
Śrīcakra–Mantra–Pūjāvidhi: Agastya–Hayagrīva Saṃvāda (Lalitopākhyāna Context)
L’Adhyāya 41 s’ouvre sur la demande solennelle d’Agastya concernant les paramètres essentiels du Śrīcakra : la nature du yantra, du mantra, la grâce promise (vara), ainsi que les qualifications requises du maître transmetteur (upadeṣṭṛ) et du disciple (śiṣya). Hayagrīva répond en identifiant le nœud mantra‑yantra à Tripurāmbikā et à Mahālakṣmī, et présente le Śrīcakra comme un cosmogramme lumineux, incommensurable, dont la grandeur dépasse l’entendement ordinaire. Le chapitre se tourne ensuite vers une théologie rituelle appliquée : des divinités exemplaires, notamment Viṣṇu, Īśāna et Brahmā, auraient obtenu des pouvoirs ou des statuts précis par le culte du Śrīcakra, établissant ainsi une autorité trans‑sectaire. Sont exposés des éléments pratiques : placer un cakra de métal devant la Déesse, offrir des parfums, accomplir le japa avec la vidyā ṣoḍaśākṣarī, vénérer quotidiennement des feuilles de tulasī, et présenter des naivedya tels que miel, ghee, sucre, payasa, etc. Le texte relie aussi la couleur des fleurs et la qualité des offrandes aux fruits obtenus, insiste sur la pureté et le parfum auspicious, et élève la Śrīvidyā au rang de vidyā suprême, avec une initiation attentive à la lignée.
Verse 1
इति श्रीब्रह्माण्डे महापुराणे उत्तरभागे हयग्रीवागस्त्यसंवादे ललितोपाख्याने चत्वारिंशो ऽध्यायः अगस्त्य उवाच कीदृशं यन्त्रमेतस्या मन्त्रोवा कीदृशो वरः / उपदेष्टा च कीदृक्स्याच्छिष्यो वा कीदृशः स्मृतः
Ainsi, dans le Śrī Brahmāṇḍa Mahāpurāṇa, dans la partie Uttara, au sein du dialogue entre Hayagrīva et Agastya, dans le récit de Lalitā, voici le quarantième chapitre. Agastya dit : «De quelle nature est le yantra de Celle-ci ? De quelle nature est le mantra ou la grâce (vara) ? Quel doit être l’instructeur, et quel disciple est tenu pour conforme à la tradition ?»
Verse 2
सर्वज्ञस्त्वं हयग्रीव साक्षात्परमपूरुषः / स्वामिन्मयि कृपादृष्ट्या सर्वमेतन्निवेदय
Ô Hayagrīva, tu es l’Omniscient, le Paramapuruṣa lui-même manifesté. Ô Seigneur, pose sur moi ton regard de grâce et révèle-moi tout cela.
Verse 3
हयग्रीव उवाच मन्त्रं श्रीचक्रगेवास्याः सेयं हि त्रिपुरांबिका / सैषैव हि महालक्ष्मीः स्फुरच्चैवात्मनः पुरा
Hayagrīva dit : « Voici le mantra du Śrīcakra, de la Déesse dont le visage est le Cakra ; elle est en vérité Tripurāmbikā. Elle est elle-même Mahālakṣmī, qui jadis jaillit en splendeur depuis son propre Soi. »
Verse 4
पस्यति स्म तदा चक्रं ज्योतिर्मयविजृंभितम् / अस्य चक्रस्य माहात्म्यमपरिज्ञेयमेव हि
Alors il vit le Cakra, déployé et dilaté, tout entier fait de lumière. La grandeur de ce Cakra est, en vérité, inconnaissable dans sa totalité.
Verse 5
साक्षात्सैव महालक्ष्मीः श्रीचक्रमिति तत्त्वतः / यदभ्यर्च्य महाविष्णुः सर्वलोकविमोहनम् / कामसंमोहिनीरूपं भेजे राजीवलोचनः
En vérité, le Śrīcakra est Mahālakṣmī elle-même, en personne. L’ayant adoré, Mahāviṣṇu —aux yeux de lotus— revêtit la forme de Kāmasaṃmohinī, qui ensorcelle tous les mondes.
Verse 6
अर्चयित्वा तदीशानः सर्वविद्येश्वरो ऽभवत् / तदाराध्य विशेषेण ब्रह्मा ब्रह्माण्डसूरभूत् / मुनीनां मोहनश्चासीत्स्मरो यद्वरिवस्यया
L’ayant adoré, Īśāna devint le Seigneur de toutes les vidyā. En l’honorant tout particulièrement, Brahmā devint tel le soleil du Brahmāṇḍa. Et Smara (Kāmadeva) devint aussi celui qui ensorcelle les munis, par cette même vénération.
Verse 7
श्रीदेव्याः पुरतश्चक्रं हेमरौप्यादिनिर्मितम् / निधाय गन्धैरभ्यर्च्य षोडशाक्षरविद्यया
Ayant placé devant Śrī Devī le Cakra, façonné d’or, d’argent et d’autres matières, et l’ayant honoré par des parfums, il l’adora au moyen de la Vidyā aux seize syllabes (Ṣoḍaśākṣarī).
Verse 8
प्रत्यहं तुलसीपत्रैः पवित्रैर्मङ्गलाकृतिः / सहस्रैर्मूलमन्त्रेण श्रीदेवीध्यानसंयुतः
Chaque jour, avec des feuilles sacrées de tulasī, en une forme de bon augure, uni à la méditation sur Śrī Devī, il récite mille fois le mantra racine.
Verse 9
अर्चयित्वा च मध्वाज्यशर्करापायसैः शुभैः / अनवद्यैश्च नैवेद्यैर्माषापूपैर्मनोहरैः
Après l’adoration, qu’il offre du miel, du ghee, du sucre et du pāyasa (riz au lait) de bon augure; ainsi que des naivedya irréprochables, avec de charmants māṣāpūpa (gâteaux de légumineuses).
Verse 10
यः प्रीणति महालक्ष्मीं मतिमान्मण्डलत्रये / महसा तस्य सांनिध्यमाधत्ते परमेश्वरी
Celui qui, avec discernement, réjouit Mahālakṣmī dans les trois maṇḍala, la Parameśvarī, par sa splendeur, établit auprès de lui sa présence.
Verse 11
मनसा वाञ्छितं यच्च प्रसन्ना तत्प्रपूरयेत् / धवलै कुसुमैश्चक्रमुक्तरीत्या तु योर्ऽचयेत्
Lorsqu’elle est satisfaite, elle accomplit ce que le cœur désire; et celui qui vénère les deux selon le rite cakra-muktā, avec des fleurs blanches, ainsi qu’il le fasse.
Verse 12
तस्यैव रसनाभागे नित्यं नृत्यति भारती / पाटलैः कुसुमैश्चक्रं योर्ऽचयेदुक्तमार्गतः / सार्वभौमं च राजानं दासवद्वशयेदसौ
Sur le bout de sa langue, Bhāratī (Sarasvatī) danse sans cesse. Celui qui vénère le cakra avec des fleurs pāṭala selon la voie enseignée, soumettra même le roi souverain, tel un serviteur.
Verse 13
पीतवर्णैः शुभैः पुष्पैः पूर्ववत्पूजयेच्च यः / तस्य वक्षस्थले नित्यं साक्षाच्छ्रीर्वसति ध्रुवम्
Celui qui, comme auparavant, rend un culte avec des fleurs jaunes et de bon augure, sur sa poitrine demeure à jamais, assurément, Śrī (Lakṣmī) elle-même.
Verse 14
दुर्गन्धैर्गन्धहीनैश्च सुवर्णैरपि नार्चयेत् / सुगन्धैरेव कुसुमैः पुष्पैश्चाभ्यर्चर्योच्छवाम्
Qu’on n’adore pas avec des fleurs malodorantes ou sans parfum, pas même avec des fleurs d’or ; la Déesse (Ucchavā) doit être honorée uniquement par des fleurs odorantes.
Verse 15
कामाक्ष्यैव महालक्ष्मीश्चक्रं श्रीचक्रमेव हि / श्रीविद्यैषा परा विद्या नायिका गुरुनायिका
Kāmākṣī est bien Mahālakṣmī ; et son cercle sacré est le Śrīcakra lui-même. Telle est la Śrīvidyā, la connaissance suprême : la Dame souveraine, la Dame des gurus.
Verse 16
एतस्या मन्त्रराजस्तु श्रीविद्यैव तपोधन / कामराजान्तमन्त्रान्ते श्रीबीजेन समन्वितः
Ô toi, riche en ascèse : le roi de ses mantras est la Śrīvidyā elle-même ; et, à la fin du mantra, la partie dite « Kāmarāja » est jointe au bīja « Śrī ».
Verse 17
षोडशाक्षरविद्येयं श्रीविद्येति प्रकीर्तिता / इत्थं रहस्यमाख्यातं गोपनीयं प्रयत्नतः
Cette vidyā est faite de seize syllabes et est proclamée Śrīvidyā. Ainsi le secret a été exposé ; qu’on le préserve avec soin, en le tenant caché.
Verse 18
तिसृणामपि मूर्तीनां शक्तिर्विद्येयमीरिता / सर्वेषा मपि मन्त्राणां विद्यैषा प्राणरूपिणी
Cette Vidyā est proclamée comme la Śakti des trois formes; et pour tous les mantras, cette Vidyā est de nature prāṇa, souffle vital.
Verse 19
पारंपर्येण विज्ञाता विद्येयं बन्धमोचिनी / संस्मृता पापहरणी जरामृत्युविनाशिनी
Cette Vidyā, connue par la lignée de la tradition, délivre des liens; remémorée, elle enlève le péché et détruit vieillesse et mort.
Verse 20
पूजिता दुःखदौर्भाग्यव्याधिदारिद्रयनाशिनी / स्तुता विघ्नौघशमिनी ध्याता सर्वार्थसिद्धिदा
Vénérée, elle détruit peine, malchance, maladie et pauvreté; louée, elle apaise l’amas des obstacles; méditée, elle accorde l’accomplissement de tous les buts.
Verse 21
मुद्राविशेषतत्त्वज्ञो दीक्षाक्षपितकल्मषः / भजेद्यः परमेशानीमभीष्टफलमाप्नुयात्
Celui qui connaît la vérité des mudrās particulières et dont les souillures sont consumées par la dīkṣā, s’il vénère Parameśānī, obtiendra le fruit souhaité.
Verse 22
धवलांबरसंवीतां धवलावासमध्यगाम् / पूजयेद्धवलैः पुष्पैर्ब्रह्मचर्ययुतो नरः
L’homme, établi dans le brahmacarya, doit la vénérer, revêtue d’un vêtement blanc et demeurant au cœur de la demeure blanche, avec des fleurs blanches.
Verse 23
धवलैश्चैव नैवेद्यैर्दधिक्षीरौदनादिभिः / संकल्पधवलैर्वापि पूजयेत्परमेश्वरीम्
Avec des offrandes (naivedya) d’une blancheur pure—yaourt caillé, lait, riz au lait et autres—ou encore par un saṃkalpa immaculé, qu’on vénère Parameśvarī, la Souveraine suprême.
Verse 24
श्रीर्वालन्त्र्यक्षीबीजैः क्रमात्खण्डेषु योजिताम् / षोडशाक्षरविद्यां तामर्चयेच्छुद्धमानसः
Avec le bīja «Śrī» et le bīja «Vālantryakṣī», placés successivement dans ses sections, se compose cette Vidyā aux seize syllabes ; l’esprit pur doit lui offrir l’arcana (adoration).
Verse 25
अनुलोमविलोमेन प्रजपन्मात्रिकाक्षरैः
En récitant en japa les lettres Mātṛkā selon l’ordre direct et l’ordre inverse (anuloma–viloma).
Verse 26
भावयन्नेव देवाग्रे श्रीदेवीं दीपरूपिणीम् / मनसोपांशुना वापि निगदेनापि तापस
Ô ascète, en méditant devant les dieux Śrī Devī sous la forme d’une lampe, on peut réciter mentalement, à voix basse, ou encore à voix distincte.
Verse 27
श्रीदेवीन्याससहितः श्रीदेवीकृतविग्रहः / एकलक्षजपेनैव महापापैः प्रमुच्यते
Celui qui, muni du nyāsa de Śrī Devī et faisant de lui-même la forme de Śrī Devī, par un seul lakh de japa (100 000) est délivré des grands péchés.
Verse 28
लक्षद्वयेन देवर्षे सप्तजन्मकृतान्यपि / पापानि नाशयत्येव साधकस्य परा कला
Ô devarṣi, par deux lakṣa de japa, la puissance suprême du sādhaka détruit assurément les péchés, même ceux accomplis en sept naissances.
Verse 29
लक्षत्रितयजापेन सहस्रजनिपातकैः / मुच्यते नात्र संदेहो निर्मलो नितरां मुने / क्रमात्षोडशलक्षेण देवीसांनिध्यमाप्नुयात्
Ô muni, par trois lakṣa de japa, on est délivré des grands péchés de mille naissances—sans aucun doute; et, peu à peu, par seize lakṣa, on obtient la proximité de la Devī.
Verse 30
पूजा त्रैकालिकी नित्यं जपस्तर्पणमेव च / होमो ब्राह्मणभुक्तिश्च पुरश्चरणमुच्यते
La pūjā quotidienne aux trois temps, le japa et le tarpaṇa; le homa et le repas offert aux brāhmaṇas : tout cela est appelé « puraścaraṇa ».
Verse 31
होमतर्पणयोः स्वाहा न्यासपूजनयोर्नमः / मन्त्रान्ते पूजयेद्देवीं जपकाले यथोचितम्
Dans le homa et le tarpaṇa, on prononce « svāhā » ; dans le nyāsa et la pūjā, « namaḥ ». À la fin du mantra, qu’on vénère la Devī durant le japa, comme il convient.
Verse 32
जपाद्दशांशो होमः स्यात्तद्दशांशं तु तर्पणम् / तद्दशांशं ब्राह्मणानां भोजनं विन्ध्यमर्दन
Du japa, que le dixième soit le homa ; de celui-ci, le dixième, le tarpaṇa ; et le dixième de cela, le repas offert aux brāhmaṇas, ô Vindhyamardana.
Verse 33
देशकालोपघाते तु यद्यदङ्गं विहीयते / तत्संख्याद्विगुणं जप्त्वा पुरश्चर्यां समापयेत्
Si, par atteinte du lieu ou du temps, quelque élément du puraścaryā vient à manquer, qu’on accomplisse le japa au double de ce nombre, puis qu’on achève le puraścaryā.
Verse 34
ततः काम्यप्रयोगार्थं पुनर्लक्षत्रयं जपेत् / व्रतस्थो निर्विकारश्च त्रिकालं पूजनेरतः / पश्चाद्वश्यादिकर्माणि कुर्वन्सिद्धिमवाप्स्यति
Ensuite, pour les pratiques rituelles de désir (kāmya-prayoga), qu’il récite de nouveau trois lakṣa de japa. Établi dans le vœu, sans trouble, appliqué au culte aux trois moments; puis, accomplissant des actes tels que vaśya et autres, il obtiendra la siddhi.
Verse 35
अभ्यर्च्य चक्रमध्यस्थो मन्त्री चिन्तयते यदा / सर्वमात्मानमरुणं साध्यमप्यरुणीकृतम्
Après avoir adoré, lorsque le récitant de mantra, assis au centre du cakra, se recueille, il contemple tout son être comme aruṇa, d’une rougeur sacrée; et même l’objet à accomplir se trouve arunisé.
Verse 36
ततो भवति विन्ध्यारे सर्वसौभाग्यसुन्दरः / वल्लभः सर्वलोकानां वशयेन्नात्रसंशयः
Alors, dans la contrée de Vindhya, il devient beau, paré de toute bonne fortune; aimé de tous les mondes, il les mettra sous sa puissance, sans aucun doute.
Verse 37
रोचनाकुङ्कुमाभ्यां तु समभागं तु चन्दनम् / शतमष्टोत्तरं जप्त्वा तिलकं कारयेद् बुधः
Que le sage mêle rocanā et kuṅkuma à parts égales avec le santal; après avoir récité le japa cent huit fois, qu’il trace le tilaka sur le front.
Verse 38
ततो यमीक्षते वक्ति स्पृशते चिन्तयेच्च यम् / अर्धेन च शरीरेण स वशं याति दासवत्
Alors, celui que l’on regarde, à qui l’on parle, que l’on touche et que l’on médite—fût-ce avec la moitié du corps—tombe sous l’emprise, tel un serviteur.
Verse 39
तथा पुष्पं फलं गन्धं पानं वस्त्रं तपोधन / शतमष्टोत्तरं जप्त्वा यस्यै संप्रोष्यते स्त्रियै / सद्य आकृष्यते सा तु विमूढहृदया सती
De même, ô riche en austérités : prends fleur, fruit, parfum, boisson et vêtement ; après avoir récité cent huit fois, envoie-les à la femme visée ; elle, au cœur égaré, sera aussitôt attirée.
Verse 40
लिखेद्रोचन यैकान्ते प्रतिमामवनीतले / सुरूपां च सशृङ्गारवेषाभरणमण्डिताम्
Dans un lieu retiré, avec la rocana, trace sur le sol une effigie : belle de forme, parée de toilette, de vêtements et d’ornements.
Verse 41
तद्भालगलहृन्नाभिजानुमण्डलयोजितम् / जन्मनाममहाविद्यामङ्कुशान्तर्विदर्भितम्
Sur le front, la gorge, le cœur, le nombril et le cercle des genoux de cette effigie, dispose le nom de naissance et la Mahāvidyā, en y enchâssant l’« aṅkuśa » à l’intérieur.
Verse 42
सर्वाङ्गसंधिसंलीनामालिख्य मदनाक्षरैः / तदाशाभिमुखो भूत्वा त्रिपुरीकृतविग्रहः
Après l’avoir dessinée, inscris les syllabes de Madana, les faisant pénétrer dans toutes les jointures du corps ; puis, tourné vers la direction d’elle, que la forme soit rendue Tripurī.
Verse 43
बद्ध्वा तु क्षोभिणीं मुद्रां विद्यामष्टशतं जपेत् / संयोज्य दहनागारे चन्द्रसूर्यप्रभाकुले
Ensuite, ayant lié la mudrā Kṣobhiṇī, qu’il récite la vidyā huit cents fois; puis qu’il l’unisse dans la chambre du feu, saturée de l’éclat de la lune et du soleil.
Verse 44
ततो विह्वलितापाङ्गीमनङ्गशरपीडिताम् / प्रज्वलन्मदनोन्मेषप्रस्फुरज्जघनस्थलाम्
Alors, le regard aux coins vacillants, tourmentée par les flèches d’Ananga (Kāmadeva), l’éveil du désir flamboyait, et sa région des hanches frémissait, palpitante.
Verse 45
शक्तिचक्रे लसद्रश्मिवलनाकवलीकृताम् / दूरीकृतसुचारित्रां विशालनयनाम्बुजाम्
Dans le cakra de Śakti, elle fut enlacée par des volutes de rayons étincelants; sa bonne conduite fut repoussée au loin, et ses vastes yeux, tels des lotus, apparurent lumineux.
Verse 46
आकृष्टनयनां नष्टधैर्यसंलीनव्रीडनाम् / मन्त्रयन्त्रौषधमहामुद्रानिगडबन्धनाम् / दूरीकृतसुचारित्रां विशालनयनाम्बुजाम्
Ses yeux furent attirés; son assurance se perdit et la pudeur se tapit en elle. Elle fut liée comme par des entraves par mantra, yantra, remèdes et la grande mudrā. Sa bonne conduite fut repoussée au loin, et ses vastes yeux, tels des lotus, rayonnèrent.
Verse 47
मनो ऽधिकमहामन्त्रजपमानां हृतांशुकाम् / विमूढामिव विक्षुब्धामिव प्लुष्टामिवाद्भुताम्
L’esprit tout entier pris par le japa du grand mantra, ses vêtements semblaient lui être arrachés; comme égarée, comme bouleversée, comme brûlée—merveilleuse à voir.
Verse 48
लिखितामिव निःसंज्ञामिव प्रमथितामिव / निलीनामिव निश्चेष्टामिवान्यत्वं गतामिव
Comme si elle était écrite, comme privée de conscience, comme broyée; comme cachée, comme sans mouvement, comme passée à un autre état.
Verse 49
भ्रमन्मन्त्रानिलोद्धूतवेणुपत्राकृतिं च खे / भ्रमन्तीं भावयेन्नारीं योजनानां शतादपि
Dans le ciel elle tourbillonne, telle une feuille de bambou soulevée par le vent du mantra; qu’on la contemple ainsi, tournoyant, fût-ce à cent yojanas.
Verse 50
चक्रमध्यगतां पृथ्वीं सशैलवनकाननाम् / चतुःसमुद्रपर्यन्तं ज्वलन्तीं चिन्तयेत्ततः
Ensuite qu’on médite la Terre au centre du disque, avec ses montagnes, ses forêts et ses grands bois; jusqu’aux limites des quatre océans, flamboyante de feu.
Verse 51
षण्मासाभ्यासयोगेन जायते मदनोपमः / दृष्ट्वा कर्षयते लोकं दृष्ट्वैव कुरुते वशम्
Par la discipline du yoga durant six mois, il devient semblable à Kāmadeva; d’un seul regard il attire le monde, d’un seul regard il le met sous sa puissance.
Verse 52
दृष्ट्वा संक्षोभयेन्नारीं दृष्ट्वैव हरते विषम् / दृष्ट्वा करीति वागीशं दृष्ट्वा सर्वं विमोहयेत् / दृष्ट्वा चातुर्थिकादींश्च ज्वरान्नाशयते क्षणात्
D’un seul regard il trouble la femme; d’un seul regard il ôte le poison. D’un seul regard il fait dire à Vāgīśa, Seigneur de la Parole, « karīti »; d’un seul regard il envoûte toute chose. Et d’un seul regard il détruit en un instant les fièvres telles que la cāturthikā et autres.
Verse 53
पीतद्रव्येण लिखितं चक्रं गूढं तु धारयेत् / वाक्स्तंभं वादिनां क्षिप्रं कुरुते नात्र संशयः
Qu’on porte en secret le cakra tracé avec une substance jaune ; il provoque promptement l’entrave de la parole chez les disputants, sans aucun doute.
Verse 54
महानीलीरसेनापि शत्रुनामयुतं लिखेत् / दक्षिणाभिमुखो वह्नौ दग्ध्वा मारयते रिपून्
Même avec le suc de la Mahānīlī, qu’on écrive de nombreux noms d’ennemis ; tourné vers le sud, en les brûlant dans le feu, on met à mort les rivaux.
Verse 55
महिषाश्वपुरीषाभ्यां गोमूत्रैर्नाम टङ्कितम् / आरनालस्थितं चक्रं विद्वेषं कुरुते द्विषाम्
Avec la fiente de buffle et de cheval, mêlée d’urine de vache, qu’on grave le nom ; le cakra placé dans l’āranāla suscite la haine chez les adversaires.
Verse 56
युक्त्वा रोचनया नाम काकपक्षेण मध्यगम् / लंबमानस्तदाकारो उच्चाटनकरं परम्
Ayant mêlé le nom à la rocanā et l’ayant placé au centre avec une plume d’aile de corbeau ; suspendu et pendant sous cette forme, il accomplit l’uccāṭana (expulsion) suprême.
Verse 57
दुग्धलाक्षारोचनाभिर्महानीलीरसेन च / लिखित्वा धारयंश्चक्रं चातुर्वर्ण्यं वशं नयेत्
Avec du lait, de la lākṣā, de la rocanā et le suc de Mahānīlī, qu’on trace le cakra et qu’on le porte ; ainsi le cāturvarṇya (les quatre varṇa) est amené sous domination.
Verse 58
अनेनैव विधानेन जलमध्ये यदि क्षिपेत् / सौभाग्यमतुलं तस्य स्नानपानान्न संशयः
Par ce même rite, si l’on le jette au milieu des eaux, il obtiendra une félicité incomparable grâce au bain sacré et au fait d’en boire ; il n’y a nul doute.
Verse 59
चक्रमध्यगतं देशं नगरीं वा वराङ्गनाम् / ज्वलन्तीं चिन्तयेन्नित्यं सप्ताहात्क्षोभयेन्मुने
Ô muni, contemple chaque jour un pays, une cité, ou une noble femme placée au centre du cakra, comme si elle flamboyait ; en sept jours, cela provoquera le trouble.
Verse 60
लिखित्वा पीतवर्णं तु चक्रमेतद्यदाचरेत् / पूर्वाशाभिमुखो भूत्वा स्तंभयेत्सर्ववादिनः
Après avoir tracé ce cakra en couleur jaune et accompli la pratique face à l’Orient, on peut arrêter et réduire au silence tous les beaux parleurs.
Verse 61
सिंदूरवर्णलिखितं पूजयेदुत्तरामुखः / यदा तदा स्ववशगो लोको भवति नान्यथा
Le cakra tracé en couleur sindūra (vermillon) doit être honoré face au Nord ; alors, à l’instant même, les gens passent sous son emprise — et pas autrement.
Verse 62
चक्रं गौरिकयालिख्यपूजयेत्पश्चिमामुखः / यः ससर्वाङ्गनाकर्षवश्यक्षोभकरो भवेत्
Le cakra tracé avec la gaurikā (blanc ou jaune pâle) doit être honoré face à l’Occident ; celui qui le fait devient capable d’attirer toutes les femmes, de les assujettir et de susciter le trouble.
Verse 63
पूजयेद्विन्ध्यदर्पारे रहस्येकचरो गिरौ / अजरामरतां मन्त्री लभते नात्र संशयः
Le détenteur du mantra, s’il rend un culte dans le défilé secret de Vindhya, seul sur la montagne, obtient l’état sans vieillesse ni mort ; il n’y a là aucun doute.
Verse 64
रहस्यमेतत्कथितं गोपितव्यं महामुने / गोपनात्सर्वसिद्धिः स्याद्भ्रंश एव प्रकाशनात्
Ô grand muni, ce secret a été dit ; il doit être gardé. En le préservant, toutes les siddhi adviennent ; en le révélant, il n’y a que déchéance.
Verse 65
अविधाय पुरश्चर्यां यः कर्म कुरुते मुने / देवताशापमाप्नोति न च सिद्धिं स विन्दति
Ô muni, celui qui accomplit l’acte rituel sans avoir d’abord observé la pūraścaryā encourt la malédiction de la divinité et n’obtient aucune siddhi.
Verse 66
प्रयोगदोषशान्त्यर्थं पुनर्लक्षं जपेद्बुधः / कुर्याच्च विधिवत्पूजां पुनर्योग्यो भवेन्नरः
Afin d’apaiser les fautes de la pratique, le sage doit répéter le japa pour un autre lakṣa ; puis accomplir la pūjā selon le rite, et l’homme redevient apte au yoga.
Verse 67
निष्कामो देवतां नित्यं योर्ऽचयेद्भक्तिनिर्भरः
Celui qui, sans désir égoïste, vénère chaque jour la divinité, le cœur comblé de bhakti…
Verse 68
तामेव चिन्तयन्नास्ते यथाशक्ति मनुं जपन्
Il demeure assis, ne méditant que sur Elle, et, selon ses forces, récite en japa le mantra « Manu ».
Verse 69
सैव तस्यैहिकं भारं वहेन्मुक्तिं च साधयेत् / सदा संनिहिता तस्य सर्वं च कथयेत सा
Elle-même portera son fardeau d’ici-bas et accomplira pour lui la délivrance; toujours présente auprès de lui, Elle lui révélera toute chose.
Verse 70
वात्सल्यसहिता धेनु यथा वत्समनुव्रजेत् / तथानुगच्छेत्सा देवी स्वभक्तं शरणागतम्
Comme la vache, pleine de tendresse, suit son veau, ainsi la Déesse accompagne son dévot venu chercher refuge auprès d’Elle.
Verse 71
अगस्त्य उवाच शरणागतशब्दस्य कोर्ऽथो वद हया नन / वत्सं गौरिव यं गौरी धावन्तमनुधावति
Agastya dit : « Ô Hayagrīva, dis-moi : quel est le sens du mot “śaraṇāgata” ? Comme la vache Gaurī court derrière le veau qui s’enfuit en courant. »
Verse 72
हयग्रीव उवाच यः पुमानखिलं भारमैहिकामुष्मिकात्मकम् / श्रीदेवतायां निक्षिप्य सदा तद्गतमानसः
Hayagrīva dit : L’homme qui dépose tout fardeau—d’ici-bas et de l’au-delà—aux pieds de la Divinité Śrī, et dont l’esprit demeure toujours tourné vers Elle…
Verse 73
सर्वानुकूलः सर्वत्र प्रतिकूलविवर्जितः / अनन्यशरणो गौरीं दृढं सम्प्रार्थ्य रक्षणे
Partout il choisit ce qui est propice et se détourne de ce qui est contraire; n’ayant d’autre refuge que Gaurī, il la prie avec fermeté de lui accorder sa protection.
Verse 74
रक्षिष्यतीति विश्वासस्तत्सेवैकप्रयोजनः / वरिवस्यातत्परः स्यात्सा एव शरणागतिः
La foi que « Elle protégera » est l’assurance; n’avoir pour seul but que son service et se consacrer à son culte: telle est la véritable prise de refuge (śaraṇāgati).
Verse 75
यदा कदाचित्स्तुतिनिन्दनादौ निन्दन्तु लोकाः स्तुवतां जनो वा / इति स्वरूपं सुधिया समीक्ष्य विषादखेदौ न भजेत्प्रपन्नः
Quand, au milieu des louanges et des blâmes, le monde dénigre ou que les dévots exaltent, celui qui s’est réfugié doit voir avec sagesse que telle est la nature des choses, et ne pas s’abandonner à la tristesse ni au découragement.
Verse 76
अनुकूलस्य संकल्पः प्रतिकूलस्य वर्जनम् / रक्षिष्यतीति विश्वासो गोप्तृत्ववरणं तथा
Résolution d’adopter ce qui est propice, renoncement à ce qui est contraire; foi qu’« Elle protégera », et choix d’Elle comme Protectrice: tel est l’enseignement.
Verse 77
आत्मनिक्षेपकार्पण्ये षड्विधा शरणागतिः / अङ्गीकृत्यात्मनिक्षेपं पञ्चाङ्गानि समर्पयेत् / न ह्यस्य सदृशं किञ्चिद्भुक्तिमुक्त्योस्तु साधनम्
La prise de refuge (śaraṇāgati) est de six formes, fondée sur l’abandon de soi et l’humble indigence. Ayant accepté l’abandon de soi, qu’on offre les cinq autres membres. En vérité, rien ne lui est comparable comme moyen du bien-être et de la délivrance (mukti).
Verse 78
अमानित्वमदंभित्वमहिंसा क्षान्तिरार्जवम् / आचार्योपासनं शौचं स्थैर्यमात्मविनिग्रहः
Humilité et absence d’ostentation; ahiṃsā (non-violence); patience et droiture; vénération de l’ācārya (maître spirituel); pureté; stabilité; et maîtrise de soi.
Verse 79
इन्द्रियार्थेषु वैराग्यमनहङ्कार एव च / जन्ममृत्युजराव्याधिदुःखदोषानुदर्शनम् / असक्तिरनभिष्वङ्गः पुत्रदारगृहादिषु
Détachement (vairāgya) des objets des sens et absence d’ego; contemplation des fautes et des peines de la naissance, de la mort, de la vieillesse et de la maladie; non-attachement et absence d’emprise envers enfants, épouse, maison et autres.
Verse 80
नित्यं च समचित्तत्वमिष्टानिष्टोपपत्तिषु / मयि चानन्यभावेन भक्तिख्यभिचारिणी
Et demeurer constamment d’esprit égal face à l’agréable comme au désagréable lorsqu’ils surviennent; et envers Moi, une bhakti au cœur sans partage, sans déviation.
Verse 81
विविक्तदेशसेवित्वमरतिर्जनसंसदि / अध्यात्मज्ञाननित्यत्वं तत्त्वज्ञानार्थदर्शनम् / एतानि सर्वदा ज्ञानसाधनानि समभ्यसेत्
Fréquenter les lieux retirés et ne pas se complaire dans l’assemblée des foules; demeurer assidu au savoir intérieur (adhyātma-jñāna) et contempler le sens du savoir du Réel (tattva-jñāna); tout cela, qu’on le pratique sans cesse comme moyens de la connaissance.
Verse 82
तत्कर्मकृत्तत्परमस्तद्भक्तः संगवर्जितः / निर्वैरः सर्वभूतेषु यः स याति परां श्रियम्
Celui qui agit pour Lui, Le tient pour but suprême, est Son bhakta sans attache, et ne nourrit d’inimitié envers aucun être: celui-là atteint la suprême splendeur.
Verse 83
गुरुस्तु मादृशो धीमान्ख्यातो वातापितापन / शिष्यो ऽपि त्वादृशः प्रोक्तो रहस्याम्नायदेशिकः
Le Guru sage, tel que moi, est renommé comme celui qui apaise l’ardeur de Vātāpi ; et le disciple tel que toi est dit aussi maître qui enseigne la lignée secrète (rahasyāmnāya).
Hayagrīva equates Śrīcakra with the Goddess herself—Tripurāmbikā/Mahālakṣmī—presenting it not merely as a diagram but as a luminous, divine cosmogram whose essence is inseparable from Śakti.
Key elements include installing the cakra before the Goddess (often described as made of metals like gold/silver), offering fragrances and flowers, japa with the mūlamantra and ṣoḍaśākṣarī vidyā, daily tulasī-leaf worship, and auspicious naivedyas such as honey, ghee, sugar, and payasa.
Because Śrīvidyā is framed as parā vidyā requiring adhikāra: the efficacy and legitimacy of the practice depend on correct transmission, ethical/purity constraints, and a properly authorized initiation context.