
त्रयस्त्रिंशः सर्गः · Civic Lament and Rama’s Dutiful Approach to Daśaratha
अयोध्याकाण्ड
Dans ce sarga, Rāma et Lakṣmaṇa, accompagnés de Sītā, font des dons et des aumônes aux brāhmaṇa, puis vont à la rencontre de Daśaratha, montrant l’exil comme un acte placé sous le signe de la bienséance rituelle et de l’obligation sociale. Sītā pare les armes des deux frères de guirlandes, geste à la fois domestique et sacré, qui requalifie les armes en instruments du dharma et du devoir plutôt que de la conquête. Les rues, bondées et impraticables, poussent les habitants à monter sur les toits, d’où ils voient l’inversion troublante du protocole royal : Rāma marche à pied, sans ombrelle. Ils expriment des reproches mêlés de douleur : Daśaratha doit être « possédé » pour parler de bannissement ; un roi ne devrait pas exiler un fils aimé, surtout celui dont la conduite a « conquis le monde ». Le peuple énonce les ṣaḍguṇa de Rāma—innocuité, compassion, savoir, bonne conduite, retenue et maîtrise de soi—et le présente comme l’essence du dharma, la « racine » de l’humanité dont la société est branches et fruits. Leur chagrin devient métaphore écologique—créatures aquatiques en temps de sécheresse, arbre coupé à la racine—et leur fidélité s’élève jusqu’à la volonté d’abandonner leurs maisons pour suivre Rāma dans la forêt, allant jusqu’à imaginer un échange moral entre la cité et la sauvagerie. Rāma entend ces voix mais demeure inébranlable ; il entre au palais, voit Sumantra accablé et lui ordonne d’annoncer son arrivée au roi, gardant calme et résolution conforme au devoir.
Verse 1
दत्त्वा तु सह वैदेह्या ब्राह्मणेभ्यो धनं बहु ।जग्मतुः पितरं द्रष्टुं सीतया सह राघवौ ॥१॥
Après avoir donné aux brāhmaṇas de grandes richesses en aumône, les deux Rāghava, accompagnés de Sītā, partirent voir leur père Daśaratha.
Verse 2
ततो गृहीते दुष्प्रेक्षे त्वशोभेतां तदायुधे ।मालादामभिराबद्धे सीतया समलङ्कृते ॥२॥
Alors, une fois saisies, ces deux armes difficiles à soutenir du regard resplendirent davantage, parées et ornées par Sītā de guirlandes et de chapelets de fleurs.
Verse 3
ततः प्रासादहर्म्याणि विमानशिखराणि च ।अधिरुह्य जनश्श्रीमानुदासीनो व्यलोकयत् ॥३॥
Alors les citoyens opulents montèrent sur les palais et les demeures, sur les hautes terrasses et les sommets des édifices à étages, et regardèrent, le cœur lourd, dans une douleur détachée.
Verse 4
न हि रथ्याः स्म शक्यन्ते गन्तुं बहुजनाकुलाः ।आरुह्य तस्मात्प्रासादान् दीनाः पश्यन्ति राघवम् ॥४॥
Car les rues, encombrées par la foule, étaient devenues impraticables ; c’est pourquoi le peuple, accablé de chagrin, monta sur les demeures et regarda Rāghava.
Verse 5
पदातिं वर्जितच्छत्रं रामं दृष्ट्वा जनास्तदा ।ऊचुर्बहुविधा वाच श्शोकोपहतचेतसः ॥५॥
Voyant Rāma marcher à pied, privé de l’ombrelle royale, les gens, le cœur frappé par le chagrin, laissèrent jaillir des paroles de toutes sortes.
Verse 6
यं यान्तमनुयाति स्म चतुरङ्गबलं महत् ।तमेकं सीतया सार्धमनुयाति स्म लक्ष्मणः ॥६॥
Celui que, lorsqu’il partait, suivait une grande armée aux quatre corps, maintenant qu’il s’avance seul, seul Lakṣmaṇa le suit, avec Sītā.
Verse 7
ऐश्वर्यस्य रसज्ञः सन् कामिनां चैव कामदः ।नेच्छत्येवानृतं कर्तुं पितरं धर्मगौरवात् ॥७॥
Bien qu’il connaisse la saveur de la prospérité royale et qu’il exauce les désirs des hommes, Rāma, par respect pour le dharma, ne veut pas rendre son père menteur à sa parole.
Verse 8
या न शक्या पुरा द्रष्टुं भूतैराकाशगैरपि ।तामद्य सीतां पश्यन्ति राजमार्गगता जनाः ॥८॥
Celle qu’autrefois même les êtres parcourant le ciel pouvaient à peine voir, aujourd’hui les gens qui vont sur la voie royale contemplent cette même Sītā.
Verse 9
अङ्गरागोचितां सीतां रक्तचन्दनसेविनीम् ।वर्षमुष्णं च शीतं च नेष्यन्त्याशु विवर्णताम् ॥९॥
Sītā, accoutumée aux onguents parfumés et au santal rouge, devra désormais endurer la pluie, la chaleur et le froid, qui terniront bientôt son teint.
Verse 10
अद्य नूनं दशरथस्सत्त्वमाविश्य भाषते ।न हि राजा प्रियं पुत्रं विवासयितुमर्हति ॥१०॥
Assurément, aujourd’hui Daśaratha parle comme saisi par une force ténébreuse ; car un roi ne doit pas bannir son propre fils bien-aimé.
Verse 11
निर्गुणस्यापि पुत्रस्य कथं स्याद्विप्रवासनम् ।किं पुनर्यस्य लोकोऽयं जितो वृत्तेन केवलम् ॥११॥
Comment pourrait-on exiler même un fils dépourvu de vertus ? À plus forte raison non Rāma, qui a gagné ce monde entier par la seule noblesse de sa conduite.
Verse 12
अनृशंस्यमनुक्रोशः श्रुतं शीलं दमश्शमः ।राघवं शोभयन्त्येते षड्गुणाः पुरुषोत्तमम् ॥१२॥
Non-violence, compassion, savoir, noble caractère, maîtrise des sens et paix intérieure : ces six vertus parent Rāghava, le plus excellent des hommes.
Verse 13
तस्मात्तस्योपघातेन प्रजाः परमपीडिताः ।औदकानीव सत्त्वानि ग्रीष्मे सलिलसङ्क्षयात् ॥१३॥
Ainsi, à l’atteinte portée à lui, les sujets sont cruellement tourmentés, tels les êtres aquatiques en été lorsque les eaux viennent à manquer.
Verse 14
पीडया पीडितं सर्वं जगदस्य जगत्पतेः ।मूलस्येवोपघातेन वृक्षः पुष्पफलोपगः ॥१४॥
Quand lui, seigneur du monde, souffre, le monde entier souffre avec lui ; comme un arbre chargé de fleurs et de fruits qui s’effondre lorsque sa racine est frappée.
Verse 15
मूलं ह्येष मनुष्याणां धर्मसारो महाद्युतिः ।पुष्पं फलं च पत्रं च शाखाश्चास्येतरे जनाः ॥१५॥
Lui, éclatant, essence même du dharma, est véritablement la racine de l’humanité ; les autres hommes sont comme ses fleurs, ses fruits, ses feuilles et ses branches.
Verse 16
ते लक्ष्मण इव क्षिप्रं सपत्न्य स्सहबान्धवाः ।गच्छन्तमनुगच्छामो येन गच्छति राघवः ॥१६॥
Suivons, tels Lakṣmaṇa, sans tarder Rāghava dans sa marche, avec nos épouses et nos proches, par le chemin qu’il emprunte.
Verse 17
उद्यानानि परित्यज्य क्षेत्राणि च गृहाणि च ।एकदुःखसुखा राममनुगच्छाम धार्मिकम् ॥१७॥
Abandonnant nos jardins, nos champs et nos demeures, unis dans une même peine et une même joie, suivons Rāma, le juste, gardien du dharma.
Verses 18-21
समुद्धृतनिधानानि परिध्वस्ताजिराणि च ।उपात्त धनधान्यानि हृतसाराणि सर्वशः ॥१८॥रजसाभ्यवकीर्णानि परित्यक्तानि दैवतैः ।मूषकैःपरिधावद्भिरुद्बिलैरावृतानि च ॥१९॥अपेतोदकधूमानि हीनसम्मार्जनानि च ।प्रणष्टबलिकर्मेज्यामन्त्रहोमजपानि च ॥२०॥दुष्कालेनेव भग्नानि भिन्नभाजनवन्ति च ।अस्मात्त्यक्तानि वेश्मानि कैकेयी प्रतिपद्यताम् ॥२१॥
Que Kaikeyī prenne les demeures que nous délaissons : demeures aux cours dévastées, aux trésors cachés déterrés, dont richesses et grains ont été emportés, entièrement dépouillées. Qu’elles restent couvertes de poussière, abandonnées des dieux, envahies par les rats et recouvertes de leurs terriers ; sans eau ni fumée de cuisine, sans balayage, les offrandes, le culte, les mantras, les oblations au feu et les récitations réduits au silence ; telles des maisons brisées par la famine, jonchées de vases fracassés. Que ces demeures soient siennes.
Verse 22
वनं नगरमेवास्तु येन गच्छति राघवः ।अस्माभिश्च परित्यक्तं पुरं सम्पद्यतां वनम् ॥२२॥
Que la forêt où s’en va Rāghava devienne une cité, et que cette cité, délaissée par nous, devienne une forêt.
Verse 23
बिलानि दंष्ट्रिण स्सर्वे सानूनि मृगपक्षिणः ।त्यजन्त्वस्मद्भयाद्भीता गजास्सिंहा वनानि च ॥२३॥अस्मत्त्यक्तं प्रपद्यन्तां सेव्यमानं त्यजन्तु च ।
Que toutes les bêtes aux crocs quittent leurs tanières; que les animaux et les oiseaux désertent les pentes des montagnes; et que les éléphants, les lions, et même les forêts s’éloignent, saisis de crainte devant notre venue. Qu’ils gagnent la cité que nous laissons, et qu’ils délaissent les lieux que nous habitons à présent.
Verses 24-25
तृणमांस फलादानां देशं व्यालमृगद्विजम् ॥२४॥प्रपद्यतां हि कैकेयी सपुत्रा सह बान्धवैः ।राघवेण वने सर्वे वयं वत्स्याम निर्वृताः ॥२५॥
Que Kaikeyī, avec son fils et ses proches, prenne possession de ce pays, peuplé de serpents, de bêtes et d’oiseaux vivant d’herbe, de chair et de fruits. Quant à nous, nous demeurerons tous dans la forêt avec Rāghava, comblés et en paix.
Verse 26
इत्येवं विविधा वाचो नानाजनसमीरिताः ।शुश्राव रामः श्रुत्वा च न विचक्रेऽस्य मानसम् ॥२६॥
Ainsi Rāma entendit les paroles diverses proférées par des gens de toutes sortes ; pourtant, même après les avoir entendues, son esprit ne dévia pas de sa résolution.
Verse 27
स तु वेश्म पितुर्दूरात्कैलासशिखरप्रभम् ।अभिचक्राम धर्मात्मा मत्तमातङ्गविक्रमः ॥२७॥
Mais cet être à l’âme droite, puissant comme un éléphant enivré, s’avança vers le palais de son père, qui de loin brillait tel le sommet du mont Kailāsa.
Verse 28
विनीतवीरपुरुषं प्रविश्य तु नृपालयम् ।ददर्शावस्थितं दीनं सुमन्त्रमविदूरतः ॥२८॥
Entrant dans le palais royal, servi et gardé par des guerriers bien disciplinés, il vit Sumantra debout non loin, accablé.
Verse 29
प्रतीक्षमाणोऽपि जनं तदार्त मनार्तरूपः प्रहसन्निवाथ ।जगाम रामः पितरं दिदृक्षुः पितुर्निदेशं विधिवच्चिकीर्षुः ॥२९॥
Bien qu’il vît alors le peuple dans la détresse, Rāma ne laissa pas paraître sa propre douleur ; comme s’il souriait, il alla voir son père, résolu à accomplir selon la règle l’ordre paternel.
Verse 30
तत्पूर्वमैक्ष्वाकसुतो महात्मा रामो गमिष्यन्वनमार्तरूपम् ।व्यतिष्ठत प्रेक्ष्य तदा सुमन्त्रं पितुर्महात्मा प्रतिहारणार्थम् ॥३०॥
Pour la première fois, le grand d’âme Rāma, rejeton d’Ikṣvāku, s’apprêtant à gagner la forêt, le visage empreint de douleur, s’arrêta en voyant Sumantra, afin que son arrivée fût portée à la connaissance de son père.
Verse 31
पितुर्निदेशेन तु धर्मवत्सलः वनप्रवेशे कृतबुद्धिनिश्चयः ।स राघवः प्रेक्ष्य सुमन्त्रमब्रवी न्निवेदयस्वागमनं नृपाय मे ॥३१॥
Mais Rāghava, fidèle au dharma et fermement décidé à entrer dans la forêt selon l’ordre de son père, voyant Sumantra, lui dit : «Annonce au roi mon arrivée.»
The civic community confronts the legitimacy of exiling Rāma: they argue a king should not banish a beloved son and interpret the decree as moral disorder, while Rāma models obedience to paternal command without retaliatory speech or public agitation.
Dharma is portrayed as stabilizing social reality: Rāma’s inner restraint and steadfastness become the ‘root’ sustaining the world, and public speech functions as ethical testimony that virtue—especially self-control and compassion—grounds legitimate authority.
Ayodhyā’s royal road and palace spaces frame the public spectacle; the forest is reimagined as an alternative ‘city’ for the loyal populace; Mount Kailāsa is invoked as a simile for the palace’s splendor, and domestic ritual markers (cchatra, garlands, offerings) signal cultural order under strain.
Answers come straight from the texts, with the shlokas they draw on. Ask in your own words.
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