
Citraketu Offends Śiva, Is Cursed by Pārvatī, and Is Glorified as a Vaiṣṇava
Après avoir reçu la miséricorde du Seigneur et obtenu d’extraordinaires pouvoirs mystiques, Citraketu parcourt les mondes en chef des Vidyādharas, chantant les gloires de Hari à travers les royaumes des Siddhas et des Cāraṇas et les vallées du Sumeru. Le récit bascule lorsqu’il voit Śiva dans une assemblée de saints, assis avec Pārvatī sur ses genoux. Jugeant selon la bienséance extérieure, Citraketu rit et blâme la conduite de Śiva. Śiva, profond et maître de lui, demeure silencieux; mais Pārvatī, offensée, maudit Citraketu de renaître parmi les asuras. Citraketu descend aussitôt, se prosterne et accepte la malédiction sans riposter, exposant la philosophie bhāgavata sur le karma, la relativité malédiction/bénédiction et l’impartialité du Seigneur au sein des dualités. Émerveillé, Śiva enseigne à Pārvatī la grandeur des vaiṣṇavas—sans peur, détachés et d’esprit égal—puis le texte fait le lien: cette naissance asurique annonce sa manifestation en Vṛtrāsura, préparant le récit Indra–Vṛtra et une théologie de la bhakti au-delà des apparences.
Verse 1
श्रीशुक उवाच यतश्चान्तर्हितोऽनन्तस्तस्यै कृत्वा दिशे नम: । विद्याधरश्चित्रकेतुश्चचार गगने चर: ॥ १ ॥
Śrī Śukadeva Gosvāmī dit : Après avoir offert ses hommages à la direction d’où Ananta, la Personnalité Suprême de Dieu, avait disparu, Citraketu, chef des Vidyādharas, se mit à voyager dans l’espace.
Verse 2
स लक्षं वर्षलक्षाणामव्याहतबलेन्द्रिय: । स्तूयमानो महायोगी मुनिभि: सिद्धचारणै: ॥ २ ॥ कुलाचलेन्द्रद्रोणीषु नानासङ्कल्पसिद्धिषु । रेमे विद्याधरस्त्रीभिर्गापयन् हरिमीश्वरम् ॥ ३ ॥
Loué par de grands sages et saints, ainsi que par les habitants de Siddhaloka et de Cāraṇaloka, Citraketu, puissant mahāyogī, erra durant des millions d’années, son corps et ses sens demeurant intacts. Il parcourut les vallées du mont Sumeru, lieu d’accomplissement de diverses siddhis selon la volonté, et là il se réjouit avec les femmes de Vidyādhara-loka en chantant les gloires de Hari, le Seigneur Suprême.
Verse 3
स लक्षं वर्षलक्षाणामव्याहतबलेन्द्रिय: । स्तूयमानो महायोगी मुनिभि: सिद्धचारणै: ॥ २ ॥ कुलाचलेन्द्रद्रोणीषु नानासङ्कल्पसिद्धिषु । रेमे विद्याधरस्त्रीभिर्गापयन् हरिमीश्वरम् ॥ ३ ॥
Loué par de grands sages et saints, ainsi que par les habitants de Siddhaloka et de Cāraṇaloka, Citraketu, puissant mahāyogī, erra durant des millions d’années, son corps et ses sens demeurant intacts. Il parcourut les vallées du mont Sumeru, lieu d’accomplissement de diverses siddhis selon la volonté, et là il se réjouit avec les femmes de Vidyādhara-loka en chantant les gloires de Hari, le Seigneur Suprême.
Verse 4
एकदा स विमानेन विष्णुदत्तेन भास्वता । गिरिशं ददृशे गच्छन् परीतं सिद्धचारणै: ॥ ४ ॥ आलिङ्गयाङ्कीकृतां देवीं बाहुना मुनिसंसदि । उवाच देव्या: शृण्वन्त्या जहासोच्चैस्तदन्तिके ॥ ५ ॥
Un jour, tandis que Citraketu voyageait dans l’espace sur un aéronef éclatant offert par Viṣṇu, il vit Girīśa (Śiva) entouré de Siddhas et de Cāraṇas. Śiva siégeait dans une assemblée de grands sages, tenant la déesse Pārvatī sur ses genoux et l’enlaçant de son bras. Sous l’écoute de Pārvatī, Citraketu éclata de rire et parla tout près.
Verse 5
एकदा स विमानेन विष्णुदत्तेन भास्वता । गिरिशं ददृशे गच्छन् परीतं सिद्धचारणै: ॥ ४ ॥ आलिङ्गयाङ्कीकृतां देवीं बाहुना मुनिसंसदि । उवाच देव्या: शृण्वन्त्या जहासोच्चैस्तदन्तिके ॥ ५ ॥
Un jour, tandis que Citraketu voyageait dans l’espace sur un aéronef éclatant offert par Viṣṇu, il vit Girīśa (Śiva) entouré de Siddhas et de Cāraṇas. Śiva siégeait dans une assemblée de grands sages, tenant la déesse Pārvatī sur ses genoux et l’enlaçant de son bras. Sous l’écoute de Pārvatī, Citraketu éclata de rire et parla tout près.
Verse 6
चित्रकेतुरुवाच एष लोकगुरु: साक्षाद्धर्मं वक्ता शरीरिणाम् । आस्ते मुख्य: सभायां वै मिथुनीभूय भार्यया ॥ ६ ॥
Citraketu dit : « Il est le maître spirituel du peuple, l’enseignant du dharma pour les êtres incarnés, le plus éminent. Et pourtant, quelle merveille de le voir, au milieu de l’assemblée des grands sages, enlacer son épouse Pārvatī ! »
Verse 7
जटाधरस्तीव्रतपा ब्रह्मवादिसभापति: । अङ्कीकृत्य स्त्रियं चास्ते गतह्री: प्राकृतो यथा ॥ ७ ॥
Le Seigneur Śiva, aux cheveux en nattes, a pratiqué d’austères pénitences et préside l’assemblée des brahmavādīs. Pourtant, au milieu des saints, il tient son épouse sur ses genoux et l’enlace, tel un homme ordinaire sans pudeur.
Verse 8
प्रायश: प्राकृताश्चापि स्त्रियं रहसि बिभ्रति । अयं महाव्रतधरो बिभर्ति सदसि स्त्रियम् ॥ ८ ॥
Les hommes ordinaires, conditionnés, enlacent leurs épouses en secret. Mais Mahādeva, porteur du grand vœu d’austérité, enlace son épouse ouvertement au milieu de l’assemblée des grands saints : quelle merveille !
Verse 9
श्रीशुक उवाच भगवानपि तच्छ्रुत्वा प्रहस्यागाधधीर्नृप । तूष्णीं बभूव सदसि सभ्याश्च तदनुव्रता: ॥ ९ ॥
Śukadeva Gosvāmī poursuivit : « Ô roi, après avoir entendu les paroles de Citraketu, le Seigneur Śiva, dont l’intelligence est insondable, sourit simplement et demeura silencieux dans l’assemblée; et tous les membres, suivant le Seigneur, ne dirent rien. »
Verse 10
इत्यतद्वीर्यविदुषि ब्रुवाणे बह्वशोभनम् । रुषाह देवी धृष्टाय निर्जितात्माभिमानिने ॥ १० ॥
Ignorant la puissance de Śiva et de Pārvatī, Citraketu les blâma vivement par des paroles fort peu convenables. Aussi la déesse Pārvatī, saisie de colère, s’adressa ainsi à Citraketu, l’audacieux qui se croyait supérieur à Śiva dans la maîtrise des sens.
Verse 11
श्रीपार्वत्युवाच अयं किमधुना लोके शास्ता दण्डधर: प्रभु: । अस्मद्विधानां दुष्टानां निर्लज्जानां च विप्रकृत् ॥ ११ ॥
La déesse Pārvatī dit : Hélas, ce parvenu a-t-il maintenant reçu un poste pour punir des personnes éhontées comme nous ? A-t-il été nommé dirigeant, porteur du bâton de châtiment ?
Verse 12
न वेद धर्मं किल पद्मयोनि- र्न ब्रह्मपुत्रा भृगुनारदाद्या: । न वै कुमार: कपिलो मनुश्च ये नो निषेधन्त्यतिवर्तिनं हरम् ॥ १२ ॥
Hélas, le Seigneur Brahmā, né de la fleur de lotus, ne connaît pas les principes de la religion, ni les grands saints comme Bhṛgu et Nārada. Manu et Kapila ont également oublié les principes religieux.
Verse 13
एषामनुध्येयपदाब्जयुग्मं जगद्गुरुं मङ्गलमङ्गलं स्वयम् । य: क्षत्रबन्धु: परिभूय सूरीन् प्रशास्ति धृष्टस्तदयं हि दण्ड्य: ॥ १३ ॥
Ce Citraketu est le plus bas des kṣatriyas, car il a impudemment insulté le Seigneur Śiva, le maître spirituel du monde entier. Par conséquent, Citraketu doit être puni.
Verse 14
नायमर्हति वैकुण्ठपादमूलोपसर्पणम् । सम्भावितमति: स्तब्ध: साधुभि: पर्युपासितम् ॥ १४ ॥
Cette personne est bouffie d'orgueil à cause de ses réalisations. Elle ne mérite pas d'approcher l'abri des pieds de lotus du Seigneur Viṣṇu, qui sont adorés par toutes les personnes saintes.
Verse 15
अत: पापीयसीं योनिमासुरीं याहि दुर्मते । यथेह भूयो महतां न कर्ता पुत्र किल्बिषम् ॥ १५ ॥
Ô impudent, mon cher fils, prends maintenant naissance dans une famille de démons basse et pécheresse afin de ne plus commettre une telle offense envers les personnes saintes.
Verse 16
श्रीशुक उवाच एवं शप्तश्चित्रकेतुर्विमानादवरुह्य स: । प्रसादयामास सतीं मूर्ध्ना नम्रेण भारत ॥ १६ ॥
Śrī Śukadeva dit : Ô Bhārata, lorsque Pārvatī maudit Citraketu, il descendit de son aéronef, s’inclina avec une profonde humilité et apaisa pleinement la sainte Satī.
Verse 17
चित्रकेतुरुवाच प्रतिगृह्णामि ते शापमात्मनोऽञ्जलिनाम्बिके । देवैर्मर्त्याय यत्प्रोक्तं पूर्वदिष्टं हि तस्य तत् ॥ १७ ॥
Citraketu dit : Ô Mère Ambikā, les mains jointes j’accepte cette malédiction; car ce que les devas assignent au mortel est fixé selon ses actes passés.
Verse 18
संसारचक्र एतस्मिञ्जन्तुरज्ञानमोहित: । भ्राम्यन् सुखं च दु:खं च भुङ्क्ते सर्वत्र सर्वदा ॥ १८ ॥
Dans cette roue du saṁsāra, l’être vivant, égaré par l’ignorance, erre et goûte partout et toujours bonheur et peine, fruits de ses actes passés.
Verse 19
नैवात्मा न परश्चापि कर्ता स्यात् सुखदु:खयो: । कर्तारं मन्यतेऽत्राज्ञ आत्मानं परमेव च ॥ १९ ॥
Dans ce monde matériel, ni l’âme elle-même ni autrui ne sont la cause du bonheur et de la peine; mais, par ignorance grossière, l’être s’imagine que lui et les autres en sont les auteurs.
Verse 20
गुणप्रवाह एतस्मिन् क: शाप: को न्वनुग्रह: । क: स्वर्गो नरक: को वा किं सुखं दु:खमेव वा ॥ २० ॥
Dans ce monde qui s’écoule comme un courant de guṇas, qu’est-ce qu’une malédiction et qu’est-ce qu’une grâce ? Qu’est-ce que le ciel, qu’est-ce que l’enfer ? Qu’est-ce vraiment le bonheur et qu’est-ce la peine, si tout passe comme des vagues sans cesse mouvantes ?
Verse 21
एक: सृजति भूतानि भगवानात्ममायया । एषां बन्धं च मोक्षं च सुखं दु:खं च निष्कल: ॥ २१ ॥
Le Seigneur Suprême est Un; par Sa propre ātma-māyā Il crée tous les êtres. Bien qu’inaffecté, Il manifeste lien et délivrance, joie et peine.
Verse 22
न तस्य कश्चिद्दयित: प्रतीपो न ज्ञातिबन्धुर्न परो न च स्व: । समस्य सर्वत्र निरञ्जनस्य सुखे न राग: कुत एव रोष: ॥ २२ ॥
Le Seigneur est impartial envers tous; nul n’est Son favori ni Son ennemi, ni ami ni parent. Étant niranjana, Il ne s’attache pas au prétendu bonheur; comment aurait-Il colère face à la peine?
Verse 23
तथापि तच्छक्तिविसर्ग एषां सुखाय दु:खाय हिताहिताय । बन्धाय मोक्षाय च मृत्युजन्मनो: शरीरिणां संसृतयेऽवकल्पते ॥ २३ ॥
Pourtant, par le déploiement de Sa puissance, le Seigneur ordonne pour les êtres incarnés—selon le karma—joie et peine, bien et mal, lien et délivrance, naissance et mort, afin que se poursuive le flot du saṁsāra.
Verse 24
अथ प्रसादये न त्वां शापमोक्षाय भामिनि । यन्मन्यसे ह्यसाधूक्तं मम तत्क्षम्यतां सति ॥ २४ ॥
Ô mère courroucée, je ne cherche pas à t’apaiser pour être délivré de la malédiction. Ô Satī, si quelque parole de moi te paraît indigne, daigne la pardonner.
Verse 25
श्रीशुक उवाच इति प्रसाद्य गिरिशौ चित्रकेतुररिन्दम । जगाम स्वविमानेन पश्यतो: स्मयतोस्तयो: ॥ २५ ॥
Śrī Śukadeva dit : Ô Parīkṣit, dompteur des ennemis, après avoir satisfait Girīśa (Śiva) et Pārvatī, Citraketu monta dans son vimāna et s’en alla ; tous deux le regardèrent, émerveillés, et sourirent de son intrépidité.
Verse 26
ततस्तु भगवान् रुद्रो रुद्राणीमिदमब्रवीत् । देवर्षिदैत्यसिद्धानां पार्षदानां च शृण्वताम् ॥ २६ ॥
Ensuite, en présence du grand sage Nārada, des asuras, des habitants de Siddhaloka et de ses propres compagnons qui écoutaient, le très puissant Bhagavān Rudra adressa ces paroles à son épouse, Rudrāṇī Pārvatī.
Verse 27
श्रीरुद्र उवाच दृष्टवत्यसि सुश्रोणि हरेरद्भुतकर्मण: । माहात्म्यं भृत्यभृत्यानां नि:स्पृहाणां महात्मनाम् ॥ २७ ॥
Śrī Rudra dit : Ô Pārvatī à la taille gracieuse, as-tu vu la grandeur des vaiṣṇavas ? Serviteurs des serviteurs de Hari aux actes merveilleux, ce sont de grandes âmes, sans désir pour les bonheurs matériels.
Verse 28
नारायणपरा: सर्वे न कुतश्चन बिभ्यति । स्वर्गापवर्गनरकेष्वपि तुल्यार्थदर्शिन: ॥ २८ ॥
Les dévots entièrement voués à Nārāyaṇa ne craignent aucune condition d’existence. Pour eux, le ciel, la délivrance et l’enfer se valent, car ils ne recherchent que le service du Seigneur.
Verse 29
देहिनां देहसंयोगाद् द्वन्द्वानीश्वरलीलया । सुखं दु:खं मृतिर्जन्म शापोऽनुग्रह एव च ॥ २९ ॥
Par le contact de l’être incarné avec le corps matériel, et par la līlā de l’énergie externe du Seigneur, naissent les dualités : bonheur et souffrance, naissance et mort, malédiction et faveur ; tout cela est le produit naturel de ce contact dans le monde matériel.
Verse 30
अविवेककृत: पुंसो ह्यर्थभेद इवात्मनि । गुणदोषविकल्पश्च भिदेव स्रजिवत्कृत: ॥ ३० ॥
De même qu’on prend à tort une guirlande de fleurs pour un serpent, ainsi, faute de discernement, l’homme imagine des différences en lui-même et tranche entre « qualité et défaut », tenant le bonheur pour bon et la souffrance pour mauvaise.
Verse 31
वासुदेवे भगवति भक्तिमुद्वहतां नृणाम् । ज्ञानवैराग्यवीर्याणां न हि कश्चिद् व्यपाश्रय: ॥ ३१ ॥
Ceux qui rendent un service de bhakti à Bhagavān Vāsudeva (Kṛṣṇa) obtiennent naturellement la connaissance parfaite et le détachement du monde matériel; ainsi ils ne s’attachent ni au prétendu bonheur ni à la prétendue peine de ce monde.
Verse 32
नाहं विरिञ्चो न कुमारनारदौ न ब्रह्मपुत्रा मुनय: सुरेशा: । विदाम यस्येहितमंशकांशका न तत्स्वरूपं पृथगीशमानिन: ॥ ३२ ॥
Ni moi (Śiva), ni Brahmā, ni les Aśvinī-kumāras, ni Nārada, ni les grands sages fils de Brahmā, ni même les dieux ne peuvent comprendre les līlā et la Personne du Seigneur Suprême. Bien que nous soyons ses parcelles, nous nous croyons des maîtres séparés; ainsi son identité véritable nous échappe.
Verse 33
न ह्यस्यास्ति प्रिय: कश्चिन्नाप्रिय: स्व: परोऽपि वा । आत्मत्वात्सर्वभूतानां सर्वभूतप्रियो हरि: ॥ ३३ ॥
Il ne tient personne pour particulièrement cher ni pour ennemi; nul n’est « des siens » et nul ne lui est étranger. Parce que Hari est l’Âme intérieure de tous les êtres, Il est l’ami bienfaisant, proche et aimé de tous.
Verse 34
तस्य चायं महाभागश्चित्रकेतु: प्रियोऽनुग: । सर्वत्र समदृक् शान्तो ह्यहं चैवाच्युतप्रिय: ॥ ३४ ॥ तस्मान्न विस्मय: कार्य: पुरुषेषु महात्मसु । महापुरुषभक्तेषु शान्तेषु समदर्शिषु ॥ ३५ ॥
Ce magnanime Citraketu est un dévot cher au Seigneur et son fidèle suivant; il voit tous les êtres avec égalité et demeure paisible. De même, moi aussi je suis très cher à Acyuta (Nārāyaṇa). Ainsi, nul ne doit s’étonner des actes des mahātmās, les plus hauts dévots de Nārāyaṇa : ils sont sans attachement ni envie, toujours sereins et égaux envers tous.
Verse 35
तस्य चायं महाभागश्चित्रकेतु: प्रियोऽनुग: । सर्वत्र समदृक् शान्तो ह्यहं चैवाच्युतप्रिय: ॥ ३४ ॥ तस्मान्न विस्मय: कार्य: पुरुषेषु महात्मसु । महापुरुषभक्तेषु शान्तेषु समदर्शिषु ॥ ३५ ॥
Ce magnanime Citraketu est un dévot cher au Seigneur et son fidèle suivant; il voit tous les êtres avec égalité et demeure paisible. De même, moi aussi je suis très cher à Acyuta (Nārāyaṇa). Ainsi, nul ne doit s’étonner des actes des mahātmās, les plus hauts dévots de Nārāyaṇa : ils sont sans attachement ni envie, toujours sereins et égaux envers tous.
Verse 36
श्रीशुक उवाच इति श्रुत्वा भगवत: शिवस्योमाभिभाषितम् । बभूव शान्तधी राजन् देवी विगतविस्मया ॥ ३६ ॥
Śrī Śukadeva Gosvāmī dit : Ô roi, après avoir entendu les paroles que le Bhagavān Śiva adressa à Umā, la déesse perdit son étonnement et son intelligence devint paisible et stable.
Verse 37
इति भागवतो देव्या: प्रतिशप्तुमलन्तम: । मूर्ध्ना स जगृहे शापमेतावत्साधुलक्षणम् ॥ ३७ ॥
Le grand dévot Citraketu pouvait maudire la déesse en retour, mais il ne le fit pas ; il inclina la tête et accepta humblement la malédiction devant Śiva et son épouse—telle est la conduite d’un vaiṣṇava.
Verse 38
जज्ञे त्वष्टुर्दक्षिणाग्नौ दानवीं योनिमाश्रित: । वृत्र इत्यभिविख्यातो ज्ञानविज्ञानसंयुत: ॥ ३८ ॥
Sous la malédiction de Bhavānī (Durgā), ce même Citraketu prit naissance dans une lignée démoniaque. Il apparut sous forme d’asura depuis le feu méridional du sacrifice de Tvaṣṭā ; pourtant, il demeura pourvu de jñāna et de vijñāna, et devint célèbre sous le nom de Vṛtrāsura.
Verse 39
एतत्ते सर्वमाख्यातं यन्मां त्वं परिपृच्छसि । वृत्रस्यासुरजातेश्च कारणं भगवन्मते: ॥ ३९ ॥
Mon cher roi Parīkṣit, tu m’as demandé comment Vṛtrāsura, grand dévot, put naître dans une famille d’asuras. C’est pourquoi je t’ai exposé tout cela en détail.
Verse 40
इतिहासमिमं पुण्यं चित्रकेतोर्महात्मन: । माहात्म्यं विष्णुभक्तानां श्रुत्वा बन्धाद्विमुच्यते ॥ ४० ॥
Voici l’histoire méritoire du mahātmā Citraketu. Celui qui l’entend de la bouche d’un dévot pur, avec la gloire des dévots de Viṣṇu, est délivré des liens de l’existence conditionnée.
Verse 41
य एतत्प्रातरुत्थाय श्रद्धया वाग्यत: पठेत् । इतिहासं हरिं स्मृत्वा स याति परमां गतिम् ॥ ४१ ॥
Celui qui se lève à l’aube et, avec foi, maîtrise parole et mental, puis récite ce récit sacré en se souvenant de Śrī Hari, atteint la destinée suprême : le dhāma du Seigneur.
Citraketu judged Śiva’s external posture—embracing Pārvatī in a public assembly—through conventional social decorum, not recognizing Śiva’s transcendental position and the non-material nature of divine conduct. The mistake is not merely ‘speaking’ but presuming moral superiority and criticizing an exalted personality without understanding tattva (reality), which the Bhāgavata frames as a form of offense rooted in partial knowledge.
Śiva’s silence demonstrates the restraint and profundity of a mahātmā: he does not react from ego, nor does he need to defend himself. In Bhāgavata ethics, such silence also exposes the critic’s immaturity and allows the event to become instructive—culminating in a teaching moment where Śiva later glorifies the Vaiṣṇava quality of fearlessness and detachment.
He immediately offered obeisance, accepted the curse with folded hands, and refrained from counter-cursing despite having mystic power to do so. This is praised as the standard of Vaiṣṇava conduct: humility, non-retaliation, and philosophical clarity that happiness and distress unfold under karma and daiva, while devotion remains the devotee’s true shelter.
Citraketu teaches that embodied life moves like waves in a flowing river—dualities arise and pass—so ‘curse’ and ‘favor’ are not ultimate realities. He attributes happiness and distress to the unfolding of past deeds under higher administration, and he stresses that the Supreme Lord is impartial; dualities pertain to the conditioned state under māyā, not to the Lord’s own nature.
The chapter explicitly connects Citraketu’s curse to his later birth as Vṛtrāsura, showing that external birth-status does not define devotion. A devotee may accept an apparently unfavorable embodiment due to a curse or karmic arrangement, yet retain transcendental knowledge and bhakti. This sets up the later narrative where Vṛtrāsura’s devotion becomes exemplary despite his demonic form.
Śiva teaches that devotees of Nārāyaṇa are servants of the Lord’s servants, uninterested in material happiness, and fearless in any condition. For them, heaven, hell, and even liberation are secondary to service. Such devotees naturally possess knowledge and detachment, and they remain peaceful and equal to all—hence Citraketu’s unshaken acceptance is evidence of genuine Vaiṣṇava stature.