Adhyaya 98
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Adhyaya 98

Manifestation of the Śrī Vāsudeva Hymn in the Glory of Guru-tīrtha (Cyavana Narrative within the Vena Episode)

Après que Vijvala a reçu l’enseignement auspicious de Kuñjala, celui-ci proclame un hymne à Hari centré sur le Nom salvateur « Vāsudeva », décrit comme une porte vers la délivrance (mokṣa) et comme dispensateur de paix et de prospérité. Vijvala est ensuite chargé d’aller trouver le roi Subāhu et de rapporter avec vérité la faute grave du souverain. Le récit se transporte à Ānandakānana : Subāhu y arrive sur un char céleste marqué par les plaisirs, mais étrangement privé de nourriture et d’eau, signe d’une rétribution karmique. Une confrontation éclate autour d’un acte impitoyable impliquant un cadavre, donnant lieu à une admonestation morale et à des questions sur le dharma. Subāhu et son épouse dévouée manifestent émerveillement et révérence devant l’oiseau-sage. Vijvala se présente et énonce le stotra-viniyoga : Nārada comme ṛṣi, le mètre Anuṣṭubh, Oṃkāra comme divinité, et le mantra « Oṃ namaḥ bhagavate vāsudevāya ». Suit un long stotra unissant la théologie du Praṇava/Oṃkāra à l’abandon à Vāsudeva, et le chapitre se clôt en rattachant l’épisode à la glorification de Guru-tīrtha dans le cycle de Vena.

Shlokas

Verse 1

सूत उवाच । एवमुक्ते शुभे वाक्ये विज्वलेन महात्मना । कुंजलो वदतां श्रेष्ठः स्तोत्रं पुण्यमुदैरयत्

Sūta dit : Lorsque Vijvala, le grand d’âme, eut ainsi prononcé ces paroles de bon augure, Kuñjala—le plus éminent des orateurs—fit retentir un hymne sacré.

Verse 2

ध्यात्वा नत्वा हृषीकेशं सर्वक्लेशविनाशनम् । सर्वश्रेयः प्रदातारं हरेः स्तोत्रमुदीरितम्

Après avoir médité et s’être prosterné devant Hṛṣīkeśa, qui détruit toutes les afflictions et accorde tout bien de bon augure, l’hymne à Hari fut alors proclamé.

Verse 3

वासुदेवाभिधानं तत्सर्वश्रेयः प्रदायकम् । मोक्षद्वारं सुखोपेतं शांतिदं पुष्टिवर्द्धनम्

Cette appellation, « Vāsudeva », accorde tout bien suprême ; elle est la porte de la délivrance, pleine de félicité, dispensatrice de paix et accroissant force et prospérité.

Verse 4

सर्वकामप्रदातारं ज्ञानदं ज्ञानवर्द्धनम् । वासुदेवस्य यत्स्तोत्रं विज्वलाय प्रकाशितम्

Cet hymne à Vāsudeva—qui accorde tous les désirs, confère la connaissance et fait croître la connaissance—fut révélé à Vijvalā.

Verse 5

वासुदेवाभिधानं चाप्रमेयं पुण्यवर्द्धनम् । सोऽवगम्य पितुः सर्वं विज्वलः पक्षिणांवरः

Il connut le Nom sacré de Vāsudeva, incommensurable et qui accroît le mérite; et Vijvala, le plus éminent des oiseaux, comprit tout de son père.

Verse 6

तत्रगंतुंप्रचक्रामपितुःपृष्टंतदानृप । एवं गंतुं कृतमतिं विज्वलं ज्ञानपारगम्

Ô roi, alors—questionné par son père—il se mit en route pour s’y rendre. Ainsi, ayant résolu de partir, ce lumineux, qui avait atteint l’autre rive de la connaissance, s’avança.

Verse 7

उवाच पुत्रं धर्मात्मा उपकारसमुद्यतम्

L’homme à l’âme droite parla à son fils, ardent à rendre service.

Verse 8

कुंजल उवाच । पुत्र तस्य महज्जाने पातकं भूपतेः शृणु । यतो गत्वा पठ स्वत्वं सुबाहोश्चोपशृण्वतः

Kuñjala dit : «Mon fils, écoute le grand péché du roi, que je connais en entier. Va là-bas et récite le récit tel qu’il est, tandis que Subāhu écoute lui aussi».

Verse 9

यथायथा श्रोष्यति स्तोत्रमुत्तमं तथा तथा ज्ञानमयो भविष्यति । श्रीवासुदेवस्य न संशयो वै तस्य प्रसादात्सुशिवं मयोक्तम्

Plus on entend ce sublime hymne, plus on devient empli de la vraie connaissance. De Śrī Vāsudeva, il n’y a nul doute ; par Sa grâce, j’ai énoncé ce qu’il y a de plus auspice.

Verse 10

आमंत्र्य स गुरुं पश्चादुड्डीय लघुविक्रमः । आनंदकाननं पुण्यं संप्राप्तो विज्वलस्तदा

Après avoir pris congé de son maître, Vijvala, au pas léger, s’envola et parvint au bois sacré nommé Ānandakānana.

Verse 11

वृक्षच्छायां समाश्रित्य उपविष्टो मुदान्वितः । समालोक्य स राजानं विमानेनागतं पुनः

S’abritant sous l’ombre d’un arbre, il s’assit, le cœur empli de joie. Puis il regarda et vit le roi revenir, porté par un vimāna céleste.

Verse 12

एष्यत्यसौ कदा राजा सुबाहुः प्रियया सह । पातकान्मोचयिष्यामि स्तोत्रेणानेन वै कदा

Quand donc viendra le roi Subāhu, avec sa bien-aimée ? Et quand, en vérité, le délivrerai-je des péchés au moyen de cet hymne ?

Verse 13

तावद्विमानः संप्राप्तः किंकिणीजालमंडितः । घंटारवसमाकीर्णो वीणावेणुसमन्वितः

À l’instant même arriva un vimāna céleste, orné d’un réseau de grelots tintants, empli du son des cloches, accompagné de la musique de la vīṇā et de la flûte.

Verse 14

गंधर्वस्वरसंघुष्टश्चाप्सरोभिः समन्वितः । सर्वकामसमृद्धस्तु अन्नोदकविवर्जितः

Retentissant des chants des Gandharvas et accompagné d’Apsaras, il regorge de tous les plaisirs désirés—et pourtant il est dépourvu de nourriture et d’eau.

Verse 15

तस्मिन्याने स्थितो राजा सुबाहुः प्रियया सह । समुत्तीर्णो विमानात्स सुतार्क्ष्य प्रियया सह

Assis dans ce char, le roi Subāhu, avec sa bien-aimée, descendit ensuite du vimāna céleste—avec Sutārkṣya et sa bien-aimée.

Verse 16

शस्त्रमादाय तीक्ष्णं तु यावत्कृंतति तच्छवम् । तावद्धि विज्वलेनापि समाह्वानं कृतं तदा

Saisissant une arme tranchante, tant qu’il découpait ce cadavre, durant tout ce temps—même par Vijvala—l’appel fut alors lancé.

Verse 17

भो भोः पुरुषशार्दूल देवोपम भवानिदम् । करोति निर्घृणं कर्म नृशंसैर्न च शक्यते

Ô, ô tigre parmi les hommes, ô toi qui ressembles à un deva ! L’acte que tu accomplis est sans pitié ; même les cœurs cruels ne sauraient le supporter.

Verse 18

कर्तुं पुरुषशार्दूल कोऽयं विधिविपर्ययः । दुष्कृतं साहसं कर्म निंद्यं लोकेषु सर्वदा

Ô tigre parmi les hommes, quel renversement du juste dharma vas-tu commettre ? Un tel acte téméraire est une faute, et il est toujours blâmé dans le monde.

Verse 19

वेदाचारविहीनं तु कस्मात्प्रारब्धवानि ह । तन्मे त्वं कारणं सर्वं कथयस्व यथा तथा

Pourquoi as-tu entrepris cela, dépourvu de la conduite prescrite par les Veda ? Dis-moi entièrement la cause de tout, telle qu’elle est en vérité.

Verse 20

इत्येवं भाषितं तस्य विज्वलस्य महात्मनः । समाकर्ण्य महाराजः स्वप्रियां वाक्यमब्रवीत्

Ayant ainsi entendu les paroles prononcées par le magnanime Vijvala, le grand roi s’adressa à sa bien-aimée en ces mots.

Verse 21

प्रिये वर्षशतं भुक्तं मयेदं पापकर्मणा । कदा न भाषितं केन यथायं परिभाषते

Bien-aimée, durant cent ans j’ai enduré cela à cause de mes propres actes fautifs. Jamais auparavant personne ne m’avait parlé comme celui-ci me parle à présent.

Verse 22

ममैवं पीड्यमानस्य क्षुधया हृदयं प्रिये । निर्गतं चोत्सुकं कांते शांतिश्चित्ते प्रवर्तते

Ô bien-aimée, tandis que la faim me tourmente ainsi, mon cœur—agité comme s’il voulait quitter mon corps—ne trouve aucune paix s’élevant dans l’esprit, ô chère.

Verse 23

यावदस्य श्रुतं वाक्यं सर्वदुःखस्य शांतिदम् । तावच्चित्ते समाह्लादो वर्तते चारुहासिनि

Tant que l’on entend ses paroles, qui apaisent toute souffrance, d’autant demeure dans le cœur une joie profonde, ô toi au beau sourire.

Verse 24

कोयं देवो नु गंधर्वः सहस्राक्षो भविष्यति । मुनीनां स्याद्वचः सत्यं यदुक्तं मुनिना पुरा

Qui donc est cet être—dieu ou Gandharva—qui deviendra « celui aux mille yeux » ? Puissent les paroles des sages se réaliser, comme le muni l’a jadis proclamé.

Verse 25

एवमाभाषितं श्रुत्वा प्रियस्यानंतरं प्रिया । राजानं प्रत्युवाचाथ भार्या पतिपरायणा

Entendant ces paroles prononcées par son bien-aimé, l’épouse fidèle—tout entière vouée à son seigneur—répondit alors au roi.

Verse 26

सत्यमुक्तं त्वया नाथ इदमाश्चर्यमुत्तमम् । यथा ते वर्तते कांत मम चित्ते तथा पुनः

Vrai est ce que tu as dit, ô Seigneur : c’est un prodige suprême. Ô bien-aimé, comme cela est en toi, ainsi cela demeure de nouveau dans mon cœur.

Verse 27

पक्षिरूपधरः कोऽयं पृच्छते हितकारिवत् । एवमाभाषितं श्रुत्वा प्रियायाः पृथिवीपतिः

«Qui est donc celui-ci, revêtu d’une forme d’oiseau, qui interroge comme un bienfaiteur ?» Entendant ainsi parler sa bien-aimée, le seigneur de la terre, le roi…

Verse 28

बद्धांजलिपुटोभूत्वा पक्षिणं वाक्यमब्रवीत् । सुबाहुरुवाच । स्वागतं ते महाप्राज्ञ पक्षिरूपधरः प्रभो

Joignant les mains en hommage, il s’adressa à l’oiseau. Subāhu dit : «Sois le bienvenu, ô très sage ; ô Seigneur ayant pris la forme d’un oiseau».

Verse 29

शिरसा भार्यया सार्द्धं तव पादांबुजद्वयम् । नमस्करोम्यहं पुण्यमस्तु नस्त्वत्प्रसादतः

Avec mon épouse, j’incline la tête devant tes deux pieds de lotus. Je t’offre mes salutations révérencieuses : que le mérite propice soit nôtre par ta grâce.

Verse 30

भवान्कः पक्षिरूपेण पुण्यमेवं प्रभाषते । यादृशं क्रियतेकर्म पूर्वदेहेन सत्तम

«Qui es-tu, toi qui, sous la forme d’un oiseau, prononces des paroles si pieuses ? Ô le meilleur des vertueux, quelle action as-tu accomplie dans un corps antérieur ?»

Verse 31

सुकृतं दुष्कृतं वापि तदिहैव प्रभुज्यते । अथ तेनात्मकं वृत्तं तस्याग्रे च निवेदितम्

Qu’il s’agisse de mérite ou de démérite, c’est bien ici même qu’on en fait l’expérience. Ensuite, le cours des événements façonné par ce karma lui est présenté devant lui.

Verse 32

यथोक्तं कुंजलेनापि पित्रा पूर्वं श्रुतं तथा । कथयस्वात्मवृत्तांतं भवान्को मां प्रभाषते

Comme cela fut dit auparavant—et comme mon père l’entendit jadis de Kuñjala—raconte-moi ton propre récit : qui es-tu, toi qui me parles ?

Verse 33

सुबाहुं प्रत्युवाचेदं वाक्यं पक्षिवरस्तदा । विज्वल उवाच । शुकजात्यां समुत्पन्नः कुंजलोनाम मे पिता

Alors l’oiseau excellent s’adressa à Subāhu en ces mots. Vijvala dit : «Je suis né dans la lignée des perroquets ; mon père se nommait Kuṃjala.»

Verse 34

तस्याहं विज्वलो नाम तृतीयस्तु सुतेष्वहम् । नाहं देवो न गंधर्वो न च सिद्धो महाभुज

De lui, je suis le troisième parmi les fils, nommé Vijvala. Je ne suis ni un deva, ni un Gandharva, ni même un Siddha, ô toi aux bras puissants.

Verse 35

नित्यमेव प्रपश्यामि कर्म चैवं सुदारुणम् । कियत्कालं महत्कर्म साहसाकारसंयुतम्

Je contemple sans cesse cet acte, si terriblement effroyable. Combien de temps cette grande entreprise, pleine de témérité et d’audace, devra-t-elle se poursuivre ?

Verse 36

करिष्यसि महाराज तन्मे कथय सांप्रतम् । सुबाहुरुवाच । वासुदेवाभिधानं यत्पूर्वमुक्तं हि ब्राह्मणैः

«Ô grand roi, dis-moi maintenant ce que tu feras.» Sūbāhu dit : «Cette appellation “Vāsudeva” a bien été prononcée autrefois par les brāhmaṇas.»

Verse 37

श्रोष्याम्यहं यदा भद्र गतिं स्वां प्राप्नुयां तदा । पुण्यात्मना भाषितं वै मुनिना संयतात्मना

Ô noble ami, lorsque j’atteindrai mon état qui m’est destiné, alors j’entendrai vraiment ce qu’a dit le sage vertueux, maître de lui-même.

Verse 38

तदाहं पातकान्मुक्तो भविष्यामि न संशयः । विज्वल उवाच । तवार्थे पृच्छितस्तातस्तेन मे कथितं च यत्

«Alors je serai délivré des péchés — sans aucun doute.» Vijvala dit : «Pour toi, mon cher, on a interrogé mon père, et il m’a rapporté ce qu’il a dit.»

Verse 39

तत्तेद्याहं प्रवक्ष्यामि शाश्वतं शृणु सत्तम

Ainsi, je vais maintenant te révéler l’enseignement éternel ; écoute, ô le meilleur des vertueux.

Verse 40

ओंअस्य श्रीवासुदेवाभिधानस्य स्तोत्रस्य नारदऋषिरनुष्टुप्छंदः । ओंकारोदेवता सर्वपातकनाशनार्थे चतुर्वर्गसाधनार्थे च जपे विनियोगः । ओंनमो भगवते वासुदेवाय इति मंत्रः । पावनं परमं पुण्यं वेदज्ञं वेदमंदिरम् । विद्याधारं भवाधारं प्रणवं वै नमाम्यहम्

Pour cet hymne nommé le stotra « Śrī Vāsudeva », Nārada est le ṛṣi voyant et Anuṣṭubh en est le mètre. La divinité est l’Oṃkāra ; sa récitation est prescrite pour la destruction de tous les péchés et pour l’obtention des quatre buts de la vie. Le mantra est : « Oṃ, hommage au Seigneur Bienheureux Vāsudeva ». Je me prosterne devant le Praṇava (Oṃ) — purificateur, au mérite suprême, connaisseur des Veda et sanctuaire même des Veda ; soutien de la connaissance et soutien de l’existence dans le monde.

Verse 41

निरावासं निराकारं सुप्रकाशं महोदयम् । निर्गुणं गुणसंबद्धं नमामि प्रणवं परम्

Je me prosterne devant le Praṇava suprême (Om) : sans demeure, sans forme, resplendissant de sa propre lumière, source de l’élévation la plus haute ; au-delà des guṇa, et pourtant relié aux guṇa.

Verse 42

महाकांतं महोत्साहं महामोहविनाशनम् । आचिन्वंतं जगत्सर्वं गुणातीतं नमाम्यहम्

Je me prosterne devant le Très-Aimé, au grand élan, destructeur de l’immense égarement ; lui qui pénètre et recueille l’univers tout entier, et qui transcende les trois guṇa.

Verse 43

भाति सर्वत्र यो भूत्वा भूतानां भूतिवर्द्धनः । अभयं भिक्षुसंबद्धं नमामि प्रणवं शिवम्

Je me prosterne devant Śiva, le Praṇava sacré (Oṁ) : lui qui, devenu présent partout, resplendit en tout lieu ; lui qui accroît la prospérité de tous les êtres ; et lui qui est l’intrépidité même, allié à la voie du mendiant.

Verse 44

गायत्रीसाम गायंतं गीतं गीतप्रियं शुभम् । गंधर्वगीतभोक्तारं प्रणवं प्रणमाम्यहम्

Je me prosterne devant le Praṇava sacré (Oṁ), auspice et aimé du chant; célébré comme la Gāyatrī et le Sāman, et jouisseur des mélodies des Gandharvas.

Verse 45

विचारं वेदरूपं तं यज्ञस्थं भक्तवत्सलम् । योनिं सर्वस्य लोकस्य ओंकारं प्रणमाम्यहम्

Je me prosterne devant Oṁkāra, principe du discernement sacré, incarné en les Védas; présent dans le yajña; plein de tendresse pour les dévots; et matrice du monde entier.

Verse 46

तारकं सर्वभूतानां नौरूपेण विराजितम् । संसारार्णवमग्नानां नमामि प्रणवं हरिम्

Je me prosterne devant Hari, le Praṇava (Oṁ), sauveur de tous les êtres, qui resplendit comme une barque pour ceux engloutis dans l’océan du saṃsāra.

Verse 47

सर्वलोकेषु वसते एकरूपेण नैकधा । धामकैवल्यरूपेण नमामि प्रणवं शिवम्

Il demeure en tous les mondes : un en essence, non multiple. Sous la forme du suprême séjour et de l’Absolu libérateur, je me prosterne devant le Praṇava, Śiva.

Verse 48

सूक्ष्मं सूक्ष्मतरं शुद्धं निर्गुणं गुणनायकम् । वर्जितं प्राकृतैर्भावैर्वेदस्थानं नमाम्यहम्

Je me prosterne devant cette Réalité subtile, plus subtile encore, pure; au-delà des guṇas et pourtant souveraine des guṇas; intacte des états matériels, et demeure même des Védas.

Verse 49

देवदैत्यवियोगैश्च वर्जितं तुष्टिभिः सदा । दैवैश्च योगिभिर्ध्येयं तमोंकारं नमाम्यहम्

Je me prosterne devant cet Oṃkāra, toujours uni à une quiétude comblée, indemne des séparations et conflits des devas et des daityas, digne d’être médité par les dieux et les yogins.

Verse 50

व्यापकं विश्ववेत्तारं विज्ञानं परमं शुभम् । शिवं शिवगुणं शांतं वंदे प्रणवमीश्वरम्

Je rends hommage au Seigneur qui est Om : omniprésent, connaisseur de l’univers, conscience suprême, parfaitement auspicious ; Śiva, pourvu des qualités de Śiva, et paisible.

Verse 51

यस्य मायां प्रविष्टास्तु ब्रह्माद्याश्च सुरासुराः । न विंदंति परं शुद्धं मोक्षद्वारं नमाम्यहम्

Je me prosterne devant Celui dont la māyā a été pénétrée même par Brahmā et les cohortes de dieux et de démons ; ils ne trouvent pas cette Réalité suprêmement pure, la porte même de la délivrance (mokṣa).

Verse 52

आनंदकंदाय विशुद्धबुद्धये शुद्धाय हंसाय परावराय । नमोऽस्तु तस्मै गणनायकाय श्रीवासुदेवाय महाप्रभाय

Hommage à ce Śrī Vāsudeva, le grand Seigneur : racine de la béatitude, d’intelligence parfaitement pure ; le Haṃsa suprême, sans tache, au-delà du supérieur et de l’inférieur ; et le chef des multitudes.

Verse 53

श्रीपांचजन्येन विराजमानं रविप्रभेणापि सुदर्शनेन । गदाब्जकेनापि विराजमानं प्रभुं सदैनं शरणं प्रपद्ये

Je prends refuge en ce Seigneur qui resplendit sans cesse : paré de la conque glorieuse Pāñcajanya, du Sudarśana flamboyant comme le soleil, et rayonnant aussi de la massue et du lotus.

Verse 54

यं वेदगुह्यं सगुणं गुणानामाधारभूतं सचराचरस्य । यं सूर्यवैश्वानरतुल्यतेजसं तं वासुदेवं शरणं प्रपद्ये

Je prends refuge en Vāsudeva : le secret caché des Veda ; Celui qui, bien que transcendant, est célébré avec des attributs ; le support de toutes les qualités et le fondement de l’univers, mobile et immobile ; dont l’éclat égale celui du Soleil et de Vaiśvānara, le feu cosmique.

Verse 55

क्षुधानिधानं विमलं सुरूपमानंदमानेन विराजमानम् । यं प्राप्य जीवंति सुरादिलोकास्तं वासुदेवं शरणं प्रपद्ये

Je prends refuge en Vāsudeva : trésor pour les affamés ; le Pur à la forme splendide ; resplendissant de la mesure de la béatitude ; l’ayant atteint, les mondes, à commencer par ceux des dieux, vivent véritablement.

Verse 56

तमोघनानां स्वकरैर्विनाशं करोति नित्यं परिकर्महेतुः । उद्द्योतमानं रविदीप्ततेजसं तं वासुदेवं शरणं प्रपद्ये

Je prends refuge en ce Vāsudeva : dont les propres mains détruisent sans cesse l’épaisse ténèbre, cause du juste ordonnancement ; Il rayonne d’un éclat aussi lumineux que le soleil.

Verse 57

यो भाति सर्वत्र रविप्रभावैः करोति शोषं च रसं ददाति । यः प्राणिनामंतरगः स वायुस्तं वासुदेवं शरणं प्रपद्ये

Je prends refuge en Vāsudeva : Celui qui resplendit partout par les puissances du soleil ; qui opère le dessèchement et pourtant accorde aussi l’humidité et la sève ; qui, au-dedans des êtres, circule comme le souffle vital, le vent du prāṇa.

Verse 58

स्वेच्छानुरूपेण स देवदेवो बिभर्ति लोकान्सकलान्महीपान् । संतारणे नौरिव वर्तते यस्तं वासुदेवं शरणं प्रपद्ये

Je prends refuge en Vāsudeva : le Dieu des dieux, qui, selon Sa libre volonté, soutient tous les mondes et tous les rois de la terre. Il est tel une barque pour traverser l’océan de l’existence mondaine.

Verse 59

अंतर्गतो लोकमयः सदैव पचत्यसौ स्थावरजंगमानाम् । स्वाहामुखो देवगणस्य हेतुस्तं वासुदेवं शरणं प्रपद्ये

Demeurant au-dedans et pénétrant les mondes, Il ne cesse de « cuire » (mûrir et transformer) tous les êtres, immobiles et mobiles. Il est la cause de l’assemblée des devas, et Il est invoqué par le cri d’offrande « svāhā ». En ce Vāsudeva, je prends refuge.

Verse 60

रसैः सुपुण्यैः सकलैः सहैव पुष्णाति सौम्यो गुणदश्च लोके । अन्नानि योनिर्मल तेजसैव तं वासुदेवं शरणं प्रपद्ये

Avec toutes les essences (rasas) hautement méritoires, le Doux nourrit le monde et ses dix qualités. Il est la source même des nourritures, revêtu d’une splendeur sans tache ; en ce Vāsudeva, je prends refuge.

Verse 61

अस्त्येव सर्वत्र विनाशहेतुः सर्वाश्रयः सर्वमयः स सर्वः । विना हृषीकैर्विषयान्प्रभुंक्ते तं वासुदेवं शरणं प्रपद्ये

Vraiment, partout Il est : cause de la dissolution, refuge de tous, Celui qui pénètre tout, le Tout. Sans dépendre des sens, Il jouit des objets de l’expérience. En ce Vāsudeva, je prends refuge.

Verse 62

जीवस्वरूपेण बिभर्ति लोकांस्ततः स्वमूर्तान्सचराचरांश्च । निष्केवलो ज्ञानमयः सुशुद्धस्तं वासुदेवं शरणं प्रपद्ये

Prenant la forme de l’âme individuelle, Il soutient les mondes ; et de même Il soutient Ses propres formes manifestées, mobiles et immobiles. Absolu, très pur, fait de connaissance seule : en ce Vāsudeva, je prends refuge.

Verse 63

दैत्यांतकं दुःखविनाशमूलं शांतं परं शक्तिमयं विशालम् । यं प्राप्य देवा विनयं प्रयांति तं वासुदेवं शरणं प्रपद्ये

En Vāsudeva, je prends refuge : destructeur des daityas, racine même de la destruction de la souffrance ; paisible, suprême, empli de puissance divine et immense ; l’ayant atteint, même les devas viennent à l’humilité.

Verse 64

सुखं सुखांतं सुखदं सुरेशं ज्ञानार्णवं तं मुनिपं सुरेशम् । सत्याश्रयं सत्यगुणोपविष्टं तं वासुदेवं शरणं प्रपद्ये

Je prends refuge en ce Vāsudeva : béatitude, accomplissement de la béatitude et dispensateur de béatitude ; Seigneur des devas ; océan de connaissance ; souverain des munis ; demeure de la Vérité, établi dans les vertus de la Vérité.

Verse 65

यज्ञांगरूपं परमार्थरूपं मायान्वितं मापतिमुग्रपुण्यम् । विज्ञानमेकं जगतां निवासं तं वासुदेवं शरणं प्रपद्ये

Je prends refuge en Vāsudeva—dont la forme est le corps même du yajña, dont la nature est la vérité suprême; qui, bien qu’associé à māyā, est le Seigneur et le protecteur, souverainement saint; l’unique Conscience/Savoir, demeure de tous les mondes.

Verse 66

अंभोधिमध्ये शयनं हितस्य नागांगभोगे शयनं विशाले । श्रीपादपद्मद्वयमेव तस्य तद्वासुदेवस्य नमामि नित्यम्

Je me prosterne sans cesse devant ce Vāsudeva—qui repose au milieu de l’océan, qui s’étend sur les vastes replis du Serpent; et devant sa paire de pieds de lotus, à eux seuls je rends hommage à jamais.

Verse 67

पुण्यान्वितं शंकरमेव नित्यं तीर्थैरनेकैः परिसेव्यमानम् । तत्पादपद्मद्वयमेव तस्य श्रीवासुदेवस्य अघापहं तत्

Toujours auspicious et éternel est Śaṅkara, honoré par de nombreux tīrthas sacrés; pourtant, seule la paire de pieds de lotus du glorieux Vāsudeva dissipe réellement le péché.

Verse 68

पादांबुजं रक्तमहोत्पलाभमंभोजसल्लिंगजयोपयुक्तम् । अलंकृतं नूपुरमुद्रिकाभिः श्रीवासुदेवस्य नमामि नित्यम्

Je rends hommage sans cesse aux pieds de lotus de Śrī Vāsudeva—semblables à un grand lotus rouge, porteurs des signes auspices du lotus, de la conque et de l’étendard de victoire, ornés de grelots de cheville et d’anneaux d’orteils.

Verse 69

देवैः सुसिद्धैर्मुनिभिः सदैव नुतं सुभक्त्या उरगाधिपैश्च । तत्पादपंकेरुहमेवपुण्यं श्रीवासुदेवस्य नमामि नित्यम्

Je me prosterne sans cesse devant Śrī Vāsudeva, dont les très saints pieds de lotus sont à jamais loués avec une bhakti fervente par les dieux, les êtres accomplis, les sages et même les seigneurs des serpents.

Verse 70

यस्यापि पादांभसि मज्जमानाः पूता दिवं यांति विकल्मषास्ते । मोक्षं लभंते मुनयः सुतुष्टास्तं वासुदेवं शरणं प्रपद्ये

Ceux qui s’immergent dans l’eau de Ses pieds sont purifiés et, délivrés des souillures, gagnent le ciel. Les sages, comblés de paix, obtiennent aussi la délivrance. En ce Vāsudeva, je prends refuge.

Verse 71

पादोदकं तिष्ठति यत्र विष्णोर्गंगादितीर्थानि सदैव तत्र । पिबंति येद्यापि सपापदेहास्ते यांति शुद्धाः सुगृहं मुरारेः

Là où demeure l’eau qui a lavé les pieds de Viṣṇu, là se trouvent à jamais le Gaṅgā et tous les autres tīrthas sacrés. Même ceux dont le corps est chargé de péché—s’ils la boivent—vont purifiés vers l’heureuse demeure de Murāri (Viṣṇu).

Verse 72

पादोदकेनाप्यभिषिच्यमाना उग्रैश्च पापैः परिलिप्तदेहाः । ते यांति मुक्तिं परमेश्वरस्य तस्यैव पादौ सततं नमामि

Même ceux dont le corps est souillé par d’effroyables péchés—lorsqu’ils sont ne serait-ce qu’aspergés de l’eau des pieds du Seigneur—obtiennent la délivrance du Souverain suprême. À ces mêmes pieds je me prosterne sans cesse, encore et encore.

Verse 73

नैवेद्यमात्रेण सुभक्षितेन सुचक्रिणस्तस्य महात्मनस्तु । श्रीवाजपेयस्य फलं लभंते सर्वार्थयुक्ताश्च नरा भवंति

Par le seul fait d’offrir, en naivedya, une nourriture bien apprêtée à ce Seigneur au grand cœur, porteur du beau disque, les hommes obtiennent le fruit du glorieux sacrifice Vājapeya et se trouvent comblés de toute grâce souhaitée.

Verse 74

नारायणं तं नरकाधिनाशनं मायाविहीनं सकलं गुणज्ञम् । यं ध्यायमानाः सुगतिं प्रयांति तं वासुदेवं शरणं प्रपद्ये

Je prends refuge en Vāsudeva—Nārāyaṇa—qui détruit l’empire de l’enfer, exempt de māyā, parfait et connaisseur de toutes les vertus; en Le méditant, les êtres parviennent à la voie bienheureuse.

Verse 75

यो वंद्यस्त्वृषिसिद्धचारणगणैर्देवैः सदा पूज्यते । यो विश्वस्य विसृष्टिहेतुकरणे ब्रह्मादिदेवप्रभुः । यः संसारमहार्णवे निपतितस्योद्धारको वत्सल । स्तस्यैवापि नमाम्यहं सुचरणौ भक्त्या वरौ पावनौ

Je me prosterne avec bhakti devant les nobles pieds purificateurs de Celui qui est sans cesse vénéré par les multitudes de ṛṣi, siddha, cāraṇa et par les dieux; qui est le Souverain même de Brahmā et des autres divinités dans l’acte de faire surgir l’univers; et qui, compatissant et tendre, sauve celui qui est tombé dans le vaste océan du saṃsāra.

Verse 76

यो दृष्टो मखमंडपे सुरगणैः श्रीवामनः सामगः । सामोद्गीतकुतूहलः सुरगणैस्त्रैलोक्य एकः प्रभुः । कुर्वंतं नयनेक्षणैः शुभकरैर्निष्पापतां तद्बले । स्तस्याहं चरणारविंदयुगलं वंदे परं पावनम्

Je me prosterne devant la paire de pieds de lotus, souverainement purificatrice, de Śrī Vāmana—l’unique Seigneur des trois mondes—aperçu par les troupes des dieux dans le pavillon du sacrifice, chantre des hymnes Sāman; qui réjouit les dieux par l’émerveillement de son chant sāma; et qui, par ses regards de bon augure, accorde l’absence de faute par sa puissance.

Verse 77

राजंतं द्विजमंडले मखमुखे ब्रह्मश्रियाशोभितं । दिव्येनापि सुतेजसा करमयं यं चेंद्रनीलोपमम् । देवानां हितकाम्यया सुतनुजं वैरोचनस्यापि तं । याचंतं मम दीयतां त्रिपदकं वंदे प्रभुं वामनम्

Je me prosterne devant le Seigneur Vāmana, rayonnant au milieu de l’assemblée des brāhmaṇa à l’avant du sacrifice, paré de la splendeur de Brahmā; dont le corps, fait d’une lumière divine et sublime, ressemblait au saphir indranīla; qui, bien que fils au beau corps de Virocana (Bali), voulut le bien des dieux; et qui demanda en aumône : «Qu’on me donne trois pas de terre».

Verse 78

तं द्रष्टुं रविमंडले मुनिगणैः संप्राप्तवंतं दिवं । चंद्रार्कास्तमयांतरे किल पदा संच्छादयंतं तदा । तस्यैवापि सुचक्रिणः सुरगणाः प्रापुर्लयं सांप्रतं । का ये विश्वविकोशकेतमतुलं नौमि प्रभोर्विक्रमम्

Pour Le voir, des multitudes de sages atteignirent le ciel au sein de l’orbe du Soleil. Puis, à l’heure où la Lune et le Soleil se couchaient, ses pieds semblaient tout recouvrir. Même les troupes des dieux, devant le Seigneur portant le disque de bon augure, s’avancèrent alors vers la dissolution. Comment pourrais-je louer comme il se doit l’incomparable enjambée du Seigneur, étendard qui déploie l’univers entier ?

Verse 98

इति श्रीपद्मपुराणे भूमिखंडे वेनोपाख्याने गुरुतीर्थमाहात्म्ये च्यवनचरित्रेऽष्टनवतितमोऽध्यायः

Ainsi s’achève le quatre-vingt-dix-huitième chapitre—relatant l’histoire de Cyavana, dans la glorification du Guru-tīrtha, au sein de l’épisode de Vena—du Bhūmi-khaṇḍa du Śrī Padma Purāṇa.