
Bondage and Liberation Under Māyā; Two Birds Analogy; Marks of the Saintly Devotee
Poursuivant l’enseignement conclusif de Kṛṣṇa à Uddhava dans le cadre de l’Uddhava-gītā, ce chapitre précise que la « servitude » et la « libération » naissent des guṇa de la prakṛti sous la māyā du Seigneur, tandis que l’ātman demeure, en essence, intact. Kṛṣṇa recourt aux analogies du rêve et de l’espace/du soleil/du vent pour montrer l’irréalité des lamentations matérielles et la position de témoin de l’âme réalisée. Il oppose l’être éclairé—qui voit les sens agir sur leurs objets—à l’ignorant, identifié à l’ego « je fais », lié par le karma. La célèbre image des deux oiseaux sur un même arbre distingue le jīva (jouisseur des fruits) du Paramātmā (témoin et connaisseur, non-jouisseur). Le chapitre se tourne ensuite du jñāna et du vairāgya vers la bhakti : l’érudition dépourvue de la līlā du Seigneur est stérile, tandis que consacrer à Lui l’action et l’esprit purifie l’existence. La question d’Uddhava sur le véritable dévot mène à la définition par Kṛṣṇa des qualités du saint, préparant la suite des enseignements sur la dévotion authentique et l’excellence de l’amour sans mélange.
Verse 1
श्रीभगवानुवाच बद्धो मुक्त इति व्याख्या गुणतो मे न वस्तुत: । गुणस्य मायामूलत्वान्न मे मोक्षो न बन्धनम् ॥ १ ॥
Le Seigneur Suprême dit : Cher Uddhava, sous l’influence des guṇa de la nature matérielle, qui sont sous Mon contrôle, le jīva est parfois désigné comme « conditionné » et parfois comme « libéré ». En vérité, l’âme n’est jamais réellement liée ni délivrée. Et puisque Je suis le Seigneur suprême de la māyā, cause des guṇa, on ne doit pas non plus Me considérer comme en libération ou en servitude.
Verse 2
शोकमोहौ सुखं दु:खं देहापत्तिश्च मायया । स्वप्नो यथात्मन: ख्याति: संसृतिर्न तु वास्तवी ॥ २ ॥
La lamentation et l’illusion, le bonheur et la souffrance, ainsi que l’acceptation d’un corps matériel sous l’influence de la māyā, tout cela est une création de Mon énergie illusoire. De même qu’un rêve n’est qu’une fabrication de l’intelligence sans substance réelle, de même l’existence matérielle n’a pas de réalité essentielle.
Verse 3
विद्याविद्ये मम तनू विद्ध्युद्धव शरीरिणाम् । मोक्षबन्धकरी आद्ये मायया मे विनिर्मिते ॥ ३ ॥
Ô Uddhava, sache que la connaissance comme l’ignorance sont des formes de Ma puissance, des expansions de Mon énergie. Toutes deux, façonnées par Ma māyā, sont sans commencement et, pour les êtres incarnés, elles accordent respectivement la libération et la servitude.
Verse 4
एकस्यैव ममांशस्य जीवस्यैव महामते । बन्धोऽस्याविद्ययानादिर्विद्यया च तथेतर: ॥ ४ ॥
Ô Uddhava, le plus intelligent, le jīva est bien une parcelle de Moi. Mais, par l’ignorance, il souffre dans la servitude matérielle depuis des temps sans commencement. Par la connaissance, en revanche, il peut être délivré.
Verse 5
अथ बद्धस्य मुक्तस्य वैलक्षण्यं वदामि ते । विरुद्धधर्मिणोस्तात स्थितयोरेकधर्मिणि ॥ ५ ॥
À présent, cher Uddhava, je vais te dire les traits distinctifs de l’âme liée et du Seigneur éternellement libéré. Dans un même corps se manifestent des qualités opposées, comme joie et peine, car y résident à la fois Bhagavān, toujours libre, et le jīva conditionné.
Verse 6
सुपर्णावेतौ सदृशौ सखायौ यदृच्छयैतौ कृतनीडौ च वृक्षे । एकस्तयो: खादति पिप्पलान्न- मन्यो निरन्नोऽपि बलेन भूयान् ॥ ६ ॥
Par hasard, deux oiseaux, amis et de nature semblable, ont fait leur nid dans le même arbre. L’un mange les fruits de l’arbre, tandis que l’autre, sans en manger, demeure en position supérieure grâce à sa puissance.
Verse 7
आत्मानमन्यं च स वेद विद्वा- नपिप्पलादो न तु पिप्पलाद: । योऽविद्यया युक् स तु नित्यबद्धो विद्यामयो य: स तु नित्यमुक्त: ॥ ७ ॥
L’oiseau qui ne mange pas les fruits est le Seigneur Suprême, omniscient; Il connaît parfaitement Sa propre position et celle de l’être conditionné, figuré par l’oiseau qui mange. Mais l’être qui mange ne se connaît ni lui-même ni le Seigneur; voilé par l’avidyā, il est dit éternellement lié, tandis que Bhagavān, plein de connaissance, est éternellement libéré.
Verse 8
देहस्थोऽपि न देहस्थो विद्वान् स्वप्नाद् यथोत्थित: । अदेहस्थोऽपि देहस्थ: कुमति: स्वप्नदृग् यथा ॥ ८ ॥
Celui qui est éclairé dans la réalisation du Soi, bien qu’il vive dans le corps matériel, se voit au-delà du corps, comme celui qui s’éveille d’un rêve et renonce à s’identifier au corps du rêve. Mais l’insensé, bien qu’il ne soit pas le corps et le transcende, se croit dans le corps, comme le rêveur se voyant dans un corps imaginaire.
Verse 9
इन्द्रियैरिन्द्रियार्थेषु गुणैरपि गुणेषु च । गृह्यमाणेष्वहं कुर्यान्न विद्वान् यस्त्वविक्रिय: ॥ ९ ॥
La personne éclairée, libre de la souillure du désir matériel, ne se considère pas comme l’auteur des actes du corps. Elle sait que, dans toute action, seuls les sens nés des guṇas de la nature entrent en contact avec les objets des sens, nés de ces mêmes guṇas.
Verse 10
दैवाधीने शरीरेऽस्मिन् गुणभाव्येन कर्मणा । वर्तमानोऽबुधस्तत्र कर्तास्मीति निबध्यते ॥ १० ॥
L’insensé, établi dans ce corps soumis à la Providence et façonné par le karma passé, se dit : « Je suis l’auteur des actes ». Trompé par le faux ego, il se trouve lié par les œuvres, qui sont en réalité accomplies par les guṇas de la nature.
Verse 11
एवं विरक्त: शयन आसनाटनमज्जने । दर्शनस्पर्शनघ्राणभोजनश्रवणादिषु । न तथा बध्यते विद्वान् तत्र तत्रादयन् गुणान् ॥ ११ ॥
Ainsi, le sage établi dans le détachement engage son corps à se coucher, s’asseoir, marcher, se baigner, voir, toucher, sentir, manger, entendre, etc., sans jamais s’y enlacer. Témoin de tout, il laisse simplement les sens agir avec leurs objets.
Verse 12
प्रकृतिस्थोऽप्यसंसक्तो यथा खं सवितानिल: । वैशारद्येक्षयासङ्गशितया छिन्नसंशय: ॥ १२ ॥ प्रतिबुद्ध इव स्वप्नान्नानात्वाद् विनिवर्तते ॥ १३ ॥
Bien que l’espace soit le support de tout, il ne se mêle à rien et ne s’entrave pas; le soleil reflété dans d’innombrables réservoirs n’est pas attaché à l’eau; et le vent puissant qui souffle partout n’est pas affecté par les multiples parfums. De même, l’âme réalisée demeure totalement détachée du corps et du monde. Par une vision affinée par le détachement, elle tranche tous les doutes par la connaissance du Soi et retire la conscience de l’étalement de la diversité, tel un homme réveillé d’un rêve.
Verse 13
प्रकृतिस्थोऽप्यसंसक्तो यथा खं सवितानिल: । वैशारद्येक्षयासङ्गशितया छिन्नसंशय: ॥ १२ ॥ प्रतिबुद्ध इव स्वप्नान्नानात्वाद् विनिवर्तते ॥ १३ ॥
Il se détourne de la diversité comme un homme réveillé d’un rêve. Par une vision aiguisée par le détachement, le connaisseur du Soi tranche les doutes par l’épée de la connaissance et retire l’esprit de l’expansion extérieure.
Verse 14
यस्य स्युर्वीतसङ्कल्पा: प्राणेन्द्रियमनोधियाम् । वृत्तय: स विनिर्मुक्तो देहस्थोऽपि हि तद्गुणै: ॥ १४ ॥
Est tenu pour pleinement libéré celui dont les fonctions du souffle vital, des sens, du mental et de l’intelligence s’accomplissent sans désir matériel. Bien qu’il demeure dans le corps, il n’est pas enlacé par ses qualités.
Verse 15
यस्यात्मा हिंस्यते हिंस्रैर्येन किञ्चिद् यदृच्छया । अर्च्यते वा क्वचित्तत्र न व्यतिक्रियते बुध: ॥ १५ ॥
Parfois, sans raison apparente, le corps est agressé par des hommes cruels ou des bêtes féroces; d’autres fois, ailleurs, on reçoit soudain honneur et adoration. Celui qui ne s’irrite pas sous l’attaque et ne se complaît pas dans le culte est véritablement sage.
Verse 16
न स्तुवीत न निन्देत कुर्वत: साध्वसाधु वा । वदतो गुणदोषाभ्यां वर्जित: समदृङ्मुनि: ॥ १६ ॥
Le sage saint, à la vision égale, n’est pas affecté par le bien ou le mal matériels. Voyant autrui agir bien ou mal, parler juste ou faux, il ne loue ni ne blâme personne.
Verse 17
न कुर्यान्न वदेत् किञ्चिन्न ध्यायेत् साध्वसाधु वा । आत्मारामोऽनया वृत्त्या विचरेज्जडवन्मुनि: ॥ १७ ॥
Même pour entretenir son corps, le sage libéré ne doit ni agir, ni parler, ni penser selon la mesure matérielle du « bon » et du « mauvais ». Détaché en toute circonstance, se délectant de la réalisation du Soi, qu’il erre selon cette vie affranchie, paraissant aux yeux du monde comme un simple d’esprit.
Verse 18
शब्दब्रह्मणि निष्णातो न निष्णायात् परे यदि । श्रमस्तस्य श्रमफलो ह्यधेनुमिव रक्षत: ॥ १८ ॥
Si, par une étude minutieuse, on devient expert du śabda-brahman, la littérature védique, mais qu’on ne s’efforce pas de fixer son mental sur Bhagavān, la Suprême Personnalité de Dieu, alors l’effort ne porte pour fruit que la fatigue. C’est comme garder avec peine une vache sans lait.
Verse 19
गां दुग्धदोहामसतीं च भार्यां देहं पराधीनमसत्प्रजां च । वित्तं त्वतीर्थीकृतमङ्ग वाचं हीनां मया रक्षति दु:खदु:खी ॥ १९ ॥
Mon cher Uddhava, est vraiment le plus misérable celui qui entretient une vache sans lait, une épouse infidèle, un corps entièrement dépendant d’autrui, des enfants inutiles ou des richesses non employées à juste fin. De même, celui qui étudie le savoir védique dépourvu de Mes gloires est lui aussi le plus misérable.
Verse 20
यस्यां न मे पावनमङ्ग कर्म स्थित्युद्भवप्राणनिरोधमस्य । लीलावतारेप्सितजन्म वा स्याद् वन्ध्यां गिरं तां बिभृयान्न धीर: ॥ २० ॥
Ô Uddhava, les écrits qui ne décrivent pas Mes actes et Mes līlā purificatrices—par lesquels se révèlent la création, le maintien et la dissolution de l’univers, et qui n’honorent pas Mes incarnations les plus chères, Kṛṣṇa et Balarāma—ne sont qu’une parole stérile; l’homme sage ne les porte pas.
Verse 21
एवं जिज्ञासयापोह्य नानात्वभ्रममात्मनि । उपारमेत विरजं मनो मय्यर्प्य सर्वगे ॥ २१ ॥
Ainsi, par la quête de connaissance, dissipe dans l’âme l’illusion de la diversité matérielle imposée et mets fin à l’existence mondaine; que l’esprit, pur et sans rajas, soit offert à Moi, car Je suis partout présent.
Verse 22
यद्यनीशो धारयितुं मनो ब्रह्मणि निश्चलम् । मयि सर्वाणि कर्माणि निरपेक्ष: समाचर ॥ २२ ॥
Mon cher Uddhava, si tu ne peux maintenir l’esprit immobile en Brahman, alors accomplis toutes tes actions comme une offrande à Moi, sans attente des fruits ni désir d’en jouir.
Verse 23
श्रद्धालुर्मत्कथा: शृण्वन् सुभद्रा लोकपावनी: । गायन्ननुस्मरन् कर्म जन्म चाभिनयन् मुहु: ॥ २३ ॥ मदर्थे धर्मकामार्थानाचरन् मदपाश्रय: । लभते निश्चलां भक्तिं मय्युद्धव सनातने ॥ २४ ॥
Mon cher Uddhava, les récits de Mes līlās et de Mes qualités sont tout à fait auspices et purifient l’univers. Celui qui, avec foi, les écoute, les chante et s’en souvient sans cesse, qui par des représentations revit Mes jeux depuis Mon avènement, et qui, prenant refuge en Moi, consacre dharma, kāma et artha à Ma satisfaction, obtient assurément une bhakti inébranlable envers Moi, le Seigneur éternel.
Verse 24
श्रद्धालुर्मत्कथा: शृण्वन् सुभद्रा लोकपावनी: । गायन्ननुस्मरन् कर्म जन्म चाभिनयन् मुहु: ॥ २३ ॥ मदर्थे धर्मकामार्थानाचरन् मदपाश्रय: । लभते निश्चलां भक्तिं मय्युद्धव सनातने ॥ २४ ॥
Mon cher Uddhava, les récits de Mes līlās et de Mes qualités sont tout à fait auspices et purifient l’univers. Celui qui, avec foi, les écoute, les chante et s’en souvient sans cesse, qui par des représentations revit Mes jeux depuis Mon avènement, et qui, prenant refuge en Moi, consacre dharma, kāma et artha à Ma satisfaction, obtient assurément une bhakti inébranlable envers Moi, le Seigneur éternel.
Verse 25
सत्सङ्गलब्धया भक्त्या मयि मां स उपासिता । स वै मे दर्शितं सद्भिरञ्जसा विन्दते पदम् ॥ २५ ॥
Celui qui, par la sainte compagnie de Mes dévots, obtient la bhakti pure et M’adore sans cesse, atteint très aisément Ma demeure, révélée par les dévots saints.
Verse 26
श्रीउद्धव उवाच साधुस्तवोत्तमश्लोक मत: कीदृग्विध: प्रभो । भक्तिस्त्वय्युपयुज्येत कीदृशी सद्भिरादृता ॥ २६ ॥ एतन्मे पुरुषाध्यक्ष लोकाध्यक्ष जगत्प्रभो । प्रणतायानुरक्ताय प्रपन्नाय च कथ्यताम् ॥ २७ ॥
Śrī Uddhava dit : Ô Seigneur célébré par les plus sublimes hymnes, quel genre de personne tiens-Tu pour un dévot saint? Et quel service de bhakti les grands dévots honorent-ils comme digne de T’être offert?
Verse 27
श्रीउद्धव उवाच साधुस्तवोत्तमश्लोक मत: कीदृग्विध: प्रभो । भक्तिस्त्वय्युपयुज्येत कीदृशी सद्भिरादृता ॥ २६ ॥ एतन्मे पुरुषाध्यक्ष लोकाध्यक्ष जगत्प्रभो । प्रणतायानुरक्ताय प्रपन्नाय च कथ्यताम् ॥ २७ ॥
Ô Souverain des êtres, Maître des maîtres et Seigneur de l’univers, je me prosterne, plein d’amour, et je me réfugie entièrement en Toi ; daigne m’expliquer cela.
Verse 28
त्वं ब्रह्म परमं व्योम पुरुष: प्रकृते: पर: । अवतीर्णोऽसि भगवन् स्वेच्छोपात्तपृथग्वपु: ॥ २८ ॥
Ô Bhagavān, Tu es le Brahman suprême, tel le ciel Tu n’es jamais enlacé par rien, et Tu es le Puruṣa au-delà de la prakṛti; pourtant, vaincu par l’amour de Tes dévots, Tu assumes maintes formes et descends selon leur désir.
Verse 29
श्रीभगवानुवाच कृपालुरकृतद्रोहस्तितिक्षु: सर्वदेहिनाम् । सत्यसारोऽनवद्यात्मा सम: सर्वोपकारक: ॥ २९ ॥ कामैरहतधीर्दान्तो मृदु: शुचिरकिञ्चन: । अनीहो मितभुक् शान्त: स्थिरो मच्छरणो मुनि: ॥ ३० ॥ अप्रमत्तो गभीरात्मा धृतिमाञ्जितषड्गुण: । अमानी मानद: कल्यो मैत्र: कारुणिक: कवि: ॥ ३१ ॥ आज्ञायैवं गुणान् दोषान् मयादिष्टानपि स्वकान् । धर्मान् सन्त्यज्य य: सर्वान् मां भजेत स तु सत्तम: ॥ ३२ ॥
Le Seigneur Suprême dit : Ô Uddhava, l’homme saint est compatissant, ne blesse personne et demeure tolérant envers tous les êtres. La vérité est sa substance; son cœur est sans tache; il reste égal dans la joie et la peine et se consacre au bien d’autrui. Les désirs matériels n’égarent pas son intelligence; il maîtrise ses sens; il est doux, pur et sans attachement aux possessions. Il ne s’affaire pas aux entreprises mondaines; il mange avec mesure; il demeure paisible et ferme, et Me prend pour unique refuge. Il est vigilant, d’âme profonde, patient, et a vaincu six états : faim, soif, chagrin, illusion, vieillesse et mort. Il ne recherche pas les honneurs, mais honore les autres; il est bienfaisant, amical, miséricordieux et d’esprit poétique. Connaissant ainsi vertus et défauts comme Je les ai indiqués, et prenant pleinement refuge à Mes pieds de lotus, il renonce finalement aux devoirs religieux ordinaires et M’adore Moi seul; il est tenu pour le meilleur des êtres vivants.
Verse 30
श्रीभगवानुवाच कृपालुरकृतद्रोहस्तितिक्षु: सर्वदेहिनाम् । सत्यसारोऽनवद्यात्मा सम: सर्वोपकारक: ॥ २९ ॥ कामैरहतधीर्दान्तो मृदु: शुचिरकिञ्चन: । अनीहो मितभुक् शान्त: स्थिरो मच्छरणो मुनि: ॥ ३० ॥ अप्रमत्तो गभीरात्मा धृतिमाञ्जितषड्गुण: । अमानी मानद: कल्यो मैत्र: कारुणिक: कवि: ॥ ३१ ॥ आज्ञायैवं गुणान् दोषान् मयादिष्टानपि स्वकान् । धर्मान् सन्त्यज्य य: सर्वान् मां भजेत स तु सत्तम: ॥ ३२ ॥
Le Seigneur Suprême dit : Ô Uddhava, le saint est miséricordieux, ne nuit à personne et demeure patient envers tous les êtres. Établi dans la vérité, au cœur sans tache, égal dans la joie et la peine, il œuvre pour le bien d’autrui ; son intelligence n’est pas troublée par les désirs, il maîtrise ses sens, est doux et pur, sans esprit de possession, sobre dans la nourriture, paisible, stable et ne prend refuge qu’en Moi.
Verse 31
श्रीभगवानुवाच कृपालुरकृतद्रोहस्तितिक्षु: सर्वदेहिनाम् । सत्यसारोऽनवद्यात्मा सम: सर्वोपकारक: ॥ २९ ॥ कामैरहतधीर्दान्तो मृदु: शुचिरकिञ्चन: । अनीहो मितभुक् शान्त: स्थिरो मच्छरणो मुनि: ॥ ३० ॥ अप्रमत्तो गभीरात्मा धृतिमाञ्जितषड्गुण: । अमानी मानद: कल्यो मैत्र: कारुणिक: कवि: ॥ ३१ ॥ आज्ञायैवं गुणान् दोषान् मयादिष्टानपि स्वकान् । धर्मान् सन्त्यज्य य: सर्वान् मां भजेत स तु सत्तम: ॥ ३२ ॥
Il est sans négligence, d’âme profonde, ferme dans la constance, et il a vaincu six états : faim, soif, chagrin, illusion, vieillesse et mort. Il ne recherche pas les honneurs, mais honore autrui ; il est bienfaisant, amical, compatissant et sage (kavi).
Verse 32
श्रीभगवानुवाच कृपालुरकृतद्रोहस्तितिक्षु: सर्वदेहिनाम् । सत्यसारोऽनवद्यात्मा सम: सर्वोपकारक: ॥ २९ ॥ कामैरहतधीर्दान्तो मृदु: शुचिरकिञ्चन: । अनीहो मितभुक् शान्त: स्थिरो मच्छरणो मुनि: ॥ ३० ॥ अप्रमत्तो गभीरात्मा धृतिमाञ्जितषड्गुण: । अमानी मानद: कल्यो मैत्र: कारुणिक: कवि: ॥ ३१ ॥ आज्ञायैवं गुणान् दोषान् मयादिष्टानपि स्वकान् । धर्मान् सन्त्यज्य य: सर्वान् मां भजेत स तु सत्तम: ॥ ३२ ॥
Même s’il connaît les qualités et les défauts que J’ai enseignés, ainsi que les devoirs religieux ordinaires qui lui sont prescrits, celui qui prend refuge entièrement à Mes pieds de lotus et renonce à tous ces dharmas pour n’adorer que Moi, celui-là est le meilleur.
Verse 33
ज्ञात्वाज्ञात्वाथ ये वै मां यावान् यश्चास्मि यादृश: । भजन्त्यनन्यभावेन ते मे भक्ततमा मता: ॥ ३३ ॥
Que Mes dévots sachent ou non exactement qui Je suis et comment J’existe, s’ils M’adorent avec un amour sans partage, Je les tiens pour les meilleurs de Mes bhaktas.
The two birds symbolize the jīva and Paramātmā residing within the same ‘tree’ of the body. The fruit-eating bird represents the conditioned soul who experiences karma-phala (happiness and distress) and forgets his identity. The non-eating bird represents the Supreme Lord as the omniscient witness and controller, never entangled. The teaching is that bondage is due to ignorance and misidentification, while the Lord remains eternally liberated and can be known when the jīva turns from enjoyment to realization and devotion.
Kṛṣṇa explains that ‘bondage’ and ‘liberation’ are designations produced by māyā operating through the modes of nature. Like dream experiences, material happiness, distress, and bodily identification appear real to the conditioned mind but lack ultimate substance. The ātmā is intrinsically transcendental; liberation is the removal of ignorance and false doership, wherein one remains a witness and offers action to the Lord.
The chapter states that learning becomes barren when it does not culminate in fixing the mind on Bhagavān and hearing His glories (Hari-kathā). Such study is compared to maintaining a cow that gives no milk: the labor remains, but the essential fruit—purification, devotion, and realization—does not arise. The Bhāgavata’s criterion is transformation of consciousness toward the Lord, not mere textual mastery.
A true devotee is described through sādhu-lakṣaṇa: mercy and nonviolence, tolerance, truthfulness, freedom from envy, equanimity in happiness and distress, control of senses and eating, absence of possessiveness and prestige-seeking, honoring others, steadiness amid reversals, and compassionate work for others’ welfare. Most decisively, such a person takes exclusive shelter of the Lord’s lotus feet and worships Him alone, with unalloyed love, even if he may not articulate metaphysics perfectly.