Vasiṣṭha rapporte un dialogue où Sandhyāvalī rencontre Kāṣṭhīlā, être voué à une naissance honteuse à cause d’anciennes fautes : tromperie conjugale et rétention de richesses. Touchée de compassion, Sandhyāvalī demande comment obtenir la délivrance d’une telle naissance dégradée. Kāṣṭhīlā enseigne le Māgha-māhātmya : la rareté et la suprématie du mois de Māgha, le bain à l’aube avant le lever du soleil, la hiérarchie des mérites (eaux naturelles supérieures à l’eau de puits transportée), le sens du snāna comme service du dharma, et des règles de substitution en l’absence de rivières. Elle prescrit le dāna quotidien (sésame avec sucre), le homa avec des grains déterminés et du ghee, le repas offert aux brāhmaṇas, les dons de vêtements et de douceurs, et la prière à Sūrya comme forme immaculée de Viṣṇu. L’enseignement culmine avec Ekādaśī/Harivāsara et Dvādaśī, destructeurs incomparables des mahāpātakas, surpassant même les tīrthas renommés. Sont détaillés le don d’or Varāha avec des semences dans un récipient neuf de cuivre, la veille nocturne, l’offrande à un brāhmaṇa vaiṣṇava et le pāraṇa correct, promettant l’absence de renaissance. Enfin, Kāṣṭhīlā demande le quart du mérite d’un Ekādaśī passé de Sulocanā ; le transfert, accompli rituellement avec de l’eau, conduit à l’ascension lumineuse de Kāṣṭhīlā vers la demeure de Viṣṇu, confirmant le pativratā-dharma et la loi de causalité karmique.
Verse 1
वसिष्ठ उवाच । तच्छ्रुत्वा वचनं तस्याः काष्ठीलायाः शुचिस्मिते । सन्ध्यावली नाम भृशं तामुवाच ह सादरम् ॥ १ ॥
Vasiṣṭha dit : Ayant entendu les paroles de cette Kāṣṭhīlā — ô toi au sourire pur — Sandhyāvalī, tel était son nom, s’adressa à elle avec chaleur et grande sollicitude.
Verse 2
त्वद्वाक्याद्विस्मयो जातः काष्ठीले सांप्रतं मम । कथं दृष्टा मया त्वं च यास्यंती कुत्सितां गतिम् ॥ २ ॥
En entendant tes paroles, ô Kāṣṭhīlā, je suis maintenant saisi d’étonnement. Comment se fait-il que je t’aie vue, alors que tu vas vers une condition d’existence blâmée et infâme ?
Verse 3
कर्मणा केन ते मुक्तिर्भवेत्कुत्सितयोनितः । तन्मे वद विशालांगे त्वां दृष्ट्वा दुःखिता ह्यहम् ॥ ३ ॥
Par quelle action pourrais-tu obtenir la délivrance de cette matrice dégradée ? Dis-le-moi, ô toi aux membres amples, car en te voyant je suis réellement affligé.
Verse 4
मांसपिंडोपमं श्लक्ष्णं नवनीतोपमं शुभे । शरीरं तव संवीक्ष्य तया मे जायते हृदि ॥ ४ ॥
Ô toi de bon augure, voyant ton corps—lisse comme une masse de chair, tendre comme du beurre frais—il s’élève dans mon cœur, à cause de cela, un désir puissant.
Verse 5
काष्ठीलोवाच । पृथिवीं दास्यसे सुभ्रु सकलामपि मत्कृते । तथापि नैव मुच्येयं सद्यः कुत्सितयोनितः ॥ ५ ॥
Kāṣṭhīlā dit : «Ô toi aux beaux sourcils, quand bien même tu me donnerais la terre entière pour moi, je ne serais pas pour autant aussitôt délivrée de cette naissance méprisable.»
Verse 6
येन पुण्येन सुभगे मुच्येयं कर्मबन्धनात् । तन्निर्दिशामि सुमहद्गतिदं त्वं निशामय ॥ ६ ॥
Ô bienheureuse, par quel mérite serai-je délivrée des liens du karma ? Je vais t’indiquer ce moyen très grand qui confère une destinée sublime ; écoute-le avec attention.
Verse 7
यश्चायं माघमासस्तु सर्वमासोत्तमः स्मृतः । यस्मिन् क्रोंशति पापानि ब्रह्महत्यादिकानि च ॥ ७ ॥
Ce mois même de Māgha est tenu pour le meilleur de tous les mois ; en lui, les péchés—à commencer par la faute grave du meurtre d’un brahmane—crient et sont chassés au loin.
Verse 8
दुर्लभो माघमासो वै दुर्ल्लभं जन्म मानुषम् । दुर्ल्लभं चोषसि स्नानं दुर्लभं कृष्णसेवनम् ॥ ८ ॥
Rare, en vérité, est le mois de Māgha ; rare est aussi la naissance humaine. Rare est le bain à l’aurore, et rare est la sevā, le service dévot, rendu à Kṛṣṇa.
Verse 9
दुर्लभो वासरो विष्णोर्विधिना समुपोषितः । देवैस्तेजः परिक्षिप्तं माघमासे स्वकं जले ॥ ९ ॥
Rare est ce jour de Viṣṇu observé comme il se doit, avec le jeûne prescrit ; au mois de Māgha, le bain sacré dans l’eau devient, par les devas, enveloppé d’une radiance divine.
Verse 10
तस्माज्जलं माघमासे पावनं हि विशेषतः । नेदृशी संगरे शूरैर्गतिः प्राप्येत सौख्यदा ॥ १० ॥
Ainsi, l’eau au mois de Māgha est tout particulièrement purificatrice ; même les héros au cœur du combat n’obtiennent pas un tel état béni, dispensateur de joie.
Verse 11
यादृशी प्लवने प्रातः प्राप्यते नियमस्थितैः । सरित्तडागवापीषु स्नाने सत्तममीरितम् ॥ ११ ॥
Le mérite que recueillent ceux qui demeurent dans la discipline en se baignant à l’aurore—par immersion et nage—est proclamé suprême lorsque ce bain est accompli dans les rivières, les étangs et les réservoirs.
Verse 12
कूपभांडजलैर्मध्यं जघन्यं वह्नितापितैः । न सौख्यैर्लभ्यते पुण्यं दुःखैरेवाप्यते तु तत् ॥ १२ ॥
En puisant l’eau des puits et en la portant dans des jarres, et même en endurant des épreuves plus rudes comme d’être brûlé par le feu, on n’obtient qu’un mérite moyen, voire inférieur. Le mérite ne se gagne pas dans le confort ; il se remporte précisément par l’épreuve et l’austérité.
Verse 13
धर्म्मसेवार्थकं स्नानं नांगनैर्मल्यहेतुकम् । होमार्थं सेवनं वह्नेर्न च शीतादिहानये ॥ १३ ॥
Le bain doit être accompli pour le service du Dharma, non pour la seule propreté du corps. De même, entretenir le feu sacré se fait en vue du homa, le sacrifice, et non simplement pour chasser le froid et autres maux.
Verse 14
यावन्नोदयते सूर्यस्तावत्स्नानं विधीयते । आच्छादिते घनैर्व्योम्नि ह्युद्गमिष्यन्तमर्थयेत् ॥ १४ ॥
Le bain rituel ne doit être accompli que tant que le soleil n’est pas encore levé. Si le ciel est couvert de nuages épais, qu’on prie avec révérence le soleil sur le point de paraître, puis qu’on agisse en conséquence.
Verse 15
अभावे सरिदादीनां नवकुंभस्थितं जलम् । वायुना ताडितं रात्रौ स्नाने गंगासमं विदुः ॥ १५ ॥
Quand les rivières et autres eaux font défaut, l’eau conservée dans une jarre neuve—si elle est exposée la nuit et remuée par le vent—est tenue, pour le bain, pour égale à celle de la Gaṅgā.
Verse 16
माघस्नायी वरारोहे दुर्गतिं नैव पश्यति । तन्नास्ति पातकं यत्तु माघस्नानं न शोधयेत् ॥ १६ ॥
Ô femme aux belles hanches, celui qui accomplit le bain de Māgha ne voit jamais une destinée misérable. Il n’est aucun péché que le bain de Māgha ne purifie.
Verse 17
अग्निप्रवेशादधिकं माघोषस्येव मज्जनम् । जीवता भुज्यते दुःखं मृतेन बहुलं सुखम् ॥ १७ ॥
Pour Māghoṣa, l’immersion dans les eaux sacrées fut tenue pour plus grande encore que l’entrée dans le feu. Tant que l’on vit, on endure la souffrance; après la mort, on obtient une félicité abondante.
Verse 18
एतस्मात्कारणाद्भद्रे माघस्नानं विशिष्यते । अहन्यहनि दातव्यास्तिलाः शर्करयान्विताः ॥ १८ ॥
C’est pour cette raison même, ô dame de bon augure, que le bain au mois de Māgha est tenu pour particulièrement méritoire. Et, jour après jour, on doit offrir en don des graines de sésame mêlées de sucre.
Verse 19
मेघपुंष्पोपपन्नेन सहान्नेन सुमध्यमे । यावकैश्चैव होतव्या गव्यसर्पिः समन्वितैः ॥ १९ ॥
Ô dame à la taille gracieuse, qu’on accomplisse l’homa avec du riz cuit mêlé à la fleur appelée « meghapuṃṣpa », ainsi qu’avec des grains de yāvaka, le tout accompagné de ghee tiré du lait de vache.
Verse 20
माध्यां स्नानसमाप्तै तु दद्याद्विप्राय षड्रसम् । सूर्यो मे प्रीयतां देवो विष्णुमूर्तिर्निरञ्जनः ॥ २० ॥
Après avoir achevé le bain de midi, qu’on donne à un brāhmaṇa une nourriture pourvue des six saveurs. (Puis qu’on prie:) «Que le dieu Sūrya soit satisfait de moi, lui qui est la forme sans tache de Viṣṇu.»
Verse 21
वासांसि द्विजयुग्माय स सप्तान्नानि चार्पयेत् । त्रिंशच्च मोदका देयास्तिलान्नाः शर्करामयाः ॥ २१ ॥
Qu’il offre des vêtements à une paire de brāhmaṇas et qu’il présente aussi les sept sortes de mets cuits. De plus, qu’on donne trente modakas, douceurs au sésame préparées avec du sucre.
Verse 22
भागास्त्रयस्तिलानां तु चतुर्थः शर्करांशकः । तांबूलादीनि भोग्यानि भक्त्यादकद्याद्विधानवित् ॥ २२ ॥
Qu’on offre un mélange de trois parts de sésame et d’une quatrième part de sucre. Et, connaissant la juste procédure, qu’on présente aussi des choses délectables telles que le tāmbūla (bétel) et autres, avec bhakti, la dévotion.
Verse 23
स्रोतोमुखः सरिति चान्यत्र भास्करसंमुखः । स्नायादावाह्य तीर्थानि गंगादीन्य कर्मण्डलात् ॥ २३ ॥
Dans une rivière, qu’on se baigne tourné vers l’amont ; ailleurs, qu’on se tourne vers le Soleil. Qu’on se baigne après avoir invoqué dans son kamaṇḍalu (vase d’eau) les eaux sacrées des tīrthas, telles que la Gaṅgā et d’autres.
Verse 24
यदनेकजनुर्जन्यं यज्ज्ञानाज्ञानतः कृतम् । त्वत्तेजसा हतं चास्तु तत्तु पापं सहस्रधा ॥ २४ ॥
Que tout péché né de nombreuses existences, et tout ce qui fut accompli sciemment ou à l’insu, soit frappé par Ton éclat divin ; oui, que ce péché soit détruit au millième degré.
Verse 25
दिवाकर जगन्नाथ प्रभाकर नमोऽस्तु ते । परिपूर्णं कुरुष्वेदं माघस्नानं ममाच्युत ॥ २५ ॥
Ô Divākara, Jagannātha, source de clarté, salutations à Toi. Ô Acyuta, daigne mener à parfaite plénitude mon vœu du bain de Māgha.
Verse 26
तीर्थस्नायी वरारोहे माघस्नायी फलाल्पकः । तीर्थस्नानादियात्स्वर्गं माघस्नानात्परं पदम् ॥ २६ ॥
Ô femme aux hanches gracieuses, le mérite du bain aux tīrthas est faible comparé au bain du mois de Māgha. Par le bain en un tīrtha on atteint le ciel ; par le bain de Māgha on parvient à l’état suprême.
Verse 27
माघस्य धवले पक्षे भवेदेकादशी तु या । रविवारेण संयुक्ता महापातकनाशिनी ॥ २७ ॥
L’Ekādaśī qui survient dans la quinzaine claire de Māgha, lorsqu’elle coïncide avec un dimanche, devient celle qui détruit les grands péchés (mahāpātaka).
Verse 28
विनापि ऋक्षसंयोगं सा शुक्लैकादशी नृणाम् । विनिर्दहति पापानि कुनृपो विषयं यथा ॥ २८ ॥
Même sans conjonction avec une demeure lunaire (nakṣatra), cette Ekādaśī de la quinzaine claire consume les péchés des hommes, comme un roi pervers ruine son royaume.
Verse 29
कुपुत्रस्तु कुलं यद्वत्कुभार्या च पतिं यथा । अधर्मस्तु यथा धर्मं कुमंत्री नृपतिं यथा ॥ २९ ॥
De même qu’un mauvais fils ruine une lignée et qu’une mauvaise épouse ruine son époux, ainsi l’adharma ruine le dharma; et un conseiller pervers ruine un roi.
Verse 30
अज्ञानं च यथा ज्ञानं कुशौचं शुचितां यथा । यथा हंत्यनृतं सत्यं वादस्संवादमेव च ॥ ३० ॥
De même que la connaissance détruit l’ignorance et que la pureté triomphe de l’impureté, ainsi la vérité abat le mensonge; et le vrai dialogue met fin à la simple querelle.
Verse 31
उष्णं हिममनर्थोऽर्थं पापं कीर्तिं स्मयस्तपः । यथा रसा महारोगाञ्छ्राद्धं संकेत एव च ॥ ३१ ॥
La chaleur peut devenir froid; le malheur, prospérité; le péché, renommée; et l’orgueil, austérité—de même que les humeurs du corps (rasa) peuvent se changer en grandes maladies. Ainsi, le Śrāddha, rite offert aux ancêtres, est en son essence un « signe » sacré, un gage établi, qui fait advenir le fruit attendu.
Verse 32
तथा दुरितसंघं तु द्वादशी हंति साधिता । ब्रह्महत्या सुरापानं स्तेयं गुर्वंगनागमः ॥ ३२ ॥
De même, lorsqu’elle est observée comme il se doit, la règle sacrée de Dvādaśī anéantit une multitude de fautes : le meurtre d’un brāhmane, l’ivresse par les liqueurs, le vol et l’union avec l’épouse du maître.
Verse 33
महान्ति पातकान्येतान्याशु हन्ति हरेर्दिनम् । समवेतानि चैतानि न शामयति पुष्करम् ॥ ३३ ॥
Ces grands péchés sont promptement détruits par un seul jour consacré à Hari. Même lorsqu’ils se sont tous amassés ensemble, Puṣkara ne peut les apaiser avec une telle efficacité.
Verse 34
न चापि नैमिषारण्यं न क्षेत्रं कुरुसंज्ञितम् । प्रभासो न गया देवि न रेवा न सरस्वती ॥ ३४ ॥
Ce n’est ni Naimiṣāraṇya, ni la terre sacrée nommée Kurukṣetra ; ce n’est ni Prabhāsa, ni Gayā, ô Déesse ; ce n’est ni la Revā (Narmadā), ni la Sarasvatī.
Verse 35
न गगा यमुना चैव प्रयागो न च देवका । न सरांसि नदाश्चान्ये होमदानतपांसि च ॥ ३५ ॥
Ce n’est ni le Gaṅgā ni la Yamunā ; ce n’est ni Prayāga ni la Devikā ; ce ne sont ni les lacs ni les autres rivières—pas même les homa, les dāna et les tapas ne peuvent s’y comparer.
Verse 36
न चान्यत्सुकृतं सुभ्रु पुराणे पठ्यते स्फुटम् । पापसंघविनाशाय मुक्त्वैकं हरिवासरम् ॥ ३६ ॥
Ô toi aux beaux sourcils, dans le Purāṇa il n’est pas enseigné clairement d’autre acte méritoire pour détruire des monceaux de fautes—sinon celui-ci : le Jour de Hari (Harivāsara/Ekādaśī).
Verse 37
उपोषणात्सकृद्देवि विनश्यंत्यघराशयः । एकतः पृथिवीदानमेकतो हरिवासरम् ॥ ३७ ॥
Ô Déesse, par un jeûne ne fût-ce qu’une seule fois, des amas de péchés sont anéantis. D’un côté se trouve le don de la terre elle-même; de l’autre, le jour sacré de Hari (Harivāsara) — telle en est la grandeur.
Verse 38
न समं ब्रह्मणा प्रोक्तमधिकं हरिवासरम् । तस्मिन्वराहवपुषं कृत्वा देवं तु हाटकम् ॥ ३८ ॥
Brahmā a proclamé que rien n’est égal—et rien ne surpasse—le jour de Hari (Harivāsara). En ce jour, façonnant le Seigneur sous la forme de Varāha, on doit faire (ou installer) la divinité en or.
Verse 39
घटोपरि नवे पात्रे धृत्वा ताम्रमये शुभे । सर्वबीजान्विते चैव सितवस्त्रावगुंठिते ॥ ३९ ॥
Le plaçant sur le pot, on doit l’établir dans un récipient neuf et propice en cuivre, rempli de toutes sortes de graines, puis le couvrir d’un tissu blanc.
Verse 40
सहिरण्ये सुदीपाढ्ये कृतपुष्पावतंसके । विधिना पूजयित्वा चकुर्याज्जागरणं व्रती ॥ ४० ॥
L’observant du vœu, après avoir adoré selon le rite prescrit—avec des offrandes comprenant de l’or, de nombreuses lampes éclatantes et des guirlandes de fleurs—doit ensuite veiller toute la nuit (jāgaraṇa).
Verse 41
प्रातर्विप्राय दद्याच्च वैष्णवाय कुटुंबिने । तत्कुंभक्रोडसंयुक्तं सनैवेद्यपरिच्छदम् ॥ ४१ ॥
Au matin, on doit offrir ce don à un brāhmaṇa—en particulier à un vaiṣṇava chef de famille—avec son pot et son support, pourvu d’offrandes de nourriture (naivedya) et des accessoires requis.
Verse 42
पश्चाच्च पारणं कुर्याद्द्विजान्भोज्य सुहृद्वृतः । एवं कृते वरारोहे न भूयो जायते क्वचित् ॥ ४२ ॥
Ensuite, qu’on accomplisse le pāraṇa (rite de clôture), en nourrissant les dvija (brāhmanes), entouré d’amis au cœur bienveillant. Ô dame aux hanches gracieuses, lorsque cela est fait comme il se doit, on ne renaît plus nulle part (on obtient la délivrance).
Verse 43
बहुजन्मार्ज्जितं पापं ज्ञानाज्ञानकृतं च यत् । तत्सर्वं नाशमायाति तमः सूर्योदये यथा ॥ ४३ ॥
Le péché amassé au fil de nombreuses naissances—commis sciemment ou à son insu—s’anéantit entièrement, comme l’obscurité disparaît au lever du soleil.
Verse 44
यथाशास्त्रं मया तुभ्यं वर्णिता द्वादशी शुभे । या सा कृता त्वया पूर्वमासीद्देव्यन्यजन्मनि ॥ ४४ ॥
Ô dame de bon augure, je t’ai exposé l’observance de Dvādaśī exactement selon les prescriptions des śāstra. Ce même vœu, ô Déesse, tu l’avais déjà accompli jadis, dans une autre naissance.
Verse 45
यस्यास्तवातुला पुष्टिर्वर्तते वर्तयिष्यति । भर्त्तुस्तव च पुत्रस्य सर्वदा सुखदायिनी ॥ ४५ ॥
Par sa grâce, une prospérité incomparable est là et demeurera, donnant sans cesse le bonheur à ton époux et à ton fils.
Verse 46
तस्यास्त्वया तुरीयांशो देयश्चेन्मह्यमादरात् । तदा प्रीता गमिष्यामि तद्विष्णोः परमं पदम् ॥ ४६ ॥
Si, avec révérence, tu m’en accordes le quart, alors, satisfait, j’irai vers la demeure suprême de ce Viṣṇu.
Verse 47
वित्ताह्रुतिजं पापं यद्भूतं मम सुंदरि । तस्य पावनहेतुं च तुरीयांशं प्रयच्छ मे ॥ ४७ ॥
Ô belle, quel que soit le péché qui s’est amassé en moi pour avoir pris des richesses, accorde-moi un quart (de ce que tu possèdes) comme cause de sa purification.
Verse 48
जीवितेनापि वित्तेन भर्तारं वंचयेत्तु या । कृमियोनिशतं गत्वा पुल्कसी जायते तु सा ॥ ४८ ॥
La femme qui trompe son époux—que ce soit pour sa vie même ou pour des richesses—après cent naissances dans des matrices de vers, renaît ensuite en Pulkasī.
Verse 49
सुरतं याचमानाय पत्ये वित्तं च मानिनि । या न यच्छति दुर्बुद्धिः काष्ठीला जायते ध्रुवम् ॥ ४९ ॥
Ô femme orgueilleuse, l’épouse insensée qui ne répond pas à son mari lorsqu’il demande l’union, et qui lui refuse aussi les biens, devient assurément kāṣṭhīlā, durcie comme du bois, sans nul doute.
Verse 50
तत्पातकविशुद्ध्यर्थं देहि मे द्वादशीभवम् । तुरीयांशमितं पुण्यं यद्यस्ति मयि ते घृणा ॥ ५० ॥
Pour purifier cette faute, accorde-moi le mérite de Dvādaśī. Si tu as quelque compassion pour moi, donne-moi ce mérite sacré, mesuré en une quatrième part.
Verse 51
एतच्छ्रुत्वा वचस्तस्याः काष्ठीलायाः सुलोचने । पुण्यं दत्तवती तस्यै पाणौ वारि प्रगृह्य च ॥ ५१ ॥
Ayant entendu les paroles de Kāṣṭhīlā, Sulocanā aux beaux yeux lui accorda le mérite, prenant de l’eau dans sa main et la versant dans sa paume, selon le rite du don.
Verse 52
यत्कृतं हि मया पूर्वमेकादश्यामुपोषणम् । तत्तुरीयांशपुण्येन काष्ठीलेयं विमुच्यताम् ॥ ५२ ॥
Par le mérite d’un quart de la piété issue du jeûne d’Ekādaśī que j’observai jadis, que cette affliction nommée Kāṣṭhīla soit délivrée et ôtée.
Verse 53
पूर्वजन्मकृतात्पापात्सत्यं सत्यं मयोदितम् । एवमुक्ते तु वचने मया विद्युत्समप्रभा ॥ ५३ ॥
À cause du péché commis dans une naissance antérieure, j’ai parlé — vrai, vrai. Quand ces paroles furent dites par moi, elle apparut avec un éclat pareil à l’éclair.
Verse 54
दृष्टा दिव्यविमानस्था गच्छंती वैष्णवं पदम् । पतिर्हि दैवतं लोके वंचनीयो न भार्यया ॥ ५४ ॥
On la vit assise dans un vimāna divin, se rendant vers la demeure suprême de Viṣṇu, le séjour vaiṣṇava. Car en ce monde le mari est tenu pour une divinité, et l’épouse ne doit pas le tromper.
Verse 55
देहेन चापि वित्तेन यदीच्छेच्छोभनां गतिम् । सा त्वं ब्रूहि प्रदास्यामि भर्तुरर्थे तवेप्सितम् ॥ ५५ ॥
Si tu désires une voie propice, que ce soit par ton corps ou par tes biens, dis-moi ce que tu veux : pour le bien de mon époux, je t’accorderai ce que tu souhaites.
Verse 56
वित्तं देहं तथा पुत्रं यच्चान्यद्वा वरानने । किमन्यद्दैवतं लोके स्त्रीणामेकं पतिं विना ॥ ५६ ॥
Ô toi au beau visage, qu’il s’agisse de richesse, du corps, d’un fils ou de toute autre chose : quelle autre divinité y a-t-il en ce monde pour une femme, en dehors de son unique époux ?
Verse 57
तस्यार्थे वा त्यजेद्वित्तं जीवितं वा सुलोचने । कल्पकोटिशतं साग्रं विष्णुलोके महीयते ॥ ५७ ॥
Pour lui, on doit renoncer à la richesse ou même à la vie, ô toi aux beaux yeux. Une telle âme est honorée dans le monde de Vishnu pour des centaines de millions de kalpas.
Verse 58
अग्न्यादिसाक्ष्ये वृतमीक्ष्य निष्ठुरा युक्तं सुधोरैर्व्यसनैर्द्विजात्मजा । पतिं ददौ नैव च याचिता धनं तेनैव पापेन बभूव कीटा ॥ ५८ ॥
Voyant le vœu attesté par Agni, la fille du brahmane au cœur dur, bien qu'accablée de malheurs, refusa à son mari la richesse qu'il implorait ; par ce péché, elle devint un ver.
Verse 59
एतन्मया दुष्टमनंगयष्टि कौमारभावे पितृवेश्मवासे । ज्ञात्वा हितं तथ्यमिदं स्वभर्तुर्ददामि सर्वं च गृहाण सुभ्रु ॥ ५९ ॥
Ô méchante esclave de Kama, alors que je vivais encore jeune fille dans la maison de mon père, j'ai appris ce qui est vraiment bénéfique pour mon mari. Je donne tout maintenant ; prends-le, ô toi aux beaux sourcils.
Verse 60
इति श्रीबृहन्नारदीयपुराणोत्तरभागे मोहिनीचरिते काष्ठीलोपाख्याने माघमाहात्म्यं नामैकत्रिंशोऽध्यायः ॥ ३१ ॥
Ainsi se termine le trente et unième chapitre, intitulé « La Grandeur du mois de Magha », dans l'Uttara-bhaga du Sri Brihannaradiya Purana, au sein du récit de Mohini, dans l'épisode de Kasthila.
The chapter frames Māgha as a time when water is divinely ‘radiant’ and uniquely sin-destroying; thus the seasonal vrata context (Māgha) amplifies the act beyond place-based merit, making it a mokṣa-oriented purifier rather than merely a heaven-bestowing tīrtha act.
Fast on Hari’s day (Ekādaśī/Harivāsara) leading into Dvādaśī; fashion Varāha in gold, place it on/with a pot in a new auspicious copper vessel filled with seeds and covered with white cloth; worship with lamps and garlands; keep night vigil; gift the complete setup to a Vaiṣṇava brāhmaṇa householder; then perform pāraṇa and feed brāhmaṇas.
It presents deception of one’s husband and withholding intimacy/wealth as causes for degraded rebirth (worm-wombs and kāṣṭhīlā state), while showing that properly performed Viṣṇu-centered vrata merit—especially Ekādaśī/Dvādaśī—can purify even deep karmic residue and enable liberation.