
The Glory of the Mother-and-Father Tīrtha (Within the Vena Episode)
Viṣṇu raconte sa visite à l’āśrama de Kuṇḍala, où il voit Sukarmā assis aux pieds de sa mère et de son père, modèle de service filial. Pippala arrive et reçoit l’accueil rituel dû à l’hôte—āsana, pādya, arghya—puis s’engage un échange sur la source de la connaissance et de la puissance de Sukarmā. Les devas sont invoqués; ils se manifestent et accordent des bienfaits, que Sukarmā détourne vers la bhakti et vers l’accès de ses parents au séjour vaiṣṇava. L’enseignement s’élargit en une évocation de l’Indicible du Suprême et en une théophanie cosmique: Janārdana sur Śeṣa, l’errance de Mārkaṇḍeya, et la Devī comme Mahāmāyā/Kālarātri. Le chapitre affirme enfin que le service quotidien, concret, rendu à la mère et au père est le tīrtha suprême et le cœur du dharma, surpassant austérités, sacrifices et pèlerinages.
Verse 1
विष्णुरुवाच । कुंडलस्याश्रमं गत्वा सत्यधर्म समाकुलम् । सुकर्माणं ततो दृष्ट्वा पितृमातृपरायणम्
Viṣṇu dit : Étant allé à l’āśrama de Kuṇḍala, foisonnant de vérité et de dharma, il vit alors Sukarmā, voué au service de son père et de sa mère.
Verse 2
शुश्रूषंतं महात्मानं गुरूसत्यपराक्रमम् । महारूपं महातेजं महाज्ञानसमाकुलम्
Il servait avec dévotion ce grand être, dont la vaillance reposait sur la vérité et qui était un guru vénérable, à la forme majestueuse, à l’éclat immense, comblé d’un savoir sublime.
Verse 3
मातापित्रोः पदांते तमुपविष्टं ददर्श सः । महाभक्त्यान्वितं शांतं सर्वज्ञानमहानिधिम्
Il le vit assis aux pieds de ses parents, empli d’une grande bhakti, paisible, et vaste trésor de toute connaissance.
Verse 4
कुंडलस्यापि पुत्रेण सुकर्मणा महात्मना । आगतं पिप्पलं दृष्ट्वा द्वारदेशे महामतिम्
Alors Sukarman, le noble fils de Kuṇḍala, voyant le grand sage Pippala arrivé au seuil,
Verse 5
आसनात्तूर्णमुत्थाय अभ्युत्थानं कृतं पुनः । आगच्छ त्वं महाभाग विद्याधर महामते
Se levantant promptement de son siège, il se dressa de nouveau pour l’accueil respectueux et dit : « Viens, ô bienheureux ; ô Vidyādhara, ô sage à la grande intelligence ».
Verse 6
आसनं पाद्यमर्घं च ददौ तस्मै महामतिः । निर्विघ्नोऽसि महाप्राज्ञ कुशलेन प्रवर्त्तसे
Le sage lui offrit un siège, l’eau pour laver les pieds et l’arghya de respect. Puis il dit : « Ô grand savant, sois sans obstacle ; avance dans la prospérité et la paix ».
Verse 7
निरामयं च पप्रच्छ पिप्पलं तं समागतम् । यस्मादागमनं तेद्य तत्सर्वं प्रवदाम्यहम्
Il interrogea aussi Pippala, nouvellement arrivé, sur son état : « D’où viens-tu aujourd’hui ? Dis-moi tout ; je l’exposerai entièrement ».
Verse 8
वर्षाणां च सहस्राणि त्रीणि यावत्त्वया तपः । तप्तमेव महाभाग सुरेभ्यः प्राप्तवान्वरम्
Durant trois mille ans, tu as vraiment pratiqué l’austérité. Ô noble être, par cette pénitence même tu as obtenu une grâce des dieux.
Verse 9
वश्यत्वं च त्वया प्राप्तं कामचारस्तथैव च । तेन मत्तो न जानासि गर्वमुद्वहसे वृथा
Tu as obtenu le pouvoir de soumettre et aussi la liberté d’agir à ton gré ; ainsi tu ne me reconnais pas et tu portes l’orgueil en vain.
Verse 10
दृष्ट्वा ते चेष्टितं सर्वं सारसेन महात्मना । ममाभिधानं कथितं मम ज्ञानमनुत्तमम्
Ayant vu toutes tes actions accomplies par le magnanime Sārasa, mon nom a été prononcé et ma connaissance sans égale a été révélée.
Verse 11
पिप्पल उवाच । योसौ मां सारसो विप्र सरित्तीरे प्रयुक्तवान् । सर्वं ज्ञानं वदेन्मां हि स तु कः प्रभुरीश्वरः
Pippala dit : «Ô brāhmaṇa, qui donc est ce Seigneur, le Souverain suprême, qui m’a mandaté sur la rive du fleuve sous la forme d’une grue, me prescrivant d’énoncer toute connaissance ?»
Verse 12
सुकर्मोवाच । भवंतमुक्तवान्यो वै सरित्तीरे तु सारसः । ब्रह्माणं त्वं महाज्ञानं तं विद्धि परमेश्वरम्
Sukarmā dit : «Ce cygne qui t’a parlé sur la rive du fleuve, sache, ô très sage, que c’est Brahmā lui-même, le Seigneur suprême.»
Verse 13
अन्यत्किं पृच्छसे ब्रूहि तमेवं प्रवदाम्यहम् । विष्णुरुवाच । एवमुक्तः स धर्मात्मा सुकर्मा नृपनंदन
«Que demandes-tu encore ? Parle ; je te l’exposerai ainsi.» Ainsi parla Viṣṇu. À ces mots, Sukarmā, à l’âme droite, ô fils de roi, …
Verse 14
पिप्पल उवाच । त्वयि वश्यं जगत्सर्वमिति शुश्रुम भूतले । तन्मे त्वं कौतुकं विप्र दर्शयस्व प्रयत्नतः
Pippala dit : «Sur cette terre, nous avons entendu que l’univers entier est sous ton pouvoir. Aussi, ô brāhmaṇa, montre-moi cette puissance merveilleuse, avec soin et de tout ton effort.»
Verse 15
पश्य कौतुकमेवाद्य त्वं वश्यावश्यकारणम् । तमुवाच स धर्मात्मा सुकर्मा पिप्पलं प्रति
«Vois aujourd’hui ce prodige : tu es toi-même la cause qui rend les êtres soumis ou insoumis.» Ainsi parla le juste Sukarmā à Pippala.
Verse 16
अथ सस्मार वै देवान्सुकर्मा प्रत्ययाय वै । इंद्राद्या लोकपालाश्च देवाश्चाग्निपुरोगमाः
Alors Sukarmā, en quête d’assurance et de soutien, se remémora véritablement les dieux : Indra et les autres gardiens des mondes, ainsi que les divinités conduites par Agni.
Verse 17
समागताः समाहूता नाना विद्याधरास्तथा । सुकर्माणं ततः प्रोचुर्देवाश्चाग्निपुरोगमाः
Ainsi, de nombreux Vidyādharas, appelés, s’assemblèrent ; puis les dieux aussi—menés par Agni—s’adressèrent à Sukarmāṇa.
Verse 18
कस्मात्स्मृतास्त्वया विप्र ततोर्थकारणं वद । सुकर्मोवाच । अयमेष सुसंप्राप्तो विद्याधरो हि पिप्पलः
«Ô brāhmane, pourquoi l’as-tu évoqué ? Dis-moi la raison.» Sukarma répondit : «Le voici—Pippala, le Vidyādhara—qui vient d’arriver ici, sain et sauf».
Verse 19
मामेवं भाषते विप्र वश्यावश्यत्वकारणम् । प्रत्ययार्थं समाहूता अस्यैव च महात्मनः
Ô brāhmane, tandis que je parlais ainsi de la cause qui rend docile ou indocile (à l’influence), j’ai été mandé par ce grand être, afin d’en confirmer la vérité.
Verse 20
स्वंस्वं स्थानं प्रगच्छध्वमित्युवाच सुरान्प्रति । तमूचुस्ते ततो देवाः सुकर्माणं महामतिम्
Et il dit aux dieux : «Que chacun retourne à sa demeure propre». Alors ces dieux s’adressèrent à Sukarmā, l’homme au vaste esprit.
Verse 21
अस्माकं दर्शनं व्रिप्र न मोघं जायते वरम् । वरं वरय भद्रं ते मनसा यद्धिरोचते
Ô brāhmane, notre apparition devant toi ne sera point vaine. Choisis donc une grâce—qu’il t’advienne le bien—selon le désir véritable de ton cœur.
Verse 22
तत्ते दद्मो न संदेहस्त्वेवमूचुः सुरोत्तमाः । भक्त्या प्रणम्य तान्देवान्ययाचे स द्विजोत्तमः
«Nous te l’accorderons—n’en doute point», dirent les plus éminents des dieux. Alors le meilleur des brāhmanes, se prosternant avec bhakti devant ces divinités, formula sa demande.
Verse 23
अचलां दत्त देवेंद्रा सुःभक्तिं भावसंयुताम् । मातापित्रोश्च मे नित्यं तद्वै वरमनुत्तमम्
Ô Seigneur des dieux, accorde-moi une bhakti inébranlable, unie à la ferveur authentique; et qu’il y ait sans cesse service envers ma mère et mon père : telle est, en vérité, la grâce sans égale.
Verse 24
पिता मे वैष्णवं लोकं प्रयात्वेतद्वरोत्तमम् । तद्वन्माता च देवेशा वरमन्यं न याचये
Que mon père parvienne au monde vaiṣṇava : telle est la grâce suprême. Et que ma mère y parvienne de même, ô Seigneur des dieux ; je ne demande aucune autre faveur.
Verse 25
देवा ऊचुः । पितृभक्तोसि विप्रेंद्र भक्त्या तव वयं द्विज । सुकर्मञ्छ्रूयतां वाक्यं प्रीत्या युक्ता सदैव ते
Les dieux dirent : «Ô meilleur des brāhmanes, tu es dévoué aux Pitṛs, les Ancêtres. Par ta bhakti, ô deux-fois-né, nous te sommes toujours favorables. Écoute donc nos paroles avec bienveillance, des paroles à jamais unies à notre affection pour toi».
Verse 26
एवमुक्त्वा गता देवाः स्वर्लोकं नृपनंदन । सर्वमैश्वर्यमेतेन तस्याग्रे परिदर्शितम्
Ayant ainsi parlé, les devas s’en allèrent vers Svarga, ô fils de roi. Devant lui fut déployée toute la splendeur de la souveraineté.
Verse 27
दृष्टं तु पिप्पलेनापि कौतुकं च महाद्भुतम् । तमुवाच स धर्मात्मा पिप्पलं कुंडलात्मजम्
Pippala aussi vit un prodige immense, merveilleux à contempler. Alors cet homme à l’âme droite s’adressa à Pippala, fils de Kuṇḍala.
Verse 28
अर्वाचीनं त्विदं रूपं पराचीनं च कीदृशम् । प्रभावमुभयोश्चैव वदस्व वदतां वर
Cette forme est la plus récente ; comment donc est la forme première ? Dis-moi aussi la puissance des deux, ô le meilleur des orateurs, explique.
Verse 29
सुकर्मोवाच । पराचीनस्य रूपस्य लिंगमेव वदामि ते । येनलोकाः प्रमोदंते इंद्राद्याः सचराचराः
Sukarma dit : Je te dirai l’emblème (liṅga) de la forme transcendante, par lequel tous les mondes se réjouissent, Indra et les autres, avec tous les êtres, mobiles et immobiles.
Verse 30
अयमेव जगन्नाथः सर्वगो व्यापकः प्रभुः । अस्य रूपं न दृष्टं हि केनाप्येव हि योगिना
Lui seul est Jagannātha, Seigneur de l’univers : partout présent, tout-pénétrant, le Souverain. En vérité, nul yogin n’a jamais vu pleinement Sa forme.
Verse 31
श्रुतिरेव वदत्येवं तं वक्तुं शंकितेव सा । अपाणिपादनासश्च अकर्णो मुखवर्जितः
Ainsi parle la Śruti elle-même, et pourtant elle semble hésiter à Le décrire : sans mains, sans pieds ni nez ; sans oreilles ; et dépourvu de bouche.
Verse 32
सर्वं पश्यति वै कर्म कृतं त्रैलोक्यवासिनाम् । तेषामुक्तमकर्णश्च स शृणोति सुसाक्ष्यदः
En vérité, Il voit toute action accomplie par les habitants des trois mondes ; et bien qu’Il soit sans oreilles, Il entend ce qu’ils disent : Lui, le témoin parfait qui donne le vrai témoignage.
Verse 33
गतिहीनो व्रजेत्सोपि स हि सर्वत्र दृश्यते । पाणिहीनोपि गृह्णाति पादहीनः प्रधावति
Bien que dépourvu de mouvement, Il avance pourtant, car on Le voit partout. Bien que sans mains, Il saisit ; bien que sans pieds, Il court avec vitesse.
Verse 34
सर्वत्र दृश्यते विप्र व्यापकः पादवर्जितः । यं न पश्यंति देवेंद्रा मुनयस्तत्त्वदर्शिनः
Ô brāhmaṇa, on Le voit partout : Il est omniprésent, et pourtant sans pieds ; et cependant les seigneurs des dieux et les sages qui voient la vérité ne Le perçoivent pas.
Verse 35
स च पश्यति तान्सर्वान्सत्यासत्यपदे स्थितान् । व्यापकं विमलं सिद्धं सिद्धिदं सर्वनायकम्
Et Il les contemple tous, établis dans les états de vérité et de non-vérité ; Il contemple l’Omniprésent, l’Immaculé, l’Accompli à jamais : dispensateur de réussite et guide de tous.
Verse 36
यं जानाति महायोगी व्यासो धर्मार्थकोविदः । तेजोमूर्तिः स चाकाशमेकवर्णमनंतकम्
Celui que connaît le grand yogin Vyāsa, expert en Dharma et en Artha : Il est une forme de pure splendeur ; Il est le ciel lui-même, d’une seule teinte, sans fin.
Verse 37
तदेतन्निर्मलं रूपं श्रुतिराख्याति निश्चितम् । व्यासश्चैव हि जानाति मार्कंडेयश्च तत्पदम्
La Śruti affirme avec certitude que cette forme même est sans tache et pure. Vyāsa la connaît assurément, et Mārkaṇḍeya aussi, cet état suprême.
Verse 38
अर्वाचीनं प्रवक्ष्यामि शृणुष्वैकाग्रमानसः । यदा संहृत्य भूतात्मा स्वयमेकः प्रगच्छति
Je vais maintenant dire ce qui vient ensuite ; écoute d’un esprit unifié. Quand l’âme incarnée retire tout en elle, elle s’avance alors, seule, comme l’Un.
Verse 39
अप्सु शय्यां समास्थाय शेषभोगासनस्थितः । तमाश्रित्य स्वपित्येको बहुकालं जनार्दनः
Étendu sur une couche dans les eaux, assis sur les replis de Śeṣa pour trône, Janārdana—seul—dormit très longtemps, s’appuyant sur Lui.
Verse 40
जलांधकारसंतप्तो मार्कंडेयो महामुनिः । स्थानमिच्छन्स योगात्मा निर्विण्णो भ्रमणेन सः
Tourmenté par l’obscurité des eaux, le grand muni Mārkaṇḍeya—ferme en yoga—désira un lieu de repos, las de ses errances.
Verse 41
भ्रममाणः स ददृशे शेषपर्यंकशायिनम् । सूर्यकोटिप्रतीकाशं दिव्याभरणभूषितम्
Errant çà et là, il vit le Seigneur étendu sur la couche de Śeṣa, éclatant comme dix millions de soleils, paré d’ornements divins.
Verse 42
दिव्यमाल्यांबरधरं सर्वव्यापिनमीश्वरम् । योगनिद्रा गतं कांतं शंखचक्रगदाधरम्
Portant guirlandes et vêtements divins, le Seigneur qui pénètre tout—bien-aimé, plongé dans le sommeil yogique—tenait la conque, le disque et la massue.
Verse 43
एका नारी महाभागा कृष्णांजनचयोपमा । दंष्ट्राकरालवदना भीमरूपा द्विजोत्तम
Ô meilleur des brahmanes, il y avait une seule femme, d’un mérite exceptionnel, noire comme un amas de khôl; la bouche rendue effroyable par ses crocs, d’une forme terrifiante.
Verse 44
तयोक्तोसौ मुनिश्रेष्ठो मा भैरिति महामुनिः । पद्मपत्रं सुविस्तीर्णं पंचयोजनमायतम्
Ainsi interpellé par eux, le plus éminent des sages, le grand muni, dit : «Ne crains pas», et manifesta une feuille de lotus largement déployée, longue de cinq yojanas.
Verse 45
तस्मिन्पत्रे महादेव्या मार्कण्डेयो निवेशितः । केशवे सति सुप्तेपि नास्त्यत्र च भयं तव
Sur cette feuille, Mārkaṇḍeya fut installé par la Grande Déesse. Même si Keśava (Viṣṇu) dort, il n’y a ici aucune crainte pour toi.
Verse 46
तामुवाच स योगींद्र का त्वं भवसि भामिनि । अस्मिन्विनिर्जिते चैका भवती परिबृंहिता
Le seigneur parmi les yogins lui dit : « Qui es-tu, ô belle dame ? En ce lieu désormais conquis, toi seule parais grandie et florissante. »
Verse 47
पृष्टैवं मुनिना देवी सादरं प्राह भूसुर । नागभोगांकपर्यंके स यः स्वपिति केशवः
Ainsi interrogée par le sage, la Déesse répondit avec respect : « Ô brāhmaṇa, Lui—Keśava—qui repose sur la couche faite des replis du serpent. »
Verse 48
अस्याहं वैष्णवी शक्तिः कालरात्रिरिहोच्यते । मामेवं विद्धि विप्रेंद्र सर्वमायासमन्विताम्
Je suis sa puissance vaiṣṇavī, ici nommée Kālarātri. Sache-moi ainsi, ô meilleur des brāhmaṇas, comme celle qui est pourvue de toutes les formes de māyā.
Verse 49
महामाया पुराणेषु जगन्मोहाय कथ्यते । इत्युक्त्वा सा गता देवी अंतर्धानं हि पिप्पलः
« Dans les Purāṇas, on la dit Mahāmāyā, la grande puissance d’illusion qui égare le monde. » Ayant ainsi parlé, la Déesse s’en alla et s’évanouit ; en vérité, elle disparut près du pippala (aśvattha).
Verse 50
देव्यामनुगतायां तु मार्कंडेयस्य पश्यतः । तस्य नाभ्यां समुत्पन्नं पंकजं हाटकप्रभम्
Tandis que la Déesse poursuivait sa route, sous le regard de Mārkaṇḍeya, un lotus à l’éclat d’or surgit de son nombril.
Verse 51
तस्माज्जज्ञे महातेजा ब्रह्मा लोकपितामहः । तस्माद्विजज्ञिरे लोकाः सर्वे स्थावरजंगमाः
De Lui naquit le grand et lumineux Brahmā, l’aïeul des mondes ; et de lui, à son tour, surgirent tous les mondes — tout ce qui est, l’immobile comme le mobile.
Verse 52
इंद्राद्या लोकपालाश्च देवाश्चाग्निपुरोगमाः । अर्वाचीनं स्वरूपं तु दर्शितं हि मया नृप
Ô roi, Indra et les autres gardiens des mondes, ainsi que les dieux conduits par Agni — je t’ai réellement montré leur forme actuelle, manifestée.
Verse 53
अर्वाचीनस्वरूपोयं पराचीनो निराश्रयः । यदा स दर्शयेत्कायं कायरूपा भवंति ते
Cet Être se manifeste sous une forme ultérieure, et pourtant il est antérieur, primordial, sans appui. Lorsqu’il révèle un corps, alors eux aussi prennent une forme incarnée.
Verse 54
ब्रह्माद्याः सर्वलोकाश्च अर्वाचीना हि पिप्पल । अर्वाचीना अमी लोका ये भवंति जगत्त्रये
Ô Pippala, Brahmā et tous les mondes sont assurément en bas ; ces mondes qui existent dans l’univers triple sont tous en bas.
Verse 55
पराचीनः स भूतात्मा यं सुपश्यंति योगिनः । मोक्षरूपं परं स्थानं परब्रह्मस्वरूपकम्
Cet Soi intérieur, détourné de l’extériorité, est vu clairement par les yogins : la demeure suprême dont la nature même est la délivrance, l’état le plus haut, forme du Brahman suprême.
Verse 56
अव्यक्तमक्षरं हंसं शुद्धं सिद्धिसमन्वितम् । पराचीनस्य यद्रूपं विद्याधर तवाग्रतः
Non manifesté, impérissable, le Haṃsa—pur et pourvu de siddhis—telle est la forme de Parācīna qui se tient devant toi, ô Vidyādhara.
Verse 57
सर्वमेव मया ख्यातमन्यत्किं ते वदाम्यहम् । पिप्पल उवाच । कस्मादेतन्महाज्ञानमुद्भूतं तव सुव्रत
«J’ai tout exposé. Que pourrais-je encore te dire ?» Pippala dit : «D’où ce grand savoir a-t-il surgi en toi, ô toi aux vœux excellents ?»
Verse 58
अर्वाचीनगतिं विद्वान्पराचीनगतिं तथा । त्रैलोक्यस्य परं ज्ञानं त्वय्येवं परिवर्तते
Ô sage, connaissant la marche en avant comme la marche en arrière, la connaissance suprême des trois mondes tourne ainsi et demeure en toi.
Verse 59
तपसो नैव पश्यामि परां निष्ठां हि सुव्रत । यजनंयाजनंतीर्थंतपोवाकृतवानसि
Ô homme aux vœux excellents, je ne vois pas de terme plus élevé à l’ascèse que ceci : tu as accompli des yajñas, officié des sacrifices pour autrui, visité les tīrthas sacrés et pratiqué la pénitence.
Verse 60
तत्प्रभावं वदस्वैवं केन ज्ञानं तवाखिलम् । सुकर्मोवाच । तप एव न जानामि न कृतं कायशोषणम्
«Dis-moi la puissance qui est derrière cela : par quel moyen as-tu acquis tout ce savoir ?» Sukarma répondit : «Je ne connais pas l’ascèse ; et je n’ai accompli aucune mortification qui dessèche le corps.»
Verse 61
यजनं याजनं वापि न जाने तीर्थसाधनम् । न मया साधितं ध्यानं पुण्यकालं सुकर्मजम्
Je ne sais accomplir le yajña, ni présider des sacrifices pour autrui, ni les disciplines du pèlerinage vers les tīrtha. Je n’ai pas non plus pratiqué le dhyāna, ni observé les temps propices issus des actes vertueux.
Verse 62
इति श्रीपद्मपुराणे भूमिखंडे वेनोपाख्याने मातृपितृतीर्थ । माहात्म्ये द्विषष्टितमोऽध्यायः
Ainsi s’achève le soixante-deuxième chapitre, « La Gloire du Tīrtha de la Mère et du Père », au sein de l’épisode de Vena, dans le Bhūmi-khaṇḍa du vénérable Padma Purāṇa.
Verse 63
पादप्रक्षालनं पुण्यं स्वयमेव करोम्यहम् । अंगसंवाहनं स्नानं भोजनादिकमेव च
«Laver (vos) pieds est une œuvre méritoire — je le ferai moi-même. Je masserai aussi vos membres, préparerai votre bain, et pourvoirai à la nourriture et à tout service de ce genre.»
Verse 64
त्रिकालेध्यानसंलीनः साधयामि दिनेदिने । पादोदकं तयोश्चैव मातापित्रोर्दिनेदिने
Absorbé dans le dhyāna aux trois jonctions du jour, j’accomplis ma discipline jour après jour ; et jour après jour j’offre aussi l’eau qui a lavé les pieds de ma mère et de mon père.
Verse 65
भक्तिभावेन विंदामि पूजयामि सुभावतः । गुरू मे जीवमानौ तु यावत्कालं हि पिप्पल
Animé de bhakti, je les recherche et les vénère avec une intention pure. Tant que mes maîtres vénérables demeurent en vie — oui, tant que le temps lui-même dure, ô pippala —
Verse 66
तावत्कालं हि मे लाभो ह्यतुलश्च प्रजायते । त्रिकालं पूजयाम्येतौ शुद्धभावेन चेतसा
En vérité, pour ce seul laps de temps, s’éveille en moi un mérite spirituel incomparable. Le cœur pur et l’intention droite, je vénère ces deux-là aux trois moments du jour.
Verse 67
स्वच्छंदलीलासंचारी वर्ताम्येव हि पिप्पल । किं मे चान्येन तपसा किं मे कायस्य शोषणैः
Ô Pippala, je vis en liberté, allant et venant dans une joyeuse indépendance. De quelle autre austérité aurais-je besoin ? À quoi bon dessécher et mortifier le corps ?
Verse 68
किं मे सुतीर्थयात्राभिरन्यैः पुण्यैश्च सांप्रतम् । मखानामेव सर्वेषां यत्फलं प्राप्यते द्विज
À quoi bon, à présent, des pèlerinages vers d’excellents tīrthas et d’autres œuvres méritoires, ô brāhmane, puisque l’on obtient ici même le fruit de tous les sacrifices ?
Verse 69
तत्फलं तु मया दृष्टं पितुः शुश्रूषणादपि । मातुः शुश्रूषणं तद्वत्पुत्राणां गतिदायकम्
Or j’ai vu ce fruit naître même du service rendu au père ; de même, le service à la mère donne aux fils la destinée suprême.
Verse 70
सर्वकर्मसुसर्वस्वं सारभूतं जगत्रये । पुत्रस्य जायते लोको मातुः शुश्रूषणादपि
De tous les devoirs, voici l’essence—la totalité—dans les trois mondes : qu’un fils atteint des demeures bienheureuses même par le service dévoué rendu à sa mère.
Verse 71
पितुः शुश्रूषणे तद्वन्महत्पुण्यं प्रजायते । तत्र गंगा गयातीर्थं तत्र पुष्करमेव च
De même, par le service dévoué rendu au père, naît un grand mérite. En cet acte se trouvent la Gaṅgā, le gué sacré de Gayā, et Pushkara aussi.
Verse 72
यत्र मातापिता तिष्ठेत्पुत्रस्यापि न संशयः । अन्यानि तत्र तीर्थानि पुण्यानि विविधानि च
Là où demeurent la mère et le père—sans aucun doute—ce lieu est aussi, pour le fils, un tīrtha; et s’y trouvent bien d’autres lieux saints, méritoires et variés.
Verse 73
भवंत्येतानि पुत्रस्य पितुः शुश्रूषणादपि । पितुः शुश्रूषणात्तस्य दानस्य तपसः फलम्
Tous ces mérites adviennent au fils, ne fût-ce que par le service rendu au père. Par ce service, il obtient les fruits du don (dāna) et de l’austérité (tapas).
Verse 74
सत्पुत्रस्य भवेद्विप्र अन्य धर्मः श्रमायते । पितुः शुश्रूषणात्पुण्यं पुत्रः प्राप्नोत्यनुत्तमम्
Ô brāhmane, pour le fils vertueux, les autres devoirs religieux ne sont plus que peine. Par le service dévoué au père, le fils obtient un mérite sans égal.
Verse 75
स्वकर्मणस्तु सर्वस्वमिहैव च परत्र च । जीवमानौ गुरूत्वेतौ स्वमातापितरौ तथा
En vérité, ses propres actes (karma) sont toute la richesse, ici-bas comme dans l’au-delà. Et tant qu’ils vivent, sa mère et son père doivent aussi être tenus pour des gurus.
Verse 76
शुश्रूषते सुतो भूत्वा तस्य पुण्यफलं शृणु । देवास्तस्यापि तुष्यंति ऋषयः पुण्यवत्सलाः
Devenu un fils obéissant, voué au service, écoute le fruit méritoire de cela : même les dieux s’en réjouissent, et les rishis aussi, épris de droiture.
Verse 77
त्रयोलोकास्तु तुष्यंति पितुः शुश्रूषणादिह । मातापित्रोस्तु यः पादौ नित्यमेव हि क्षालयेत्
Les trois mondes se réjouissent ici même du service dévot rendu au père. En vérité, celui qui lave sans cesse les pieds de sa mère et de son père les comble de joie.
Verse 78
तस्य भागीरथीस्नानमहन्यहनि जायते । पुण्यैर्मिष्टान्नपानैर्यः पितरं मातरं तथा
Pour un tel homme, se baigner dans la Bhāgīrathī (Gaṅgā) advient comme jour après jour : pour celui qui honore comme il se doit son père et sa mère par des offrandes méritoires de mets et de boissons suaves.
Verse 79
भक्त्या भोजयते नित्यं तस्य पुण्यं वदाम्यहम् । अश्वमेधस्य यज्ञस्य फलं पुत्रस्य जायते
De celui qui nourrit sans cesse avec dévotion, je dirai le mérite : le fruit du sacrifice de l’Aśvamedha naît, c’est-à-dire s’amasse, pour son fils.
Verse 80
तांबूलैश्छादनैश्चैव पानैश्चाशनकैस्तथा । भक्त्या चान्नेन पुण्येन गुरू येनाभिपूजितौ
Par des offrandes de tāmbūla, par des vêtements, par des boissons et des mets—et par la dévotion et une nourriture sanctifiée, porteuse de mérite—ainsi furent dûment honorés les deux gurus.
Verse 81
सर्वज्ञानी भवेत्सोपि यशःकीर्तिमवाप्नुयात् । मातरं पितरं दृष्ट्वा हर्षात्संभाषयेत्सुतः
Lui aussi devient omniscient et obtient gloire et renommée. Voyant sa mère et son père, le fils doit les saluer avec joie et s’entretenir avec eux.
Verse 82
निधयस्तस्य संतुष्टास्तस्य गेहे वसंति ते । गावः सौहृद्यमायांति पुत्रस्य सुखदाः सदा
Satisfaits, les trésors demeurent dans sa maison. Les vaches viennent à lui avec affection, accordant toujours le bonheur à son fils.