
Nārada interroge Sanaka sur l’origine du Gaṅgā, vénéré comme jaillissant de l’extrémité du pied de Viṣṇu et comme destructeur du péché pour celui qui le récite et celui qui l’écoute. Sanaka replace l’événement dans la généalogie Deva–Daitya : des épouses de Kaśyapa, Aditi et Diti, naissent les devas et les daityas, dont la rivalité aboutit à la lignée d’Hiraṇyakaśipu—Prahlāda, Virocana et le puissant roi Bali. Bali mène des armées immenses contre la cité d’Indra, déclenchant une guerre cataclysmique faite de fracas, d’armes et d’effroi à l’échelle cosmique ; après 8 000 ans, les devas sont vaincus et s’enfuient, errant sur la terre sous des déguisements. Bali prospère et accomplit des sacrifices Aśvamedha pour plaire à Viṣṇu, mais Aditi s’afflige de voir ses fils perdre la souveraineté. Elle se retire dans l’Himalaya et pratique une tapas sévère, méditant sur Hari comme sat-cit-ānanda. Des illusionnistes daityas tentent de la détourner par des arguments sur la mesure du corps et le devoir maternel ; échouant, ils l’attaquent, mais sont consumés, tandis qu’Aditi demeure protégée cent ans par le Sudarśana de Viṣṇu, par compassion pour les devas.
Verse 1
नारद उवाच । विष्णुपादाग्रसंभूता या गङ्गेत्यभिधीयते । तदुत्पत्तिं वद भ्रातरनुग्राह्योऽस्मि ते यदि ॥ १ ॥
Nārada dit : « On dit que la rivière appelée “Gaṅgā” est née de l’extrémité du pied du Seigneur Viṣṇu. Ô frère, dis-moi son origine, si je suis digne de ta grâce. »
Verse 2
सनक उवाच । श्रृणु नारद वक्ष्यामि गङ्गोत्पत्तिं तवानघ । वदतां श्रृण्वतां चैंव पुण्यदां पापनाशिनीम् ॥ २ ॥
Sanaka dit : « Écoute, ô Nārada, ô toi sans faute : je vais te dire l’origine de la Gaṅgā, qui accorde du mérite à ceux qui en parlent comme à ceux qui l’entendent, et qui détruit les péchés. »
Verse 3
आसीदिंद्रादिदेवानां जनकः कश्यपो मुनिः । दक्षात्मजे तस्य भार्ये दितिश्चादितिरेव च ॥ ३ ॥
Le sage Kaśyapa fut le géniteur d’Indra et des autres dieux. Ses épouses étaient Diti et Aditi, toutes deux filles de Dakṣa.
Verse 4
अदितिर्देवमातास्ति दैत्यानां जननी दितिः । ते तयोरात्मजा विप्र परस्परजयैषिणः ॥ ४ ॥
Aditi est la mère des Deva, tandis que Diti est la mère des Daitya. Ô brāhmane, les fils nés de ces deux lignées aspirent sans cesse à se vaincre l’un l’autre.
Verse 5
सदा सपूर्वदेवास्तु यतो दैत्याः प्रकीर्तिताः । आदिदैंत्यो दितेः पुत्रो हिरण्यकशिपुर्बली ॥ ५ ॥
Puisque les Daitya sont toujours évoqués avec les anciens dieux, on dit que le premier parmi les Daitya est le puissant Hiraṇyakaśipu, fils de Diti.
Verse 6
प्रह्लादस्तस्य पुत्रो।़भूत्सुमहान्दैत्यसत्तमः । विरोचन स्तस्य सुतो बभूव द्विजभक्तिमान् ॥ ६ ॥
Son fils fut Prahlāda — vraiment grand, le plus noble des Daitya. Et le fils de Prahlāda fut Virocana, plein de dévotion envers les « deux-fois-nés » (brāhmanes).
Verse 7
तस्य पुत्रोऽतितेजस्वी बलिरासीत्प्रतापवान् । स एव वाहिनीपालो दैत्यानामभवन्मुनेः ॥ ७ ॥
Son fils fut Bali, d’un éclat et d’une puissance extraordinaires. Ô sage, il devint le chef et le protecteur de l’armée des Daitya.
Verse 8
बलेन महता युक्तो बुभुजे मेदिनीमिमाम् । विजित्य वसुधां सर्वां स्वर्गं जेतुं मनो दधे ॥ ८ ॥
Doué d’une grande puissance, il jouit de cette terre; après avoir conquis le monde entier, il tourna aussi son esprit vers la conquête du ciel.
Verse 9
गजाश्च यस्यायुतकोटिलक्षास्तावन्त एवाश्वरथा मुनींद्र । गजेगजे पंचशती पदातेः किं वर्ण्यते तस्य चमूर्वरिष्टा ॥ ९ ॥
Ô seigneur parmi les sages, il possède des éléphants par dizaines de milliers, par crores et par lakhs, et autant de chars attelés de chevaux. Pour chaque éléphant, cinq cents fantassins l’accompagnent. Comment pourrait-on décrire l’excellence d’une armée si incomparable ?
Verse 10
अमात्यकोट्यग्रसरावमात्यौ कुम्भाण्डनामाप्यथ कूपकर्णः । पित्रा समं शौर्यपराक्रमाभ्यां बाणो बलेः पुत्रशतग्रजोऽभूत् ॥ १० ॥
Parmi les cohortes de ministres, deux ministres éminents se distinguaient : Kumbhāṇḍa et Kūpakarṇa. Et Bāṇa—égal à son père en vaillance et en prouesse—naquit comme arrière-petit-fils de Bali, dans la lignée des cent fils.
Verse 11
बलिः सुराञ्जेतुमनाः प्रवृत्तः सैन्येन युक्तो महता प्रतस्थे । ध्वजातपर्त्रैर्गगनाबुराशेस्तरङ्गविद्युत्स्मरणं प्रकुर्वन् ॥ ११ ॥
Bali, décidé à vaincre les dieux, se mit en marche avec une armée immense. Les étoffes des étendards, en flottant, faisaient ressembler le ciel à un océan, rappelant les vagues et les éclairs.
Verse 12
अवाप्य वृत्रारिपुरं सुरारी रुरोघ दैत्यैर्मृगराजगाढैः । सुरश्च युद्धाय पुरात्तथैव विनिर्ययुर्वज्रकरादयश्च ॥ १२ ॥
Parvenu à la cité de Vṛtrāri (Indra), l’ennemi des dieux la bloqua avec de farouches Daityas, serrés comme des lions. Alors les dieux, de même, sortirent de la ville pour le combat, conduits par Indra, porteur du vajra, et les autres.
Verse 13
ततः प्रववृते युद्धं घोरं गीर्वाणदैत्ययो । कल्पांतमेघानिर्धोषं डिंडिंमध्वनिसंभ्रमम् ॥ १३ ॥
Alors s’engagea une bataille effroyable entre les dieux et les Daityas : son fracas ressemblait au tonnerre des nuées de la fin du kalpa, et la mêlée retentissait du clairon des tambours de guerre.
Verse 14
मुमुचुः शरजालानि दैंत्याः सुमनसां बले । देवाश्च दैत्यसेनासु संग्रामेऽत्यन्तदारुणे ॥ १४ ॥
Dans cette bataille d’une effroyable âpreté, les Daitya lâchèrent des volées de flèches contre l’armée des Deva ; et les Deva, en retour, firent pleuvoir des traits sur les forces daitya.
Verse 15
जहि दारय भिंधीते छिंधि मारय ताडय । इत्येवं सुमहान्घोषो वदतां सेनयोरभूत् ॥ १५ ॥
«Frappe ! Déchire ! Perce ! Tranche ! Tue ! Assomme !»—à ces cris, un tumulte immense s’éleva des guerriers des deux armées, qui se haranguaient en s’invectivant.
Verse 16
शरदुन्दुभिनिध्वानैः सिंहनादैः सिंहनादैः सुरद्विषाम् । भाङ्कारैः स्यन्दनानां च बाणक्रेङ्गारनिःस्वनैः ॥ १६ ॥
Le champ de bataille résonna du grondement des tambours de guerre, des rugissements de lion répétés des ennemis des Deva, du fracas des chars, et du sifflement âpre, du cliquetis des flèches.
Verse 17
अश्वानां हेषितैश्चैव गजानां बृंहितैस्तथा । टङ्गारैर्धनुषां चैव लोकः शब्दत्मयोऽभवत् ॥ १७ ॥
Avec les hennissements des chevaux, les barrissements des éléphants et le claquement des arcs, le monde entier sembla n’être plus que sonorité.
Verse 18
सुरासुरविनिर्मुक्तबाणनिष्पेषजानले । अकालप्रलयं मेने निरीक्ष्य सकलं जगत् ॥ १८ ॥
Voyant l’univers tout entier embrasé par le feu né de l’impact et de l’écrasement des flèches lancées par les Deva et les asura, il crut qu’un pralaya—la dissolution cosmique—était survenu avant l’heure.
Verse 19
बभौ देवद्विषां सेना स्फुरच्छस्त्रौघधारिणी । चलद्विद्युन्निभा रात्रिश्छादिता जलदैरिव ॥ १९ ॥
L’armée des ennemis des devas resplendissait, portant des amas d’armes étincelantes—pareille à une nuit éclairée par des éclairs mouvants, comme voilée par les nuées.
Verse 20
तस्मिन्युद्धे महाधोरैर्गिरीन् क्षित्पान् सुरारिभिः । नाराचैश्चूर्णयामासुर्देवास्ते लघुविक्रमाः ॥ २० ॥
Dans cette bataille des plus terribles, tandis que les ennemis des devas lançaient des montagnes, ces devas au courage prompt les réduisirent en poussière par des flèches de fer.
Verse 21
केचित्सताडयामासुर्नागैर्नागान्रथान्रथैः । अश्वैरश्वांश्च केचित्तु गदादण्डैरथार्द्दयन् ॥ २१ ॥
Les uns frappaient des éléphants avec des éléphants, et des chars avec des chars; d’autres heurtaient des chevaux avec des chevaux, et d’autres encore écrasaient l’ennemi à coups de massues et de gourdins.
Verse 22
परिधैस्ताडिताः केचित्पेतुः शोणितकर्द्दमे । समुक्त्रांतासवः केचिद्विमानानि समाश्रिताः ॥ २२ ॥
Frappés par des cercles de fer, certains tombèrent dans une boue mêlée de sang; d’autres, le souffle vital s’échappant, cherchèrent refuge dans les vimanas, chars aériens.
Verse 23
ये दैत्या निहता देवैः प्रसह्य सङ्गरे तदा । ते देवभावमापन्ना दैतेयान्समुपाद्रवन् ॥ २३ ॥
Ces Daityas qui, alors, furent terrassés de force par les devas dans la mêlée atteignirent l’état des devas; devenus de nature divine, ils se mirent à leur tour à assaillir les Daityas.
Verse 24
अथ दैत्यगणाः क्रुद्वास्तड्यमानाः सुर्वैर्भृशम् । शस्त्रैर्बहुविधैर्द्देवान्निजध्नुरतिदारुणाः ॥ २४ ॥
Alors les troupes des Daitya, enflammées de colère et durement frappées par les dieux, ripostèrent sans pitié et abattirent les devas au moyen d’armes de maintes sortes.
Verse 25
दृषद्भिर्भिदिपालैश्च खङ्गैः परशुतोमरैः । परिधैश्छुरिकाभिश्च कुन्तैश्चक्रैश्च शङ्कुभिः ॥ २५ ॥
Avec des pierres, des javelines bhindipāla, des épées, des haches et des lances; avec des massues de fer, des poignards; avec des piques, des disques (chakra) et des pieux acérés, ils assaillirent.
Verse 26
मुसलैरङ्कुशेश्वैव लाङ्गलैः पट्टिशैस्तथा । शक्त्योपलैः शतघ्रीभिः पाशैश्च तलमुष्टिभिः ॥ २६ ॥
Avec des massues (musala) et des aiguillons (aṅkuśa), avec des socs de charrue (lāṅgala) et des haches de guerre (paṭṭiśa); avec des lances śakti et des pierres; avec des gourdins hérissés (śataghrī), des lassos (pāśa) et des armes de poing (tala-muṣṭi).
Verse 27
शूलैर्नालीकनाराचैः क्षेपणीयैस्समुद्ररैः । रथाश्वनागपदगैः सङ्कुलो ववृधे रणः ॥ २७ ॥
Le combat enfla en un tumulte compact : rempli de tridents (śūla), de flèches barbelées et de traits à hampe de roseau; de projectiles à lancer et de marteaux de guerre; et encombré de chars, de chevaux, d’éléphants et de fantassins.
Verse 28
देवाश्च विविधास्त्राणि दैतेयेभ्यः समाक्षिपन् । एवमष्टसहस्त्राणि युद्धमासीत्सुदारुणम् ॥ २८ ॥
Et les dieux lancèrent contre les Daitya des armes de toutes sortes. Ainsi, durant huit mille ans, fit rage une guerre des plus terribles.
Verse 29
अथ दैत्यबले वृद्धे पराभूता दिवौकसः । सुरलोकं परित्यतज्य सर्वे भीताः प्रदुद्रुवुः ॥ २९ ॥
Alors, lorsque la puissance des Daitya s’accrut, les habitants du ciel furent vaincus ; abandonnant le monde des dieux, tous s’enfuirent, saisis de crainte.
Verse 30
नररुपपरिच्छन्ना विचेरुरवनीतले । वैरोचनिस्त्रिभुवनं नारायणपरायणः ॥ ३० ॥
Déguisés sous une forme humaine, ils erraient sur la surface de la terre ; et Virocani, entièrement voué à Nārāyaṇa, parcourut les trois mondes.
Verse 31
बुभुजेऽव्याहतैश्चर्यप्रवृद्धश्रीर्महाबलः । इत्याज चाश्वमेघैः स विष्णुप्रीणनतत्परः ॥ ३१ ॥
Doué d’une grande force, et sa prospérité croissant grâce à une conduite juste et sans faille, il jouit de son royaume. Ainsi accomplit-il aussi des sacrifices Aśvamedha, tout entier appliqué à réjouir le Seigneur Viṣṇu.
Verse 32
इन्द्रत्वं चाकरोत्स्वर्गे दिक्पालत्वं तथैव च । देवानां प्रीणनार्थाय यैः क्रियन्ते द्विजैर्मखाः ॥ ३२ ॥
Au ciel, cela confère la dignité d’Indra et, de même, la charge de gardien des directions—tels sont les sacrifices (makha) que les « deux-fois-nés » accomplissent afin de plaire aux dieux.
Verse 33
तेषु यज्ञेषु सर्वेषु हविर्भुङ्क्ते स दैत्यराट् । अदितिः स्वात्मजान्वीक्ष्य देवमातातिदुःखिता ॥ ३३ ॥
Dans tous ces sacrifices, le roi des Daitya consommait l’oblation. Voyant ainsi ses propres fils, Aditi — mère des dieux — fut accablée d’une immense douleur.
Verse 34
वृथात्र निवसामीति मत्वागाद्धिमवद्गिरम् । शक्रस्यैश्वर्यमिच्छंती दैत्यानां च पराजयम् ॥ २४ ॥
Pensant : «Je demeure ici sans raison», elle se rendit aux montagnes de l’Himalaya, désirant la souveraineté d’Indra et la défaite des Daityas.
Verse 35
हरिध्यानपरा भूत्वा तपस्तेपेऽतिदुष्करम् । किंचित्कालं समासीना तिष्टंती च ततः परम् ॥ ३५ ॥
Devenue entièrement absorbée dans la méditation sur Hari, elle accomplit des austérités extrêmement difficiles ; quelque temps elle demeura assise, puis ensuite elle poursuivit debout sa pénitence.
Verse 36
पादेनैकेन सुचिरं ततः पादाग्रमात्रतः । कंचित्कालं फलाहारा ततः शीर्णदलाशना ॥ ३६ ॥
Longtemps elle se tint sur un seul pied ; puis seulement sur la pointe du pied. Un temps elle vécut de fruits, puis ne mangea plus que des feuilles sèches tombées.
Verse 37
ततो जलाशमा वायुभोजनाहारवर्जिता । सच्चिदानन्दसन्दोहं ध्यायत्यात्मानमात्मना ॥ ३७ ॥
Puis, délivrée de la soif et de la lassitude, vivant de l’air et s’abstenant de la nourriture ordinaire, elle médita—par le Soi—sur le Soi, masse même d’Être, de Conscience et de Béatitude (sat-cit-ānanda).
Verse 38
दिव्याब्दानां सहस्त्रं सा तपोऽतप्यत नारद । दुरन्तं तत्तपः श्रुत्वा दैतेया मायिनोऽदितिम् ॥ ३८ ॥
Ô Nārada, elle accomplit des austérités durant mille années divines. Ayant entendu parler de cette pénitence redoutable, les Daityas, maîtres de māyā, entreprirent de s’en prendre à Aditi en s’approchant d’elle.
Verse 39
देवतारुपमास्थाय संप्रोचुर्बलिनोदिताः । किमर्थं तप्यते मातः शरीरपरिशोषणम् ॥ ३९ ॥
Ayant pris l’apparence des divinités et, poussés par Bali, ils lui dirent : «Pour quelle raison, ô Mère, accomplis-tu une austérité qui dessèche le corps ?»
Verse 40
यदि जानन्ति दैतेया महदुखं ततो भवेत् । त्यजेदं दुःखबहुलं कायशोषणकारणम् ॥ ४० ॥
Si les Daityas venaient à comprendre cela, une grande affliction naîtrait pour eux ; c’est pourquoi il faut abandonner ceci, si plein de souffrance et cause de l’épuisement du corps.
Verse 41
प्रयाससाध्यं सुकृतं न प्रशँसन्ति पण्डिताः । शरीरं यन्ततो रक्ष्यं धर्मसाधनतत्परैः ॥ ४१ ॥
Les sages ne louent pas les mérites obtenus au prix d’un effort excessif. Ceux qui s’attachent à accomplir le Dharma doivent préserver le corps avec soin, car il est l’instrument de la pratique juste.
Verse 42
ये शरीरमुपेक्षन्ते ते स्युरात्मविघातिनः । सुखं त्वं तिष्ट सुभगे पुत्रानस्मान्न खेदय ॥ ४२ ॥
Ceux qui négligent le corps deviennent les meurtriers d’eux-mêmes. Ainsi, ô bienheureuse, demeure dans la quiétude ; ne nous afflige pas, nous tes fils.
Verse 43
मात्रा हीना जना मातर्मृतप्राया न संशयः । गावो वा पशवो वापि यत्र गावो महीरुहाः ॥ ४३ ॥
Ô Mère, ceux qui sont privés de juste mesure et de proportion sont comme morts, sans aucun doute. Qu’il s’agisse de vaches ou d’autre bétail, là où les vaches sont traitées comme de simples bêtes de somme, telles des arbres enracinés en terre, la vie devient inerte et déchue.
Verse 44
न लभन्ते सुखं किंचिन्मात्रा हीना मृतोपमाः । दरिद्रो वापि रोगी वा देशान्तरगतोऽपि वा ॥ ४४ ॥
Ceux qui sont privés de leur mère n’obtiennent pas même la moindre joie; ils sont comme morts—qu’ils deviennent pauvres, ou malades, ou même qu’ils soient partis en un pays lointain.
Verse 45
मातुर्दर्शनमात्रेण लभते परमां मुदम् । अन्ने वा सलिले वापि धनादौ वा प्रियासु च ॥ ४५ ॥
Par la seule vue de la mère, l’homme obtient la joie suprême—que ce soit dans la nourriture, dans l’eau, dans la richesse et les autres biens, ou même parmi les êtres chers.
Verse 46
कदाचिद्विमुखो याति जनो मातरि कोऽपि न । यस्य माता गृहे नास्ति यत्र धर्मपरायणा । साध्वी च स्त्री पतिप्राणा गन्तव्यं तेन वै वनम् ॥ ४६ ॥
Nul ne se détourne jamais de sa mère. Mais l’homme dont la maison est sans mère vouée au dharma, et sans épouse chaste dont la vie même est son mari—pour lui, en vérité, la forêt est le lieu où aller.
Verse 47
धर्मश्च नारायणभक्तिहीनां धनं च सद्भोगविवर्जितं हि । गृहं च मार्यातनयेर्विहीनं यथा तथा मातृविहीनमर्त्यः ॥ ४७ ॥
Pour ceux qui sont dépourvus de bhakti envers Nārāyaṇa, même le « dharma » est creux; et la richesse aussi, en vérité, est sans noble jouissance. Une maison sans épouse ni enfants est pareillement déserte—comme un mortel sans mère.
Verse 48
तस्माद्देवि परित्राहि दुःखार्तानात्मजांस्तव । इत्युक्ताप्यदितिर्दैप्यैर्न चचाल समाधितः ॥ ४८ ॥
«C’est pourquoi, ô Déesse, protège tes fils accablés par la souffrance.» Bien qu’ainsi interpellée par les Daityas, Aditi—inébranlable dans la profonde méditation—ne chancela point.
Verse 49
एवमुक्त्वासुराः सर्वे हरिध्यानपरायणाम् । निरीक्ष्य क्रोधसंयुक्ता हन्तुं चक्रुर्मनोरथम् ॥ ४९ ॥
Ayant ainsi parlé, tous les asuras, voyant celle qui était tout entière vouée à la méditation sur Hari, furent saisis de colère et résolurent de tuer Manorathā.
Verse 50
कल्पान्तमेघनिर्घोषाः क्रोधसंरक्तलोचनाः । दंष्ट्रग्रैरसृजन्वह्निंम् सोऽदहत्काननं क्षणात् ॥ ५० ॥
Rugissant comme les nuées à la fin d’un kalpa, les yeux rougis par la colère, il projeta du feu du bout de ses crocs et, en un instant, réduisit la forêt en cendres.
Verse 51
शतयोजनविस्तीर्णं नानाजीवसमाकुलम् । तेनैव दग्धा दैतेया ये प्रधर्षयितुं गताः ॥ ५१ ॥
S’étendant sur cent yojanas et foisonnant d’êtres vivants variés, c’est par cette même puissance de feu que furent brûlés les Daityas partis pour l’assaillir.
Verse 52
सैवावशिष्टा जननी सुराणामब्दाच्छतादच्युतसक्तचिता । संरक्षिता विष्णुसुदर्शनेन दैत्यान्तकेन स्वजनानुकम्पिना ॥ ५२ ॥
Elle seule —la mère des dieux— demeura en vie, l’esprit attaché à Acyuta; et durant cent ans elle fut gardée par le Sudarśana de Viṣṇu, le destructeur des Daityas, par compassion pour les siens.
Verse 53
इति श्रीबृहन्नारदीयपुराणे पूर्वभागे प्रथमपादे गङ्गोत्पत्तौ बलिकृतदेवपराजयवर्णनन्नाम दशमोऽध्यायः ॥ १० ॥
Ainsi s’achève le dixième chapitre, intitulé « L’origine de la Gaṅgā et le récit de la défaite des dieux provoquée par Bali », dans le premier Pāda du Pūrva-bhāga du Śrī Bṛhannāradīya Purāṇa.
It establishes Gaṅgā as a Viṣṇu-connected tirtha principle (not merely a river): her mention is framed as intrinsically merit-giving (puṇya) and sin-destroying (pāpa-nāśinī), grounding later historical events in a theology of grace and sacred geography.
They argue a ‘measure-and-body-as-instrument’ ethic—protecting the body as a means for dharma—against Aditi’s uncompromising tapas aimed at restoring cosmic order. The narrative resolves the tension by showing Viṣṇu safeguarding true devotion (bhakti-yukta tapas) without denying the general dharmic concern for proportion.