Adhyaya 8
Purva BhagaAdhyaya 829 Verses

Adhyaya 8

Tāmasa Sarga, the Androgynous Division of Brahmā, and the Lineages of Dharma and Adharma

Poursuivant le récit de la création du chapitre précédent, Kūrma explique que les êtres nouvellement produits par Brahmā ne se multiplient pas, ce qui l’attriste; alors se manifeste buddhi, l’intelligence décisive. Brahmā perçoit un principe tāmasa qui voile rajas et sattva, jusqu’à ce que rajas, uni à sattva, repousse tamas et qu’apparaisse une paire complémentaire, rendant possible la polarité génératrice. Quand l’injustice et la violence croissent, Brahmā rejette l’incarnation sombre et prend une forme rayonnante; il se divise en mâle et femelle et engendre Virāj/Virāṭ et Śatarūpā. Le récit passe ensuite à la généalogie du Manvantara Svāyambhuva: Manu et Śatarūpā, leurs fils Priyavrata et Uttānapāda, et les mariages qui étendent la création par Dakṣa et Ruci. Les filles de Dakṣa sont énumérées; les unions de Dharma font naître des vertus personnifiées et une descendance bénéfique. À l’inverse, d’Adharma procède une contre-généalogie: hiṃsā, mensonge, peur, enfer, mort, maladie et chagrin—êtres marqués par la souffrance, dits ūrdhvaretas. Le chapitre conclut qu’il s’agit d’une création tāmasa qui, pourtant, sert à réguler le dharma et prépare la suite vers un ordre cosmique et social durable.

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Shlokas

Verse 1

इति श्रीकूर्मपुराणे षट्साहस्त्र्यां संहितायां पूर्वविभागे सप्तमो ऽध्यायः श्रीकूर्म उवाच एवं भूतानि सृष्टानि स्थावराणि चराणि च / यदा चास्य प्रजाः सृष्टा न व्यवर्धन्त धीमतः

Ainsi, dans le Śrī Kūrma Purāṇa, dans la Ṣaṭsāhasrī Saṃhitā, au Pūrvabhāga, s’achève le septième chapitre. Śrī Kūrma dit : «De cette manière furent créés les êtres, immobiles et mobiles. Pourtant, lorsque ses créatures furent produites, elles ne se multiplièrent pas, bien qu’il fût sage.»

Verse 2

तमोमात्रावृतो ब्रह्मा तदाशोचत दुः खितः / ततः स विदधे बुद्धिमर्थनिश्चयगामिनीम्

Enveloppé seulement par l’obscurité du tamas, Brahmā s’affligea dans la peine. Alors il fit naître la buddhi, l’intelligence qui s’avance vers la détermination décisive du sens et du but.

Verse 3

अथात्मनि समद्राक्षीत् तमोमात्रां नियामिकाम् / रजः सत्त्वं च संवृत्य वर्तमानां स्वधर्मतः

Puis il contempla en le Soi le principe régisseur fait de tamas seul, qui voile à la fois rajas et sattva, et pourtant continue d’agir selon sa loi propre.

Verse 4

तमस्तद् व्यनुदत् पश्चात् रजः सत्त्वेन संयुतः / तत् तमः प्रतिनुन्नं वै मिथुनं समजायत

Ensuite, rajas, uni à sattva, repoussa ce tamas. Et lorsque ce tamas fut ainsi refoulé, il naquit en vérité une paire complémentaire (mithuna).

Verse 5

अधर्माचरणो विप्रा हिंसा चाशुभलक्षणा / स्वां तनुं स ततो ब्रह्मा तामपोहत भास्वराम्

Ô brāhmaṇa ! Lorsque s’éleva la pratique de l’adharma—avec la violence, marquée de signes néfastes—alors Brahmā rejeta de lui cette incarnation obscure et, à sa place, revêtit une forme éclatante.

Verse 6

द्विधाकरोत् पुनर्देहमर्धेन पुरुषो ऽभवत् / अर्धेन नारी पुरुषो विराजमसृजत् प्रभुः

Puis le Seigneur divisa de nouveau son propre corps en deux : d’une moitié il devint mâle, et de l’autre moitié il devint femelle ; et ce Mâle souverain engendra Virāj.

Verse 7

नारीं च शतरूपाख्यां योगिनीं ससृजे शुभाम् / सा दिवं पृथिवीं चैव महम्ना व्याप्य संस्थिता

Il créa aussi l’auspicieuse yoginī nommée Śatarūpā, femme aux cent formes ; et elle, par sa grandeur, pénétra le ciel et la terre, s’y établissant partout.

Verse 8

योगैश्वर्यबलोपेता ज्ञानविज्ञानसंयुता / यो ऽभवत् पुरुषात् पुत्रो विराडव्यक्तजन्मनः

Doté des puissances souveraines du Yoga et d’une grande force, et pourvu de connaissance et de sagesse réalisée, il devint le fils né de Puruṣa : Virāṭ, dont l’origine vient de l’Inmanifesté (Avyakta).

Verse 9

स्वायंभुवो मनुर्देवः सो ऽभवत् पुरुषो मुनिः / सा देवी शतरूपाख्या तपः कृत्वा सुदुश्चरम्

Svāyambhuva Manu—de nature divine—devint le sage parmi les hommes, un véritable puruṣa dans sa conduite. Et la déesse nommée Śatarūpā entreprit des austérités extrêmement difficiles.

Verse 10

भर्तारं ब्रह्मणः पुत्रं मनुमेवानुपद्यत / तस्माच्च शतरूपा सा पुत्रद्वयमसूयत

Śatarūpā accepta Manu—fils de Brahmā—pour époux ; et de Manu, Śatarūpā enfanta deux fils.

Verse 11

प्रियव्रतोत्तानपादौ कन्याद्वयमनुत्तमम् / तयोः प्रसूतिं दक्षाय मनुः कन्यां ददौ पुनः

Priyavrata et Uttānapāda eurent deux filles incomparables. Parmi elles, Manu donna de nouveau sa fille Prasūti en mariage à Dakṣa.

Verse 12

प्रजापतिरथाकूतिं मानसो जगृहे रुचिः / आकूत्यां मिथुनं जज्ञे मानसस्य रुचेः शुभम् / यज्ञश्च दक्षिणा चैव याभ्यां संवर्धितं जगत्

Alors le Prajāpati Ruci, né de la pensée, prit Ākūti pour épouse. D’Ākūti naquit pour Ruci, issu du mental, un couple de bon augure—Yajña et Dakṣiṇā—par lesquels le monde fut nourri et porté à la prospérité.

Verse 13

यज्ञस्य दक्षिणायां तु पुत्रा द्वादश जज्ञिरे / यामा इति समाक्यता देवाः स्वायंभुवे ऽन्तरे

De Dakṣiṇā, l’épouse de Yajña, naquirent douze fils ; durant le Manvantara de Svāyambhuva, ils furent connus comme les divinités appelées les Yāmas.

Verse 14

प्रसूत्यां च तथा दक्षश्चतस्त्रो विंशतिं तथा / ससर्ज कन्या नामानि तासां सम्यम् निबोधत

Et de Prasūti, Dakṣa engendra vingt-quatre filles. Écoutez maintenant, dans l’ordre convenable, les noms de ces jeunes filles.

Verse 15

श्रद्धा लक्ष्मीर्धृतिस्तुष्टिः पुष्टिर्मेधा क्रिया तथा / बुद्धिर्लज्जावपुः शान्तिः सिद्धिः कीर्तिस्त्रयोदशी

Foi, Lakṣmī (prospérité), constance, contentement, nourriture, intelligence et action juste ; discernement, pudeur, beauté, paix, accomplissement (siddhi) et renommée : telles sont les treize qualités de bon augure.

Verse 16

पत्न्यर्थं प्रतिजग्राह धर्मो दाक्षायणीः शुभाः / ताभ्यः शिष्टा यवीयस्य एकादश सुलोचनाः

Pour prendre des épouses, Dharma reçut les filles bénies de Dakṣa, les Dakṣāyaṇī ; et d’elles naquirent—dans la lignée du plus jeune—onze jeunes filles vertueuses aux beaux yeux.

Verse 17

ख्यातिः सत्यथ संभूतिः स्मृतिः प्रीतिः क्षमा तथा / संततिश्चानसूया च ऊर्जा स्वाहा स्वधा तथा

Khyāti, et aussi Satī ; Saṃbhūti ; Smṛti ; Prīti et Kṣamā ; de même Saṃtati et Anasūyā ; et encore Ūrjā, Svāhā et Svadhā.

Verse 18

भृगुर्भवो मरीचिश्च तथा चैवाङ्गिरा मुनिः / पुलस्त्यः पुलहश्चैव क्रतुः परमधर्मवित्

Bhṛgu, Bhava et Marīci ; de même le sage Aṅgiras ; Pulastya et Pulaha ; et aussi Kratu—chacun, connaisseur suprême du Dharma.

Verse 19

अत्रिर्वसिष्ठो वह्निश्च पितरश्च यथाक्रमम् / ख्यात्याद्या जगृहुः कन्या मुनयो मुनिसत्तमाः

Atri, Vasiṣṭha, Vahni (Agni) et les Pitṛs, selon l’ordre prescrit, prirent pour épouses les jeunes filles à commencer par Khyāti—ces sages, les meilleurs des voyants.

Verse 20

श्रद्धाया आत्मजः कामो दर्पो लक्ष्मीसुतः स्मृतः / धृत्यास्तु नियमः पुत्रस्तुष्ट्याः संतोष उच्यते

De la Foi (Śraddhā) naît le Désir (Kāma). L’Orgueil (Darpa) est tenu pour le fils de Lakṣmī, la Fortune. De la Fermeté (Dhṛti) procède, comme un fils, Niyama, l’Observance; et de Tuṣṭi, la Satisfaction, il est proclamé que surgit Saṃtoṣa, le Contentement.

Verse 21

पुष्ट्या लाभः सुतश्चापि मेधापुत्रः श्रुतस्तथा / क्रियायाश्चाभवत् पुत्रो दण्डः समय एव च

De Puṣṭi naquit un fils nommé Lābha, le Gain. De même, de Medhā naquit Śruta, le Savoir entendu. Et de Kriyā naquirent les fils Daṇḍa, l’Autorité disciplinaire, et Samaya, la Loi convenue.

Verse 22

बुद्ध्या बोधः सुतस्तद्वदप्रमादो व्यजायत / लज्जाया विनयः पुत्रो वपुषो व्यवसायकः

De Buddhi, l’Intelligence, naquit Bodha, l’Éveil de la juste compréhension; et de cette même lignée surgit Apramāda, la Vigilance sans négligence. De Lajjā, la Pudeur, naquit Vinaya, l’Humilité et la bonne conduite; et de Vapuṣ, le corps bien formé, naquit Vyavasāya, l’effort résolu et l’entreprise.

Verse 23

क्षेमः शान्तिसुतश्चापि सुखं सिद्धिरजायत / यशः कीर्तिसुतस्तद्वदित्येते धर्मसूनवः

De Śānti, la Paix, naquit Kṣema, le Bien-être; et naquirent aussi Sukha, la Joie, et Siddhi, l’Accomplissement. De même, de Kīrti, la Gloire, naquit Yaśas, la Renommée. Tels sont dits les fils de Dharma.

Verse 24

कामस्य हर्षः पुत्रो ऽभूद् देवानन्दो व्यजायत / इत्येष वै सुखोदर्कः सर्गो धर्मस्य कीर्तितः

De Kāma naquit un fils nommé Harṣa, la Joie; et de lui surgit Devānanda, la Béatitude des Devas. Ainsi est proclamée cette lignée de Dharma, une création dont l’issue mûrit en bonheur et en fruition propice.

Verse 25

जज्ञे हिंसा त्वधर्माद् वै निकृतिं चानृतं सुतम् / निकृत्यनृतयोर्जज्ञे भयं नरक एव च

D’Adharma naquit en vérité Hiṃsā (la violence), et ses fils furent Nikṛti (la faute perfide) et Anṛta (le mensonge). De Nikṛti et d’Anṛta naquirent ensuite Bhaya (la peur) et Naraka (l’enfer).

Verse 26

माया च वेदना चैव मिथुनं त्विदमेतयोः / भयाज्जज्ञे ऽथ वै माया मृत्युं भूतापहारिणम्

Māyā et Vedanā (douleur/sensation) formèrent un couple. Puis, de la peur, Māyā enfanta en vérité Mṛtyu—la Mort, celle qui ravit les êtres vivants.

Verse 27

वेदना च सुतं चापि दुः खं जज्ञे ऽथ रौरवात् / मृत्योर्व्याधिजराशोकतृष्णाक्रोधाश्च जज्ञिरे

De Raurava surgirent Vedanā (la douleur) et aussi son enfant, Duḥkha (la souffrance). De Mṛtyu (la Mort) naquirent la maladie, la vieillesse, le chagrin, la soif du désir et la colère.

Verse 28

दुः खोत्तराः स्मृता ह्येते सर्वे चाधर्मलक्षणाः / नैषां भार्यास्ति पुत्रो वा सर्वे ते ह्यूर्ध्वरेतसः

On se souvient que tous ceux-ci s’achèvent dans la souffrance, et tous portent les marques de l’adharma. Ils n’ont ni épouse ni fils ; en vérité, tous sont « ūrdhvaretas », ceux dont la puissance génératrice est tournée vers le haut (par nature ascétique).

Verse 29

इत्येष तामसः सर्गो जज्ञे धर्मनियामकः / संक्षेपेण मया प्रोक्ता विसृष्टिर्मुनिपुङ्गवा

Ainsi naquit cette création tāmasa : une force d’ordonnancement qui règle le dharma. En bref, j’ai exposé ce processus d’émanation, ô le plus éminent des sages.

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Frequently Asked Questions

It links the impasse to the dominance of tamas and resolves it through the arising of buddhi and the action of rajas conjoined with sattva, which repels tamas and produces mithuna (paired polarity), enabling propagation.

It functions as a moral-cosmological counterline: Adharma generates violence, deceit, falsehood, fear, hell, and death—mapping how suffering arises and thereby reinforcing dharma as the stabilizing principle of cosmic and social order.

Svāyambhuva Manu and Śatarūpā anchor the human-cosmic genealogy; their line connects to Priyavrata and Uttānapāda, and extends through marital alliances involving Dakṣa, Ruci, Ākūti, Yajña, and Dakṣiṇā.