
Means to Liberation: Supremacy of Hari, Proper Salutations, and Purāṇic Authority
Le chapitre s’ouvre par un maṅgalācaraṇa et une vision poétique de la révélation aux multiples faces de Kṛṣṇa selon les observateurs, puis se déplace vers le cadre de Naimiṣāraṇya où des sages brahmacārins, conduits par Śaunaka, cherchent les moyens d’atteindre les quatre puruṣārtha et, surtout, une bhakti inébranlable envers Hari ainsi que l’accomplissement du triple karma. Ils abordent Sūta à Siddhāśrama et demandent comment plaire à Viṣṇu et quelle connaissance décisive mène à la délivrance. Sūta répond en justifiant l’ordre des salutations : Viṣṇu comme l’unique réalité suprême ; Śrī, Vāyu et Bhāratī comme soutiens subordonnés mais vénérables ; et Vyāsa honoré en dernier comme auteur et, par sa fonction, non différent de Hari. L’enseignement met en garde contre une adoration sectaire erronée et explique que l’emblème de Vāyu doit être intégré comme un lieu de présence de Hari plutôt que comme une divinité indépendante. Il propose ensuite une classification des Purāṇa selon les guṇa, en soulignant Bhāgavata, Viṣṇu et Garuḍa comme particulièrement sāttvika et salutaires au Kali-yuga, préparant le terrain doctrinal pour les enseignements ultérieurs du Preta-kalpa sur les rites, l’au-delà et la pratique orientée vers mokṣa.
Verse 1
प्रेतकल्पे मोक्षोपायनिरूपणं नामैकोनपञ्चाशत्तमो ऽध्यायः श्रीगणेशायनमः / श्रीलक्ष्मीनृसिंहाय नमः / श्रीदत्तात्रेयाय नमः / श्रीवेदव्यासाय नमः / श्रीहयग्रीवाय नमः / ॐ मल्लानामशनिर्नृणां नरवरः स्त्रीणां स्मरो मूर्तिमान् गोपानां स्वजनो ऽसतां क्षितिभृतां शास्ता स्वपित्रोः शिशुः / मृत्युर्भोजपतेर्विधातृविहित स्तत्त्वं परं योगिनां वृष्णीनां च पतिः सदैव शुशुभे रङ्गे ऽच्युतः साग्रजः
Dans le Preta-kalpa, voici le quarante-neuvième chapitre, nommé «Exposé des moyens de la Libération (mokṣa)». Hommage à Śrī Gaṇeśa ; à Śrī Lakṣmī-Nṛsiṃha ; à Śrī Dattātreya ; à Śrī Vedavyāsa ; et à Śrī Hayagrīva. Om : Dans l’arène, Acyuta (Kṛṣṇa), avec son frère aîné, resplendit — pour les lutteurs tel un éclair ; pour les hommes, le meilleur des hommes ; pour les femmes, l’Amour incarné ; pour les bouviers, un parent intime ; pour les méchants, un châtieur ; pour les rois, un souverain et un maître de discipline ; pour ses parents, un enfant ; pour Kaṃsa (seigneur des Bhoja), la Mort elle-même ; pour les yogins, la Vérité suprême ; et pour les Vṛṣṇis, leur Seigneur.
Verse 2
नमो नारायणायेति तस्मै वै मूलरूपिणे / नमस्कृत्य प्रवक्ष्यामि नारायणकथामिमाम्
«Namo Nārāyaṇāya» : hommage à Nārāyaṇa, Lui qui est la Forme originelle, la Racine première. Après m’être incliné avec révérence, j’exposerai maintenant ce récit sacré de Nārāyaṇa.
Verse 3
शौनकाद्या महात्मानो ह्यृषयो ब्रह्मवादिनः / नैमिषाख्ये महापुण्ये तपस्तेपुर्महत्तरम्
Les sages magnanimes — Śaunaka et les autres —, expositeurs du Brahman, accomplirent de très grandes austérités dans le lieu suprêmement sacré nommé Naimiṣa.
Verse 4
जितेन्द्रिया जिताहाराः संतः सत्यपरायणाः / यजन्तः परया भक्त्या विष्णुमाद्यं जगद्गुरुम्
Les saints, maîtres de leurs sens et sobres dans la nourriture, fermes dans la vérité, adorent Viṣṇu, le Primordial, le Guru du monde, avec une dévotion suprême.
Verse 5
गृणन्तः परमं ब्रह्म जगच्चक्षुर्महौजसः / सर्वशास्त्रार्थतत्त्वज्ञास्तेपुर्नैमिष कानने
Louant le Brahman suprême—l’Œil de l’univers, puissant et rayonnant—, ces sages qui connaissaient l’essence véritable du sens de tous les śāstra accomplirent des austérités dans la forêt de Naimiṣa.
Verse 6
यज्ञैर्यज्ञपतिं केचिज्ज्ञानैर्ज्ञानात्मकं परम् / केचित्परमया भक्त्या नारायणमपूजयन्
Les uns adorèrent le Seigneur des sacrifices par les rites du yajña ; d’autres adorèrent le Suprême, dont la nature est pure connaissance, par le jñāna ; et d’autres encore, avec la plus haute dévotion, vénérèrent Nārāyaṇa.
Verse 7
एकदा तु महात्मानः समाजं चक्रुरुत्तमाः / धर्मार्थकाममोक्षाणामुपायं ज्ञातुमिच्छवः
Un jour, ces nobles grandes âmes tinrent une assemblée éminente, désirant connaître le moyen d’atteindre dharma, artha, kāma et mokṣa.
Verse 8
षद्विंशतिसहस्राणि मुनीनामूर्ध्वरेतसाम् / तेषां शिष्यप्रशिष्याणां संख्या वक्तुं न शङ्क्यते
Il y a vingt-six mille sages, ascètes brahmacārī (dont l’énergie vitale est tournée vers le haut). Le nombre de leurs disciples et des disciples de leurs disciples ne peut être énoncé.
Verse 9
मुनयो भावितात्मानो मिलितास्ते महोजसः / लोकानुग्रहकर्तारो वीतरागा विमत्सराः
Ces munis—maîtres d’eux-mêmes et intérieurement purifiés—s’assemblèrent, puissants d’une grande splendeur spirituelle ; bienfaiteurs des mondes, ils étaient sans attachement et sans jalousie.
Verse 10
कथं हरौ मनुष्याणां भक्तिरव्यभिचारिणी / केन सिध्येत्तु सकलं कर्म त्रिविधमात्मनः
Comment naît chez les humains la bhakti envers Hari, ferme et sans déviation ? Et par quel moyen s’accomplit entièrement le triple karma du soi ?
Verse 11
इत्येवं प्रष्टुमात्मानमुद्यतान्प्रेक्ष्य शौनकः / सांज लिर्वाक्यमाह स्म विनयावनतः सुधीः
Les voyant ainsi prêts à l’interroger, le sage Śaunaka, incliné avec humilité, les mains jointes en signe de vénération, prononça alors ces paroles.
Verse 12
शौनक उवाच / आस्ते सिद्धाश्रमे पुण्ये सूतः पौराणिकोत्तमः / स एतदखिलं वेत्ति व्यासशिष्यो यतीश्वरः
Śaunaka dit : Dans le saint Siddhāśrama demeure Sūta, le plus éminent des récitants des Purāṇa. Il sait tout cela dans son entier : disciple de Vyāsa, il est un seigneur parmi les ascètes.
Verse 13
तस्मात्तमेव पृच्छाम इत्येवं शौनको मुनिः / अथ ते ऋषयो जग्मुः पुण्यं सिद्धाश्रमं ततः
C’est donc lui seul que nous interrogerons—ainsi parla le muni Śaunaka. Alors ces ṛṣi partirent de là et se rendirent au saint Siddhāśrama.
Verse 14
पप्रच्छुस्ते सुखासीनं नैमिषारण्यवासिनः / ऋषय ऊचुः / वयं त्वतिथयः प्राप्तास्त्वातिथेयोसि सुव्रत
Les sages demeurant à Naimiṣāraṇya t’interrogèrent tandis que tu étais assis en paix. Les ṛṣi dirent : «Nous sommes venus comme tes hôtes ; ô toi aux vœux nobles, c’est toi l’hôte‑receveur qui doit accueillir les hôtes.»
Verse 15
स्नानदानोपचारेण पूजयित्वा यथाविधि / केन विष्णुः प्रसन्नः स्यात्स कथं पूज्यते नरैः
Après L’avoir honoré selon la règle, par des services rituels tels que le bain sacré et le don—par quel moyen Viṣṇu est-Il satisfait, et comment les hommes doivent-ils L’adorer ?
Verse 16
मुक्तिसाधनभूतं च ब्रूहि तत्त्वविनिर्णयम् / सूत उवाच / शृणुध्वमृष्यः सर्वे हरिं तत्त्वविनिर्णयम्
«Explique aussi la connaissance décisive du Réel, qui sert de moyen de délivrance.» Sūta dit : «Ô ṛṣi, écoutez tous la détermination de la vérité de Hari.»
Verse 17
नत्वा विष्णुं श्रियं वायुं भारतीं शेषसंज्ञकम् / द्वैपायनं गुरुं कृष्णं प्रवक्ष्यामि यथामति
Après m’être incliné devant Viṣṇu, devant Śrī (Lakṣmī), devant Vāyu, devant Bhāratī (Sarasvatī) et celui qu’on nomme Śeṣa, ainsi que devant Dvaipāyana (Vyāsa) et mon maître Kṛṣṇa, j’exposerai maintenant selon ma mesure.
Verse 18
नास्ति नारायणसमं न भूतं न भविष्यति / एतेन सत्यवाक्येन सर्वार्थान्साधयाम्यहम्
Nul n’est l’égal de Nārāyaṇa : il n’en fut point jadis, et il n’en sera point à venir. Par la puissance de cette parole de vérité, j’accomplis tous les buts.
Verse 19
शौनक उवाच / किमर्थं नमनं विष्णोर्ग्रन्थादौ मुनिसत्तम / कर्तव्यं ब्रूहि मे ब्रह्मन्कृपया मम सुव्रत
Śaunaka dit : « Ô le meilleur des sages, pour quelle raison faut-il offrir l’hommage à Viṣṇu au commencement d’un traité ? Ô brāhmane vénérable, dis-le-moi par compassion, ô toi aux vœux excellents. »
Verse 20
ततः श्रियं ततो वायुं भारतीं च ततः परम् / अन्ते व्यासं किमर्थं च त्वं नमस्कृतवानसि / सूतसूत महाभाग ब्रूहि कारणमत्र च
« D’abord tu t’es incliné devant Śrī, puis devant Vāyu, puis devant Bhāratī (Sarasvatī), et ensuite devant d’autres. Mais pourquoi as-tu rendu hommage à Vyāsa à la fin ? Ô noble fils d’un Sūta, dis aussi la raison de cela. »
Verse 21
सूत उवाच / आदौ वन्द्यः सर्ववेदैकवेद्यो वेदे शास्त्रे सेतिहासे पुराणे / सत्तां प्रायो विष्णुरेवैक एव प्रकाशते ऽतो नम्य एको हरिर्हि
Sūta dit : « Au commencement, l’Unique digne de vénération—connaissable par les seuls Veda—est proclamé dans le Veda, dans les śāstra, dans les Itihāsa et dans les Purāṇa. En vérité, comme Réalité suprême, Viṣṇu seul se manifeste principalement ; c’est pourquoi l’unique Hari seul doit être salué. »
Verse 22
सर्वत्र मुख्यस्त्वधिकोन्यतोपि स एव नम्यो न च शङ्कराद्याः / नमन्ति ये ऽविनयाच्छङ्करं तु विनायकं चण्डिकां रेणुकां च
Lui seul est partout le Suprême—au-dessus de tous les autres—et Lui seul est véritablement digne d’être salué avec révérence, non Śaṅkara ni les autres divinités. Ceux qui, par manque de discernement et d’humilité, se prosternent devant Śaṅkara, Vināyaka, Caṇḍikā et Reṇukā (comme s’ils étaient le plus haut), ne reconnaissent pas le Seigneur ultime.
Verse 23
तथा सूर्यं भैरवं मातारश्व तथा वाणीं गिरिजां वै श्रियं च / सर्वेपि ते वैष्णवा नैव लोके न तद्भक्ता वेति चार्या वदन्ति
De même, ceux qui vénèrent le Soleil, Bhairava, Mātariśvan (Vāyu), Vāṇī (Sarasvatī), Girijā (Pārvatī) et Śrī (Lakṣmī) : en ce monde, tous sont véritablement des vaiṣṇava ; les ācārya déclarent qu’ils ne sont pas des « non-dévots » de Lui.
Verse 24
न पार्थिक्यान्नमनं कार्यमेव प्रीणन्ति नैता देवताः पूजनेन / पूजां गृहीत्वा देवताश्चैव सर्वाः किञ्चिद्दत्वा फलदानेन तांश्च
Ces divinités ne sont pas véritablement comblées par de simples distinctions mondaines ni par une prosternation de forme; elles ne se satisfont pas non plus du culte seul. Ayant reçu l’offrande de l’adoration, toutes les divinités accordent ensuite quelque résultat, dispensant des fruits selon ce qui est offert et accompli.
Verse 25
संतर्प्य तुष्टैः स्वमनोनु सारात्तैः कारितां काम्यपूजां तथैव / निवेदयित्वा परदेवतायां विष्णौ हरौ श्रीपुरुषादिवन्द्ये
Après avoir rassasié et réjoui les dévots selon son intention, qu’on accomplisse de même le culte désiré (kāmya) tel qu’ils l’enseignent; puis, l’ayant offert à la Divinité Suprême—Viṣṇu, Hari—vénérable comme Śrī-Puruṣa et Seigneur primordial, qu’on le consacre entièrement à Lui.
Verse 26
इहापरत्रापि सुखेतराणि दास्यन्ति पश्चादधरं वै तमश्च / अतो ह्येते नैव पूज्या न नम्या मोक्षेच्छुभिर्ब्राह्मणाद्यैर्द्विजेन्द्र
Ici-bas comme dans l’au-delà, ils ne donnent pas le bonheur mais la souffrance; puis, ensuite, ils entraînent vraiment vers l’obscurité inférieure. C’est pourquoi, ô meilleur des deux-fois-nés, ceux qui aspirent à la mokṣa—brāhmanes et autres—ne doivent ni les adorer ni se prosterner devant eux.
Verse 27
तथैव सर्वाश्रमिभिश्च नित्यं महाविपत्तावपि विप्रवर्याः / श्रीकाम्य या ये तु भजन्ति नित्यं श्रीब्रह्मरुद्रेद्रयमादिदेवान्
De même, ô meilleur des brāhmanes, les gens de tous les āśramas doivent adorer constamment, même au cœur des grandes calamités. Mais ceux qui, désirant la prospérité, vénèrent chaque jour les divinités primordiales—Brahmā, Rudra (Śiva), Indra, Yama et autres—obtiennent l’heureuse fortune recherchée.
Verse 28
इहेव भुञ्जन्ति महच्च दुः खं महापदः कुष्ठभगन्दरादीन् / नमन्ति ये ऽवैष्णवान्ब्रह्मरुद्रवायु प्रतीकान्नैव ते विष्णुभक्ताः
Même ici (dans cette vie même), ils endurent une grande souffrance : de grandes calamités telles que la lèpre (kuṣṭha), la fistule (bhagandara) et d’autres maladies graves. Ceux qui se prosternent devant des non-vaiṣṇavas, prenant pour refuge des symboles ou des représentations de Brahmā, Rudra ou Vāyu, ne sont pas, en vérité, des dévots de Viṣṇu.
Verse 29
अभिप्रायं त्वत्र वक्ष्ये मुनीन्द्राः परं गोप्यं हृदि धार्यं हि तद्धि / वायोः प्रतीकं पूज्यमेवेह विप्रा न ब्रह्मरुद्रादिप्रतीकमेव
Ô meilleurs des sages, je vais exposer ici l’intention véritable : c’est un secret suprême, à conserver dans le cœur. Ici, ô brāhmanes instruits, c’est l’emblème de Vāyu, le dieu du Vent, qui doit être vénéré, et non pas seulement les emblèmes de Brahmā, de Rudra et des autres.
Verse 30
पूजाकाले देवदेवस्य विष्णोर्वायोः प्रतीकं योग्यभागे निधाय / अन्तर्गतं तस्य वायोर्हरिं च लक्ष्मीपतिं पूजयित्वा हि सम्यक्
Au moment du culte, après avoir placé à l’endroit convenable un symbole de Vāyu pour le Seigneur Viṣṇu, Dieu des dieux, qu’on vénère alors comme il se doit Hari—l’Époux de Lakṣmī—qui demeure au sein de ce Vāyu.
Verse 31
पश्चाद्वायोः सुप्रतीकं च सम्यङ् निर्माल्यशेषेण हरेः समर्चयेत् / पृथक्च स्रग्धूपविलेपनादिपूजां प्रकुर्वन्ति च ये विमूढः
Ensuite, qu’on vénère aussi correctement l’emblème auspicious de Vāyu, en utilisant ce qui reste des offrandes sacrées après le culte rendu à Hari. Mais ceux qui, dans leur égarement, accomplissent un culte séparé avec guirlandes, encens, onguents et autres (comme si cela était indépendant de Hari) sont dans l’erreur.
Verse 32
तेषां दुः खमिह लोके परत्र भविष्यते नात्र विचार्यमस्ति / प्रायश्चित्तं स्वस्ति विप्राः कथञ्चित्तत्कुर्वन्तु स्मरणं नाम विष्णोः
Pour de telles personnes, la souffrance naîtra en ce monde et dans l’autre — il n’y a là rien à discuter. C’est pourquoi, ô brāhmanes, qu’il y ait bon augure : qu’ils accomplissent d’une manière ou d’une autre l’expiation, et surtout le souvenir du Nom de Viṣṇu.
Verse 33
पाषण्डरुद्रादिकसं प्रतिष्ठितान्हरेर्वायोः शङ्करस्य प्रतीकान् / नमन्ति ये फलबुद्ध्या विभूढास्तेषां फलं शाश्वतं दुः खमेव
Ceux qui, égarés et avides de récompenses, se prosternent devant les emblèmes et images (fallacieux) de Hari, de Vāyu et de Śaṅkara, dressés par des sectaires hérétiques, n’obtiennent pour fruit qu’une peine éternelle.
Verse 34
वायोः प्रतीकं यदि विप्रवर्यैः प्रतिष्ठितं चेन्नमनं हि कार्यम् / नैवेद्यशेषेण हरेश्च विष्णोः पूजा कृता चेन्न हि दोषलेशः
Si l’emblème (pratīka) de Vāyu a été dûment établi par d’éminents brāhmaṇas, il convient assurément de lui offrir une salutation révérencieuse. Et si l’adoration de Hari—le Seigneur Viṣṇu—a été accomplie au moyen des restes de l’offrande alimentaire (naivedya), il n’y a là pas la moindre faute.
Verse 35
गुरुर्हि मुख्यो हनुमज्जनिर्महान्रामाङ्घ्रिभक्तो हनुमान्सदैव / एवं विदित्वा परमं हरिं च पुत्रं पुनर्मुख्यदेवस्य वायोः
En vérité, Hanumān—né du puissant Vāyu—est le guru par excellence, toujours dévoué aux pieds de Rāma. Sachant ainsi que Hari est le Suprême, et sachant encore qu’Hanumān est le fils de Vāyu, le chef des devas, qu’on l’honore donc comme il convient.
Verse 37
नमस्कारो नान्यथा विप्रवर्या आधीयतां हृदि सर्वै रहस्यमम् / ये वैष्णवा वैष्ण वदासभृत्याः सर्वेपि ते सर्वदा विष्णुमेव // गर्प्३,१।३६ / नमन्ति ये वै प्रतिपादयन्ति तथैव पुण्यानि च सात्त्विकानि / नमन्ति ये वासुदेवं हरिं च सम्यक् स्वशक्त्या प्रतिपादयन्ति
Ô meilleurs des brāhmaṇas, comprenez ce secret et gardez-le dans le cœur : le véritable namaskāra n’est pas autrement que ceci—ceux qui sont vaiṣṇavas, serviteurs dévoués conformes à la conduite vaiṣṇava, demeurent toujours fixés sur Viṣṇu seul. Ceux qui se prosternent en adoration et enseignent encore, soutenant des actes purs, sāttvika et méritoires ; ceux qui, selon leur force, se prosternent devant Vāsudeva, Hari, et l’exposent avec justesse—ceux-là accomplissent l’hommage authentique.
Verse 38
प्रवृत्तिमार्गेण न पूजयन्ति ह्यापत्काले परदैवं तदन्यम् / ते वैष्णवा वैष्णवदासभृत्या अन्ये च सर्वे ऽवैष्णवमात्रकाः स्मृताः
Ceux qui, même en suivant la voie de l’engagement mondain (pravṛtti), n’adorent aucune autre divinité comme suprême—surtout au temps de la détresse—sont connus comme vaiṣṇavas, ainsi que ceux qui servent les serviteurs des vaiṣṇavas. Tous les autres sont tenus pour de simples non‑vaiṣṇavas.
Verse 39
उपक्रमैरुपसंहारस्य लिङ्गैर्हरिं गुरुं ह्यन्तरेणैव यान्ति / तानेवाहुः सत्पुराणानि विप्राः कलौ युगे नाभ्यसूयन्ति सर्वे
Les écritures qui, par leurs paroles d’ouverture, leurs sections de conclusion et leurs marques distinctives, conduisent uniquement à Hari—le Guru suprême—sont appelées par les brāhmaṇas savants les véritables Purāṇa ; et dans l’âge de Kali, tous ne les dénigrent pas.
Verse 40
यतो हितान्ये प्रतिपादयन्ति प्रवृत्तिधर्मान्स्वस्ववर्णानुरूपान् / अतो ह्यसूयन्ति सदा विमूढाः कलौ हि विप्राः प्रचुरा हि तेपि
Parce que ceux qui sont bénéfiques à la société enseignent les devoirs de l’action (pravṛtti-dharma) conformes au varṇa propre à chacun, les égarés du Kali-yuga les jalousent sans cesse ; car en Kali-yuga, même parmi ceux qu’on appelle « brāhmaṇas », ces envieux sont réellement nombreux.
Verse 41
न चास्ति विष्णोः सदृशं च दैवतं न चास्ति वायोः सदृशो गुरुश्च / न चास्ति तीर्थं सदृशं विष्णुपद्याः न विष्णुभक्तेन समोस्ति भक्तः
Il n’est point de divinité égale à Viṣṇu ; il n’est point de guru égal à Vāyu. Il n’est point de tīrtha comparable au Pied de Viṣṇu, la Gaṅgā ; et parmi les dévots, nul n’égale le dévot de Viṣṇu.
Verse 42
अन्यानि विष्णोः प्रतिपादकानि सर्वाणि ते सात्त्विकानीति चाहुः / श्राव्याणि तान्येव मनुष्यलोके श्राव्याणि नान्यानि च दुः खदानि
On dit que tous les autres enseignements qui exposent le Seigneur Viṣṇu sont de nature sāttvika. Dans le monde des hommes, seuls ceux-là méritent d’être entendus ; les autres discours ne doivent pas être écoutés, car ils apportent la peine.
Verse 43
कलौ युगे सर्व पुराणमध्ये त्रीण्येव मुख्यानि हरिप्रियाणि / मुख्यं पुराणं हि कलौ नृणां च श्रेयस्करं भागवतं पुराणम्
Dans l’âge de Kali, parmi tous les Purāṇas, trois seulement sont tenus pour les plus éminents et chers à Hari. Et parmi eux, pour les hommes du Kali-yuga, le Bhāgavata Purāṇa est véritablement le Purāṇa principal, dispensateur du bien suprême.
Verse 44
पूर्वं हि सृष्टिः प्रतिपाद्यते त्र यतो ह्यतो भागवतं परं स्मृतम् / यस्मिन्पुराणे कथयन्ति सृष्टिं ह्यादौ विष्णोर्ब्रह्मरुद्रादिकानाम्
Ici, la création est d’abord exposée ; c’est pourquoi cet enseignement est mémorisé comme le bhāgavata suprême. Dans ce Purāṇa, on raconte l’histoire de la création depuis l’origine même—en commençant par Viṣṇu, puis Brahmā, Rudra et les autres êtres divins.
Verse 45
नानार्थमेवं कथयन्ति विप्र नीचोच्चरूपं ज्ञानमाहुर्महान्तः / तेनैव सिद्धं प्रवदन्ति सर्वं ह्यतः परं भागवतं पुराणम्
Ô brāhmane, ils l’exposent ainsi avec de multiples intentions de sens. Les grands ṛṣi déclarent que la connaissance revêt des formes inférieures et supérieures. Par cette connaissance même, tout est dit établi et démontré ; c’est pourquoi, au-delà de tout, se tient le Bhāgavata Purāṇa, enseignement purānique suprême.
Verse 46
ततः परं विष्णुपुराणमाहुस्ततः परं गारुडसंज्ञकं च / त्रीण्येव मुख्या नि कलौ नृणां तु तथा विशेषो गारुडे किञ्चिदस्ति
Après cela, ils proclament le Viṣṇu Purāṇa ; puis, après celui-ci, celui qu’on nomme le Gāruḍa (Garuda Purāṇa). En l’âge de Kali, pour les hommes, ces trois seuls sont tenus pour les plus éminents — et dans le Garuḍa se trouve encore une distinction particulière.
Verse 47
शृणुध्वं वै तं विशेषं च विप्रास्त्र्यंशैर्युक्तं गारुडाख्यं पुराणम् / आद्यांशं वै कर्मकाण्डं वदन्ति द्वितीयांशं धर्मकाण्डं तमाहुः
«Ô brāhmanes, écoutez cette distinction : le Purāṇa nommé Garuḍa Purāṇa est ordonné en trois parties. On dit que sa première portion est le Karma-kāṇḍa, la section des rites et des actes ; et sa seconde portion est appelée Dharma-kāṇḍa, la section du dharma (devoir juste et loi sacrée).»
Verse 48
तृतीयांशं ब्रह्मकाण्डं वदन्ति तेषां मध्ये त्वन्तिमोयं वरिष्ठः / तृतीयांशश्रवणात्पुण्यमाहुस्तुल्यं पुण्यं भागवतस्य विप्राः
Ils nomment Brahma-kāṇḍa la troisième portion ; et parmi ces parties, cette section finale est la plus excellente. Les brāhmanes savants déclarent que le seul fait d’entendre cette troisième portion confère un mérite égal à celui d’entendre le Bhāgavata Purāṇa.
Verse 49
तृतीयांशे पठिते वेदतुल्यं फलं भवेन्नात्र विचार्यमस्ति / तृतीयांशश्रवणादेव विप्राः फलं प्रोक्तं पठतोप्यर्थमेवम्
Lorsque l’on récite un tiers de ce texte, le fruit obtenu devient égal à celui des Veda ; il n’y a là rien à mettre en doute. Ô brāhmanes, il est déclaré que même en n’entendant qu’un tiers, on obtient le même fruit, tout comme en le récitant.
Verse 50
तृतीयांशश्रवणादर्थतश्च पुण्यं चाहुः पठतो वै दशांशम् / ततो वरं मत्स्यपुराणमाहुस्ततो वरं कूर्मपूराणमाहुः
On dit que l’écoute ne fût-ce que d’un tiers, avec l’intelligence du sens, confère du mérite; et pour celui qui le récite, certes, on n’obtient qu’un dixième de ce mérite. Pourtant, ils déclarent le Matsya Purāṇa supérieur, et le Kūrma Purāṇa supérieur encore à celui-là.
Verse 51
तथैव वै वायुपुराणमाहुस्त्रीण्येव चाहुः सात्त्विकानीति लोके / तत्रापि किञ्चिद्वेदितव्यं भवेच्च पुराणषट्के सत्त्वरूपे मुनीन्द्राः
De même, ils proclament aussi le Vāyu Purāṇa; et dans le monde on dit qu’il n’existe précisément que trois Purāṇa sāttvika. Pourtant, même parmi eux, ô meilleur des sages, il reste quelque chose à connaître au sujet de l’ensemble des six Purāṇa de nature sattva.
Verse 52
सत्त्वाधमे मात्स्यकौर्मे तथाहुर्वायु चाहुः सात्त्विकं मध्यमं च / विष्णोः पुराणं भागवतं पुराणं सत्त्वोत्तमं गारुडं चाहुरार्याः
On dit que les Purāṇa Matsya et Kūrma sont d’un rang inférieur au sein de sattva; et que le Vāyu Purāṇa est sāttvika d’un rang moyen. Le Viṣṇu Purāṇa et le Bhāgavata Purāṇa sont tenus pour les plus élevés en sattva; et les nobles déclarent aussi le Garuḍa Purāṇa comme sattva-uttama, le suprême en pureté.
Verse 53
स्कान्दं पाद्मं वामनं वै वराहं तथाग्रेयं भविष्यं पर्वसृष्टौ / एतान्याहू राजसानीति विप्रास्तत्रैकदेशः सात्त्विकस्तामसश्च
Le Skanda, le Padma, le Vāmana et le Varāha, ainsi que l’Agni, le Bhaviṣya et le Parva-sṛṣṭi : les brahmanes déclarent que ceux-ci sont principalement rājasa. Pourtant, en leur sein, certaines parties sont aussi sāttvika et tāmasa.
Verse 54
रजः प्राचुर्याद्राजसानीति च हुः श्राव्याणि नैतानि मुमुक्षुभिः सदा / तेषां मध्ये सात्त्विकांशाश्च संति तेषां श्रुतेर्गारुडीयं फलं च
À cause de la prédominance de rajas, on les appelle « rājasa ». Les chercheurs de libération ne devraient pas les écouter sans cesse. Pourtant, en leur sein existent aussi des portions sāttvika; et en les entendant, le Garuḍa Purāṇa accorde son fruit bénéfique.
Verse 55
ब्रह्माण्डलैङ्ग्ये ब्रह्मवैवर्तकं वै मार्कंण्डेयं ब्राह्ममादित्यकं च / एतान्या हुस्तामसानीति विप्रास्तत्रैकदेशः सात्त्विको राजसश्च
Le Brahmāṇḍa et le Liṅga, le Brahma-vaivartaka, le Mārkaṇḍeya, le Brāhma et l’Āditya—les brāhmaṇas savants déclarent que ces Purāṇa sont principalement tāmasiques; toutefois, on y trouve aussi des passages sāttviques et d’autres rājasique.
Verse 56
श्राव्याणि नैतानि मनुष्यलोके तत्त्वेच्छुभिस्तामसानीत्यतो हि / तेषु स्थिताः सात्त्विकांशा मुनीन्द्रास्तेषां श्रुतिर्गारुडैकाङ्घ्रितुल्या
Ces enseignements ne doivent pas être récités dans le monde des hommes à ceux qui cherchent la vérité, car ils sont de nature tāmasique. Aussi, en leur sein demeurent de grands munis porteurs d’une part de sattva; et l’autorité de leur écoute (śruti) est dite comparable à l’unique pied de Garuḍa—inébranlable et décisif.
Verse 57
अल्पान्युपपुराणानि वदन्त्यष्टादशानि च / विष्णुधर्मोतरं चैव तन्त्रं भागवतं तथा
On dit que les Upapurāṇa, les Purāṇa mineurs, sont peu nombreux et qu’ils sont au nombre de dix-huit—tels que le Viṣṇudharmottara, les Tantra, et aussi le Bhāgavata.
Verse 58
तत्त्वसारं नारसिंहं वायुप्रोक्तं तथैव च / तथा हंसपुराणं च षडेतानि मुनीश्वराः
« (Il y a) le Tattvasāra, le Nārasiṃha, et de même celui qu’enseigna Vāyu; ainsi que le Haṃsa Purāṇa—voilà six (ouvrages), ô seigneurs parmi les sages. »
Verse 59
सात्त्विकान्येव जानीध्वं प्रायशो नात्र संशयः / एतेषां श्रवणादेव गारुडार्धफलं श्रुतम्
Sachez que ceux-ci sont, pour l’essentiel, véritablement sāttviques—il n’y a presque pas de doute. On rapporte que le seul fait de les écouter confère la moitié du mérite du Garuḍa Purāṇa.
Verse 60
भविष्योत्तरनामानं बृहन्नारदमेव च / यमनारदसंवादं लघुनारदमेव च
Il existe aussi des écrits connus sous les noms de Bhaviṣyottara, le Bṛhan-Nārada, le dialogue entre Yama et Nārada, ainsi que le Laghu-Nārada.
Verse 61
विनायकपुराणं च बृहद्ब्रह्माण्डमेव च / एतानि राजसान्याहुः श्रवणाद्भुक्तरुत्तमा
Il y a aussi le Vināyaka Purāṇa et le grand Brahmāṇḍa Purāṇa ; on dit qu’ils sont de nature rājasa. En les écoutant, ô meilleur des oiseaux, on obtient jouissance et prospérité en ce monde.
Verse 62
गारुडात्पादतुल्यं च फलं चाहुर्मनीषिणः / पुराणं भागवतं शैवं नन्दिप्रोक्तं तथैव च
Les sages déclarent que le fruit (le mérite) obtenu du Garuḍa Purāṇa équivaut à un quart (un seul « pied ») du mérite du Bhāgavata Purāṇa, du Śaiva Purāṇa, et aussi du Purāṇa enseigné par Nandin.
Verse 63
पाशुपत्यं रैणुकं च भैरवं च तथैव च / एतानि तामसान्याहुर्हरितत्त्वार्थवेदिनः
Le Pāśupata, le Raiṇuka et aussi le Bhairava : ceux qui connaissent véritablement les principes et le sens de Hari déclarent qu’ils sont tāmasiques, issus de l’obscurité et de l’ignorance.
Verse 64
एतेषां श्रवणाद्विप्रागारुडाङ्घ्यर्ध्मेव च / सर्वेष्वपि पुराणेषु श्रेष्ठं भागवतं स्मृतम्
Ô brahmanes, en écoutant ces enseignements—et de même, ne fût-ce que la moitié du Garuḍa (Purāṇa) aux pieds du Seigneur—il est rappelé que, parmi tous les Purāṇa, le Bhāgavata est tenu pour le suprême (śreṣṭha).
Verse 65
वेदैस्तुल्य सम पाठे श्रवणे च तदर्धकम् / अर्थतः श्रवणे चास्य पुण्यं दशगुणं स्मृतम्
On se souvient que le réciter d’une voix égale et juste confère un mérite égal à celui des Veda ; l’entendre seulement n’en donne que la moitié. Mais l’entendre en comprenant le sens est tenu pour accorder un mérite décuplé.
Verse 66
वक्तुः स्याद्द्विगुणं पुण्यं व्याख्यातुश्च तथाधिकम् / अनन्तवेदैःसाम्यमाहुर्महान्तः भारान्महत्त्वाद्भारतस्यापि विप्राः
On dit que le mérite de celui qui récite est double (par rapport au simple auditeur), et que celui qui l’explique est plus grand encore. Les grands sages déclarent que (le Mahābhārata) est égal aux Veda sans fin ; et les brāhmaṇa érudits disent qu’il est nommé « Bhārata » en raison de la lourde grandeur de son importance.
Verse 67
वेदोभ्योस्य त्वर्थतश्चाधिकत्वं वदन्ति बै विष्णुरहस्यवेदिनः
Ceux qui connaissent l’enseignement secret de Viṣṇu déclarent que, dans son sens véritable, cette doctrine est même supérieure aux Veda.
Verse 68
तत्र श्रेष्ठां गीतिकामाहुरार्यास्तथैव विष्णोर्नामसाहस्रक च / तयोस्तत्र श्रवणाद्भारतस्य दशाधिकं फलमाहुर्महान्तः
Là, les nobles déclarent que le chant sacré le plus excellent est la Gītā, et de même le Viṣṇu-nāma-sahasra, les mille noms de Viṣṇu. Les grands sages disent que le seul fait d’entendre ces deux textes donne un fruit dix fois supérieur à l’écoute du Bhārata (Mahābhārata).
Verse 69
दैत्याः सर्व विप्रकुलेषु भूत्वा कृते युगे भारते षट्सहस्र्याम् / निष्कास्य कांश्चिन्नवनिर्मितानां निवेशनं तत्र कुर्वन्ति नित्यम्
Au Kṛta Yuga, dans le Bhārata, les Daitya, prenant naissance dans diverses lignées de brāhmaṇa, chassaient certains de leurs demeures nouvellement bâties et y établissaient sans cesse leur propre habitation.
Verse 70
मत्वा हरिं भगवान्व्यासरूपी चक्रे तदा भागवतं पुराणम् / तथा समाख्याय च वैष्णवं तत्ततः परं गारुडाख्यं स चक्रे
Reconnaissant Hari (Viṣṇu) comme le Suprême, le Bienheureux—ayant pris la forme de Vyāsa—composa alors le Bhāgavata Purāṇa. De même, après avoir exposé l’enseignement vaiṣṇava, il composa ensuite le Purāṇa nommé Gāruḍa.
Verse 71
अतो हि गारुडं मुख्यं पुराणं शास्त्रसंमतम् / गारुडेन समं नास्ति विष्णुधर्मप्रदर्शने
Ainsi, le Garuḍa Purāṇa est le Purāṇa primordial, reconnu par les śāstras ; pour révéler le dharma de Viṣṇu, nul n’égale le Garuḍa (Purāṇa).
Verse 72
यथा सुराणां प्रवरो जनार्दनो यथायुधानां प्रवरः सुदर्शनम् / यथाश्वमेधः प्रवरः क्रतूनां छिन्नेषु भक्तेषु तथैव रुद्रः
De même que Janārdana est le plus éminent parmi les dieux, que Sudarśana est le plus éminent parmi les armes, et que l’Aśvamedha est le plus éminent parmi les sacrifices—ainsi Rudra est-il le plus éminent lorsque les dévots sont retranchés de leurs appuis et brisés par l’adversité.
Verse 73
नदीषु गङ्गा जलजेषु पद्ममच्छिन्नभक्तेषु तथैव वायुः / तथा पुराणेषु च गारुडं च मुख्यं तदाहुर्हरितत्त्वदर्शने
Parmi les fleuves, la Gaṅgā est la première ; parmi ce qui naît de l’eau, le lotus est le premier ; parmi les dévots inébranlables, Vāyu est pareillement le premier. De même, parmi les Purāṇas, le Garuḍa Purāṇa est proclamé le chef pour la compréhension de la vérité de Hari (Viṣṇu).
Verse 74
गारुडाख्यपुराणे तु प्रतिपाद्यो हरिः स्मृतः / अतो हरिर्नमस्कार्यो गम्यो योग्यो हरिः स्मृतः
Dans le Purāṇa nommé Garuḍa, Hari est rappelé comme Celui qu’il faut enseigner et réaliser. C’est pourquoi Hari seul doit recevoir le namaskāra, être approché comme le but, et être uni par le yoga—ainsi Hari est-il mémorisé.
Verse 75
भाग्यात्मकत्वाच्छ्रीदेव्या नमनं नदनु स्मृतम् / परो नरोत्तमो वा स साधकेशोपि च स्मृतः
Parce que Śrī Devī est, par essence, la bonne fortune elle-même, il est enseigné que se prosterner devant Elle est déjà un don, une offrande méritoire. Un tel homme est rappelé comme suprême—vraiment le meilleur des hommes—et tenu pour un sādhaka de premier rang, un pratiquant éminent.
Verse 76
अतो नम्यो वायुरपि पुराणादौ द्विजोत्तमाः / भारती वाक्यरूपत्वान्नम्या वायोरनन्तरम्
Ainsi, ô meilleurs des deux-fois-nés, dès l’ouverture de ce Purāṇa, Vāyu aussi doit recevoir la salutation; et Bhāratī (Sarasvatī), étant la forme même de la parole, doit être vénérée aussitôt après Vāyu.
Verse 77
उपसाधको नरः प्रोक्तो यतोतस्तदनन्तरम् / नम्य इत्यच्यते सद्भिस्तारतम्येन सर्वदा
Jusqu’à ce point, un homme est dit « upasādhaka » (celui qui sert et assiste). Aussitôt après, les vertueux le nomment toujours « namya »—digne d’une salutation révérencieuse—selon la gradation du mérite.
Verse 78
अतो व्यासं नमस्कुर्याद्ग्रन्थकर्तृत्वहेतुतः / शौनक उवाच / व्यासस्य नमनं ह्यन्ते कथं कार्यं महात्मनः
Ainsi faut-il se prosterner devant Vyāsa, car il est la cause—l’auteur—de ce traité sacré. Śaunaka dit : «À la conclusion, comment convient-il d’accomplir correctement la salutation au grand-âme Vyāsa ?»
Verse 79
अन्ते च वन्दने तस्य कारणं ब्रूहि सुव्रत / सूत उवाच / विष्णोरनन्तरं व्यासनमनं मुख्यमेव हि
Et à la fin, lors de l’acte de vénération envers lui, dis-m’en la raison, ô toi aux vœux excellents. Sūta dit : «Aussitôt après (la salutation à) Viṣṇu, la prosternation devant Vyāsa est véritablement la pratique la plus éminente.»
Verse 80
हरिरेव यतो व्यासो वाच्यचक्रस्वरूपकः / व्यासो नैव समत्वेन प्रोक्तो भगवतो हरेः
Puisque Vyāsa est véritablement Hari Lui‑même—incarnant la roue même de la parole sacrée—Vyāsa n’a jamais été déclaré simplement égal au Seigneur bienheureux Hari.
Verse 81
तत्रापि कारणं वक्ष्ये सादरेण मुनीश्वराः / व्यासस्तु कश्चन ऋषिः पुराणे तामसे स्मृतः
Là encore, ô sages éminents, j’exposerai avec respect la raison. Dans la tradition du Tāmasa Purāṇa, il est fait mention d’un certain ṛṣi nommé Vyāsa.
Verse 82
प्रविशन्ति ह्यन्धतम इति त्वन्ते नमस्कृतः
«En vérité, ils entrent dans l’obscurité aveuglante», est‑il dit ; c’est pourquoi, à la fin, il convient de se prosterner avec révérence.
Verse 83
यदिदं परमं गोप्यं हृदि धार्यं न संशयः / पराणां नम्यमेवोक्तं प्रतिपाद्यं यतोत्र हि
Cet enseignement, suprêmement secret, doit être gardé dans le cœur, sans aucun doute. Il a été dit qu’il est digne de vénération pour tous ; c’est pourquoi il doit être ici exposé et établi clairement.
Verse 84
समासव्यासभावाद्धि पराणां तत्प्रतीयते / वास्तवं तं न जानीयुरुपजीव्यो यतो हरिः
À cause des modes d’expression, tantôt concis tantôt développé, les autres comprennent cette vérité de diverses façons ; pourtant ils n’en connaissent pas l’essence réelle, car Hari (Viṣṇu) est l’ultime soutien sur lequel s’appuyer.
Verse 85
हरिर्व्यासस्त्वेक एव व्यासस्तु हरिवत्स्मृतः / उपजीव्यतदीशत्वे तयोरेव न संशयः
Hari et Vyāsa sont, en vérité, un seul et même être ; et Vyāsa est rappelé comme étant semblable à Hari. Quant au lien entre celui qui est soutenu et le Seigneur (le dépendant et le Souverain), il n’y a aucun doute : cela ne concerne qu’eux deux.
Verse 86
ईशकोटिप्रविष्टत्वाच्छ्रियः स्वामित्वमीरितम् / त्रयाणामुपजीव्यत्वात्सेव्यत्वात्स्वामिता स्मृताः
Parce que Śrī (Lakṣmī) pénètre jusqu’au cœur même du Seigneur, sa seigneurie est proclamée. Et parce que ces trois sont ceux par qui les autres vivent et ceux qu’il convient de servir et de vénérer, ils sont aussi rappelés comme détenteurs de souveraineté.
Verse 87
वाय्वादीनां त्रयाणां च सेव्यत्वात्सेव्यता स्मृता / भूभारहरणे विष्णोः प्रधानाङ्गं हि मारुतिः
Parce que les trois, à commencer par Vāyu, sont dignes d’un service révérencieux, leur culte est déclaré légitime. Et dans l’œuvre de Viṣṇu visant à ôter le fardeau de la terre, Māruti (Hanumān) est véritablement son instrument majeur, comme son membre principal.
Verse 88
वाक्यरूपा भारती तु द्वितीयाङ्गं हि सा स्मृता / तृतीयाङ्ग हरेः शेषो न नम्याः साम्यतो हरेः
Bhāratī (Sarasvatī), dont la forme même est la Parole sacrée, est rappelée comme le second membre de Hari. Le troisième membre de Hari est Śeṣa ; on ne doit pas se prosterner devant lui comme s’il était l’égal de Hari, car sa ressemblance n’est que dérivée et dépendante.
Verse 89
प्रतिपाद्या मुख्यतया नम्या एव समीरिताः / अवान्तराश्च वाय्वाद्या न नम्यास्तेन ते स्मृताः
Ceux qui doivent être enseignés ici ont été énoncés comme étant, au premier chef, dignes de salutations révérencieuses. Les secondaires—à commencer par Vāyu et les autres—ne doivent pas être salués dans ce contexte ; c’est pourquoi on se souvient d’eux comme n’étant pas objets d’hommage (ici).
Verse 90
भीष्मद्रोणादिनामानि भीमादिष्वेव मुख्यतः / वाचकानि यतो नित्यं तन्नम्यास्ते मुनीश्वराः
Parce que des noms tels que Bhīṣma et Droṇa, au sens premier, sont aussi des appellations appliquées à Bhīma et à d’autres, ces seigneurs des sages sont à jamais dignes d’une salutation révérencieuse.
Verse 91
पराणामेव नम्यत्वं प्रतिपाद्यत्वमेव हि / एतत्सर्वं मयाख्यातं किमन्यच्छ्रोतुमिच्छथ
En vérité, j’ai exposé qu’il ne faut se prosterner que devant le Suprême, et que cela seul doit être enseigné. Tout cela a été déclaré par moi—que désirez-vous entendre encore ?
The chapter presents Vyāsa as the author-cause of the treatise and as Hari’s manifestation in the function of sacred discourse; thus, after establishing Viṣṇu’s primacy, saluting Vyāsa at the conclusion seals the transmission lineage and acknowledges the text’s revealed authority without positing a second supreme.
It defines them by textual indicators—opening statements, concluding sections, and defining marks—that direct the reader solely to Hari as the supreme Guru; texts that consistently culminate in Viṣṇu-refuge and Viṣṇu-realization are treated as properly purāṇic in liberative intent.