Adhyaya 19
Uttara BhagaAdhyaya 1932 Verses

Adhyaya 19

Bhojana-vidhi and Nitya-karman: Directions for Eating, Prāṇa-Oblations, Sandhyā, and Conduct Leading to Apavarga

Ce chapitre poursuit l’enseignement de l’Uttara-bhāga sur la vie réglée selon le varṇāśrama. Vyāsa y expose la discipline quotidienne d’un brahmane, qui transfigure les actes ordinaires—surtout le fait de manger—en rite consacré. Il commence par les règles d’orientation au moment du repas et leurs fruits, puis décrit la pureté préalable : siège propre, lavage des pieds et des mains, ācamana et esprit apaisé. La nourriture est rituellement « ceinte » d’eau et des vyāhṛti, suivie de l’āpośana et de la séquence du prāṇa-homa : offrandes à Prāṇa, Apāna, Vyāna, Udāna, Samāna, puis assimilation méditative du reste comme adoration du Soi divin (Prajāpati). Le texte resserre ensuite les conditions de pureté et de récitation—temps, posture, récipients, vêtements, compagnie et états affectifs—liant l’ordre du corps à l’efficacité védique. La sandhyā du soir et le japa de la Gāyatrī sont réaffirmés comme marques non négociables du dharma, suivis de règles sur le lieu et la posture du sommeil. La conclusion affirme avec force qu’il n’est pas de voie vers la libération totale (apavarga) en dehors de la discipline de son āśrama, accomplie pour plaire à Parameṣṭhin, préparant les chapitres suivants à relier devoir et délivrance dans un cadre yoga–vedānta.

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Shlokas

Verse 1

इति श्रीकूर्मपुराणे षट्साहस्त्र्यां संहितायामुपरिविभागे अष्टादशो ऽध्यायः व्यास उवाच प्राङ्मुखो ऽन्नानि भुञ्जीत सूर्याभिमुख एव वा / आसीनस्त्वासने शुद्धे भूम्यां पादौ निधाय तु

Ainsi, dans le Śrī Kūrma Purāṇa, dans la Ṣaṭsāhasrī Saṃhitā, dans la section ultérieure, commence le dix-huitième chapitre. Vyāsa dit : Qu’on prenne la nourriture tourné vers l’est, ou bien face au soleil; assis sur un siège pur, les pieds posés sur le sol.

Verse 2

आयुष्यं प्राङ्मुखो भुङ्क्ते यशस्यं दक्षिणामुखः / श्रियं प्रत्यङ्मुखो भुङ्क्ते ऋतं भुङ्क्ते उदङ्मुखाः

Manger tourné vers l’est procure la longévité; tourné vers le sud, la renommée. Tourné vers l’ouest, la prospérité; et tourné vers le nord en mangeant, on participe au ṛta — la puissance de la vérité et de l’ordre juste.

Verse 3

पञ्चार्द्रे भोजनं कुर्याद् भूमौ पात्रं निधाय तु / उपवासेन तत्तुल्यं मनुराह प्रजापतिः

On ne doit prendre le repas qu’à la cinquième part du jour, en posant le récipient sur le sol; Prajāpati Manu déclare qu’une telle pratique égale en mérite le jeûne.

Verse 4

उपलिप्ते शुचौ देशे पादौ प्रक्षाल्य वै करौ / आचम्यार्द्राननो ऽक्रोधः पञ्चार्द्रे भोजनं चरेत्

Dans un lieu pur, fraîchement enduit et purifié, qu’on se lave les pieds et aussi les mains; après avoir accompli l’ācamanam (gorgée d’eau purificatrice), le visage encore humide et sans colère, qu’on prenne alors le repas à la cinquième part du jour, selon la juste observance.

Verse 5

महाव्यहृतिभिस्त्वन्नं परिधायोदकेन तु / अमृतोपस्तरणमसीत्यापोशानक्रियां चरेत्

Après avoir entouré (consacré) la nourriture d’eau en récitant les grandes vyāhṛti, qu’on accomplisse le rite d’āpośana en disant : « Tu es la couche (upastaraṇa) de l’immortalité (amṛta). »

Verse 6

स्वाहाप्रणवसंयुक्तां प्राणायाद्याहुतिं ततः / अपानाय ततो हुत्वा व्यानाय तदनन्तरम्

Ensuite, qu’on offre d’abord une oblation à Prāṇa, jointe à la syllabe Oṃ et à l’exclamation « svāhā ». Puis, après avoir offert à Apāna, qu’on offre ensuite à Vyāna.

Verse 7

उदानाय ततः कुर्यात् समानायेति पञ्चमीम् / विज्ञाय तत्त्वमेतेषां जुहुयादात्मनि द्विजः

Puis qu’on accomplisse la cinquième (offrande du souffle) pour Udāna, et (aussi) pour Samāna. Ayant compris le principe véritable de ces souffles vitaux, le deux-fois-né doit les offrir en oblation dans le Soi.

Verse 8

शेषमन्नं यथाकामं भुञ्जीतव्यं जनैर्युतम् / ध्यात्वा तन्मनसा देवमात्मानं वै प्रजापतिम्

Ensuite, avec les personnes présentes, on peut manger le reste de la nourriture selon son désir—après avoir médité, par ce même esprit, sur le Soi divin, Prajāpati.

Verse 9

अमृतापिधानमसीत्युपरिष्टादपः पिबेत् / आचान्तः पुनराचामेदायं गौरिति मन्त्रतः

En récitant : « Tu es le voile de l’immortalité », qu’on sirote l’eau par le haut (selon la manière prescrite). Après avoir accompli l’ācamana, qu’on accomplisse de nouveau l’ācamana avec le mantra : « Ceci est la vache », selon la règle.

Verse 10

द्रुपदां वा त्रिरावर्त्य सर्वपापप्रणाशनीम् / प्राणानां ग्रन्थिरसीत्यालभेद् हृदयं ततः

Ou bien, en récitant trois fois la formule purificatrice—dite anéantir tous les péchés—qu’on touche ensuite le cœur, en contemplant : «Tu es le nœud des souffles vitaux» ; puis qu’on poursuive le rite.

Verse 11

आचम्याङ्गुष्ठमात्रेति पादाङ्गुष्ठे ऽथ दक्षिणे / निः स्त्रवयेद् हस्तजलमूर्ध्वहस्तः समाहितः

Après avoir accompli l’ācamana, qu’on ne prenne qu’une mesure d’eau de la taille du pouce ; puis, au gros orteil droit, qu’on laisse l’eau de la main s’égoutter—la main levée, l’esprit recueilli et attentif.

Verse 12

हुतानुमन्त्रणं कुर्यात् श्रद्धायामिति मन्त्रतः / अथाक्षरेण स्वात्मानं योजयेद् ब्रह्मणेति हि

Avec le mantra qui commence par « śraddhāyām… », qu’on accomplisse l’anumantraṇa afin de consacrer l’oblation déjà offerte. Puis, par la syllabe sacrée Oṃ, qu’on attelle son propre soi à Brahman—vraiment, par le (mantra) « brahmaṇe ».

Verse 13

सर्वेषामेव यागानामात्मयागः परः स्मृतः / यो ऽनेन विधिना कुर्यात् स याति ब्रह्मणः क्षयम्

Parmi tous les sacrifices, le sacrifice de soi (le sacrifice intérieur) est tenu pour le plus élevé. Celui qui l’accomplit selon cette règle atteint l’état impérissable de Brahman.

Verse 14

यज्ञोपवीती भुञ्जीत स्त्रग्गन्धालङ्कृतः शुचिः / सायंप्रापर्नान्तरा वै संध्यायां तु विशेषतः

Portant le yajñopavīta (cordon sacré), qu’on prenne son repas dans la pureté, paré d’une guirlande, de parfum et d’ornements convenables. Cela doit se faire le soir—dans l’intervalle entre l’après-midi et la nuit—tout particulièrement au temps de Sandhyā (culte du crépuscule).

Verse 15

नाद्यात् सूर्यग्रहात् पूर्वमह्नि सायं शशिग्रहात् / ग्रहकाले च नाश्नीयात् स्नात्वाश्नीयात् तु मुक्तयोः

On ne doit pas manger tôt dans la journée avant une éclipse solaire, ni le soir avant une éclipse lunaire. Pendant l’éclipse, qu’on ne mange point; lorsque l’éclipse est levée, qu’on se baigne pour se purifier, puis qu’on prenne la nourriture.

Verse 16

मुक्ते शशिनि भुञ्जीत यदि न स्यान्महानिशा / अमुक्तयोरस्तङ्गतयोरद्याद् दृष्ट्वा परे ऽहनि

Quand la lune s’est levée, on peut prendre le repas, pourvu que ce ne soit pas la « grande nuit » (la nuit de jeûne prescrite). Mais si tous deux (le soleil et la lune) ne se sont pas encore levés, ou se sont déjà couchés, qu’on ne mange que le lendemain, après les avoir vus se lever.

Verse 17

नाश्नीयात् प्रेक्षमाणानामप्रदायैव दुर्मतिः / न यज्ञशिष्टादन्द् वा न क्रुद्धो नान्यमानसः

L’homme à l’esprit insensé ne doit pas manger sous le regard d’autrui sans d’abord lui en offrir une part. Qu’il ne mange pas non plus une nourriture qui ne soit pas le reste d’un yajña (sacrifice); qu’il ne mange ni dans la colère, ni l’esprit fixé ailleurs.

Verse 18

आत्मार्थं भोजनं यस्य रत्यर्थं यस्य मैथुनम् / वृत्यर्थं यस्य चाधीतं निष्फलं तस्य जीवितम्

Celui dont la nourriture n’est que pour soi, dont l’union charnelle n’est que pour le plaisir, et dont l’étude n’est poursuivie que pour le gagne-pain—la vie d’un tel homme est vaine, sans fruit.

Verse 19

यद्भुङ्क्ते वेष्टितशिरा यच्च भुङ्क्ते उदङ्मुखः / सोपानत्कश्च यद् भुङ्क्ते सर्वं विद्यात् तदासुरम्

Toute nourriture prise la tête couverte, toute nourriture prise face au nord, et toute nourriture prise en portant des chaussures—sachez que tout cela est de nature asurique (impure et sans discipline).

Verse 20

नार्धरात्रे न मध्याह्ने नाजीर्णे नार्द्रवस्त्रधृक् / न च भिन्नासनगतो न शयानः स्थितो ऽपि वा

On ne doit pas accomplir le japa ni la récitation sacrée à minuit, ni à midi; ni lorsque la nourriture n’est pas digérée, ni en portant des vêtements mouillés; ni assis sur un siège brisé ou impropre; ni couché—pas même debout.

Verse 21

न भिन्नभाजने चैव न भूम्यां न च पाणिषु / नोच्छिष्टो घृतमादद्यान्न मूर्धानं स्पृशेदपि

On ne doit pas prendre de ghee dans un récipient brisé, ni depuis le sol, ni depuis les mains. Celui qui est impur à cause des restes de nourriture ne doit pas prendre de ghee; et il ne doit même pas toucher sa tête.

Verse 22

न ब्रह्म कीर्तयन् वापि न निः शेषं न भार्यया / नान्धकारे न चाकाशे न च देवालयादिषु

On ne doit pas réciter ni louer Brahman d’une manière impropre—ni avec négligence ni sans révérence; ni en compagnie de son épouse. On ne le fait pas dans l’obscurité, ni à ciel ouvert dans des lieux exposés; ni dans les temples et lieux semblables lorsque cela y est inapproprié.

Verse 23

नैकवस्त्रस्तु भुञ्जीत न यानशयनस्थितः / न पादुकानिर्गतो ऽथ न हसन् विलपन्नपि

On ne doit pas manger vêtu d’un seul vêtement; ni en étant assis sur un véhicule, ni allongé sur un lit. On ne doit pas manger après être sorti chaussé; et l’on ne doit pas manger en riant, ni en pleurant.

Verse 24

भुक्त्वैवं सुखमास्थाय तदन्नं परिणामयेत् / इतिहासपुराणाभ्यां वेदार्थानुपबृंहयेत्

Après avoir mangé ainsi, qu’on s’asseye paisiblement et qu’on laisse cette nourriture se digérer comme il convient; et qu’on enrichisse et éclaire le sens du Veda par les Itihāsas et les Purāṇas.

Verse 25

ततः संध्यामुपासीत पूर्वोक्तविधिना द्विजः / आसीनस्तु जपेद् देवीं गायत्रीं पश्चिमां प्रति

Ensuite, le deux-fois-né doit accomplir le culte du crépuscule (sandhyā) selon le rite enseigné plus haut; puis, assis, il récitera en japa la divine Gāyatrī, le visage tourné vers l’ouest.

Verse 26

न तिष्ठति तु यः पुर्वां नास्ते संध्यां तु पश्चिमाम् / स शूद्रेण समो लोके सर्वधर्मविवर्जितः

Celui qui n’accomplit pas la Sandhyā du matin et n’observe pas la Sandhyā du soir est tenu dans le monde pour l’égal d’un Śūdra, déchu de tout dharma (devoir védique).

Verse 27

हुत्वाग्निं विधिवन्मन्त्रैर्भुक्त्वा यज्ञावशिष्टकम् / सभृत्यबान्धवजनः स्वपेच्छुष्कपदो निशि

Après avoir offert selon la règle dans le feu sacré avec les mantras prescrits, et après avoir mangé ce qui reste du sacrifice, la nuit il doit dormir—avec serviteurs, parents et dépendants—sur une couche sèche et simple, selon son choix.

Verse 28

नोत्तराभिमुखः स्वप्यात् पश्चिमाभिमुखो न च / न चाकाशे न नग्नो वा नाशुचिर्नासने क्वचित्

On ne doit pas dormir le visage tourné vers le nord, ni vers l’ouest. On ne doit pas non plus dormir à la belle étoile, ni nu; ni en état d’impureté, ni jamais sur un siège souillé.

Verse 29

न शीर्णायां तु खट्वायां शून्यागारे न चैव हि / नानुवंशं न पालाशे शयने वा कदाचन

On ne doit jamais s’étendre pour dormir sur un lit brisé, ni dans une maison déserte. On ne doit pas non plus dormir sur une armature de bambou, ni sur une couche faite de bois de palāśa, en aucun temps.

Verse 30

इत्येतदखिलेनोक्तमहन्यहनि वै मया / ब्राह्मणानां कृत्यजातमपवर्गफलप्रदम्

Ainsi, jour après jour, j’ai exposé intégralement l’ensemble des devoirs prescrits aux brāhmaṇa—des pratiques qui confèrent le fruit d’apavarga, la délivrance ultime.

Verse 31

नास्तिक्यादथवालस्यात् ब्राह्मणो न करोति यः / स याति नरकान् घोरान् काकयोनौ च जायते

Le brāhmaṇa qui, par incrédulité envers le dharma ou par paresse, n’accomplit pas ses devoirs prescrits—va vers d’effroyables enfers et renaît aussi dans le sein d’un corbeau.

Verse 32

नान्यो विमुक्तये पन्था मुक्त्वाश्रमविधिं स्वकम् / तस्मात् कर्माणि कुर्वोत तुष्टये परमेष्ठिनः

Il n’est pas d’autre voie vers la délivrance parfaite, hormis l’observance de la discipline de son propre āśrama. C’est pourquoi accomplissez vos actes et devoirs afin de plaire à Parameṣṭhin, le Seigneur Suprême.

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Frequently Asked Questions

That daily life—especially eating—must be converted into disciplined worship through śauca, mantra, ācamana/āpośana, and prāṇa-offerings, and that such āśrama-based discipline is presented as the indispensable route to apavarga when performed for Parameṣṭhin.

It explicitly states that among sacrifices, offering one’s own self is highest, and links correct performance of this interiorized yajña—supported by prāṇa-homa and Brahman-yoking mantras—to attainment of the imperishable state of Brahman.

After digestion and study through Itihāsa–Purāṇa to illuminate Veda, the twice-born is to perform evening sandhyā as previously taught and repeat the Divine Gāyatrī seated and facing west; neglect of morning and evening sandhyā is treated as a fall from Vedic dharma.

Yes—alongside washing and ācamana, it insists on eating without anger or distraction, and restricts japa/recitation during improper times, postures, clothing states, and contexts, implying that mental composure is part of śauca and mantra efficacy.