
Jāmbavatī’s Vaiṣṇava-Ācāra: Grace, Sense-Consecration, and Pilgrimage to Śrīnivāsa on Veṅkaṭādri
Le chapitre poursuit l’enseignement de Kṛṣṇa à Garuḍa sur les degrés de la bhakti : lorsque l’élan divin intérieur de Lakṣmī est puissant, Keśava se réjouit même du seul Nāma ; lorsqu’il faiblit, les pratiques semblent produire un fruit égal, bien qu’une supériorité demeure grâce à la présence constante de Lakṣmī. Garuḍa demande comment Jāmbavatī adora et pourquoi elle excella. Kṛṣṇa raconte sa vie d’une naissance antérieure comme fille de Soma : écoute assidue des Purāṇa, prosternations, circumambulations, souvenir du Seigneur et détachement, jusqu’au renoncement aux parures et aux biens. L’enseignement se tourne ensuite vers une discipline vaiṣṇava des sens—parole, mains, oreilles, yeux, peau, odorat et goût—réorientés vers Hari par la sevā, la kathā, le darśana, la compagnie des vaiṣṇava, le pāda-tīrtha et le prasāda. Puis sont exposées les règles du pèlerinage : vœu de continence durant la yātrā, recherche de la compagnie vaiṣṇava, rejet des pèlerins aux motivations mondaines, priorité donnée au Śālagrāma dans les rites, et préférence pour la marche à pied avec compassion et Hari-kathā quotidienne. Enfin, la contemplation ardente de Jāmbavatī aboutit au darśana de Śeṣācala/Veṅkaṭādri et au culte de Śrīnivāsa, avec les procédures de tīrtha (bain, tonsure, tīrtha-śrāddha, dons) et la récitation du Bhāgavata, reliant la bhakti intérieure au tīrtha-ācāra extérieur et préparant les enseignements suivants sur la conduite juste et les offenses en pèlerinage.
Verse 1
नाम द्वाविंशोध्यायः श्रीकृष्ण उवाच / सोमस्य पुत्री पूर्वसर्गे बभूव भार्या मदीया जाम्बवती मम प्रिया / तासां मध्ये ह्यधिका वीन्द्र किञ्चिद्रुद्रादिभ्यः पञ्चगुणैर्विहीना
Śrī Kṛṣṇa dit : «Dans une création antérieure, la fille de Soma fut Mon épouse — Jāmbavatī, chère à Mon cœur. Parmi elles, elle se distinguait tout particulièrement, ô Vīndra, le meilleur des oiseaux, car, sous un certain rapport, elle était exempte des cinq qualités associées à Rudra et aux autres divinités.»
Verse 2
यदावेशो बलवान्स्याद्रमायां तदानामस प्रियते केशवोलम् / यदावेशाद्ध्रासमुपैति काले तदा तासां साम्यमाहुर्महान्तः
Lorsque l’āveśa, l’élan intérieur en Ramā (Lakṣmī), la puissance divine, devient puissant, alors Keśava (Viṣṇu) se réjouit du seul Nom. Mais lorsque, avec le temps, ce même élan décline, les sages déclarent qu’entre ces modes il y a égalité quant au fruit.
Verse 3
लक्ष्म्यावेशः किञ्चिदस्त्येव नित्यमतस्ताभ्यः किञ्चिदाधिक्यमस्ति
En vérité, il demeure toujours une certaine mesure de l’āveśa de Lakṣmī, sa présence intérieure ; c’est pourquoi il y a quelque supériorité sur les autres.
Verse 4
गरुड उवाच / तासां मध्ये जाम्बवन्ती तु कृष्ण आराधनं कीदृशं सा चकार / तन्मे ब्रूहि कृपया विश्वमूर्ते आधिक्ये वै कारणं ताभ्य एव
Garuḍa dit : «Parmi elles, comment Jāmbavantī adora-t-elle Kṛṣṇa, et quelle forme prit sa dévotion ? Ô Viśvamūrti, Seigneur à la forme universelle, par grâce dis-le-moi : quelle fut donc la cause de sa supériorité sur les autres ?»
Verse 5
गरुडेनैवमुक्तस्तु भगवान् देवकीसुतः / मेघगंभीरया वाचा उवाच विनतासुतम्
Ainsi interpellé par Garuḍa, le Seigneur Bienheureux—fils de Devakī—s’adressa au fils de Vinatā d’une voix grave et retentissante, telle le tonnerre des nuées.
Verse 6
श्रीकृष्ण उवाच / या पूर्वसर्गे सोमपुत्री बभूव पितुर्गृहे वर्तमानापि साध्वी / जन्म स्वकीयं सार्थकं वै चकार पित्रा साकं विष्णुशुश्रूषणे न च
Śrī Kṛṣṇa dit : Celle qui, lors d’une création antérieure, naquit fille de Soma—tout en demeurant dans la maison paternelle—resta véritablement vertueuse. Elle rendit sa naissance féconde, car avec son père elle se voua au service dévotionnel de Viṣṇu, sans jamais se détourner de ce culte.
Verse 7
शुश्राव नित्यं सत्पुराणानि चैवं चक्रे सदा विष्णुपादप्रणामम् / चक्रे सदा तारकस्यापि विष्णोः प्रदक्षिणं स्मरणं कुर्वती सा
Elle écoutait sans cesse les Purāṇa sacrés et, ainsi, se prosternait toujours aux pieds de Viṣṇu. Elle accomplissait aussi continuellement la pradakṣiṇā autour de Viṣṇu—le « Tāraka », le Sauveur—demeurant engagée dans son souvenir.
Verse 8
पित्रा साकं सा तु कन्या खगेन्द्र वैराग्ययुक्ता श्रवणात्संबभूव / केशं च मित्रं द्विरदादिकं च अनर्घ्यरत्नानि गृहादिकं च
Ô Khagendra (Garuḍa), cette jeune fille, avec son père, fut remplie de vairāgya—détachement—par la seule écoute (de cet enseignement). Elle renonça à sa chevelure comme parure, à ses amis et compagnons, aux éléphants et autres biens, ainsi qu’aux joyaux inestimables, aux maisons et au reste.
Verse 9
सर्वं ह्येतन्नश्वरं चैव मेने ममाधीनं हरिणा वै कृतं च / येनैव दत्तं पुत्रमित्रादिकं च तेना हृतं वेदनां नैव चक्रे
Il comprit que tout cela est périssable, et que ce qui semblait dépendre de lui était en vérité ordonné par Hari. Celui-là même qui avait accordé fils, amis et le reste les reprit aussi ; dès lors, il ne laissa pas naître l’affliction.
Verse 10
अद्यैव विष्णुः परमो दयालुः दयां मयि कृतवांस्ते न सुष्ठु / पित्रा साकं कन्यका सा तु वीन्द्र सदात्मनि ह्यमले वासुदेवे
Aujourd’hui même, Viṣṇu—le Très-Compatissant—m’a accordé sa miséricorde, et non sans juste raison. Cette jeune fille, avec son père, ô le meilleur des rois, demeure dans le Soi éternel : Vāsudeva, sans tache et pur.
Verse 11
एकान्तत्वं सुष्ठु भक्त्या गता सा यदृच्छया सोपपन्नेन देवी / अकल्पयन्त्यात्मनो वीन्द्र वृत्तिं चकार यत्सावधिराधं प्रथैव
Ayant atteint l’ekānta—la vraie solitude, l’unique point d’attention—par une dévotion ferme, cette Déesse, par la providence et avec des moyens appropriés, sans vaciller dans sa résolution intérieure, établit la voie de sa vie ; et dès l’origine elle posa une limite nette à la faute et au péché.
Verse 12
सा वै वित्तं विष्णुपादारविन्दे दुः खार्णवात्तराके संचकार / वागीन्द्रिद्रियं खग सम्यक् चकार हरेर्गुणानां वर्णने वा सदैव
Elle plaça ses richesses aux pieds de lotus de Viṣṇu, en en faisant une barque pour traverser l’océan de la douleur. Ô oiseau (Garuda), elle disciplina aussi avec justesse la parole et les sens, demeurant toujours occupée à décrire les vertus de Hari.
Verse 13
हस्तौ च विष्णोर्गृहसंमार्जनादौ चकार देवी गात्रमलापहारम् / श्रोत्रं च चक्रे हरिसत्कथोदये मोक्षादिमार्गे ह्यमृतोपमे च
La Déesse fit des mains des instruments de service à Viṣṇu—à commencer par des actes tels que balayer et purifier la demeure—et pour ôter les impuretés du corps. Elle fit aussi des oreilles un réceptacle pour l’éclosion des récits sacrés de Hari, pour la voie qui commence par la délivrance, et pour ce qui est semblable au nectar.
Verse 14
नेत्रं च चक्रे प्रतिमादिदर्शने अनादिकालीनमलापहरिणी / सद्वैष्णवानां स्पर्शने चैव संगे निर्माल्यगन्धानुविलेपने त्वक्
L’œil fut fait pour contempler les images sacrées et autres objets de vénération, et il enlève les impuretés accumulées depuis un temps sans commencement. La peau, elle aussi, est destinée au contact et à la compagnie des véritables vaiṣṇavas, et à être ointe du parfum du nirmālya : les guirlandes déjà offertes au Seigneur.
Verse 15
घ्रार्णेद्रियं सा हरिपादसारे चकार संसारविमुक्तिदे च / जिह्वेन्द्रियं हरिनैवेद्यशेषे श्रीमत्तुलस्यादिविमिश्रिते च
Elle purifia le sens de l’odorat par l’essence des pieds de Hari, qui accorde la délivrance des liens du saṃsāra ; et elle purifia le sens du goût (la langue) par les restes du naivedya offert à Hari, mêlés à la tulasī sacrée et à d’autres offrandes pures.
Verse 16
पादौ हरेः क्षेत्रपथानुसर्पणे शिरो हृषीकेशपदाभिवन्दने / कामं हृदास्ये तु हरिदास्यकाम्या तथोत्तमश्लोकजनाश्चरन्ति
Les dévots du Seigneur—Lui que célèbrent les hymnes les plus sublimes—laissent leurs pieds suivre les voies sacrées vers les lieux saints de Hari ; ils inclinent la tête aux pieds de Hṛṣīkeśa ; et, par le cœur et la parole, ils ne chérissent qu’un seul désir : l’ardent souhait de servir Hari. Ainsi vivent ceux qui sont voués au Seigneur Suprême.
Verse 17
निष्कामरूपे च मतिं चकार वागिन्द्रियं स्तवनं स्वीचकार / एवं सदा कार्यसमूहमात्मना समर्पयित्वा परमेशपादयोः
Il fixa son esprit dans une dévotion sans désir (désintéressée) et consacra l’organe de la parole à la louange du Seigneur. Ainsi, offrant sans cesse l’ensemble de ses actes, depuis son propre être, aux pieds du Seigneur Suprême, il demeura voué à Lui.
Verse 18
तीर्थाटनार्थं तु जगाम पित्रा साकं हरेः प्रीणनाद्यर्थमेव / आराधयित्वा ब्राह्मणान्विष्णुभक्तानादौ गृहे वस्त्रसंभूषणाद्यैः
Dans le but d’accomplir le pèlerinage aux tīrthas, il partit avec son père, uniquement pour réjouir Hari. D’abord, dans sa propre demeure, il honora des brāhmanes dévots de Viṣṇu, en leur offrant vêtements, parures et autres présents.
Verse 19
पश्चात्कल्पं कारयामास देवी विष्णोरग्रे तीर्थयात्रार्थमेव / यावत्कालं तीर्थयात्रा मुकुन्द तावत्कालं तूर्ध्वरेता भवामि
Ensuite, la Déesse fit entreprendre un vœu sacré devant Viṣṇu, uniquement en vue du pèlerinage aux lieux saints. «Ô Mukunda, tant que durera ce pèlerinage, durant tout ce temps je demeurerai dans la continence, retenant et dirigeant vers le haut l’énergie vitale.»
Verse 20
यावत्कालं तीर्थयात्रां करिष्ये तावद्दत्ताद्वैष्णवानां च संगम् / हरेः कथाश्रवणं स्यान्मुकुन्द नावैष्णवानां संगिनामङ्गसंगम्
Tant que j’accomplirai des pèlerinages vers les tīrtha sacrés, accorde-moi aussi la compagnie des Vaiṣṇava. Ô Mukunda, qu’il y ait l’écoute des récits de Hari; et qu’il n’y ait point de fréquentation corporelle avec ceux qui s’attachent aux non-Vaiṣṇava.
Verse 21
सुहृज्जनैः पुत्रमित्रादिकैश्च दीर्थाटनं नैव कुर्यां मुकुन्द / कुर्वन्ति ये काम्यया तीर्थयात्रां तेषां संगं कुरु दूरे मुकुन्द
Ô Mukunda, je n’entreprendrai pas l’errance du pèlerinage avec parents et compagnons—fils, amis et autres. Ceux qui accomplissent la tīrtha-yātrā par désir de profit mondain, tiens-moi loin de leur compagnie, ô Mukunda.
Verse 22
शालग्रामं ये विहायैव यात्रां कुर्वन्ति तेषां किं फलं प्राहुरार्याः / यदा तीर्थानां दर्शनं स्यात्तदैव शालग्रामं पुरतः स्थापयित्वा
Ceux qui entreprennent le pèlerinage en laissant de côté le Śālagrāma, quel fruit obtiennent-ils, disent les nobles? Quand le tīrtha est contemplé, à cet instant même—après avoir d’abord placé le Śālagrāma devant soi—qu’on poursuive l’acte d’adoration.
Verse 23
तीर्थाटनं पादचैरैः कृतं चेत्पूर्णं फलं प्राहुरार्याः खगेन्द्र / पादत्राणं पादरक्षां च कृत्वा तीर्थाटनं पादहीनं तदाहुः
Ô Khagendra, les nobles déclarent que lorsque le pèlerinage est accompli à pied, il donne son mérite entier. Mais si l’on pèlerine avec protection des pieds, en les préservant, ils disent qu’un tel pèlerinage est, pour ainsi dire, «sans pieds», privé de son fruit complet.
Verse 24
यो वाहने तुरगे चोपविष्टस्तीर्थाटनं कुरुते चार्धहीनम् / वृषादीनां वाहने पादमाहुः परान्नानां भोजने व्यर्थमाहुः
Celui qui accomplit le pèlerinage assis sur un véhicule ou un cheval ne l’accomplit qu’avec la moitié du mérite. Monter des taureaux et des bêtes semblables, disent-ils, n’en donne qu’un quart. Et ils déclarent que manger la nourriture donnée par autrui (en aumône) est vain, sans fruit.
Verse 25
महात्मनां वेदविदां यतीनां परान्नानां भोजने नैव दोषः / संकल्पयित्वा परमादरेण जगाम सा तीर्थयात्रार्थमेव
Pour les ascètes magnanimes, les yatis connaisseurs des Veda, il n’y a aucune faute à accepter une nourriture préparée par autrui. Ayant formé sa résolution avec la plus haute révérence, elle partit uniquement pour accomplir un pèlerinage vers les tīrtha, les gués sacrés.
Verse 26
आदौ स्नात्वा हरिनिर्मात्यगन्धं विसर्जयित्वा श्रवणं वै चकार / पित्रा साकं भोजनं चापि कृत्वा अग्रे दिने क्रोशमेकं जगाम
D’abord, après s’être baigné, il renonça au parfum préparé par Hari; puis il accomplit selon la règle le rite de l’écoute (śravaṇa). Ayant aussi pris le repas avec son père, le lendemain il poursuivit sa route d’un krośa (environ deux milles).
Verse 27
तत्र द्विजान्पूजयित्वान्नपान रात्रौ तत्त्वं श्रावयामास देवी / एवं यात्रां ये प्रकुर्वन्ति नित्यं तेषां यात्रां सफलां प्राहुरार्याः
Là, après avoir honoré les dvijas (brāhmaṇas) par nourriture et boisson, la nuit la Déesse fit entendre la vérité (tattva). Ceux qui accomplissent ainsi le pèlerinage chaque jour, les nobles affirment que leur voyage porte un fruit véritable.
Verse 28
विना दयां तीर्थयात्रा खगेन्द्रव्यर्थेत्येवं वीन्द्र चाहुर्महान्तः / दिवा रात्रौ ये न शृण्वन्ति दिव्यां हरेः कथां तीर्थमार्गे खगेन्द्र
Ô Garuḍa, les grands déclarent qu’un pèlerinage accompli sans compassion est vain. Et ceux qui, de jour comme de nuit, n’écoutent pas les récits divins de Hari sur la route du tīrtha—ô seigneur des oiseaux—leur voyage aussi porte peu de fruit.
Verse 29
व्यर्थंव्यर्थं तस्य चाहुर्गतं वै अश्वादीनां वाहनानां च विद्धि / अश्वादीनामपराधं वदस्व गङ्गादीनां दर्शनात्पापनाशः
Ils déclarent que son départ est totalement vain; sache que cela vient d’offenses liées aux montures, tels les chevaux, et aux autres moyens de transport. Dis donc la faute concernant les chevaux et semblables : par la seule vision de la Gaṅgā et des autres fleuves sacrés, les péchés sont détruits.
Verse 30
क्षेत्रस्थविष्णोर्दर्शनात्पापनाशो मार्जारस्याप्यपराधं वदस्व / क्षेत्रस्थविष्णोः पूजनात्पापनाशः पूजावतामपराधं वदस्व
Dis-moi la faute—même celle d’un simple chat—car l’on dit qu’en contemplant Viṣṇu qui demeure dans le kṣetra sacré, les péchés sont détruits. Dis-moi aussi la faute de ceux qui accomplissent le culte, car l’on dit qu’en adorant Viṣṇu résidant en ce lieu saint, les péchés s’effacent.
Verse 31
जपादीनां कुर्वतां पापनाशो विष्णोर्ध्यानात्सद्य एवाधनाशः / अनुसंधानाद्रहितं सर्वमेव कृतं व्यर्थमेवेति चाहुः
Pour ceux qui accomplissent le japa et autres pratiques, les péchés sont détruits; par la méditation sur le Seigneur Viṣṇu, la pauvreté est anéantie sur-le-champ. Mais l’on dit que tout ce qui est fait sans recollection intérieure (anusaṃdhāna), tout cela, en vérité, est vain.
Verse 32
अतो हरेः पापविनाशिनीं कथां श्रुत्वा विष्णोर्भक्तिमान्स्यात्वगन्द्र / दृष्ट्वादृष्ट्वा हरिपादाङ्कितं च स्मृत्वास्मृत्वा भक्तिमान्स्यात्खगेन्द्र
Ainsi, ô seigneur de la parole, en écoutant le récit sacré de Hari, qui détruit le péché, on devient dévot de Viṣṇu. Et, ô roi des oiseaux, en contemplant sans cesse ce qui porte l’empreinte des pieds de Hari, et en se souvenant de Lui encore et encore, on devient un bhakta véritable.
Verse 33
पित्रा साकं कन्यका सापि वीन्द्र शेषाचलस्थं श्रीनिवासं च द्रष्टुम् / जगाम सा मार्गमध्ये हरिं च सा चिन्तयामास रमापतिं च
Ô Indra, cette jeune fille partit elle aussi avec son père pour contempler Śrīnivāsa, qui demeure sur Śeṣācala. Et, en chemin, elle ne cessait de méditer Hari—Rāmāpati, le Seigneur de Lakṣmī.
Verse 34
कदा द्रक्ष्ये श्रीनिवासस्य वक्षः श्रीवत्सरत्नैर्भूषितं विस्तृतं च / कदा द्रक्ष्ये श्रीनिवासस्य तुन्दं वलित्रयेणाङ्कितं सुंदरं च
Quand verrai-je la vaste poitrine de Śrīnivāsa, ornée de la marque Śrīvatsa, telle un joyau? Quand verrai-je le beau ventre de Śrīnivāsa, embelli par les trois plis de bon augure?
Verse 35
कदा द्रक्ष्ये श्रीनिवासस्य कण्ठं महर्लोकस्याश्रयं कंबुतुल्यम् / कदा द्रक्ष्ये श्रीनिवासस्य नाभिं सदान्तरिक्षस्याश्रयं वै सुपूर्णम्
Quand verrai-je la gorge de Śrīnivāsa—pareille à la conque sacrée, soutien de Maharloka ? Quand verrai-je le nombril de Śrīnivāsa—toujours comblé, véritable appui de l’espace médian (antarikṣa) ?
Verse 36
कदा द्रक्ष्ये वदनं वै मुरारेर्जनलोकस्याश्रयं सर्वदैव
Quand contemplerai-je le visage de Murāri (le Seigneur Viṣṇu), refuge éternel du monde des êtres ?
Verse 37
शिरः कदा श्रीनिवासस्य द्रक्ष्ये सत्यस्य लोकस्याश्रयं सर्वदैव / कटिं कदा श्रीनिवासस्य द्रक्ष्ये भूर्लोकस्याश्रयं सर्वदैव
Quand verrai-je la tête de Śrīnivāsa—refuge éternel de Satyaloka, le royaume de la Vérité ? Quand verrai-je la taille de Śrīnivāsa—refuge éternel de Bhūrloka, le monde terrestre ?
Verse 38
कदा द्रक्ष्ये श्रीनिवासस्य चोरु तलातलस्याश्रयं सर्वदैव / कदा द्रक्ष्ये श्रीनिवासस्य जानु सुकोमलं सुतलस्याश्रयं च
Quand verrai-je les cuisses de Śrīnivāsa—soutien éternel de Talātala ? Quand verrai-je les genoux délicats de Śrīnivāsa—soutien aussi de Sutala ?
Verse 39
कदा द्रक्ष्ये श्रीनिवासस्य जङ्घे रसातलस्याश्रयेः सर्वदैव / कदा द्रक्ष्ये पादतलं हरेश्च पाताललोकस्याश्रयं सर्वदैव
Quand verrai-je les jambes de Śrīnivāsa—soutien toujours présent de Rasātala ? Quand verrai-je la plante des pieds de Hari—refuge et fondement toujours présent des mondes de Pātāla ?
Verse 40
इत्थं मार्गे चिन्तयन्ती च देवी शेषाचले शेषदेवं ददर्श / फणैः सहस्रैः सुविराजमानं नानाद्रुमैर्वानरैर्वानरीभिः
Ainsi, tandis que la Déesse méditait en chemin, elle aperçut Śeṣadeva sur Śeṣācala, rayonnant de splendeur avec mille capuchons de serpent, au milieu d’arbres de toutes sortes, entouré de singes et de guenons.
Verse 41
अनन्त जन्मार्जितपुण्यसंचयान्मयाद्य दृष्टः परमाचलो हि / तद्दर्शनाद्वाष्पकलाकुलेक्षणा सद्यः समुत्थाय ननाम मूर्ध्ना
En vérité, aujourd’hui j’ai contemplé la Montagne Suprême, obtenue par l’accumulation de mérites amassés au fil d’innombrables naissances. À cette vue, mes yeux se voilèrent de larmes; aussitôt je me levai et m’inclinai, la tête en signe de vénération.
Verse 42
मुखं च दृष्ट्वा नमनं च कार्यं पृष्ठादिभागे नमनं न कार्यम् / सापि द्विषट्कं नमनं च चक्रे शालग्रामं स्थापयित्वा पुरो ऽस्य
Après avoir contemplé le visage, il convient d’accomplir la prosternation révérencieuse; il ne faut pas se prosterner vers le dos ou l’arrière. Elle aussi fit douze prosternations, après avoir d’abord placé le Śālagrāma (pierre-emblème de Viṣṇu) devant lui.
Verse 43
इत्थं कार्यं वैष्णवैः पर्वतस्य त्वं वैष्णवैर्विपरीतं च कार्यम् / मध्वान्तःस्थः पर्वताग्रेस्ति नित्यं रमाब्रह्माद्यैः पूजितः श्रीनिवासः
Telle est l’œuvre que les Vaiṣṇava doivent accomplir à l’égard de la montagne; mais toi, tu as agi à l’inverse de ce qu’un Vaiṣṇava doit faire. Le Seigneur Śrīnivāsa—demeurant à jamais dans la région divine dite « Madhva » et au sommet du mont—est éternellement vénéré par Ramā (Lakṣmī), Brahmā et les autres dieux.
Verse 44
सुसत्तमं परमं श्रीनिवासं द्रक्ष्ये ऽथाहं ह्यारुरुक्षे ऽचलञ्च / इत्येवमुक्त्वा कपिलाख्यतीर्थे स्थानं चक्रे सा स्वपित्रा सहैव
«Je contemplerai le Seigneur suprême, le très noble Śrīnivāsa; puis, assurément, je gravirai la montagne.» Ayant ainsi parlé, elle établit sa demeure au gué sacré nommé Kapila, avec son propre père.
Verse 45
अत्रैवास्ते श्रीनिवासो हरिस्तु द्रव्येण रूपेण न चान्यथेति / आदौस्नात्वा मुण्डनं तत्र कृत्वा तीर्थश्राद्धं कारयित्वा सुतीर्थे
Ici même demeure Hari, le Seigneur de Śrī, Śrīnivāsa, réellement présent dans cette substance sacrée et dans cette forme—et non autrement. Ainsi, après s’y être d’abord baigné, on doit y accomplir la tonsure, puis, en ce tīrtha de bon augure, faire célébrer comme il se doit le tīrtha-śrāddha (rite aux ancêtres en lieu de pèlerinage).
Verse 46
गोभूहिरण्यादिसमस्तदानं दत्त्वा शैलं चारुरोहाथ साध्वी / शालग्रामं स्थापयित्वा स चाग्रे पुनः प्रणामं सापि चक्रे सुभक्त्या
Après avoir fait tous les dons—vaches, terres, or et le reste—la femme vertueuse gravit une belle colline. Plaçant devant elle une pierre de Śālagrāma, elle se prosterna de nouveau, offrant son hommage avec une bhakti sincère.
Verse 47
सोपानानां शतपर्यन्तमेवमारुह्य सा ह्युपविष्टा तु तत्र / शुश्राव सा भागवतं पुराणं शुश्राव वैवेङ्कटाद्रेः प्रशंसाम्
Ayant ainsi gravi jusqu’à cent marches, elle s’assit là. Assise en ce lieu, elle entendit la récitation du Bhāgavata Purāṇa, et elle entendit aussi les louanges du saint Veṅkaṭādri (la colline de Tirumala).
Verse 48
जैगीषव्याद्गुरुपादात्सुभक्त्या सुश्राव तत्त्वं वेङ्कटाद्रेश्च सर्वम्
Avec une foi dévouée aux pieds de son guru, Jaigīṣavya entendit et comprit toute la vérité concernant le Seigneur Veṅkaṭādri (Veṅkaṭeśvara).
It assigns speech to describing Hari’s virtues, hands to sevā and purity-maintenance, ears to hearing Hari narratives and liberating teachings, eyes to sacred darśana that cleanses beginningless impurities, skin to contact with true Vaiṣṇavas and nirmālya fragrance, smell to Hari’s pāda-tīrtha essence, and taste to prasāda remnants with tulasī—turning embodiment into a devotional instrument.
The text frames bodily hardship and humility (walking) as integral to yātrā’s purificatory intent; protecting the feet or riding is portrayed as diminishing that austerity, hence described as ‘footless’ or partial in fruit. The emphasis is ethical-spiritual orientation rather than travel logistics.
Compassion is stated as a non-negotiable prerequisite: without day-to-day kindness and a softened heart, the journey becomes externally correct yet internally barren, undermining the very purification that tīrtha-yātrā is meant to cultivate.
That their sin-destroying and prosperity-removing promises are realized only when joined to remembrance of Viṣṇu; performed without anusaṃdhāna, they are declared ‘in vain’ despite outward correctness.