
कैलास-मन्दाकिनी-स्वच्छोदा-लौहित्य-सरयू-उद्गमवर्णनम् (Kailāsa and the Origins of Mandākinī, Svacchodā, Lauhitya, and Sarayū)
Ce chapitre est un catalogue sacro-topographique inscrit dans la cosmographie purāṇique. Sūta y décrit l’arrière-chaîne himalayenne où se dresse le mont Kailāsa, demeure de Kubera (seigneur d’Alakā) avec les yakṣa et les êtres qui l’accompagnent. Du pied de la montagne jaillissent des eaux froides et de bon augure; une suite de lacs (saras) et de rivières issues de leurs déversoirs est présentée comme une chaîne d’origines : le lac « Mada » engendre la Mandākinī. Sont ensuite énumérés des paysages divins tels que Nandana-vana, ainsi que des montagnes aux vertus médicinales ou semblables à des gemmes, situant ces eaux dans un réseau écologique sanctifié. D’autres monts, Candraprabha et Sūryaprabha, sont décrits avec des minéraux lumineux; à leur base se trouvent des lacs d’où naissent les rivières Svacchodā et Lauhitya. Le récit mentionne aussi des figures gardiennes et résidentes (yakṣa et chefs) et des forêts riveraines, formant un « index des lieux » pour l’imaginaire des tīrtha et pour la carte plus vaste du Bhuvana-kośa. Les rivières parcourent le disque terrestre et finissent par entrer dans l’océan, unissant la sainteté himalayenne à la circulation cosmologique universelle.
Verse 1
इति श्रीब्रह्माण्डे महापुराणे वायुप्रोक्ते पूर्वभागे द्वितीये ऽनुषङ्गपादे किंपुरुषादिवर्षवर्णनं नाम सप्तदशो ऽध्यायः सूत उवाच मध्ये हिमवतः पृष्ठे कैलासो नाम पर्वतः / तस्मिन्निवसति श्रीमान्कुबेरः सह राक्षसैः
Ainsi, dans le Śrī Brahmāṇḍa Mahāpurāṇa, dans la partie antérieure enseignée par Vāyu, au second anuṣaṅga-pāda, le dix-septième chapitre intitulé « Description des varṣa tels que Kimpuruṣa ». Sūta dit : Au milieu du dos de l’Himavat se dresse le mont nommé Kailāsa ; là demeure le glorieux Kubera avec les Rākṣasa.
Verse 2
अप्सरोनुचरो राजा मोदते ह्यलकाधिपः / कैलासपादात्संभूतं पुण्यं शीतजलं शुभम्
Ce roi, seigneur d’Alakā, entouré des Apsarā, se réjouit; et du pied du Kailāsa jaillit une eau méritoire, fraîche et de bon augure.
Verse 3
मदं नाम्ना कुमुद्वत्त्त्सरस्तूदधिसन्निभम् / तस्माद्दिव्यात्प्रभवति नदी मन्दाकिनी शुभा
Le lac nommé Mada, rempli de fleurs kumuda, ressemble à l’océan; de ce lac divin naît la rivière Mandākinī, sainte et de bon augure.
Verse 4
दिव्यं च नन्दनवनं तस्यास्तीरे महद्वनम् / प्रागुत्तरेम कैलासाद्दिव्यं सर्वौंषधि गिरिम्
Sur sa rive se trouvent le divin bois de Nandana et une vaste forêt. Au nord-est du Kailasa s’élève une montagne céleste, riche de toutes les plantes médicinales.
Verse 5
रत्नधातुमयं चित्रं सबलं पर्वतं प्रति / चन्द्रप्रभो नाम गिरिः सुशुभ्रो रत्नसन्निभः
Cette montagne, faite de métaux précieux, est bigarrée et puissante. Elle se nomme Candraprabha, d’une blancheur éclatante, pareille à un joyau.
Verse 6
तस्य पादे महाद्दिव्यं स्वच्छोदं नाम तत्सरः / तस्माद्दिव्यात्प्रभवति स्वच्छोदा नाम निम्नगा
Au pied de cette montagne se trouve un grand lac céleste nommé Svacchoda. De ce lac divin prend naissance la rivière appelée Svacchodā.
Verse 7
तस्यास्तीरे महद्दिव्यं वनं चैत्ररथं शुभम् / तस्मिन् गिरौ निवसति मणिभद्रः सहानुगः
Sur sa rive s’étend une grande forêt céleste et propice nommée Caitraratha. Sur cette montagne demeure Maṇibhadra avec ses suivants.
Verse 8
यक्षसेनापतिः क्रूरो गुह्यकैः परिवारितः / पुण्या मन्दाकिनी चैव नदी स्वच्छोदका च या
Ce farouche chef des armées des Yakṣa est entouré des Guhyaka. Là se trouvent la sainte rivière Mandākinī et la rivière Svacchodakā aux eaux limpides.
Verse 9
महीमण्डलमध्येन प्रविष्टे ते महोदधिम् / कैलासाद्दक्षिणे प्राच्यां शिवसत्त्वौषधिं गिरिम्
Ils traversèrent le cœur du disque terrestre et pénétrèrent dans le grand océan ; puis, au sud-est du Kailāsa, ils virent la montagne riche d’herbes médicinales imprégnées de l’essence de Śiva.
Verse 10
मनः शिलामयं दिव्यं चित्राङ्गं पर्वतं प्रति / लोहितो हेमशृङ्गश्च गिरिः सूर्यप्रभो महान्
Cette montagne était divine, comme faite de pierre manahśilā, aux membres chatoyants ; et le grand massif nommé Lohita et Hemaśṛṅga rayonnait d’une splendeur solaire.
Verse 11
तस्य पादे महद्दिव्यं लोहितं नाम तत्सरः / तस्मात्पुण्यः प्रभवति लौहित्यः स नदो महान्
Au pied de cette montagne se trouvait un grand lac divin nommé Lohita ; de là prend naissance le grand fleuve sacré, le Lauhitya.
Verse 12
देवारण्यं विशोकं च तस्य तीरे महद्वनम् / तस्मिन्गिरौ निवसति यक्षो मणिधरो वशी
Sur sa rive s’étend une grande forêt nommée Devāraṇya et Viśoka ; sur cette montagne demeure le yakṣa Maṇidhara, maître de lui-même.
Verse 13
सौम्यैः मुधार्मिकैश्चैव गुह्यके परिवारितः / कैलासाद्दक्षिणे पार्श्वे क्रूरसत्त्वौषधिर्गिरिः
Il est entouré de guhyakas doux et de dharma mesuré ; et sur le versant sud du Kailāsa se dresse la montagne nommée Krūrasattvauṣadhi.
Verse 14
वृत्रकायात्किलोत्पन्नमञ्जनं त्रिककुं प्रति / सर्वधातुमयस्तत्र सुमहान्वैद्युतो गिरिः
Du corps de Vṛtra naquit l’añjana, se dirigeant vers Trikaku ; là se dresse une montagne immense, éclatante comme l’éclair, faite de tous les métaux.
Verse 15
तस्य पादे कलः पुण्यं मानसं सिद्धसेवितम् / तस्मात्प्रभवेते पुण्या सरयूर्लोकविश्रुता
À son pied se trouve le lac sacré Mānasa nommé Kala, honoré par les siddhas ; de là jaillit la pure Sarayū, renommée dans le monde.
Verse 16
तस्यास्तीरे वन दिव्यं वैभ्राजं नाम विश्रुतम् / कुबेरा नुचरस्तत्र प्रहेतितनयो वशी
Sur la rive (de la Sarayū) se trouve une forêt divine renommée, nommée Vaibhrāja ; là demeure Vaśī, fils de Praheti, serviteur de Kubera.
Verse 17
ब्रह्मपितो निवसति राक्षसो ऽनन्तविक्रमः / अतरिक्षचरैर्घोरैर्यातुधानशतैर्वृतः
Là demeure le rākṣasa à la vaillance infinie, fils de Brahmapitā ; il est entouré de centaines de terribles yātudhānas, voyageurs des airs.
Verse 18
अपरेण तु कैलासात्पुण्यसत्त्वौषधिर्गिरिः / अरुणः पर्वतश्रेष्ठो रुक्मधातुमयः शुभः
De l’autre côté du Kailāsa se trouve le mont sacré Aruṇa, le meilleur des sommets, riche de vertu et de plantes médicinales ; il est faste et composé de métal rukma, tel l’or.
Verse 19
भवस्य दयितः श्रीमान्पर्वतो मेघसन्निभः / शातकैंभमयैः शुभ्रैः शिलाजालैः समावृतः
La montagne splendide, chère à Bhava, brille telle un nuage; elle est enveloppée de réseaux de roches blanches et fastes, faits d’or śātakumbha.
Verse 20
शातसंख्यैस्तापनीयैः शृङ्गैर्दिवमिवोल्लिखन् / मुञ्जवास्तु महादिव्यो दुर्गः शैलो हिमाचितः
Avec des centaines de cimes d’or pur, il semble entailler le ciel; la montagne-forteresse très divine, nommée Muñjavāstu, est couverte de neige.
Verse 21
तस्मिन्गिरौ निवसति गिरीशो धूम्रलोचनः / तस्या पादात्प्रभवति शैलोदं नाम तत्सरः
Sur cette montagne demeure Girīśa aux yeux couleur de fumée; de son pied naît le lac nommé Śailoda.
Verse 22
तस्मात्प्रभवते पुण्या शिलोदा नाम निम्रगा / सा चक्षुः सीतयोर्मध्ये प्रविष्टा लवणोदधिम्
De là naît la rivière sainte nommée Śilodā; elle coule entre Cakṣu et Sītā puis entre dans l’océan salé.
Verse 23
तस्यास्तीरे वनं दिव्यं विश्रुतं सुरभीति वै / सव्योत्तरेण कैलासाच्छिवः सत्त्वौषधिर्गिरिः
Sur sa rive s’étend une forêt divine, renommée sous le nom de Surabhī; au nord-ouest de Kailāsa se dresse la montagne appelée Śiva, riche en herbes de sattva.
Verse 24
गौरं नाम गिरिश्रेष्ठं हरितालमयं प्रति / हिरण्यशृङ्गः सुमहान् दिव्यो मणिमयो गिरिः
La montagne suprême nommée « Gaura » était teintée de la couleur du haritāla ; à cime d’or, très vaste, divine, telle une montagne de gemmes.
Verse 25
तस्या पादे महाद्दिव्यं शुभं काञ्चनवालुकम् / रम्यं बिन्दुसरो नाम यत्र राजा भगीरथः
À son pied se trouve un lieu vaste et sacré, de sable d’or propice : le charmant lac nommé Bindusara, où demeura le roi Bhagīratha.
Verse 26
गङ्गनिमित्तं राजर्षिरुवास बहुलाः समाः / दिवं यास्यन्ति ते बुर्वे गङ्गतोयपरिप्लुताः
Pour la cause du Gange, le roi-ṛṣi demeura là de longues années. Je l’affirme : ceux que baigne l’eau du Gange vont au ciel.
Verse 27
मदीय इति निश्चित्य समाहितमनाः शिवे / तत्र त्रिपयगा देवी प्रथमं तु प्रतिष्ठिता / सोमपादात्प्रसूता सा सप्तधा प्रतिपद्यते
Ayant résolu : « Ceci est mien », l’esprit recueilli en Śiva, là la Déesse Tripathagā (le Gange) s’établit d’abord. Née du pied de Soma, elle se déploie en sept courants.
Verse 28
यूपा मणिमयास्तत्र वितताश्च हिरण्मयाः / तत्रेष्ट्वा तु गतः सिद्धिं शक्रः सर्वैः सुरैः सह
Là s’étendaient des yūpa (piliers du sacrifice) faits de gemmes, et aussi d’or éclatant. Après y avoir accompli le rite, Śakra (Indra), avec tous les dieux, atteignit l’accomplissement.
Verse 29
दिवि च्छायापथो यस्तु अनुनक्षत्रमण्डलः / दृश्यते भास्वरो रात्रौ देवी त्रिपथगा तु सा
Dans le ciel, le chemin d’ombre qui suit la ronde des astres apparaît lumineux la nuit ; c’est elle, la Déesse Tripathagā.
Verse 30
अन्तरिक्षं दिवञ्चैव भावयन्ती सुरापगा / भवोत्तमाङ्गे पतिता संरूद्धा यौगमायया
Purifiant l’espace et le ciel, Surāpagā tomba sur le sommet de la tête de Bhava (Śiva) et fut retenue par la Yogamāyā.
Verse 31
तस्या ये बिन्दवः केचित् क्रुद्धायाः पतिता भुवि / कृतं तु तैर्बिदुसरस्ततो बिन्दुसरः स्मृतम्
Quelques gouttes de la Déesse courroucée tombèrent sur la terre ; d’elles naquit le lac Bidusara, d’où son nom de Bindusara.
Verse 32
ततो निरूद्धा सा देवी भवेन स्मयता किल / चिन्तयामास मनसा शङ्करक्षेपमं प्रति
Alors la Déesse fut retenue par Bhava (Śiva) qui souriait ; et, en son cœur, elle songea à la manière de se débarrasser de Śaṅkara.
Verse 33
भित्त्वा विशामि पातालं स्रोतसागृह्य शङ्करम् / ज्ञात्वा तम्या अभिप्रायं क्रूरं देव्याश्चिकीर्षितम्
«Je briserai l’accès à Pātāla et j’y entrerai, emportant Śaṅkara saisi par mon courant» ; ainsi fut connu le dessein cruel de la Déesse.
Verse 34
तिरोभावयितुं बुद्धिरासीदङ्गेषु तां नदीम् / तस्यावलेपं ज्ञात्वा तु नद्याःक्रुद्धस्तुशङ्करः
Il conçut l’intention de faire disparaître ce fleuve dans ses propres membres; connaissant l’orgueil du fleuve, Śaṅkara s’irrita.
Verse 35
न्यरुपाच्च शिरस्येनां वेगेन पततीं भुवि / एतस्मिन्नेव काले तु दृष्ट्वा राजानमग्रतः
Il retint sur sa tête ce fleuve qui tombait vers la terre avec violence; et, en ce même instant, voyant le roi devant lui…
Verse 36
धमनीसंततं क्षीणं क्षुधया व्याकुलेन्द्रियम् / अनेन तोषितश्चाहं नद्यर्थं पूर्वमेव तु
Les sens troublés par la faim et le corps amaigri jusqu’aux veines : par cela je suis satisfait; quant à l’œuvre du fleuve, j’y étais déjà favorable auparavant.
Verse 37
बुद्धास्य वरदानं च कोपं नियतवांस्तु सः / ब्रह्मणो वचनं श्रुत्वा धारय स्वर्णदीमिति
Se souvenant du don accordé à Buddha, il maîtrisa sa colère; et, ayant entendu la parole de Brahmā : «Porte Svarṇadī», il s’y conforma.
Verse 38
ततो विसर्जयामास संरुद्धां स्वेन तेजसा / नदीं भगीरथस्यार्थे तपसोग्रेण तोषितः
Alors il relâcha le fleuve qu’il avait retenu par sa propre splendeur; pour l’œuvre de Bhagīratha, satisfait par son austérité ardente.
Verse 39
ततो विसृज्यमानायाः स्रोत स्तत्सप्तधा गतम् / तिस्रः प्ताचीमिमुखं प्रतीचीं तिस्र एव तु
Alors, lorsque le flot fut libéré, le courant du fleuve se divisa en sept; trois branches allèrent vers l’orient, et trois vers l’occident.
Verse 40
नद्याः स्रोतस्तु गङ्गायाः प्रत्यपद्यत सप्तधा / नलिनी ह्लादिनी चैव पावनी चैव प्राच्यगाः
Le courant du fleuve Gangā se partagea en sept; Nalinī, Hlādinī et Pāvanī—ces trois bras s’écoulèrent vers l’orient.
Verse 41
सीता चक्षुश्च सिन्धुश्च प्रतीचीन्दिशमास्थिताः / सप्तमी त्वन्वगात्तासां दक्षिणेन भगीरथम्
Sītā, Cakṣu et Sindhu se tinrent vers l’occident; et le septième courant suivit Bhagīratha en passant au sud des autres.
Verse 42
तस्माद्भागीरथी या सा प्रविष्टा लवणोदधिम् / सप्तैता भावयन्तीदं हिमाह्वं वर्षमेव तु
Ainsi, le bras Bhāgīrathī qui entra dans l’océan salé, avec les autres, ces sept courants sanctifient et fécondent ce varṣa nommé Hima.
Verse 43
प्रसूताः सप्त नद्यस्ताः शुभा बिन्दु सरोद्भवाः / नानादेशान्प्लावयन्त्यो मलेच्छप्रायास्तु सर्वशः
Ces sept rivières de bon augure naquirent du lac Bindu; inondant maints pays, elles s’étendirent partout, jusque dans les contrées où dominent les mleccha.
Verse 44
उपगच्छन्ति ताः सर्वा यतो वर्षति वासवः / शिलीन्ध्रान्कुन्त लांश्चीनान्बर्बरान्यवनाध्रकान्
Là où Vasava (Indra) fait tomber la pluie, toutes s’y rendent—arrosant les contrées des Śilīndhra, Kuntala, Chine, Barbares et Yavana-Ādhraka.
Verse 45
पुष्कराश्च कुलिन्दांश्च अचोंलद्विचराश्च ये / कृत्वा त्रिधा सिंहवन्तं सीतागात्पश्चिमोद धिम्
Passant par les Puṣkara, les Kulinda et ceux dits Acola-dvicara—Sītā partagea en trois le mont Siṃhavanta et gagna l’océan de l’Ouest.
Verse 46
अथ चीनमरूंश्चैव तालांश्च मसमूलिकान् / भद्रास्तुषारांल्लाम्याकान्बाह्लवान्पारटान्खशान्
Puis vers la Chine et Maru, ainsi que Tāla et Masamūlika; vers Bhadra, Tuṣāra, Lāmyaka, Bāhlava, Pāraṭa et Khaśa.
Verse 47
एताञ्जनपदां श्चक्षुः प्रावयन्ती गतोदधिम् / दरदांश्च सकाश्मीरान् गान्धरान् रौरसान् कुहान्
Arrosant ces royaumes comme d’un regard, elle atteignit l’océan; et traversa aussi les Darada, le Cachemire, le Gandhāra, le Raurasa et le Kuha.
Verse 48
शिवशैलानिन्द्रपदान्वसतीश्च विसर्जमान् / सैन्धवान्रन्ध्रकरकाञ्छमठाभीररोहकान्
Laissant Śivaśaila, Indrapada et les régions habitées, elle parvint aussi aux terres des Saindhava, Randhrakaraka, Chamaṭha, Ābhīra et Rohaka.
Verse 49
शुनासुखांश्चोर्द्धमरून्सिन्धुरेतान्निषेवते / गन्धर्वकिन्नरान्यक्षान्रक्षोविद्याधरोरगान्
Le Gange sacré parcourt et sanctifie les contrées de Śunāsukha, d’Ūrdhva-maru, du Sindhu et d’autres encore, ainsi que les domaines des Gandharva, Kinnara, Yakṣa, Rākṣasa, Vidyādhara et Nāga.
Verse 50
कलापग्रामकांश्चैव पारदांस्तद्गणान् खशान् / किरातांश्चपुलिन्दांश्च कुरून् सभरतानपि
Elle sanctifie aussi les Kalāpa-grāmaka, les Pārada et leurs troupes, les Khaśa, Kirāta et Pulinda, ainsi que les Kuru avec les Bhārata.
Verse 51
पञ्चालान्काशिमत्स्यां श्च मगधाङ्गांस्तथैव च / सुह्मोत्तरांश्च वङ्गांश्च ताम्रलिप्तांस्तथैव च
Elle sanctifie Pañcāla, Kāśī et Matsya, Magadha et Aṅga; et de même Suhma-uttara, Vaṅga et Tāmraliptā.
Verse 52
एताञ्जनपदान्मान्यान्गङ्गा भावयते शुभान् / ततः प्रतिहता विन्ध्यात्प्रविष्टा लवणोदधिम्
Le Gange rend ces royaumes vénérables propices et purs; puis, arrêté par le Vindhya, il entre dans l’océan salé (Lavaṇodadhi).
Verse 53
ततश्च ह्लादिनी पुण्य प्राचीमभिमुखा ययौ / प्रावयन्त्युपभागांश्च नैषधांश्च त्रिगर्त कान्
Ensuite, la sainte Hlādinī se tourna vers l’Orient et s’écoula en purifiant Upabhāga, Naiṣadha et Trigarta.
Verse 54
धीवरानृषिकांश्चैव तथा नीलमुखानपि / केकरानौष्टकर्णांश्च किरातानपि चैव हि
Il vit aussi les Dhīvara et les Ṛṣika, ainsi que ceux au visage bleu ; et encore les Kekara, les Auṣṭakarṇa, et les Kirāta.
Verse 55
कालोदरान्विवर्णाश्च कुमारान्स्वर्णभूमिकान् / आमण्डलं समुद्रस्य तिरोभूतांश्च पूर्वतः
Il vit les Kālodara et les décolorés, ainsi que les Kumāra de la terre d’or ; et l’anneau de l’océan, disparu vers l’orient.
Verse 56
ततस्तु पावनी चापि प्राचीमेव दिशं ययौ / सुपथान्पावयं तीह त्विन्द्रद्युम्नसरोपि च
Puis Pāvanī se rendit vers l’orient ; là, elle sanctifia les voies excellentes et le lac d’Indradyumna également.
Verse 57
तथा खरपथांश्चैव वेत्रशङ्कुपथानपि / मध्यतोजानकिमथो कुथप्रावरणान्ययौ
Elle sanctifia aussi les Kharapatha et les Vetraśaṅkupatha ; puis elle se rendit au milieu, vers Janakī et les contrées de Kuthaprāvaraṇa.
Verse 58
इन्द्रद्वीप समुद्रं तु प्रविष्टां लवणोदधिम् / ततस्तु नलिनी प्रायात् प्राचीमाशां जवेन तु
Elle entra dans la mer d’Indradvīpa et parvint au Lavaṇodadhi, l’océan salé ; alors Nalinī s’élança vers l’orient avec rapidité.
Verse 59
तोमरान्भावयन्तीह हंसमार्गान्सहैहयान् / पूर्वन्देशांश्च सेवन्ती भित्त्वा सा बहुधागिरीन्
Ici, elle exaltait les porteurs de javelots ; avec les Haihaya, elle suivait les voies du Cygne, se rendait vers les contrées de l’Orient et, perçant maintes montagnes, poursuivit sa marche.
Verse 60
कर्णप्रावरणान्प्राप्य संगत्या श्वमुखानपि / सिकतापर्वतमरुं गत्वा विद्याधरान्ययौ
Parvenue au pays de Karṇaprāvaraṇa, emmenant dans sa suite même ceux au visage de chien, elle gagna le désert du mont Sikata et rejoignit les Vidyādhara.
Verse 61
नगमण्डलमध्येन प्रविष्टा लवणोदधिम् / तासां नद्युपनद्यश्च शतशो ऽथ सहस्रशः
Passant par le milieu de la ceinture des montagnes, elles entrèrent dans l’océan salé ; leurs fleuves et affluents se comptaient par centaines, puis par milliers.
Verse 62
उपगच्छन्ति ताः सर्वा यतो वर्षति वासवः / वक्वौकसायास्तीरे तु वनं सुरभि विश्रुतम्
Toutes se rendent là où Vasava (Indra) fait tomber la pluie ; et sur la rive de la rivière Vakvaukasa se trouve une forêt renommée, Surabhi, toute parfumée.
Verse 63
हिरण्यशृङ्गे वसति विद्वान्कौबेरको वशी / यज्ञोपेतश्च सुमहानमितौजाः सुविक्रमः
Sur Hiraṇyaśṛṅga demeure le sage Kauberaka, maître de lui-même ; il est paré du yajña, très grand, d’une puissance sans mesure et d’une vaillance éclatante.
Verse 64
तत्रत्यैस्तैः परिवृतौ विद्वद्भिर्ब्रह्मराक्षसैः / कुबेरानुचरा ह्येते चत्वारस्तु समाः स्मृताः
Là, ils étaient entourés de brahmarākṣasas savants ; ceux-ci sont des serviteurs de Kubera, et tous les quatre sont tenus pour égaux.
Verse 65
एवमेव तु विज्ञेया ऋद्धिः पर्वतवासिनाम् / परस्परेण द्विगुणा धर्मतः कामतोर्ऽथतः
Ainsi faut-il comprendre la prospérité des habitants des montagnes : elle se double de l’un à l’autre selon le dharma, le kāma et l’artha.
Verse 66
हेमकूटस्य पृष्ठे तु वर्चोवन्नामतः सरः / मनस्विनीप्रभवति तस्माज्ज्योतिष्मती च या
Sur le versant arrière de l’Hemakūṭa se trouve un lac nommé Varcovān ; de lui naît Manasvinī, et de là surgit aussi Jyotiṣmatī.
Verse 67
अवगाढे ह्युभयतः समुद्रौ पूर्वपश्चिमौ / सरो विष्णुपदं नाम निषधे पर्वतोत्तमे
Des deux côtés, à l’est et à l’ouest, les océans sont profonds ; sur la montagne sublime Niṣadha se trouve un lac nommé Viṣṇupada.
Verse 68
तस्माद्द्वयं प्रभवति गान्धर्वी नाकुली च तैः / मेरोः पार्श्वात्प्रभवति ह्रदश्चन्द्रप्रभो महान्
De là naissent deux courants, Gāndharvī et Nākulī ; et du flanc du Meru surgit le grand lac nommé Candraprabha.
Verse 69
तत्र जंबूनदी पुण्या यस्या जांबूनदं स्मृतम् / पयोदं तु सरो नीले सुशुभ्रं पुण्डरीकवत्
Là se trouve la sainte Jambūnadī, dont l’or est connu sous le nom de ‘jāmbūnada’. Dans le pays de Nīla s’étend le lac Payoda, d’une blancheur éclatante, tel le lotus puṇḍarīka.
Verse 70
पुण्डरीका पयोदा य तस्मान्नद्यौ विनिर्गते / श्वेतात्प्रवर्त्तते पुण्यं सरयूर्मानसाद्ध्रुवम्
Les deux rivières Puṇḍarīkā et Payodā jaillissent de ce lac. Du lac Śveta s’écoule assurément, depuis Mānasa, la sainte rivière Sarayū.
Verse 71
ज्योत्स्ना च मृगाकामा च तस्माद्द्वे संबभूवतुः / सरः कुरुषु विख्यातं पद्ममीनद्विजाकुलम्
De là naquirent deux rivières, Jyotsnā et Mṛgākāmā. Au pays des Kuru se trouve un lac renommé, foisonnant de lotus, de poissons et d’oiseaux.
Verse 72
रुद्रकान्तमिति ख्यातं निर्मितं तद्भवेन तु / अन्ये चाप्यत्र विख्याताः पद्मामीनद्विजाकुलाः
Ce lac est connu sous le nom de ‘Rudrakānta’, façonné par sa propre origine. Ici se trouvent aussi d’autres lacs renommés, riches de lotus, de poissons et d’oiseaux.
Verse 73
नाम्ना ह्रदा जया नाम द्वादशोदधिसन्निभाः / तेभ्यः शान्ता य माध्वी च द्वे नद्यौ संबभूवतुः
Il est douze lacs nommés Jayā, vastes comme l’océan. D’eux naquirent deux rivières : Śāntā et Mādhvī.
Verse 74
यानि किंपुरुषाद्यानि तेषु देवो न वर्षति / उद्भिदान्युदकान्यत्र प्रवहन्ति सरिद्वराः
Dans les contrées telles que Kimpuruṣa et autres, le deva (le nuage) ne fait pas tomber la pluie; là s’écoulent des eaux nées des plantes, et les rivières excellentes y coulent.
Verse 75
ऋषभो दुन्दुभिश्चैव धूम्नश्च सुमहागिरिः / पूर्वायता महापर्वा निमग्ना लवणाभसि
Ṛṣabha, Dundubhi et Dhūmna—ces montagnes immensément grandes—s’étendirent vers l’Orient et s’engloutirent dans l’océan salé.
Verse 76
चन्द्रः काकस्तथा द्रोणः सुमहान्तः शिलोच्चयाः / उदग्याता उदीच्यान्ता अवगाढा महोदधिम्
Candra, Kāka et Droṇa—d’immenses massifs rocheux—s’étendirent vers le Nord et s’enfoncèrent dans le grand océan.
Verse 77
सोमकश्च वराहश्च नारदश्च महीधरः / प्रतीच्यामायतास्ते वै प्रविष्टा लवणोदधिम
Somaka, Varāha et Nārada—ces montagnes—s’étendirent vers l’Occident et pénétrèrent dans l’océan salé.
Verse 78
चक्रो बलाहकश्चैव मैनाको यश्च पर्वतः / आयतास्ते महाशैलाः समुद्रं दक्षिणं प्रति
Cakra, Balāhaka et Maināka—ces grandes montagnes—s’étendirent vers l’océan du Sud.
Verse 79
चक्रमैनाकयोर्मध्य विदिशं दक्षिणां प्रति / तत्र संवर्त्तको नाम सो ऽग्निः पिबति तज्जलम्
Entre Cakra et Maināka, tourné vers le sud, là le feu nommé Saṃvarttaka boit cette eau.
Verse 80
नाम्ना समुद्रवासस्तु और्वःस वडवामुखः / द्वादशैते प्रविष्टा हि पर्वता लवणोदधिम्
Celui qu’on nomme Samudravāsa est Aurvasa Vaḍavāmukha ; ces douze montagnes sont entrées dans l’océan salé.
Verse 81
महेन्द्रभयवित्रस्ताः पक्षच्छे दभयात्पुरा / यदेतद्दृश्यते चन्द्रे श्वेते कृष्णशशाकृति
Autrefois, saisis de peur devant Mahendra et craignant qu’on ne leur tranche les ailes, on voit dans la lune blanche la forme du lièvre noir.
Verse 82
भारतस्य तु वर्षस्य भेदास्ते नव कीर्त्तिताः / इहोदितस्य दृश्यन्ते यथान्ये ऽन्यत्र चोदिते
Les neuf divisions de Bhāratavarṣa ont été énoncées ; ce qui est dit ici se voit comme les autres divisions sont dites ailleurs.
Verse 83
उत्तरोत्तरमेतेषां वर्षमुद्दिश्यते गुणैः / आरोग्यायुः प्रमाणानां धर्मतः कामतोर्ऽथतः
Ces varṣa sont indiqués, de plus en plus, par des qualités supérieures : santé, mesure de la longévité, et accomplissement du dharma, du kāma et de l’artha.
Verse 84
समन्वितानि भूतानि पुण्यैरेतैस्तु भागशः / वसंति नानाजातीनि तेषु वर्षेषु तानि वै / इत्येषा धारयन्तीदं पृथ्वी विश्वं जगत्स्थितम्
Tous les êtres, unis à ces parts de mérite sacré, demeurent selon leur lot dans ces varṣa; là résident des peuples de maintes lignées. Ainsi la Terre porte ce monde et l’univers établi.
A structured cosmographic description of the Kailāsa-Himālaya region: divine mountains, forests, yakṣa domains, and especially the origin-chains of lakes (saras) that generate major sacred rivers (Mandākinī, Svacchodā, Lauhitya, Sarayū).
Mandākinī arises from the lake named Mada; Svacchodā arises from the lake named Svacchoda at the foot of Candraprabha; Lauhitya arises from the lake named Lohita at the foot of Sūryaprabha; Sarayū is said to arise from a sacred lake (Mānasa) associated with another divine mountain setting in the sequence.
They function as locational identifiers and sacral qualifiers: the chapter maps a living sacred ecology where rivers are not only hydrological features but also part of divine jurisdictions (Kubera/yakṣas) and tīrtha landscapes (forests, medicinal mountains), reinforcing Bhuvana-kośa as both cosmology and pilgrimage cartography.