
Brahmā’s Tapasya, the Vision of Vaikuṇṭha, and the Lord’s Seed Instructions (Catuḥ-śloki)
Poursuivant le passage de l’interrogation à la connaissance réalisée, Śukadeva précise que l’identification de l’âme au corps est māyā—semblable à un rêve—enracinée dans les deux méprises « moi » et « mien ». Le récit se tourne ensuite vers Brahmā à l’aube de la création : ne pouvant trouver l’origine de son siège de lotus ni la manière de créer, il entend l’injonction divine « tapa » et accomplit une longue tapasya. Satisfait, le Seigneur révèle Vaikuṇṭha—au-delà du temps et des guṇa—décrivant ses habitants, sa splendeur et le service de Lakṣmī, jusqu’à l’abandon extatique de Brahmā. Le Seigneur autorise Brahmā à la création secondaire (visarga) et lui enseigne un savoir confidentiel à réaliser par la bhakti : Bhagavān seul existe avant, pendant et après la création ; ce qui n’a pas de relation avec Lui est māyā ; et Il est à la fois au-dedans de tout et au-delà de tout. Après la disparition du Seigneur, Brahmā commence la création et transmet le Bhāgavatam dans la succession discipulaire—de Brahmā à Nārada puis à Vyāsa—préparant la suite, où Śukadeva répondra aux questions cosmologiques de Parīkṣit en développant ces versets fondamentaux.
Verse 1
श्रीशुक उवाच आत्ममायामृते राजन् परस्यानुभवात्मन: । न घटेतार्थसम्बन्ध: स्वप्नद्रष्टुरिवाञ्जसा ॥ १ ॥
Śrī Śukadeva dit : Ô roi, sans l’influence de l’énergie interne du Suprême (ātma-māyā), la relation de l’âme pure, en conscience pure, avec le corps matériel n’a aucun sens ; elle est comme le rêveur voyant son propre corps agir.
Verse 2
बहुरूप इवाभाति मायया बहुरूपया । रममाणो गुणेष्वस्या ममाहमिति मन्यते ॥ २ ॥
Par la māyā externe du Seigneur, l’être vivant paraît se montrer sous d’innombrables formes. En jouissant des guṇa de la nature, il s’abuse en pensant « moi » et « mien ».
Verse 3
यर्हि वाव महिम्नि स्वे परस्मिन् कालमाययो: । रमेत गतसम्मोहस्त्यक्त्वोदास्ते तदोभयम् ॥ ३ ॥
Dès que l’être vivant s’établit dans sa gloire constitutive et goûte la transcendance au-delà du temps et de la māyā, son égarement s’évanouit. Il renonce alors aux deux méprises—« moi » et « mien »—et se révèle comme le Soi pur.
Verse 4
आत्मतत्त्वविशुद्ध्यर्थं यदाह भगवानृतम् । ब्रह्मणे दर्शयन् रूपमव्यलीकव्रतादृत: ॥ ४ ॥
Ô Roi, satisfait de l’ascèse sans tromperie de Brahmā en bhakti-yoga, le Bhagavān lui manifesta Sa forme éternelle et transcendante. Tel est le but suprême pour purifier la vérité de l’âme conditionnée.
Verse 5
स आदिदेवो जगतां परो गुरु: स्वधिष्ण्यमास्थाय सिसृक्षयैक्षत । तां नाध्यगच्छद् दृशमत्र सम्मतां प्रपञ्चनिर्माणविधिर्यया भवेत् ॥ ५ ॥
Brahmā, premier maître spirituel et suprême dans l’univers, établi sur son trône de lotus, contempla avec le désir de créer. Mais il ne put remonter à l’origine de son siège ni saisir l’orientation et la méthode justes pour édifier le cosmos.
Verse 6
स चिन्तयन् द्वयक्षरमेकदाम्भ- स्युपाशृणोद् द्विर्गदितं वचो विभु: । स्पर्शेषु यत्षोडशमेकविंशं निष्किञ्चनानां नृप यद् धनं विदु: ॥ ६ ॥
Ô Roi, tandis qu’il méditait ainsi, Brahmā entendit dans l’eau, tout près, un mot de deux syllabes prononcé deux fois. L’une venait de la seizième et l’autre de la vingt-et-unième des lettres sparśa; réunies, elles formèrent « tapa », la richesse des renonçants.
Verse 7
निशम्य तद्वक्तृदिदृक्षया दिशो विलोक्य तत्रान्यदपश्यमान: । स्वधिष्ण्यमास्थाय विमृश्य तद्धितं तपस्युपादिष्ट इवादधे मन: ॥ ७ ॥
Entendant cette vibration, Brahmā chercha l’orateur en scrutant toutes les directions. Ne voyant personne d’autre que lui-même, il s’assit fermement sur son siège de lotus et, selon l’injonction reçue, fixa son esprit sur la pratique de l’austérité sacrée.
Verse 8
दिव्यं सहस्राब्दममोघदर्शनो जितानिलात्मा विजितोभयेन्द्रिय: । अतप्यत स्माखिललोकतापनं तपस्तपीयांस्तपतां समाहित: ॥ ८ ॥
Brahmā, dont la vision est infaillible, accomplit des austérités divines durant mille ans selon le calcul des devas. Il reçut comme sacrée la vibration transcendante venue du ciel, maîtrisa souffle, mental et sens, et sa tapasya devint une leçon pour tous les êtres; ainsi est-il célébré comme le plus grand des ascètes.
Verse 9
तस्मै स्वलोकं भगवान् सभाजित: सन्दर्शयामास परं न यत्परम् । व्यपेतसंक्लेशविमोहसाध्वसं स्वदृष्टवद्भिर्पुरुषैरभिष्टुतम् ॥ ९ ॥
Très satisfait de l’austérité de Brahmā, le Bhagavān lui manifesta Sa demeure personnelle, Vaikuṇṭha, la sphère suprême au-dessus de tous les mondes. Ce dhāma transcendant est exempt de peine, d’illusion et de crainte, et il est vénéré par les sages réalisés.
Verse 10
प्रवर्तते यत्र रजस्तमस्तयो: सत्त्वं च मिश्रं न च कालविक्रम: । न यत्र माया किमुतापरे हरे- रनुव्रता यत्र सुरासुरार्चिता: ॥ १० ॥
Dans cette demeure, les modes de passion et d’ignorance ne prévalent pas, et même la bonté y est pure, sans mélange. Là, le temps n’exerce aucune domination; que dire alors de māyā, l’énergie externe, qui ne peut y pénétrer? En ce lieu, devas et asuras, sans distinction, honorent les dévots fidèles de Hari.
Verse 11
श्यामावदाता: शतपत्रलोचना: पिशङ्गवस्त्रा: सुरुच: सुपेशस: । सर्वे चतुर्बाहव उन्मिषन्मणि- प्रवेकनिष्काभरणा: सुवर्चस: ॥ ११ ॥
Les habitants de Vaikuṇṭha rayonnent d’un teint bleuâtre comme le ciel. Leurs yeux sont tels des pétales de lotus, leurs vêtements tirent vers le jaune, et leurs traits sont beaux et harmonieux. Tous ont quatre bras, portent des colliers de perles et des médaillons sertis de gemmes, et paraissent pleins d’effulgence.
Verse 12
प्रवालवैदूर्यमृणालवर्चस: । परिस्फुरत्कुण्डलमौलिमालिन: ॥ १२ ॥
Certains brillaient d’un éclat semblable au corail, au vaidūrya et à la fibre de lotus; des guirlandes ornaient leur tête et des boucles d’oreilles étincelaient.
Verse 13
भ्राजिष्णुभिर्य: परितो विराजते लसद्विमानावलिभिर्महात्मनाम् । विद्योतमान: प्रमदोत्तमाद्युभि: सविद्युदभ्रावलिभिर्यथा नभ: ॥ १३ ॥
Les planètes de Vaikuṇṭha étaient entourées de rangées de vimānas étincelants, appartenant aux mahātmās, dévots du Seigneur. Les dames, au teint céleste, brillaient comme l’éclair; l’ensemble ressemblait au ciel orné de nuages et de foudre.
Verse 14
श्रीर्यत्र रूपिण्युरुगायपादयो: करोति मानं बहुधा विभूतिभि: । प्रेङ्खं श्रिता या कुसुमाकरानुगै- र्विगीयमाना प्रियकर्म गायती ॥ १४ ॥
Là, la déesse de la fortune, Śrī Lakṣmī en sa forme transcendante, s’emploie au service aimant des pieds de lotus du Seigneur, le Très-chanté, les honorant par d’innombrables splendeurs. Émue par les abeilles, compagnes du printemps, elle s’assied sur la balançoire et, avec ses suivantes, chante les gloires des actes bien-aimés du Seigneur.
Verse 15
ददर्श तत्राखिलसात्वतां पतिं श्रिय: पतिं यज्ञपतिं जगत्पतिम् । सुनन्दनन्दप्रबलार्हणादिभि: स्वपार्षदाग्रै: परिसेवितं विभुम् ॥ १५ ॥
Brahmā vit sur les planètes de Vaikuṇṭha la Suprême Personnalité de Dieu : Seigneur de toute la communauté sātvata des dévots, Seigneur de Śrī (Lakṣmī), Seigneur des sacrifices et Seigneur de l’univers, servi par Ses principaux compagnons tels que Nanda, Sunanda, Prabala et Arhaṇa.
Verse 16
भृत्यप्रसादाभिमुखं दृगासवं प्रसन्नहासारुणलोचनाननम् । किरीटिनं कुण्डलिनं चतुर्भुजं पीतांशुकं वक्षसि लक्षितं श्रिया ॥ १६ ॥
La Suprême Personnalité de Dieu paraissait se pencher avec bienveillance vers Ses serviteurs aimants; Son regard, enivrant et captivant, s’accordait à un visage souriant, aux yeux et au teint d’une douce rougeur. Il portait couronne et boucles d’oreilles, avait quatre bras, était vêtu de jaune, et Sa poitrine portait les marques de Śrī (Lakṣmī).
Verse 17
अध्यर्हणीयासनमास्थितं परं वृतं चतु:षोडशपञ्चशक्तिभि: । युक्तं भगै: स्वैरितरत्र चाध्रुवै: स्व एव धामन् रममाणमीश्वरम् ॥ १७ ॥
Le Seigneur Suprême siégeait sur le trône digne d’adoration, entouré des énergies des quatre, des seize, des cinq et des six, ainsi que d’autres puissances secondaires et passagères; pourtant Il était le véritable Paraméśvara, se délectant dans Son propre dhāma.
Verse 18
तद्दर्शनाह्लादपरिप्लुतान्तरो हृष्यत्तनु: प्रेमभराश्रुलोचन: । ननाम पादाम्बुजमस्य विश्वसृग् यत् पारमहंस्येन पथाधिगम्यते ॥ १८ ॥
En voyant la Personnalité de Dieu dans Sa plénitude, le cœur de Brahmā fut submergé de joie; son corps frissonna d’extase dévotionnelle et ses yeux se remplirent de larmes d’amour. Le créateur de l’univers se prosterna aux pieds de lotus du Seigneur : telle est la voie de la perfection suprême du paramahaṁsa.
Verse 19
तं प्रीयमाणं समुपस्थितं कविं प्रजाविसर्गे निजशासनार्हणम् । बभाष ईषत्स्मितशोचिषा गिरा प्रिय: प्रियं प्रीतमना: करे स्पृशन् ॥ १९ ॥
Voyant Brahmā devant Lui, le sage poète, digne d’engendrer les êtres et d’être dirigé selon Son ordre, le Seigneur en fut grandement satisfait. Avec bienveillance Il lui toucha la main et, le sourire léger, lui adressa une parole douce et lumineuse.
Verse 20
श्रीभगवानुवाच त्वयाहं तोषित: सम्यग् वेदगर्भ सिसृक्षया । चिरं भृतेन तपसा दुस्तोष: कूटयोगिनाम् ॥ २० ॥
Le Seigneur Bhagavān dit : Ô Brahmā, porteur des Vedas, tu M’as pleinement satisfait par ta longue austérité accomplie avec le désir de créer; mais les faux yogis Me contentent difficilement.
Verse 21
वरं वरय भद्रं ते वरेशं माभिवाञ्छितम् । ब्रह्मञ्छ्रेय:परिश्राम: पुंसां मद्दर्शनावधि: ॥ २१ ॥
Que le bien t’accompagne, ô Brahmā. Demande-Moi, à Moi qui dispense toute bénédiction, le don que tu désires. Sache que la grâce ultime, fruit de toute austérité et de tout effort, est de Me réaliser et de Me contempler.
Verse 22
मनीषितानुभावोऽयं मम लोकावलोकनम् । यदुपश्रुत्य रहसि चकर्थ परमं तप: ॥ २२ ॥
La perfection suprême et la plus haute finesse spirituelle est de percevoir personnellement Mes demeures. Cela a été rendu possible par ton humble soumission, accomplissant en secret une austère pénitence selon Mon ordre.
Verse 23
प्रत्यादिष्टं मया तत्र त्वयि कर्मविमोहिते । तपो मे हृदयं साक्षादात्माहं तपसोऽनघ ॥ २३ ॥
Ô Brahmā sans faute, lorsque tu étais déconcerté dans ton devoir, c’est Moi qui, le premier, t’ai ordonné d’accomplir la pénitence. La pénitence est Mon cœur et Mon âme; ainsi, elle et Moi ne faisons qu’un.
Verse 24
सृजामि तपसैवेदं ग्रसामि तपसा पुन: । बिभर्मि तपसा विश्वं वीर्यं मे दुश्चरं तप: ॥ २४ ॥
C’est par cette même pénitence que Je crée ce cosmos, par cette même énergie que Je le soutiens, et par cette même énergie que Je le résorbe. Ainsi, Ma puissance n’est autre que la pénitence.
Verse 25
ब्रह्मोवाच भगवन् सर्वभूतानामध्यक्षोऽवस्थितो गुहाम् । वेद ह्यप्रतिरुद्धेन प्रज्ञानेन चिकीर्षितम् ॥ २५ ॥
Le seigneur Brahmā dit : Ô Bhagavān, Tu demeures dans le cœur de tous les êtres comme le directeur suprême; ainsi, par Ton intelligence supérieure, sans aucun obstacle, Tu connais toutes les entreprises.
Verse 26
तथापि नाथमानस्य नाथ नाथय नाथितम् । परावरे यथा रूपे जानीयां ते त्वरूपिण: ॥ २६ ॥
Pourtant, ô Seigneur, daigne combler le désir de mon esprit. Je T’en prie, instruis-moi : comment, demeurant dans Ta forme transcendante et étant en vérité sans forme mondaine, assumes-Tu une forme perceptible dans ce monde ?
Verse 27
यथात्ममायायोगेन नानाशक्त्युपबृंहितम् । विलुम्पन् विसृजन् गृह्णन् बिभ्रदात्मानमात्मना ॥ २७ ॥
Je T’en prie, dis-moi comment, par le yoga de Ta propre māyā, Tu déploies diverses énergies pour l’anéantissement, la création, l’acceptation et le maintien, agissant Toi-même par Toi-même.
Verse 28
क्रीडस्यमोघसङ्कल्प ऊर्णनाभिर्यथोर्णुते । तथा तद्विषयां धेहि मनीषां मयि माधव ॥ २८ ॥
Ô Mādhava, Ta résolution est infaillible. Tu joues comme l’araignée qui tisse sa toile par sa propre énergie; aussi, accorde-moi une intelligence philosophique de ces énergies.
Verse 29
भगवच्छिक्षितमहं करवाणि ह्यतन्द्रित: । नेहमान: प्रजासर्गं बध्येयं यदनुग्रहात् ॥ २९ ॥
Instruis-moi, je T’en prie, afin que, formé par le Bhagavān, j’agisse sans relâche; et que, par Ta grâce, même en engendrant les êtres, je ne sois pas lié par ces actes.
Verse 30
यावत् सखा सख्युरिवेश ते कृत: प्रजाविसर्गे विभजामि भो जनम् । अविक्लवस्ते परिकर्मणि स्थितो मा मे समुन्नद्धमदोऽजमानिन: ॥ ३० ॥
Ô Seigneur, l’Inengendré, Tu m’as serré la main comme un ami à un ami, comme si nous étions égaux. Je m’emploierai à la création de diverses espèces d’êtres et demeurerai dans Ton service; qu’il n’y ait point de trouble, et je prie que cela ne fasse pas naître l’orgueil, comme si j’étais le Suprême.
Verse 31
श्रीभगवानुवाच ज्ञानं परमगुह्यं मे यद् विज्ञानसमन्वितम् । सरहस्यं तदङ्गं च गृहाण गदितं मया ॥ ३१ ॥
La Personnalité Suprême de Dieu dit : Cette connaissance sur Moi, extrêmement confidentielle, accompagnée de réalisation (vijñāna), avec son mystère et les éléments de la voie, Je l’ai exposée. Reçois-la avec soin.
Verse 32
यावानहं यथाभावो यद्रूपगुणकर्मक: । तथैव तत्त्वविज्ञानमस्तु ते मदनुग्रहात् ॥ ३२ ॥
Tel que Je suis—Ma forme éternelle, Mon existence transcendante, Mon apparence, Mes qualités et Mes lilas—que la connaissance véridique s’éveille en toi par Ma miséricorde sans cause.
Verse 33
अहमेवासमेवाग्रे नान्यद् यत् सदसत् परम् । पश्चादहं यदेतच्च योऽवशिष्येत सोऽस्म्यहम् ॥ ३३ ॥
Ô Brahmā, avant la création il n’y avait que Moi; rien d’autre—ni sat ni asat, ni même la prakṛti, cause de la création. Ce que tu vois maintenant, c’est encore Moi, et après la dissolution, ce qui demeure, c’est Moi seul.
Verse 34
ऋतेऽर्थं यत् प्रतीयेत न प्रतीयेत चात्मनि । तद्विद्यादात्मनो मायां यथाभासो यथा तम: ॥ ३४ ॥
Ô Brahmā, ce qui paraît avoir de la valeur sans relation avec Moi n’a pas de réalité. Sache que c’est Ma māyā—tel un reflet qui se montre dans l’obscurité.
Verse 35
यथा महान्ति भूतानि भूतेषूच्चावचेष्वनु । प्रविष्टान्यप्रविष्टानि तथा तेषु न तेष्वहम् ॥ ३५ ॥
Ô Brahmā, de même que les grands éléments pénètrent les êtres, élevés ou infimes, tout en ne les pénétrant pas, ainsi Je demeure au-dedans de tout ce qui est créé et, en même temps, au-delà de tout.
Verse 36
एतावदेव जिज्ञास्यं तत्त्वजिज्ञासुनात्मन: । अन्वयव्यतिरेकाभ्यां यत् स्यात् सर्वत्र सर्वदा ॥ ३६ ॥
Celui qui cherche la Vérité Absolue doit pousser sa recherche jusqu’à ceci : Ce qui est partout et toujours, discerné par anvaya et vyatireka, directement et indirectement.
Verse 37
एतन्मतं समातिष्ठ परमेण समाधिना । भवान् कल्पविकल्पेषु न विमुह्यति कर्हिचित् ॥ ३७ ॥
Ô Brahmā, tiens fermement cette conclusion par la plus haute concentration; ni dans la destruction partielle ni dans la finale, l’orgueil ne te troublera jamais.
Verse 38
श्रीशुक उवाच सम्प्रदिश्यैवमजनो जनानां परमेष्ठिनम् । पश्यतस्तस्य तद् रूपमात्मनो न्यरुणद्धरि: ॥ ३८ ॥
Śukadeva dit : Après avoir ainsi instruit Brahmā, chef des êtres, Hari se manifesta dans Sa forme transcendante puis disparut sous ses yeux.
Verse 39
अन्तर्हितेन्द्रियार्थाय हरये विहिताञ्जलि: । सर्वभूतमयो विश्वं ससर्जेदं स पूर्ववत् ॥ ३९ ॥
Quand Hari, objet de la joie transcendante des sens des dévots, eut disparu, Brahmā, les mains jointes, entreprit de recréer l’univers rempli d’êtres, comme auparavant.
Verse 40
प्रजापतिर्धर्मपतिरेकदा नियमान् यमान् । भद्रं प्रजानामन्विच्छन्नातिष्ठत् स्वार्थकाम्यया ॥ ४० ॥
Ainsi, un jour, Brahmā, progéniteur des êtres et père du dharma, cherchant le bien de toutes les créatures, s’établit dans les règles de niyama et de yama pour accomplir son devoir.
Verse 41
तं नारद: प्रियतमो रिक्थादानामनुव्रत: । शुश्रूषमाण: शीलेन प्रश्रयेण दमेन च ॥ ४१ ॥
Nārada, le fils héritier le plus cher à Brahmā, toujours prêt à servir son père, suit strictement ses instructions par sa bonne conduite, son humilité et sa maîtrise des sens.
Verse 42
मायां विविदिषन् विष्णोर्मायेशस्य महामुनि: । महाभागवतो राजन् पितरं पर्यतोषयत् ॥ ४२ ॥
Ô Roi, le grand sage Nārada, suprême bhāgavata, désirant connaître les énergies de māyā de Viṣṇu, maître de toutes les puissances, réjouit profondément son père, Brahmā.
Verse 43
तुष्टं निशाम्य पितरं लोकानां प्रपितामहम् । देवर्षि: परिपप्रच्छ भवान् यन्मानुपृच्छति ॥ ४३ ॥
Voyant son père Brahmā, l’arrière-grand-père de tous les mondes, pleinement satisfait, le devarṣi Nārada s’enquit en détail de ce que tu demandes, ô Roi.
Verse 44
तस्मा इदं भागवतं पुराणं दशलक्षणम् । प्रोक्तं भगवता प्राह प्रीत: पुत्राय भूतकृत् ॥ ४४ ॥
Alors, ce Bhāgavata Purāṇa aux dix caractéristiques, enseigné par Bhagavān Lui-même, fut transmis avec joie par Brahmā, le créateur, à son fils Nārada.
Verse 45
नारद: प्राह मुनये सरस्वत्यास्तटे नृप । ध्यायते ब्रह्म परमं व्यासायामिततेजसे ॥ ४५ ॥
Ô Roi, dans la succession, Nārada enseigna le Śrīmad-Bhāgavatam à Vyāsadeva, d’une puissance illimitée, tandis qu’il méditait avec bhakti sur le Parabrahman, Bhagavān, sur la rive de la Sarasvatī.
Verse 46
यदुताहं त्वया पृष्टो वैराजात् पुरुषादिदम् । यथासीत्तदुपाख्यास्ते प्रश्नानन्यांश्च कृत्स्नश: ॥ ४६ ॥
Ô Roi, tes questions sur la manière dont l’univers s’est manifesté à partir du Virāṭ-Puruṣa, ainsi que les autres, je les éclaircirai en détail par l’explication des quatre ślokas déjà cités.
Brahmā’s perplexity shows that creative authority is not autonomous; it must be aligned with the Lord’s will. “Tapa” signifies disciplined absorption in devotional austerity that purifies intention, grants realization, and becomes the medium through which the Lord empowers visarga (secondary creation). The chapter explicitly equates this potency with the Lord’s own operative energy in creating, maintaining, and withdrawing the cosmos.
It establishes a categorical distinction between the spiritual realm and material cosmology. Vaikuṇṭha is not a refined material planet but a domain where kāla (time as decay/compulsion) and the guṇas cannot dominate; hence fear and misery rooted in temporality and ignorance do not arise. This supports the Bhāgavatam’s claim that liberation is positive engagement in the Lord’s service, not mere negation.
They are the foundational teachings summarized in SB 2.9.33–36: (1) Bhagavān alone exists before, during, and after creation; (2) anything appearing valuable without relation to Him is māyā; (3) the Lord is simultaneously within and outside all beings and elements; and (4) the seeker must search for the Absolute in all circumstances—directly and indirectly—up to this conclusion.
By teaching simultaneous immanence and transcendence: the universal elements ‘enter and do not enter’ the cosmos, and likewise the Lord pervades everything as inner controller while remaining beyond all. The world is real insofar as it is related to Him (sambandha); it becomes illusory when treated as independent of Him.
Brahmā taught Nārada, who taught Vyāsadeva, establishing guru-paramparā. This matters because the Bhāgavatam’s knowledge is presented as realized, devotional revelation (not speculation), safeguarded through disciplined succession and meditation in bhakti.