
Sāṅkhya of Creation and Annihilation (Sarga–Nirodha-viveka)
Poursuivant l’enseignement méthodique de Śrī Kṛṣṇa à Uddhava, ce chapitre présente un Sāṅkhya rigoureux destiné à dissiper le bheda-bhrama (l’illusion de la dualité). Kṛṣṇa fonde l’ontologie : avant la manifestation, le voyant et le vu ne sont pas différents dans l’Absolu unique. Pour la līlā et l’élan de jouissance des âmes conditionnées, l’Absolu se distingue en prakṛti (nature matérielle) et jīva (le jouisseur conscient). Sous le regard du Seigneur, les guṇa se mettent en mouvement et déploient sūtra/mahat, ahaṅkāra, les tanmātra, les éléments grossiers, les sens et leurs divinités tutélaires, jusqu’à l’œuf cosmique et la création secondaire de Brahmā des systèmes planétaires et des destinations. Le propos se tourne ensuite vers le nirodha : une dissolution graduelle qui résorbe le corps et le cosmos à travers éléments, qualités, divinités, mental, ego, guṇa, nature non manifestée, temps, Mahā-puruṣa, et finalement ne demeure que le Soi suprême. Kṛṣṇa conclut que cette connaissance est comme le lever du soleil : elle chasse l’obscurité et empêche la dualité de revenir, ouvrant la voie à une bhakti stable, sans doute.
Verse 1
श्रीभगवानुवाच अथ ते सम्प्रवक्ष्यामि साङ्ख्यं पूर्वैर्विनिश्चितम् । यद् विज्ञाय पुमान् सद्यो जह्याद् वैकल्पिकं भ्रमम् ॥ १ ॥
Le Seigneur Suprême dit : À présent, je vais t’exposer la science du Sāṅkhya, parfaitement établie par les autorités anciennes. En la comprenant, l’homme renonce aussitôt à l’illusion de la dualité matérielle.
Verse 2
आसीज्ज्ञानमथो अर्थ एकमेवाविकल्पितम् । यदा विवेकनिपुणा आदौ कृतयुगेऽयुगे ॥ २ ॥
À l’origine, durant le Kṛta-yuga—quand tous excellaient dans le discernement spirituel—et même auparavant, au temps de la dissolution, la connaissance et son objet n’étaient qu’un, sans division. Le voyant demeurait seul, non différent de ce qui est vu.
Verse 3
तन्मायाफलरूपेण केवलं निर्विकल्पितम् । वाङ्मनोऽगोचरं सत्यं द्विधा समभवद् बृहत् ॥ ३ ॥
Cette Vérité Absolue, bien qu’elle se manifeste comme fruit de la māyā, demeure sans dualité, hors d’atteinte de la parole et du mental, immense; elle se déploya en deux: la prakṛti et les jīvas qui veulent jouir de ses manifestations.
Verse 4
तयोरेकतरो ह्यर्थः प्रकृतिः सोभयात्मिका । ज्ञानं त्वन्यतमो भावः पुरुषः सोऽभिधीयते ॥ ४ ॥
De ces deux manifestations, l’une est la prakṛti, qui renferme à la fois les causes subtiles et les produits manifestes de la matière. L’autre est le puruṣa, la jīva consciente, appelé le jouisseur.
Verse 5
तमो रजः सत्त्वमिति प्रकृतेरभवन् गुणाः । मया प्रक्षोभ्यमाणायाः पुरुषानुमतेन च ॥ ५ ॥
Lorsque la prakṛti fut agitée par Mon regard, et avec l’assentiment du puruṣa (la jīva), les trois guṇas—sattva, rajas et tamas—se manifestèrent afin d’accomplir les désirs en suspens des âmes conditionnées.
Verse 6
तेभ्यः समभवत् सूत्रं महान् सूत्रेण संयुतः । ततो विकुर्वतो जातो योऽहङ्कारो विमोहनः ॥ ६ ॥
De ces guṇas naquit le sūtra (pradhāna), avec le mahat-tattva qui lui est conjoint. De la transformation du mahat-tattva surgit l’ahaṅkāra, cause de l’égarement des jīvas.
Verse 7
वैकारिकस्तैजसश्च तामसश्चेत्यहं त्रिवृत् । तन्मात्रेन्द्रियमनसां कारणं चिदचिन्मयः ॥ ७ ॥
L’ahaṅkāra, cause des tanmātras, des sens et du mental, englobe esprit et matière et se manifeste en trois formes: vaikarika (sattva), taijasa (rajas) et tāmasa (tamas).
Verse 8
अर्थस्तन्मात्रिकाज्जज्ञे तामसादिन्द्रियाणि च । तैजसाद् देवता आसन्नेकादश च वैकृतात् ॥ ८ ॥
Du faux ego dans le mode de l’ignorance naquirent les tan-mātras, et d’elles furent engendrés les éléments grossiers. Du faux ego dans la passion surgirent les sens, et du faux ego dans la bonté (vaikṛta) apparurent les onze demi-dieux régents.
Verse 9
मया सञ्चोदिता भावाः सर्वे संहत्यकारिणः । अण्डमुत्पादयामासुर्ममायतनमुत्तमम् ॥ ९ ॥
Poussés par Moi, tous ces éléments s’assemblèrent et agirent avec ordre, et ensemble engendrèrent l’œuf universel, Mon séjour excellent.
Verse 10
तस्मिन्नहं समभवमण्डे सलिलसंस्थितौ । मम नाभ्यामभूत् पद्मं विश्वाख्यं तत्र चात्मभूः ॥ १० ॥
Dans cet œuf flottant sur les eaux causales, J’apparus Moi-même. De Mon nombril surgit le lotus universel, et là naquit Brahmā, l’auto-né.
Verse 11
सोऽसृजत्तपसा युक्तो रजसा मदनुग्रहात् । लोकान् सपालान् विश्वात्मा भूर्भुवः स्वरिति त्रिधा ॥ ११ ॥
Brahmā, l’âme de l’univers, par Ma grâce fut doté du mode de la passion et accomplit de grandes austérités; ainsi créa-t-il les trois sphères—Bhūr, Bhuvar et Svar—avec leurs divinités tutélaires.
Verse 12
देवानामोक आसीत् स्वर्भूतानां च भुवः पदम् । मर्त्यादीनां च भूर्लोकः सिद्धानां त्रितयात् परम् ॥ १२ ॥
Le Svarloka fut établi comme demeure des demi-dieux, le Bhuvarloka comme séjour des êtres fantomatiques, et le Bhūrloka comme lieu des humains et autres créatures mortelles. Les mystiques aspirant à la délivrance sont élevés au-delà de ces trois divisions.
Verse 13
अधोऽसुराणां नागानां भूमेरोकोऽसृजत् प्रभुः । त्रिलोक्यां गतयः सर्वाः कर्मणां त्रिगुणात्मनाम् ॥ १३ ॥
Le Seigneur Brahmā créa la région sous la terre pour les asuras et les serpents Nāga. Ainsi, les destinations des trois mondes furent ordonnées selon les réactions du karma accompli sous les trois guṇa de la nature.
Verse 14
योगस्य तपसश्चैव न्यासस्य गतयोऽमलाः । महर्जनस्तपः सत्यं भक्तियोगस्य मद्गतिः ॥ १४ ॥
Par le yoga mystique, les grandes austérités et la vie de renoncement, on atteint les destinations pures de Maharloka, Janoloka, Tapoloka et Satyaloka. Mais par le bhakti-yoga, on obtient Ma demeure transcendante.
Verse 15
मया कालात्मना धात्रा कर्मयुक्तमिदं जगत् । गुणप्रवाह एतस्मिन्नुन्मज्जति निमज्जति ॥ १५ ॥
Moi, le créateur suprême agissant comme la force du temps, j’ai ordonné dans ce monde tous les résultats du karma. Ainsi, dans le courant des guṇa, on émerge parfois et l’on replonge parfois.
Verse 16
अणुर्बृहत् कृशः स्थूलो यो यो भावः प्रसिध्यति । सर्वोऽप्युभयसंयुक्तः प्रकृत्या पुरुषेण च ॥ १६ ॥
Toute caractéristique visible en ce monde—petite ou grande, mince ou massive—contient assurément à la fois la prakṛti (nature matérielle) et le puruṣa, l’âme spirituelle qui en jouit.
Verse 17
यस्तु यस्यादिरन्तश्च स वै मध्यं च तस्य सन् । विकारो व्यवहारार्थो यथा तैजसपार्थिवाः ॥ १७ ॥
Ce qui est le commencement et la fin d’une chose est aussi sa phase intermédiaire. La transformation n’est qu’un nom et une forme pour l’usage—comme des bracelets et des boucles d’oreilles faits d’or, ou des pots et des soucoupes faits de terre. Puisque l’or et la terre existent avant et demeurent après la destruction des formes, ils soutiennent aussi leur réalité durant la manifestation.
Verse 18
यदुपादाय पूर्वस्तु भावो विकुरुतेऽपरम् । आदिरन्तो यदा यस्य तत् सत्यमभिधीयते ॥ १८ ॥
Lorsqu’une chose prend une matière antérieure comme cause et se transforme en une autre, et que son commencement et sa fin sont cette même base, on l’appelle « réel » (satya).
Verse 19
प्रकृतिर्यस्योपादानमाधारः पुरुषः परः । सतोऽभिव्यञ्जकः कालो ब्रह्म तत्त्रितयं त्वहम् ॥ १९ ॥
L’univers matériel est dit réel : sa matière est la prakṛti, son support est Mahā-Viṣṇu, et le temps (kāla) le rend manifeste. Prakṛti, Viṣṇu et temps : cette triade, c’est Moi, la Vérité absolue.
Verse 20
सर्गः प्रवर्तते तावत् पौर्वापर्येण नित्यशः । महान् गुणविसर्गार्थः स्थित्यन्तो यावदीक्षणम् ॥ २० ॥
Tant que la Personnalité suprême de Dieu pose Son regard sur la prakṛti, le monde matériel subsiste et se manifeste sans cesse, en succession, comme le grand et multiple courant de la création par les guṇa.
Verse 21
विराण्मयासाद्यमानो लोककल्पविकल्पकः । पञ्चत्वाय विशेषाय कल्पते भुवनैः सह ॥ २१ ॥
Je suis le fondement de la forme universelle (virāṭ-rūpa), qui déploie une variété sans fin par la création, le maintien et la dissolution répétés des systèmes planétaires. En coordonnant les cinq éléments, elle manifeste les différences de l’existence avec les mondes.
Verse 22
अन्ने प्रलीयते मर्त्यमन्नं धानासु लीयते । धाना भूमौ प्रलीयन्ते भूमिर्गन्धे प्रलीयते ॥ २२ ॥ अप्सु प्रलीयते गन्ध आपश्च स्वगुणे रसे । लीयते ज्योतिषि रसो ज्योती रूपे प्रलीयते ॥ २३ ॥ रूपं वायौ स च स्पर्शे लीयते सोऽपि चाम्बरे । अम्बरं शब्दतन्मात्र इन्द्रियाणि स्वयोनिषु ॥ २४ ॥ योनिर्वैकारिके सौम्य लीयते मनसीश्वरे । शब्दो भूतादिमप्येति भूतादिर्महति प्रभुः ॥ २५ ॥ स लीयते महान् स्वेषु गुणेषु गुणवत्तमः । तेऽव्यक्ते सम्प्रलीयन्ते तत् काले लीयतेऽव्यये ॥ २६ ॥ कालो मायामये जीवे जीव आत्मनि मय्यजे । आत्मा केवल आत्मस्थो विकल्पापायलक्षणः ॥ २७ ॥
Lors de l’anéantissement, le corps mortel se fond dans la nourriture; la nourriture dans les grains, les grains dans la terre, la terre dans sa sensation subtile : le parfum. Le parfum dans l’eau, l’eau dans la saveur, la saveur dans le feu, le feu dans la forme; la forme dans le toucher, le toucher dans l’air, l’air dans l’éther, l’éther dans la tanmātra du son. Les sens se résorbent dans leurs origines, les devas présidants; ceux-ci dans le mental, le mental dans l’ego de la bonté; le son dans l’ego de l’ignorance puis dans le mahat-tattva; le mahat dans les guṇa, les guṇa dans l’inmanifesté, l’inmanifesté dans le temps; le temps dans le Mahā-puruṣa, moteur de toute vie; et cette source des êtres se fond en Moi, l’Ātman suprême non né. Je demeure seul, établi en Moi-même; de Moi se manifestent création et dissolution.
Verse 23
अन्ने प्रलीयते मर्त्यमन्नं धानासु लीयते । धाना भूमौ प्रलीयन्ते भूमिर्गन्धे प्रलीयते ॥ २२ ॥ अप्सु प्रलीयते गन्ध आपश्च स्वगुणे रसे । लीयते ज्योतिषि रसो ज्योती रूपे प्रलीयते ॥ २३ ॥ रूपं वायौ स च स्पर्शे लीयते सोऽपि चाम्बरे । अम्बरं शब्दतन्मात्र इन्द्रियाणि स्वयोनिषु ॥ २४ ॥ योनिर्वैकारिके सौम्य लीयते मनसीश्वरे । शब्दो भूतादिमप्येति भूतादिर्महति प्रभुः ॥ २५ ॥ स लीयते महान् स्वेषु गुणेषु गुणवत्तमः । तेऽव्यक्ते सम्प्रलीयन्ते तत् काले लीयतेऽव्यये ॥ २६ ॥ कालो मायामये जीवे जीव आत्मनि मय्यजे । आत्मा केवल आत्मस्थो विकल्पापायलक्षणः ॥ २७ ॥
Le parfum se fond dans l'eau, et l'eau dans sa propre qualité, le goût. Le goût se fond dans le feu, et le feu se fond dans la forme.
Verse 24
अन्ने प्रलीयते मर्त्यमन्नं धानासु लीयते । धाना भूमौ प्रलीयन्ते भूमिर्गन्धे प्रलीयते ॥ २२ ॥ अप्सु प्रलीयते गन्ध आपश्च स्वगुणे रसे । लीयते ज्योतिषि रसो ज्योती रूपे प्रलीयते ॥ २३ ॥ रूपं वायौ स च स्पर्शे लीयते सोऽपि चाम्बरे । अम्बरं शब्दतन्मात्र इन्द्रियाणि स्वयोनिषु ॥ २४ ॥ योनिर्वैकारिके सौम्य लीयते मनसीश्वरे । शब्दो भूतादिमप्येति भूतादिर्महति प्रभुः ॥ २५ ॥ स लीयते महान् स्वेषु गुणेषु गुणवत्तमः । तेऽव्यक्ते सम्प्रलीयन्ते तत् काले लीयतेऽव्यये ॥ २६ ॥ कालो मायामये जीवे जीव आत्मनि मय्यजे । आत्मा केवल आत्मस्थो विकल्पापायलक्षणः ॥ २७ ॥
La forme se fond dans l'air, et l'air dans le toucher. Le toucher se fond dans l'éther, et l'éther dans le son. Les sens se fondent dans leurs origines.
Verse 25
अन्ने प्रलीयते मर्त्यमन्नं धानासु लीयते । धाना भूमौ प्रलीयन्ते भूमिर्गन्धे प्रलीयते ॥ २२ ॥ अप्सु प्रलीयते गन्ध आपश्च स्वगुणे रसे । लीयते ज्योतिषि रसो ज्योती रूपे प्रलीयते ॥ २३ ॥ रूपं वायौ स च स्पर्शे लीयते सोऽपि चाम्बरे । अम्बरं शब्दतन्मात्र इन्द्रियाणि स्वयोनिषु ॥ २४ ॥ योनिर्वैकारिके सौम्य लीयते मनसीश्वरे । शब्दो भूतादिमप्येति भूतादिर्महति प्रभुः ॥ २५ ॥ स लीयते महान् स्वेषु गुणेषु गुणवत्तमः । तेऽव्यक्ते सम्प्रलीयन्ते तत् काले लीयतेऽव्यये ॥ २६ ॥ कालो मायामये जीवे जीव आत्मनि मय्यजे । आत्मा केवल आत्मस्थो विकल्पापायलक्षणः ॥ २७ ॥
Ô doux Uddhava, les origines des sens se fondent dans le mental. Le son se fond dans le faux ego, et cet ego se fond dans le Mahat-tattva.
Verse 26
अन्ने प्रलीयते मर्त्यमन्नं धानासु लीयते । धाना भूमौ प्रलीयन्ते भूमिर्गन्धे प्रलीयते ॥ २२ ॥ अप्सु प्रलीयते गन्ध आपश्च स्वगुणे रसे । लीयते ज्योतिषि रसो ज्योती रूपे प्रलीयते ॥ २३ ॥ रूपं वायौ स च स्पर्शे लीयते सोऽपि चाम्बरे । अम्बरं शब्दतन्मात्र इन्द्रियाणि स्वयोनिषु ॥ २४ ॥ योनिर्वैकारिके सौम्य लीयते मनसीश्वरे । शब्दो भूतादिमप्येति भूतादिर्महति प्रभुः ॥ २५ ॥ स लीयते महान् स्वेषु गुणेषु गुणवत्तमः । तेऽव्यक्ते सम्प्रलीयन्ते तत् काले लीयतेऽव्यये ॥ २६ ॥ कालो मायामये जीवे जीव आत्मनि मय्यजे । आत्मा केवल आत्मस्थो विकल्पापायलक्षणः ॥ २७ ॥
Ce Mahat-tattva se fond dans les modes de la nature. Ces modes se fondent dans le non-manifesté (Avyakta), et le non-manifesté se fond dans le Temps.
Verse 27
अन्ने प्रलीयते मर्त्यमन्नं धानासु लीयते । धाना भूमौ प्रलीयन्ते भूमिर्गन्धे प्रलीयते ॥ २२ ॥ अप्सु प्रलीयते गन्ध आपश्च स्वगुणे रसे । लीयते ज्योतिषि रसो ज्योती रूपे प्रलीयते ॥ २३ ॥ रूपं वायौ स च स्पर्शे लीयते सोऽपि चाम्बरे । अम्बरं शब्दतन्मात्र इन्द्रियाणि स्वयोनिषु ॥ २४ ॥ योनिर्वैकारिके सौम्य लीयते मनसीश्वरे । शब्दो भूतादिमप्येति भूतादिर्महति प्रभुः ॥ २५ ॥ स लीयते महान् स्वेषु गुणेषु गुणवत्तमः । तेऽव्यक्ते सम्प्रलीयन्ते तत् काले लीयतेऽव्यये ॥ २६ ॥ कालो मायामये जीवे जीव आत्मनि मय्यजे । आत्मा केवल आत्मस्थो विकल्पापायलक्षणः ॥ २७ ॥
Le temps se fond dans le Seigneur Suprême (Maha-purusa), et Lui se fond en Moi, l'Âme Suprême non née, qui demeure seule, établie en Elle-même.
Verse 28
एवमन्वीक्षमाणस्य कथं वैकल्पिको भ्रमः । मनसो हृदि तिष्ठेत व्योम्नीवार्कोदये तमः ॥ २८ ॥
De même que l’obscurité du ciel s’évanouit au lever du soleil, de même cette connaissance de la dissolution cosmique chasse de l’esprit du disciple sincère toute dualité illusoire. Même si la māyā entrait dans son cœur, elle ne pourrait y demeurer.
Verse 29
एष साङ्ख्यविधिः प्रोक्तः संशयग्रन्थिभेदनः । प्रतिलोमानुलोमाभ्यां परावरदृशा मया ॥ २९ ॥
Voici l’enseignement du Sāṅkhya que Moi, le voyant parfait du matériel et du spirituel, ai proclamé par l’analyse directe et inverse de la création et de la dissolution ; il tranche le nœud du doute et détruit l’illusion.
Kṛṣṇa teaches Sāṅkhya here as a curative science: by enumerating how prakṛti, guṇas, mind, senses, and elements arise and dissolve under the Lord’s supervision, the student stops misidentifying the Self with changing categories. The goal is immediate abandonment of dvaita-bhrama (material duality) and firm establishment of consciousness in the Supreme āśraya.
It presents a theistic Sāṅkhya sequence: the Lord’s glance agitates prakṛti; the guṇas manifest; from them arise sūtra and mahat; from mahat comes ahaṅkāra (threefold by guṇa); from tamasic ego come tanmātras and gross elements; from rajasic ego come the senses; from sattvic ego arise the presiding deities; these combine into the cosmic egg, within which the Lord appears and from whose navel Brahmā is born to perform secondary creation.
The universal egg (brahmāṇḍa) signifies the organized cosmos formed from coordinated elements. Kṛṣṇa’s entrance emphasizes that the universe is not self-sufficient: consciousness and order depend on the Supreme Person as indwelling controller. Brahmā’s birth from the lotus further marks visarga—secondary creation—occurring by divine empowerment rather than independent material causation.
Pralaya is explained as a graded laya: body merges into food and progressively into earth, subtle qualities, elements, sense-powers and their deities, mind, ego, total nature, guṇas, unmanifest nature, time, Mahā-puruṣa, and finally the Supreme Self alone. The repetition in the provided input likely reflects a textual duplication artifact; conceptually, the intended teaching is a single, continuous dissolution ladder meant for contemplative assimilation.
Mahā-puruṣa is the omniscient cosmic person who activates creation through time and oversees the living beings’ manifestation. In SB 11.24, Kṛṣṇa identifies the chain of causality—nature, time, Mahā-Viṣṇu/Mahā-puruṣa—as non-different from Himself in the sense that they rest upon and operate by His supreme identity as the Absolute Truth (āśraya).