Mahabharata Adhyaya 80
Adi ParvaAdhyaya 8029 Verses

Adhyaya 80

Yayāti’s Abdication and Pūru’s Coronation (ययाति-पूोरु-राज्याभिषेकः)

Upa-parva: Yayāti–Pūru Rājya-nyāsa (Succession and the Transfer of Youth)

Vaiśaṃpāyana describes Yayāti Nāhuṣa as a model ruler who enjoys lawful pleasures without violating dharma, while sustaining cosmic and social reciprocity through yajñas, śrāddhas, charity, hospitality, protection of the people, and restraint of disruptive elements. After a long interval (a thousand-year measure in the narrative), Yayāti assesses time as complete and addresses Pūru: he declares satisfaction with pleasures obtained through Pūru’s youth and returns youth and kingdom to him. Yayāti accepts old age; Pūru regains his own youth. When Yayāti intends to consecrate the younger son, brāhmaṇa-led varṇas question bypassing the eldest Yadu. Yayāti argues that Yadu and other elder sons failed to follow paternal instruction and showed disrespect, whereas Pūru honored him and bore his old age; additionally, a boon of Śukra (Uśanas) supports the principle that the obedient son becomes king. The prakṛtis affirm that virtue and parental benefit justify kingship even for a younger son. Yayāti consecrates Pūru, then departs for forest life with brāhmaṇas and ascetics. The chapter closes by associating Yayāti’s sons with later lineages/peoples (e.g., Yādavas from Yadu) and emphasizing the Paurava line from Pūru.

Chapter Arc: Shukracharya, the Bhargava preceptor of the Asuras, turns his wrath upon King Vrishaparva—his voice heavy with the certainty that adharma ripens, if not today then inevitably. → Vrishaparva is made to feel the slow, inescapable law of consequence: sinful gain and arrogant injury do not always strike the doer at once, but they circle back, cutting at the roots of the perpetrator—through sons, grandsons, or the self. → Shukracharya confronts the king’s moral blindness—astonished that Vrishaparva could dismiss him as a liar—and forces a decisive turn: the king must go to Devayani and grant what she demands, however difficult. → Vrishaparva submits; he approaches Devayani with conciliatory humility and offers her any boon. The breach is contained, the guru’s displeasure soothed, and the Asura court receives Shukracharya again with honor. → Devayani is now empowered to ask—what will she demand, and how will that choice entangle the destinies that lead toward Yayati?

Shlokas

Verse 1

(दाक्षिणात्य अधिक पाठके १०६३ श्लोक मिलाकर कुल २३३६ *लोक हैं) न२््च्स्स्ज््साि्स्सि हु £:ानप्ट् अशीतितमोब<्ध्याय: शुक्राचार्यका वृषपर्वाको फटकारना तथा उसे छोड़कर जानेके लिये उद्यत होना और वृषपर्वाके आदेशसे शर्मिष्ठाका देवयानीकी दासी बनकर शुक्राचार्य तथा देवयानीको संतुष्ट करना वैशम्पायन उवाच ततः काव्यो भृगुश्रेष्ठ; समन्युरुपगम्य ह । वृषपर्वाणमासीनमित्युवाचाविचारयन्‌

Vaiśampāyana dit : Alors Kāvya (Śukrācārya), le plus éminent des Bhṛgus, rempli de colère, s’approcha de Vṛṣaparvan assis sur le trône ; et, sans s’arrêter pour délibérer, il se mit à lui parler ainsi—

Verse 2

नाधर्मश्नरितो राजन्‌ सद्यः फलति गौरिव । शनैरावर्त्यमानो हि कर्तुर्मूलानि कृन्तति

Vaiśampāyana dit : «Ô roi, le méfait ne porte pas son fruit sur-le-champ, tout comme la vache ne donne pas aussitôt son lait. Mais lorsqu’il revient encore et encore, il tranche peu à peu les racines mêmes de celui qui l’accomplit.»

Verse 3

पुत्रेषु वा नप्तृषु वा न चेदात्मनि पश्यति । फलत्येव ध्रुवं पापं गुरु भुक्तमिवोदरे

Vaiśampāyana dit : Si la conséquence d’une faute ne se voit pas sur soi-même, elle se révèle à coup sûr sur les fils ou les petits-fils. Le péché porte inévitablement son fruit—comme une nourriture lourde avalée : elle ne tourmente pas forcément l’estomac sur-le-champ, mais après quelque temps elle cause certainement la souffrance.

Verse 4

(अधीयान हित राजन्‌ क्षमावन्तं जितेन्द्रियम्‌ ।) यदघातयिथा विप्रं कचमाड्रिरसं तदा । अपापशीलं धर्मज्ञ शुश्रूषुं मदगृहे रतम्‌

Vaiśampāyana dit : «Ô roi, ce brāhmane Kaca—petit-fils d’Aṅgiras—était voué à l’étude, bienveillant, patient et maître de ses sens. Par nature il était sans faute et connaisseur du dharma, et en ces jours-là il demeurait dans ma maison, constamment occupé à me servir. Pourtant, tu l’as fait tuer encore et encore.»

Verse 5

वधादनर्हतस्तस्य वधाच्च दुहितुर्मम । वृषपर्वन्‌ निबोधेदं त्यक्ष्यामि त्वां सबान्धवम्‌ । स्थातुं त्वद्विषये राजन्‌ न शक्ष्यामि त्ववा सह

Vaiśampāyana dit : «Parce que tu as tué celui qui ne devait pas être tué, et parce que tu as aussi recherché la mort de ma fille—en la faisant jeter dans un puits—écoute, ô Vṛṣaparvan : je te renoncerai, toi et tous les tiens. Ô roi, je ne puis demeurer ne fût-ce qu’un instant dans ton royaume, ni en ta compagnie.»

Verse 6

अहो मामभिजानासि दैत्य मिथ्याप्रलापिनम्‌ | यथेममात्मनो दोष॑ न नियच्छस्युपेक्षसे

«Hélas ! Ô Daitya, tu m’as pris pour un menteur. Voilà pourquoi tu ne réprimes pas cette faute en toi, tu ne la corriges pas, et tu demeures au contraire dans l’insouciance.»

Verse 7

वृषपर्वोवाच (यदि ब्रह्मनू घातयामि यदि वा55क्रोशयाम्यहम्‌ । शर्मिष्ठया देवयानीं तेन गच्छाम्पयसद्गतिम्‌ ।।

Vṛṣaparvan dit : «Ô brāhmane, si j’avais fait frapper Devayānī par Śarmiṣṭhā, ou ne fût-ce que l’insulter, que ce péché me mène à une fin funeste. Ô Bhārgava, je ne connais en toi ni adharma ni mensonge ; en toi demeurent le dharma et la vérité. Sois donc miséricordieux et veuille te montrer satisfait de nous.»

Verse 8

यद्यस्मानपहाय त्वमितो गच्छसि भार्गव । समुद्र सम्प्रवेक्ष्यामो नान्‍्यदस्ति परायणम्‌

Vaiśampāyana dit : «Ô Bhārgava, si tu nous abandonnes et t’en vas d’ici, nous entrerons dans l’océan ; pour nous, il n’est pas d’autre refuge. Je ne sais pas t’avoir jamais imputé la moindre faute d’adharma ni de parole mensongère. En toi, le dharma et la vérité demeurent à jamais établis. Aussi, prends-nous en compassion et daigne nous accorder ta grâce.»

Verse 9

(यद्येव देवान्‌ गच्छेस्त्वं मां च त्यक्त्वा ग्रहाधिप । सर्वत्यागं ततः कृत्वा प्रविशामि हुताशनम्‌ ।।

Śukra dit : «Ô Asuras, plongez dans l’océan ou fuyez vers les quatre directions. Je ne puis supporter l’offense faite à ma fille, car elle m’est infiniment chère.»

Verse 10

प्रसाद्यतां देवयानी जीवितं यत्र मे स्थितम्‌ । योगक्षेमकरस्ते5हमिन्द्रस्पेव बृहस्पति:

Śukra dit : «Qu’on apaise Devayānī, car ma vie même demeure en elle. Si elle se montre satisfaite, j’assurerai votre bien-être et votre protection, comme Bṛhaspati, prêtre d’Indra, soutient la prospérité et la sûreté d’Indra.»

Verse 11

वृषपर्वोवाच यत्‌ किंचिदसुरेन्द्राणां विद्यते वसु भार्गव । भुवि हस्तिगवाश्वं च तस्य त्वं मम चेश्वर:

Vṛṣaparvan dit : «Ô Bhārgava, fils de Bhṛgu, quelles que soient les richesses des seigneurs des Asuras, et tout ce qui est sur cette terre—éléphants, bétail et chevaux—de tout cela, et de moi-même aussi, tu es le maître.»

Verse 12

शुक्र उवाच यत्‌ किंचिदस्ति द्रविणं दैत्येन्द्राणां महासुर । तस्येश्वरो5स्मि यद्येषा देवयानी प्रसाद्यताम्‌

Shukra dit : «Ô grand Asura, quelles que soient les richesses qui se trouvent parmi les seigneurs des Daityas—si j’en suis véritablement le maître—sers-t’en pour obtenir la faveur de Devayānī.»

Verse 13

वैशम्पायन उवाच एवमुक्तस्तथेत्याह वृषपर्वा महाकवि: । देवयान्यन्तिकं गत्वा तमर्थ प्राह भार्गव:

Vaiśampāyana dit : Ainsi interpellé, Vṛṣaparvā répondit : « Qu’il en soit ainsi », acceptant l’ordre. Puis ils allèrent auprès de Devayānī, et le grand sage Bhārgava (Śukrācārya) lui rapporta toute l’affaire, telle que Vṛṣaparvā l’avait exposée.

Verse 14

देवयान्युवाच यदि त्वमीश्वरस्तात राज्ञो वित्तस्य भार्गव | नाभिजानामि तत्‌ ते5हं राजा तु वदतु स्वयम्‌

Devayānī dit : « Père, ô Bhārgava, si tu prétends être le maître des richesses du roi, je ne puis l’admettre sur ta seule parole. Que le roi le dise lui-même—alors je croirai. »

Verse 15

वृषपर्वोवाच यं काममभिकामासि देवयानि शुचिस्मिते । तत्‌ ते5हं सम्प्रदास्यामि यदि वापि हि दुर्लभम्‌

Vṛṣaparvan dit : « Ô Devayānī au sourire pur et doux, quel que soit le désir que tu convoites, je te l’accorderai ; fût-il difficile à obtenir, je te le donnerai. »

Verse 16

देवयान्युवाच दासीं कन्यासहस्त्रेण शर्मिष्ठामभिकामये । अनु मां तत्र गच्छेत्‌ सा यत्र दद्याच्च मे पिता

Devayānī dit : « Je veux que Śarmiṣṭhā devienne ma servante, entourée de mille jeunes filles. Et partout où mon père me donnera en mariage, qu’elle m’y accompagne aussi. »

Verse 17

वृषपर्वोवाच उत्तिष्ठ त्वं गच्छ धात्रि शर्मिष्ठां शीघ्रमानय । यं च कामयते काम॑ देवयानी करोतु तम्‌

Vṛṣaparvan dit : « Lève-toi, nourrice, va et amène Śarmiṣṭhā ici sans tarder. Quel que soit le désir de Devayānī, que Śarmiṣṭhā l’accomplisse. »

Verse 18

(त्यजेदेक॑ कुलस्यार्थे ग्रामस्यार्थे कुलं त्यजेत्‌ ग्रामं जनपदस्यार्थ आत्मार्थे पृथिवीं त्यजेत्‌ ।।

«Pour l’intérêt d’une famille, on peut abandonner un seul homme ; pour le bien d’un village, on peut abandonner une famille ; pour le bien d’un royaume, on peut mettre de côté un village ; et pour le bien suprême de soi-même (le bien du Soi), on peut renoncer même à la terre entière.» Vaiśampāyana dit : Alors la nourrice s’y rendit et parla à Śarmiṣṭhā : «Lève-toi, noble Śarmiṣṭhā, et apporte le bien-être à tes proches.»

Verse 19

त्यजति ब्राह्मण: शिष्यान्‌ देवयान्या प्रचोदित: । सा यं कामयते काम॑ स कार्योड्द्य त्वयानघे

Vaiśampāyana dit : «Poussé par Devayānī, le brāhmane (Śukrācārya) abandonne ses disciples et ses donateurs. Ainsi, ô princesse sans tache, quel que soit le désir que Devayānī appelle de ses vœux — aujourd’hui, tu dois veiller à ce qu’il soit accompli.»

Verse 20

शर्मिष्टोवाच यं सा कामयते काम॑ करवाण्यहमद्य तम्‌ । यद्येवमाह्नयेच्छुक्रो देवयानीकृते हि माम्‌ मद्दोषान्मा गमच्छुक्रो देवयानी च मत्कृते

Śarmiṣṭhā dit : «Quel que soit le désir qu’elle (Devayānī) souhaite, je l’accomplirai dès aujourd’hui. Si c’est bien pour Devayānī que Śukra m’a fait appeler, que Śukra ne s’en aille pas par ma faute, et que Devayānī non plus ne songe pas à partir à cause de moi.»

Verse 21

वैशम्पायन उवाच ततः कन्यासहस्त्रेण वृता शिबिकया तदा । पितुर्नियोगात्‌ त्वरिता निश्चक्राम पुरोत्तमात्‌

Vaiśampāyana dit : Alors la princesse — entourée de mille jeunes filles — monta dans un palanquin et, contrainte par l’ordre de son père, sortit en hâte de la cité d’excellence.

Verse 22

शर्मिष्ठोवाच अहं दासीसहस्त्रेण दासी ते परिचारिका । अनु त्वां तत्र यास्यामि यत्र दास्यति ते पिता

Śarmiṣṭhā dit : «Ô Devayānī, je serai ta servante, et je te servirai avec mille servantes. Et là où ton père te donnera en mariage, je t’y suivrai.»

Verse 23

देवयान्युवाच स्तुवतो दुहिताहं ते याचत: प्रतिगृह्नतः । स्तूयमानस्य दुहिता कथं दासी भविष्यसि

Devayānī dit : « Hé ! Je suis la fille de celui qui loue et reçoit l’aumône, d’un mendiant ; et toi, tu es la fille d’un grand père, que mon père lui-même célèbre. Comment pourrais-tu donc vivre comme ma servante ? »

Verse 24

शर्मिष्ठोवाच येन केनचिदार्तानां ज्ञातीनां सुखमावहेत्‌ । अतत्त्वामनुयास्यामि यत्र दास्यति ते पिता

Śarmiṣṭhā dit : «Par quelque moyen que ce soit, on doit apporter du réconfort à ses proches lorsqu’ils sont dans la détresse. Ainsi, où que ton père te donne (en mariage), là aussi je te suivrai.»

Verse 25

वैशम्पायन उवाच प्रतिश्रुते दासभावे दुह्तित्रा वृषपर्वण: । देवयानी नृपश्रेष्ठ पितरं वाक्यमब्रवीत्‌

Vaiśampāyana dit : «Ô le meilleur des rois ! Lorsque la fille de Vṛṣaparvan eut fait vœu d’accepter la condition de servitude, Devayānī adressa ces paroles à son père.»

Verse 26

देवयान्युवाच प्रविशामि पुरं तात तुष्टास्मि द्विजसत्तम । अमोघं तव विज्ञानमस्ति विद्याबलं च ते

Devayānī dit : «Père, je vais maintenant entrer dans la cité. Ô le plus éminent des brahmanes, je suis comblée. Je suis désormais convaincue que ton discernement ne faillit pas, et que la puissance de ton savoir est infaillible.»

Verse 27

वैशग्पायन उवाच एवमुक्तो दुहित्रा स द्विजश्रेष्ठी महायशा: । प्रविवेश पुरं हृष्ट: पूजित: सर्वदानवै:

Vaiśampāyana dit : «Ô Janamejaya ! Après ces paroles de sa fille Devayānī, le très illustre Śukrācārya, le plus éminent des brahmanes, honoré par tous les Dānava, entra dans la cité, le cœur réjoui.»

Verse 79

इस प्रकार श्रीमहाभारत आदिपर्वके अन्तर्गत सम्भवपर्वमें ययात्युपाख्यानविषयक उन्यासीवाँ अध्याय पूरा हुआ

Ainsi s’achève le soixante-dix-neuvième chapitre, consacré à l’épisode du roi Yayāti, au sein du Sambhava Parva de l’Ādi Parva du Śrī Mahābhārata. Ce colophon marque la clôture d’une unité de récit qui encadre la lignée, les conséquences et la causalité morale—comment les choix et les désirs façonnent le destin de génération en génération.

Verse 80

इति श्रीमहाभारते आदिपर्वणि सम्भवपर्वणि ययात्युपाख्यानेड5शीतितमो<ध्याय: ।। ८० || इस प्रकार श्रीमह्याभारत आदिपरव्वके अन्तर्गत सम्भवपर्वमें ययात्युपाख्यानविषयक अस्सीवाँ अध्याय पूरा हुआ

Ainsi, dans le Śrī Mahābhārata, au sein de l’Ādi Parva—plus précisément du Sambhava Parva—s’achève le quatre-vingtième chapitre de l’épisode de Yayāti. (Colophon marquant la fin du chapitre.)

Frequently Asked Questions

The dilemma concerns succession ethics: whether royal authority should follow birth order (the eldest son) or dharmic merit demonstrated through obedience, respect, and willingness to bear a parent’s burden.

The chapter teaches that legitimate power is validated by dharma-conform conduct—ritual reciprocity, protection, compassion, and filial responsibility—rather than by entitlement alone, and that renunciation after fulfilling duties can be framed as orderly governance.

No explicit phalaśruti appears here; instead, the chapter functions as etiological meta-commentary by linking succession choices to enduring lineages, implying that ethical decisions in governance shape long-term historical outcomes.

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