात्तेऽभिमन्यन्ते सुधामपि सुरोपमाः ॥१३॥

Là, les deux-fois-nés, vertueux et savants—semblables aux dieux—n’acceptent pas ce qui est offert après les autres, fût-ce l’amṛta, l’ambroisie.

Verse 14

ब्राह्मणेष्वपि तृप्तेषु पश्चाद्भोक्तुं द्विजर्षभाः ।नाभ्युपैतुमलं प्राज्ञा श्शृङ्गच्छेदमिवर्षभाः ॥१४॥

Même lorsque les brāhmaṇas sont rassasiés, les sages—les meilleurs des deux-fois-nés—ne consentent pas à manger après, tels des taureaux qui ne supportent pas qu’on leur tranche les cornes.

Verse 15

एवं कनीयसा भ्रात्रा भुक्तं राज्यं विशाम्पते ।भ्राता ज्येष्ठो वरिष्ठश्च किमर्थं नावमंस्यते ॥१५॥

De même, ô seigneur des hommes : si le cadet a « joui » du royaume, pourquoi l’aîné, le plus digne, ne le mépriserait-il pas ?

Verse 16

न परेणाऽहृतं भक्ष्यं व्याघ्रः खादितुमिच्छति ।एवमेतन्नरव्याघ्रः परलीढं न मन्यते ॥१६॥

Le tigre ne veut pas manger une proie arrachée par une autre bête ; de même Rāma, tigre parmi les hommes, n’acceptera pas un royaume déjà « goûté » et savouré par d’autres.

Verse 17

हविराज्यं पुरोडाशाः कुशा यूपाश्च खादिराः ।नैतानि यातयामानि कुर्वन्ति पुनरध्वरे ॥१७॥

Les offrandes — ghee, gâteaux sacrificiels, herbe kuśa et poteaux de khadira — une fois usées par le temps et déjà utilisées, ne sont pas reprises dans un nouveau sacrifice.

Verse 18

तथा ह्यात्तमिदं राज्यं हृतसारां सुरामिव ।नाभिमन्तुमलं रामो नष्टसोममिवाध्वरम् ॥१८॥

De même, ce royaume déjà goûté par d’autres serait comme une liqueur dont l’essence a été tirée ; Rāma n’est pas fait pour l’accepter, tel un sacrifice où le Soma a disparu.

Verse 19

न चेमां धर्षणां राम सङ्गच्छेदत्यमर्षणः ।दारयेन्मन्दरमपि स हि क्रुद्धश्शितैश्शरैः ॥१९॥

Et Rāma, à la résolution inflexible, ne consentirait pas à une telle humiliation ; s’il s’irrite, il pourrait même fendre le mont Mandara de ses flèches acérées.

Verses 20-21

त्वां तु नोत्सहते हन्तुं महात्मा पितृगौरवात् ।ससोमार्कग्रहगणं नभस्ताराविचित्रितम् ॥२०॥पातयेद्योदिवं क्रुद्धस्सत्वां न व्यतिवर्तते ।प्रक्षोभयेद्वारये द्वा महीं शैलशताचिताम् ॥२१॥

Mais le magnanime ne se résout pas à te frapper, par vénération pour son père. Celui qui, dans sa colère, pourrait faire tomber le ciel constellé, avec le Soleil, la Lune et les planètes, ne te transgresse pas ; il ébranlerait plutôt, voire déchirerait, la terre ceinte de centaines de montagnes, que de manquer au devoir filial.

Verse 22

नैवं विधमसत्कारं राघवो मर्षयिष्यति ।बलवानिव शार्दूलो वालधेरभिमर्शनम् ॥२२॥

Rāghava ne souffrira point un tel affront, tout comme un tigre puissant ne supporte pas qu’on lui saisisse la queue.

Verse 23

नैतस्य सहिता लोका भयं कुर्युर्महामृथे ।अधर्मंत्विह धर्मात्मा लोकं धर्मेण योजयेत् ॥२३॥

Quand bien même tous les mondes s’uniraient contre lui dans une grande bataille, ils ne sauraient l’effrayer. Ici, là où l’adharma domine, cet être à l’âme droite ramènerait le monde au dharma par le dharma lui-même.

Verse 24

नन्वसौ काञ्चनैर्बाणैर्महावीर्यो महाभुजः ।युगान्त इव भूतानि सागरानपि निर्दहेत् ॥२४॥

Assurément, ce Rāma, héros puissant aux longs bras, avec ses flèches d’or, pourrait consumer les êtres et même les océans, comme au terme du monde.

Verse 25

स तादृशस्सिंहबलो वृषभाक्षो नरर्षभः ।स्वयमेव हतः पित्रा जलजेनात्मजो यथा ॥२५॥

Ainsi Rāma—taureau parmi les hommes, fort comme un lion, aux yeux de taureau—fut abattu par son propre père, comme un poisson détruit sa propre progéniture.

Verse 26

द्विजातिचरितो धर्मश्शास्त्रदृष्टस्सनातनः ।यदि ते धर्मनिरते त्वया पुत्रे विवासिते ॥२६॥

Si le dharma éternel—attesté par les śāstras et pratiqué par les deux-fois-nés—est véritablement avec toi, comment as-tu pu exiler ton fils, voué à la droiture ?

Verse 27

गतिरेका पतिर्नार्या द्वितीया गतिरात्मजः ।तृतीया ज्ञातयो राजंश्चतुर्थी नेह विद्यते ॥२७॥

Ô roi, la femme n’a qu’un seul refuge : son époux ; son second refuge est son fils ; le troisième, sa parenté. En ce monde, il n’en est point de quatrième.

Verse 28

तत्र त्वं चैव मे नास्ति रामश्च वनमाश्रितः ।न वनं गन्तुमिच्छामि सर्वथा निहता त्वया ॥२८॥

En cette situation, tu ne m'es d'aucune utilité, et Rama a trouvé refuge dans la forêt. Je ne désire pas aller dans la forêt. Tu m'as détruit de toutes les manières.

Verse 29

हतं त्वया राज्यमिदं सराष्ट्रं हतस्तथाऽत्मा सह मन्त्रिभिश्च ।हता सपुत्राऽस्मि हताश्च पौरास्सुत श्च भार्या च तव प्रहृष्टौ ॥२९॥

Tu as détruit ce royaume avec ses territoires. Tu t'es ruiné toi-même avec tes ministres. Tu as apporté la destruction sur moi et mon fils. Seuls ton fils Bharata et ton épouse Kaikeyi sont heureux.

Verse 30

इमां गिरं दारुणशब्द संश्रितां निशम्य राजाऽपि मुमोह दुःखितः ।तत स्स शोकं प्रविवेश पार्थिवस्स्वदुष्कृतं चापि पुनस्तदा स्मरन् ॥३०॥

Entendant ces paroles prononcées sur des tons déchirants, le roi, accablé d'une profonde détresse, perdit connaissance. Ensuite, le seigneur de la terre tomba dans un état de chagrin, se souvenant de son propre mauvais acte.

Frequently Asked Questions

The dilemma is whether a kingdom obtained through an ethically compromised succession (Rama’s banishment and Bharata’s accession) can be legitimately accepted or restored. Kausalya argues that Rama, by temperament and dharma, will not accept a ‘parabhukta’ (already-enjoyed/tainted) sovereignty, making the political settlement unstable even if the exile term ends.

The discourse frames legitimacy as inseparable from moral provenance: what is ‘used’ or ‘tasted’ in ritual and in polity becomes inappropriate for the highest standards. Through ritual and animal analogies, the Sarga teaches that dharma includes honor-bound refusal of compromised gains, and that filial respect can restrain even overwhelming power.

Culturally, the Sarga foregrounds श्राद्ध and यज्ञ (adhvara) norms—order of feeding, purity hierarchy, and non-reuse of consecrated materials (havis, ajya, purodasha, kusha, yupa, khadira). Geographically, ‘vana’ (forest exile) and mythic-cosmic imagery (Mandara mountain, sun–moon–planets, star-filled sky, mountain-ringed earth) are used as rhetorical landmarks to measure Rama’s power and restraint.

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