
Saṃnyāsa-dharma — Qualifications, Threefold Renunciation, and the Conduct of the Yati
Poursuivant la progression varṇāśrama de l’Uttara-bhāga, ce chapitre passe de vānaprastha au quatrième état de vie, saṃnyāsa, et affirme que le renoncement n’est légitime que lorsque le véritable vairāgya est né. Il expose des rites préparatoires (tels Prajāpatya/Agneya), puis distingue trois formes de saṃnyāsa : jñāna-saṃnyāsa (renoncement par la connaissance du Soi), veda-saṃnyāsa (vie vouée à l’étude védique avec maîtrise des sens) et karma-saṃnyāsa (feux intériorisés et offrande de toute action à Brahman comme mahāyajña). Le connaisseur de la Vérité est proclamé le plus élevé, au-delà des devoirs obligatoires et des signes extérieurs. Vient ensuite la conduite du yati : simplicité du vêtement et de la nourriture, équanimité, ahiṃsā, pratiques de pureté attentives, absence de résidence fixe sauf durant la saison des pluies, retenue chaste, rejet de l’hypocrisie, et japa constant du Praṇava (Oṃ) avec contemplation védantique selon les cadres adhiyajña/adhidaiva/adhyātma. Le chapitre relie les disciplines antérieures fondées sur le dharma à l’accent suivant sur un yoga soutenu, les observances quotidiennes et l’absorption en Brahman comme finalité de l’enseignement de mokṣa du Kurma Purana.
Verse 1
इति श्रीकूर्मपुराणे षट्साहस्त्र्यां संहितायामुपरिविभागे सप्तविशो ऽध्याय व्यास उवाच एवं वनाश्रमे स्थित्वा तृतीयं भागमायुषः / चतुर्थमायुषो भागं संन्यासेन नयेत् क्रमात्
Vyāsa dit : Ainsi, dans le Śrī Kūrma Purāṇa, dans la Saṃhitā des six mille, dans la section supérieure, au vingt-septième chapitre : après avoir demeuré dans la discipline du résident de la forêt (vānaprastha) durant le troisième quart de la vie, qu’on fasse ensuite, selon l’ordre prescrit, passer le quatrième quart dans le renoncement (saṃnyāsa).
Verse 2
अग्नीनात्मनी संस्थाप्य द्विजः प्रव्रजितो भवेत् / योगाभ्यासरतः शान्तो ब्रह्मविद्यापरायणः
Ayant établi intérieurement les feux sacrés dans son propre Soi, le « deux-fois-né » doit devenir renonçant (pravrajita) : voué à la pratique du Yoga, l’esprit apaisé, et entièrement tourné vers la connaissance de Brahman (brahma-vidyā).
Verse 3
यदा मनसि संजातं वैतृष्ण्यं सर्ववस्तुषु / तदा संन्यासमिच्छेच्च पतितः स्याद् विपर्यये
Lorsque, dans l’esprit, s’est réellement levé le détachement complet envers tous les objets, alors il convient de désirer le saṃnyāsa, la renonciation. Mais si c’est l’inverse—si l’on recherche la renonciation sans ce détachement intérieur—on devient déchu.
Verse 4
प्राजापत्यां निरूप्येष्टिमाग्नेयीमथवा पुनः / दान्तः पक्वकषायो ऽसौ ब्रह्माश्रममुपाश्रयेत्
Après avoir établi comme il se doit le sacrifice Prajāpatya—ou encore le rite Agneya—que celui qui se maîtrise, dont les impuretés ont été « cuites » et dont les passions ont mûri en retenue, prenne refuge dans le Brahma-āśrama, la discipline du brahmacarya.
Verse 5
ज्ञानसंन्यासिनः केचिद् वेदसंन्यासिनः परे / कर्मसंन्यासिनस्त्वन्ये त्रिविधाः परिकीर्तिताः
Certains sont des renonçants voués à la Connaissance (jñāna-saṃnyāsin) ; d’autres sont des renonçants des rites védiques ; et d’autres encore sont des renonçants de l’action (karma), rituelle comme mondaine. Ainsi la renonciation est dite triple.
Verse 6
यः सर्वसङ्गनिर्मुक्तो निर्द्वन्द्वश्चैव निर्भयः / प्रोच्यते ज्ञानसंन्यासी स्वात्मन्येव व्यवस्थितः
Celui qui est délivré de tout attachement, qui dépasse les paires d’opposés et demeure vraiment sans crainte, est appelé renonçant par la Connaissance (jñāna-saṃnyāsin), établi fermement dans le Soi (Ātman) seul.
Verse 7
वेदमेवाभ्यसेन्नित्यं निराशी निष्परिग्रहः / प्रोच्यते वेदसंन्यासी मुमुक्षुर्विजितेन्द्रियः
Qu’il étudie sans cesse le Veda seul, sans désir et sans esprit de possession. Un tel chercheur, aspirant à la libération (mokṣa) et ayant vaincu les sens, est déclaré « veda-saṃnyāsī », renonçant du Veda.
Verse 8
यस्त्वग्नीनात्मसात्कृत्वा ब्रह्मार्पणपरो द्विजः / ज्ञेयः स कर्मसंन्यासी महायज्ञपरायणः
Le dvija qui a intériorisé les feux sacrés et se voue à tout offrir à Brahman—sachez qu’il est un renonçant à l’action (karmasaṃnyāsin), entièrement tourné vers le Grand Sacrifice (mahāyajña).
Verse 9
त्रयाणामपि चैतेषां ज्ञानी त्वभ्यधिको मतः / न तस्य विद्यते कार्यं न लिङ्गं वा विपश्चितः
Même parmi ces trois, le connaisseur de la Vérité (jñānin) est tenu pour le plus élevé. Pour ce sage, il ne demeure aucun devoir obligatoire à accomplir, ni aucun signe extérieur par lequel il doive être identifié.
Verse 10
निर्ममो निर्भयः शान्तो निर्द्वन्द्वः पर्णभोजनः / जीर्णकौपीनवासाः स्यान्नग्नो वा ध्यानतत्परः
Sans attachement ni esprit de possession, sans peur, paisible et au-delà des couples d’opposés, qu’il vive de nourriture de feuilles ; portant un simple pagne usé—ou même nu—qu’il demeure tout entier voué à la méditation.
Verse 11
ब्रह्मचारी मिताहारो ग्रामादन्नं समाहरेत् / अध्यात्ममतिरासीत निरपेक्षो निरामिषः
Brahmacārin, mesuré dans la nourriture, qu’il recueille sa subsistance au village. Qu’il demeure l’esprit tourné vers le Soi intérieur, sans attente, sans viande ni complaisance aux plaisirs des sens.
Verse 12
आत्मनैव सहायेन सुखार्थं विचरेदिह / नाभिनन्देत मरणं नाभिनन्देत जीवितम्
En ce monde, qu’on chemine en quête du vrai bien-être, avec le Soi pour seul soutien ; qu’on ne se réjouisse ni de la mort ni de la vie.
Verse 13
कालमेव प्रतीक्षेत निदेशं भृतको यथा / नाध्येतव्यं न वक्तव्यं श्रोतव्यं न कदाचन / एवं ज्ञात्वा परो योगी ब्रह्मभूयाय कल्पते
Qu’il n’attende que le moment juste, comme le serviteur salarié attend un ordre. Qu’il n’étudie pas, ne parle pas, n’écoute pas—en aucun temps. Sachant cela, le yogin suprême devient apte à l’état de Brahman (absorption en Brahman).
Verse 14
एकवासाथवा विद्वान् कौपीनाच्छादनस्तथा / मुण्डी शिखी वाथ भवेत् त्रिदण्डी निष्परिग्रहः / काषायवासाः सततं ध्यानयोगपरायणः
Le renonçant instruit peut porter un seul vêtement, ou n’être couvert que d’un pagne (kaupīna). Il peut être rasé ou garder la mèche du sommet; il peut porter le triple bâton (tridaṇḍa) et doit être sans possessions. Revêtu sans cesse de l’habit ocre (kāṣāya), qu’il soit constamment voué au Yoga de la méditation.
Verse 15
ग्रामान्ते वृक्षमूले वा वसेद् देवालये ऽपि वा / समः शत्रौ च मित्रे च तथा मानापमानयोः / भैक्ष्येण वर्तयेन्नित्यं नैकान्नादी भवेत् क्वचित्
Qu’il demeure aux abords du village, au pied d’un arbre, ou même dans un temple. Qu’il reste égal d’esprit envers l’ennemi et l’ami, et de même envers l’honneur et le déshonneur. Vivant toujours d’aumônes, qu’il ne devienne jamais un mangeur de mets variés.
Verse 16
यस्तु मोहेन वालस्यादेकान्नादी भवेद् यतिः / न तस्य निष्कृतिः काचिद् धर्मशास्त्रेषु कथ्यते
Mais si, par égarement, un renonçant devient puéril et indolent—n’étant « mangeur d’un seul repas » que de nom—alors aucune expiation n’est prescrite pour lui dans les Dharmaśāstras.
Verse 17
रागद्वेषविमुक्तात्मा समलोष्टाश्मकाञ्चनः / प्राणिहंसानिवृत्तश्च मौनी स्यात् सर्वनिस्पृहः
Libre au cœur de l’attachement et de l’aversion, tenant pour égaux une motte de terre, une pierre et l’or; retiré de toute atteinte aux êtres vivants; établi dans le silence et la retenue de la parole—un tel homme devient entièrement sans désir.
Verse 18
दृष्टिपूतं न्यसेत् पादं वस्त्रपूतं जलं पिबेत् / सत्यपूतां वदेद् वाणीं मनः पूतं समाचरेत्
Que l’on pose le pied seulement après l’avoir purifié par un regard vigilant; que l’on boive l’eau purifiée en la filtrant par un tissu; que l’on prononce une parole purifiée par la vérité; et que l’on agisse avec un esprit purifié.
Verse 19
नैकत्र निवसेद् देशे वर्षाभ्यो ऽन्यत्र भिक्षुकः / स्नानशौचरतो नित्यं कमण्डलुकरः शुचिः
Le mendiant ne doit pas demeurer en un seul lieu, sauf durant la saison des pluies; aux autres temps, qu’il vive ailleurs. Qu’il soit toujours assidu au bain et à la pureté, portant son kamaṇḍalu (vase d’eau), et qu’il demeure sans souillure.
Verse 20
ब्रह्मचर्यरतो नित्यं वनवासरतो भवेत् / मोक्षशास्त्रेषु निरतो ब्रह्मसूत्री जितेन्द्रियः
Qu’il soit toujours voué au brahmacarya (discipline de continence) et porté à la vie en forêt; qu’il s’absorbe dans les śāstra de la délivrance, porte le fil sacré (brahmasūtra) et ait vaincu les sens.
Verse 21
दम्भाहङ्कारनिर्मुक्तो निन्दापैशुन्यवर्जितः / आत्मज्ञानगुणोपेतो यतिर्मोक्षमवाप्नुयात्
Le yati, délivré de l’hypocrisie et de l’orgueil, exempt de blâme et de médisance, et doté de la vertu de la connaissance du Soi—celui-là atteint la délivrance (mokṣa).
Verse 22
अभ्यसेत् सततं वेदं प्रणवाख्यं सनातनम् / स्नात्वाचम्य विधानेन शुचिर्देवालयादिषु
Que l’on pratique sans cesse le Veda éternel nommé Praṇava (Oṃ). Après s’être baigné et avoir accompli l’ācamana selon la règle, que l’on demeure pur—surtout dans les temples et autres lieux sacrés.
Verse 23
यज्ञोपवीती शान्तात्मा कुशपाणिः समाहितः / धौतकाषायवसनो भस्मच्छन्नतनूरहः
Portant le cordon sacré (yajñopavīta), l’âme paisible, tenant l’herbe kuśa en main et l’esprit recueilli; il est vêtu d’ocre purifié, le corps et les cheveux couverts de cendre sacrée (bhasma).
Verse 24
अधियज्ञं ब्रह्म जपेदाधिदैविकमेव च / आध्यात्मिकं च सततं वेदान्ताभिहितं च यत्
Qu’on répète sans cesse (japa) Brahman : comme le Seigneur présent dans le sacrifice (adhiyajña), comme le principe divin qui gouverne les dieux et les puissances cosmiques (adhidaiva), et comme le Soi intérieur (adhyātma) — la Réalité enseignée par le Vedānta.
Verse 25
पुत्रेषु वाथ निवसन् ब्रह्मचारी यतिर्मुनिः / वेदमेवाभ्यसेन्नित्यं स याति परमां गतिम्
Qu’il demeure parmi ses fils (en maître de maison) ou qu’il vive en brahmacārin, en yati (renonçant) ou en sage — qu’il étudie sans cesse le Veda seul; ainsi il atteint la Demeure suprême.
Verse 26
अहिंसा सत्यमस्तेयं ब्रह्मचर्यं तपः परम् / क्षमा दया च सतोषो व्रतान्यस्य विशेषतः
Non-violence (ahiṃsā), vérité, ne pas voler, continence de brahmacarya et austérité suprême; puis patience, compassion et contentement — tels sont, tout spécialement, ses principaux vœux sacrés (vrata).
Verse 27
वेदान्तज्ञाननिष्ठो वा पञ्च यज्ञान् समाहितः / कुर्यादहरहः स्नात्वा भिक्षान्नेनैव तेन हि
Ou bien, fermement établi dans la connaissance du Vedānta et l’esprit rassemblé, qu’il accomplisse les cinq sacrifices quotidiens; et, après le bain de chaque jour, qu’il les accomplisse avec la seule nourriture obtenue par l’aumône.
Verse 28
होममन्त्राञ्जपेन्नित्यं काले काले समाहितः / स्वाध्यायं चान्वहं कुर्यात् सावित्रीं संध्ययोर्जपेत्
Aux heures convenables, l’esprit recueilli et attentif, qu’on récite chaque jour les mantras du homa, l’offrande sacrée. Qu’on accomplisse aussi quotidiennement le svādhyāya (étude des Écritures) et qu’on répète la Sāvitrī (Gāyatrī) aux deux sandhyā, à l’aube et au crépuscule.
Verse 29
ध्यायीत सततं देवमेकान्ते परमेश्वरम् / एकान्नं वर्जयेन्नित्यं कामं क्रोधं परिग्रहम्
Qu’on médite sans cesse, dans la solitude, sur le Seigneur divin suprême, Parameśvara. Et qu’on évite toujours de ne manger qu’un seul type d’aliment, en renonçant au désir (kāma), à la colère (krodha) et à l’attachement possessif (parigraha).
Verse 30
एकवासा द्विवासा वा शिखी यज्ञोपवीतवान् / कमण्डलुकरो विद्वान् त्रिदण्डी याति तत्परम्
Vêtu d’un seul habit ou de deux, gardant la śikhā (touffe) et portant le yajñopavīta (cordon sacré), le kamaṇḍalu (vase d’eau) à la main; savant, tenant le tridaṇḍa (bâton triple), il s’avance d’un cœur unifié vers ce But suprême.
It teaches (1) jñāna-saṃnyāsa—renunciation grounded in Self-knowledge and fearlessness beyond dualities; (2) veda-saṃnyāsa—exclusive dedication to Vedic study with sense-conquest and non-possessiveness; and (3) karma-saṃnyāsa—internalizing the fires and offering all actions to Brahman as the Great Sacrifice (mahāyajña).
Genuine vairāgya (complete inner dispassion toward objects). If renunciation is undertaken without that inner detachment, the text warns that one becomes “fallen,” i.e., spiritually and ethically compromised.
Because the knower of Truth is described as beyond obligatory duties and external identifiers; being established in the Self alone, such a person is not defined by marks, rites, or social functions but by realized knowledge.
It prescribes simplicity (minimal clothing, leaf-food/alms), equanimity to honor/dishonor and friend/enemy, non-violence and carefulness (filtered water, mindful steps, truthful speech), purity and bathing, non-residence in one place except during rains, celibate restraint, avoidance of hypocrisy/backbiting, and steady meditation and Praṇava practice.
It frames contemplation of the one Reality across three lenses: as present in sacrifice (adhiyajña), as the divine principle governing cosmic powers (adhidaiva), and as the indwelling Self (adhyātma), aligning purāṇic religion with Vedāntic interiorization.