Srimad Bhagavatam Adhyaya 89
Dashama SkandhaAdhyaya 8965 Verses

Adhyaya 89

Bhṛgu Tests the Trimūrti; Kṛṣṇa and Arjuna Visit Mahā-Viṣṇu and Recover the Brāhmaṇa’s Sons

Ce chapitre relie le discernement théologique à la révélation cosmique. Sur les rives de la Sarasvatī, des sages débattent de la divinité suprême et envoient Bhṛgu éprouver Brahmā, Śiva et Viṣṇu. Bhṛgu provoque Brahmā en omettant les honneurs dus et constate que sa colère est contenue par l’intelligence ; puis il insulte Śiva, qui s’emporte, mais Devī l’apaise. Enfin, Bhṛgu frappe la poitrine du Seigneur Viṣṇu d’un coup de pied ; Viṣṇu répond par l’humilité, l’hospitalité et la demande de pouvoir laver le pied du sage, révélant la pureté du sattva et la bhakta-vātsalya, l’amour du Seigneur pour Ses dévots. Les sages concluent à la suprématie de Viṣṇu et, par la bhakti, atteignent Sa demeure. Le récit se déplace ensuite à Dvārakā : les nouveau-nés d’un brāhmane meurent à répétition et celui-ci accuse le roi. Arjuna jure de protéger l’enfant suivant, mais échoue lorsque le bébé disparaît. Pour tenir sa promesse, Arjuna cherche à travers les mondes ; Kṛṣṇa intervient et l’emmène au-delà de Lokāloka et du brahmajyoti jusqu’au domaine où Mahā-Viṣṇu repose sur Ananta Śeṣa. Mahā-Viṣṇu explique qu’il a pris les enfants afin qu’ils voient Kṛṣṇa et Arjuna (comme expansions divines) et leur ordonne de continuer à donner l’exemple du dharma. Ils ramènent les enfants, confirmant la suprématie de Kṛṣṇa et préparant d’autres manifestations de la gouvernance divine à Dvārakā.

Shlokas

Verse 1

श्रीशुक उवाच सरस्वत्यास्तटे राजन्नृषय: सत्रमासत । वितर्क: समभूत्तेषां त्रिष्वधीशेषु को महान् ॥ १ ॥

Śukadeva Gosvāmī dit : Ô roi, sur la rive de la Sarasvatī, des sages accomplissaient un sacrifice satra. Alors une controverse s’éleva parmi eux : laquelle des trois grandes divinités est suprême ?

Verse 2

तस्य जिज्ञासया ते वै भृगुं ब्रह्मसुतं नृप । तज्ज्ञप्‍त्‍यै प्रेषयामासु: सोऽभ्यगाद् ब्रह्मण: सभाम् ॥ २ ॥

Désireux d’élucider cette question, ô Roi, les sages envoyèrent Bhṛgu, fils du Seigneur Brahmā, afin d’en trouver la réponse. Il se rendit d’abord à la cour de son père, Brahmā.

Verse 3

न तस्मै प्रह्वणं स्तोत्रं चक्रे सत्त्वपरीक्षया । तस्मै चुक्रोध भगवान् प्रज्वलन् स्वेन तेजसा ॥ ३ ॥

Pour éprouver à quel point Brahmā demeurait établi dans la qualité de bonté, Bhṛgu ne s’inclina pas devant lui et ne le glorifia pas par des prières. Le Seigneur s’irrita alors, embrasé par sa propre puissance.

Verse 4

स आत्मन्युत्थितं मन्युमात्मजायात्मना प्रभु: । अशीशमद् यथा वह्निं स्वयोन्या वारिणात्मभू: ॥ ४ ॥

Bien que la colère envers son fils s’élevât dans son cœur, le seigneur Brahmā la réprima par son discernement, comme le feu s’éteint par son propre produit, l’eau.

Verse 5

तत: कैलासमगमत् स तं देवो महेश्वर: । परिरब्धुं समारेभ उत्थाय भ्रातरं मुदा ॥ ५ ॥

Bhṛgu se rendit ensuite au mont Kailāsa. Là, le dieu Mahāśvara, Śiva, se leva avec joie et s’avança pour embrasser son frère.

Verse 6

नैच्छत्त्वमस्युत्पथग इति देवश्चुकोप ह । शूलमुद्यम्य तं हन्तुमारेभे तिग्मलोचन: ॥ ६ ॥ पतित्वा पादयोर्देवी सान्‍त्‍वयामास तं गिरा । अथो जगाम वैकुण्ठं यत्र देवो जनार्दन: ॥ ७ ॥

Mais Bhṛgu refusa son étreinte et dit : « Tu t’es écarté de la voie. » Alors Śiva, au regard ardent, s’emporta ; levant son trident, il s’apprêtait à tuer Bhṛgu. La Déesse Devī se jeta à ses pieds et l’apaisa par ses paroles. Bhṛgu quitta alors ce lieu et se rendit à Vaikuṇṭha, où demeure le Seigneur Janārdana.

Verse 7

नैच्छत्त्वमस्युत्पथग इति देवश्चुकोप ह । शूलमुद्यम्य तं हन्तुमारेभे तिग्मलोचन: ॥ ६ ॥ पतित्वा पादयोर्देवी सान्‍त्‍वयामास तं गिरा । अथो जगाम वैकुण्ठं यत्र देवो जनार्दन: ॥ ७ ॥

Bhṛgu refusa l’étreinte et dit : « Tu es un dévoyé, un hérétique. » Alors le Seigneur Śiva s’irrita ; les yeux flamboyants, il leva son trident pour tuer Bhṛgu. La Déesse Devī tomba à ses pieds et l’apaisa par de douces paroles. Puis Bhṛgu s’en alla à Vaikuṇṭha, demeure du Seigneur Janārdana.

Verse 8

शयानं श्रिय उत्सङ्गे पदा वक्षस्यताडयत् । तत उत्थाय भगवान् सह लक्ष्म्या सतां गति: ॥ ८ ॥ स्वतल्पादवरुह्याथ ननाम शिरसा मुनिम् । आह ते स्वागतं ब्रह्मन् निषीदात्रासने क्षणम् । अजानतामागतान् व: क्षन्तुमर्हथ न: प्रभो ॥ ९ ॥

À Vaikuṇṭha, le Seigneur Suprême reposait, la tête sur les genoux de Śrī ; Bhṛgu le frappa de son pied à la poitrine. Alors le Bhagavān, but suprême des saints, se leva avec Lakṣmī en signe de respect. Descendant de sa couche, il s’inclina jusqu’au sol devant le sage et dit : « Sois le bienvenu, ô brāhmaṇa ; assieds-toi un instant sur ce siège et repose-toi. Pardonne-nous, maître, de n’avoir pas remarqué ton arrivée. »

Verse 9

शयानं श्रिय उत्सङ्गे पदा वक्षस्यताडयत् । तत उत्थाय भगवान् सह लक्ष्म्या सतां गति: ॥ ८ ॥ स्वतल्पादवरुह्याथ ननाम शिरसा मुनिम् । आह ते स्वागतं ब्रह्मन् निषीदात्रासने क्षणम् । अजानतामागतान् व: क्षन्तुमर्हथ न: प्रभो ॥ ९ ॥

À Vaikuṇṭha, le Seigneur Suprême reposait, la tête sur les genoux de Śrī ; Bhṛgu le frappa de son pied à la poitrine. Alors le Bhagavān, but suprême des saints, se leva avec Lakṣmī en signe de respect. Descendant de sa couche, il s’inclina jusqu’au sol devant le sage et dit : « Sois le bienvenu, ô brāhmaṇa ; assieds-toi un instant sur ce siège et repose-toi. Pardonne-nous, maître, de n’avoir pas remarqué ton arrivée. »

Verse 10

पुनीहि सहलोकं मां लोकपालांश्च मद्गतान् । पादोदकेन भवतस्तीर्थानां तीर्थकारिणा ॥ १० ॥ अद्याहं भगवँल्ल‍क्ष्‍म्‍या आसमेकान्तभाजनम् । वत्स्यत्युरसि मे भूतिर्भवत्पादहतांहस: ॥ ११ ॥

Le Bhagavān dit : « Purifie-Moi, ainsi que Mon royaume et les mondes des gardiens de l’univers qui se réfugient en Moi, par l’eau qui a lavé tes pieds, cette eau sainte qui rend sacrés tous les lieux de pèlerinage. Aujourd’hui, ô maître, puisque ton pied a détruit mes fautes, Je suis devenu l’unique refuge de Lakṣmī ; elle consentira à demeurer sur Ma poitrine. »

Verse 11

पुनीहि सहलोकं मां लोकपालांश्च मद्गतान् । पादोदकेन भवतस्तीर्थानां तीर्थकारिणा ॥ १० ॥ अद्याहं भगवँल्ल‍क्ष्‍म्‍या आसमेकान्तभाजनम् । वत्स्यत्युरसि मे भूतिर्भवत्पादहतांहस: ॥ ११ ॥

Le Bhagavān dit : « Purifie-Moi, ainsi que Mon royaume et les mondes des gardiens de l’univers qui se réfugient en Moi, par l’eau qui a lavé tes pieds, cette eau sainte qui rend sacrés tous les lieux de pèlerinage. Aujourd’hui, ô maître, puisque ton pied a détruit mes fautes, Je suis devenu l’unique refuge de Lakṣmī ; elle consentira à demeurer sur Ma poitrine. »

Verse 12

श्रीशुक उवाच एवं ब्रुवाणे वैकुण्ठे भृगुस्तन्मन्द्रया गिरा । निर्वृतस्तर्पितस्तूष्णीं भक्त्युत्कण्ठोऽश्रुलोचन: ॥ १२ ॥

Śukadeva Gosvāmī dit : En entendant les paroles graves du Seigneur Vaikuṇṭha, Bhṛgu se sentit comblé et ravi. Submergé d’extase dévotionnelle, il demeura silencieux, les yeux baignés de larmes.

Verse 13

पुनश्च सत्रमाव्रज्य मुनीनां ब्रह्मवादिनाम् । स्वानुभूतमशेषेण राजन् भृगुरवर्णयत् ॥ १३ ॥

Ô roi, Bhṛgu retourna ensuite à l’enceinte du sacrifice des sages brahmavādins et leur raconta intégralement tout ce qu’il avait vécu.

Verse 14

तन्निशम्याथ मुनयो विस्मिता मुक्तसंशया: । भूयांसं श्रद्दधुर्विष्णुं यत: शान्तिर्यतोऽभयम् ॥ १४ ॥ धर्म: साक्षाद् यतो ज्ञानं वैराग्यं च तदन्वितम् । ऐश्वर्यं चाष्टधा यस्माद् यशश्चात्ममलापहम् ॥ १५ ॥ मुनीनां न्यस्तदण्डानां शान्तानां समचेतसाम् । अकिञ्चनानां साधूनां यमाहु: परमां गतिम् ॥ १६ ॥ सत्त्वं यस्य प्रिया मूर्तिर्ब्राह्मणास्त्विष्टदेवता: । भजन्त्यनाशिष: शान्ता यं वा निपुणबुद्धय: ॥ १७ ॥

En entendant le récit de Bhṛgu, les sages furent saisis d’émerveillement; délivrés de tout doute, ils se convainquirent davantage que Viṣṇu est le Seigneur suprême. De Lui procèdent la paix et l’absence de crainte, les principes mêmes du dharma, le détachement uni à la connaissance, les huit perfections du yoga, et Sa gloire qui purifie les souillures du mental. Il est proclamé la destination suprême des sādhus paisibles et équilibrés—désintéressés, ayant renoncé à toute violence. Sa forme la plus chère est la pureté du sattva, et les brāhmaṇas sont Ses divinités vénérables; les esprits pénétrants, établis dans la paix intérieure, L’adorent sans désir égoïste.

Verse 15

तन्निशम्याथ मुनयो विस्मिता मुक्तसंशया: । भूयांसं श्रद्दधुर्विष्णुं यत: शान्तिर्यतोऽभयम् ॥ १४ ॥ धर्म: साक्षाद् यतो ज्ञानं वैराग्यं च तदन्वितम् । ऐश्वर्यं चाष्टधा यस्माद् यशश्चात्ममलापहम् ॥ १५ ॥ मुनीनां न्यस्तदण्डानां शान्तानां समचेतसाम् । अकिञ्चनानां साधूनां यमाहु: परमां गतिम् ॥ १६ ॥ सत्त्वं यस्य प्रिया मूर्तिर्ब्राह्मणास्त्विष्टदेवता: । भजन्त्यनाशिष: शान्ता यं वा निपुणबुद्धय: ॥ १७ ॥

En entendant le récit de Bhṛgu, les sages furent saisis d’émerveillement; délivrés de tout doute, ils se convainquirent davantage que Viṣṇu est le Seigneur suprême. De Lui procèdent la paix et l’absence de crainte, les principes mêmes du dharma, le détachement uni à la connaissance, les huit perfections du yoga, et Sa gloire qui purifie les souillures du mental. Il est proclamé la destination suprême des sādhus paisibles et équilibrés—désintéressés, ayant renoncé à toute violence. Sa forme la plus chère est la pureté du sattva, et les brāhmaṇas sont Ses divinités vénérables; les esprits pénétrants, établis dans la paix intérieure, L’adorent sans désir égoïste.

Verse 16

तन्निशम्याथ मुनयो विस्मिता मुक्तसंशया: । भूयांसं श्रद्दधुर्विष्णुं यत: शान्तिर्यतोऽभयम् ॥ १४ ॥ धर्म: साक्षाद् यतो ज्ञानं वैराग्यं च तदन्वितम् । ऐश्वर्यं चाष्टधा यस्माद् यशश्चात्ममलापहम् ॥ १५ ॥ मुनीनां न्यस्तदण्डानां शान्तानां समचेतसाम् । अकिञ्चनानां साधूनां यमाहु: परमां गतिम् ॥ १६ ॥ सत्त्वं यस्य प्रिया मूर्तिर्ब्राह्मणास्त्विष्टदेवता: । भजन्त्यनाशिष: शान्ता यं वा निपुणबुद्धय: ॥ १७ ॥

En entendant le récit de Bhṛgu, les sages furent saisis d’émerveillement; délivrés de tout doute, ils se convainquirent davantage que Viṣṇu est le Seigneur suprême. De Lui procèdent la paix et l’absence de crainte, les principes mêmes du dharma, le détachement uni à la connaissance, les huit perfections du yoga, et Sa gloire qui purifie les souillures du mental. Il est proclamé la destination suprême des sādhus paisibles et équilibrés—désintéressés, ayant renoncé à toute violence. Sa forme la plus chère est la pureté du sattva, et les brāhmaṇas sont Ses divinités vénérables; les esprits pénétrants, établis dans la paix intérieure, L’adorent sans désir égoïste.

Verse 17

तन्निशम्याथ मुनयो विस्मिता मुक्तसंशया: । भूयांसं श्रद्दधुर्विष्णुं यत: शान्तिर्यतोऽभयम् ॥ १४ ॥ धर्म: साक्षाद् यतो ज्ञानं वैराग्यं च तदन्वितम् । ऐश्वर्यं चाष्टधा यस्माद् यशश्चात्ममलापहम् ॥ १५ ॥ मुनीनां न्यस्तदण्डानां शान्तानां समचेतसाम् । अकिञ्चनानां साधूनां यमाहु: परमां गतिम् ॥ १६ ॥ सत्त्वं यस्य प्रिया मूर्तिर्ब्राह्मणास्त्विष्टदेवता: । भजन्त्यनाशिष: शान्ता यं वा निपुणबुद्धय: ॥ १७ ॥

En entendant le récit de Bhṛgu, les sages furent saisis d’émerveillement; délivrés de tout doute, ils furent convaincus que Viṣṇu est le Seigneur suprême. De Lui proviennent la paix, l’absence de crainte, l’essence du dharma, le détachement uni à la connaissance, les huit perfections du yoga mystique, et la glorification qui purifie l’esprit de toute souillure. Il est la destination suprême des saints paisibles et équanimes, désintéressés et renonçant à la violence. Sa forme la plus chère est la pureté du sattva, et les brāhmaṇas sont ses divinités vénérables. Les esprits pénétrants, établis dans la paix intérieure, l’adorent sans désir égoïste.

Verse 18

त्रिविधाकृतयस्तस्य राक्षसा असुरा: सुरा: । गुणिन्या मायया सृष्टा: सत्त्वं तत्तीर्थसाधनम् ॥ १८ ॥

Le Seigneur se déploie en trois catégories d’êtres —Rākṣasas, Asuras et Suras— créés par sa māyā faite de guṇas et conditionnés par ces modes. Mais parmi les trois guṇas, c’est le sattva qui est le moyen d’atteindre l’accomplissement ultime.

Verse 19

श्रीशुक उवाच इत्थं सारस्वता विप्रा नृणां संशयनुत्तये । पुरुषस्य पदाम्भोजसेवया तद्गतिं गता: ॥ १९ ॥

Śukadeva dit : Ainsi, les brāhmaṇas érudits vivant sur les rives de la Sarasvatī parvinrent à cette conclusion afin de dissiper les doutes de tous. Puis ils rendirent un service de dévotion aux pieds de lotus du Purusha suprême et atteignirent sa demeure.

Verse 20

श्रीसूत उवाच इत्येतन्मुनितनयास्यपद्मगन्ध- पीयूषं भवभयभित् परस्य पुंस: । सुश्लोकं श्रवणपुटै: पिबत्यभीक्ष्णं पान्थोऽध्वभ्रमणपरिश्रमं जहाति ॥ २० ॥

Sūta dit : Ainsi s’écoula ce nectar parfumé de la bouche-lotus de Śukadeva, fils du sage Vyāsa. Cette merveilleuse glorification de la Personne suprême détruit la peur de l’existence matérielle. Le voyageur qui en boit sans cesse par les oreilles oublie la fatigue née de l’errance sur les routes du monde.

Verse 21

श्रीशुक उवाच एकदा द्वारवत्यां तु विप्रपत्न्‍या: कुमारक: । जातमात्रो भुवं स्पृष्ट्वा ममार किल भारत ॥ २१ ॥

Śukadeva dit : Ô Bhārata, un jour à Dvārakā, l’épouse d’un brāhmaṇa mit au monde un fils, mais le nouveau-né mourut dès qu’il toucha le sol.

Verse 22

विप्रो गृहीत्वा मृतकं राजद्वार्युपधाय स: । इदं प्रोवाच विलपन्नातुरो दीनमानस: ॥ २२ ॥

Le brāhmane prit le cadavre et le déposa à la porte de la cour du roi Ugrasena. Puis, bouleversé et l’âme accablée, il se lamenta et dit ceci.

Verse 23

ब्रह्मद्विष: शठधियो लुब्धस्य विषयात्मन: । क्षत्रबन्धो: कर्मदोषात् पञ्चत्वं मे गतोऽर्भक: ॥ २३ ॥

Cet indigne kṣatriya, ennemi des brāhmanes, à l’esprit fourbe, avide et asservi aux plaisirs des sens, par des manquements à son devoir a conduit mon enfant à la mort.

Verse 24

हिंसाविहारं नृपतिं दु:शीलमजितेन्द्रियम् । प्रजा भजन्त्य: सीदन्ति दरिद्रा नित्यदु:खिता: ॥ २४ ॥

Les sujets qui servent un roi pervers, qui se complaît dans la violence et ne maîtrise pas ses sens, sont voués à la misère et à une peine continuelle.

Verse 25

एवं द्वितीयं विप्रर्षिस्तृतीयं त्वेवमेव च । विसृज्य स नृपद्वारि तां गाथां समगायत ॥ २५ ॥

Ainsi, le sage brāhmane subit la même tragédie avec son deuxième et son troisième enfant. Chaque fois, il laissa le corps à la porte du roi et chanta la même complainte.

Verse 26

तामर्जुन उपश्रुत्य कर्हिचित् केशवान्तिके । परेते नवमे बाले ब्राह्मणं समभाषत ॥ २६ ॥ किंस्विद् ब्रह्मंस्त्वन्निवासे इह नास्ति धनुर्धर: । राजन्यबन्धुरेते वै ब्राह्मणा: सत्रमासते ॥ २७ ॥

Quand le neuvième enfant mourut, Arjuna, qui se trouvait près du Seigneur Keśava, entendit par hasard les lamentations du brāhmane. Arjuna lui dit alors : «Que se passe-t-il, vénérable brāhmane ? N’y a-t-il donc ici aucun archer pour se tenir au moins devant ta demeure, l’arc à la main ? Ces kṣatriyas se conduisent comme des brāhmanes, assis oisifs aux sacrifices du feu.»

Verse 27

तामर्जुन उपश्रुत्य कर्हिचित् केशवान्तिके । परेते नवमे बाले ब्राह्मणं समभाषत ॥ २६ ॥ किंस्विद् ब्रह्मंस्त्वन्निवासे इह नास्ति धनुर्धर: । राजन्यबन्धुरेते वै ब्राह्मणा: सत्रमासते ॥ २७ ॥

À la mort du neuvième enfant, Arjuna, qui se trouvait près du Seigneur Keshava, entendit les lamentations du brāhmaṇa. Il dit : « Mon cher brāhmaṇa, n'y a-t-il aucun archer ici ? Ces kṣatriyas se comportent comme des prêtres oisifs absorbés dans des sacrifices. »

Verse 28

धनदारात्मजापृक्ता यत्र शोचन्ति ब्राह्मणा: । ते वै राजन्यवेषेण नटा जीवन्त्यसुम्भरा: ॥ २८ ॥

Les dirigeants d'un royaume où les brāhmaṇas pleurent la perte de leurs richesses, femmes et enfants ne sont que des imposteurs jouant le rôle de rois pour subsister.

Verse 29

अहं प्रजा: वां भगवन् रक्षिष्ये दीनयोरिह । अनिस्तीर्णप्रतिज्ञोऽग्निं प्रवेक्ष्ये हतकल्मष: ॥ २९ ॥

Mon seigneur, je protégerai votre progéniture et celle de votre épouse, qui êtes dans une telle détresse. Si je ne tiens pas cette promesse, j'entrerai dans le feu pour expier mon péché.

Verse 30

श्रीब्राह्मण उवाच सङ्कर्षणो वासुदेव: प्रद्युम्नो धन्विनां वर: । अनिरुद्धोऽप्रतिरथो न त्रातुं शक्नुवन्ति यत् ॥ ३० ॥ तत् कथं नु भवान् कर्म दुष्करं जगदीश्वरै: । त्वं चिकीर्षसि बालिश्यात् तन्न श्रद्दध्महे वयम् ॥ ३१ ॥

Le brāhmaṇa dit : Ni Saṅkarṣaṇa, ni Vāsudeva, ni Pradyumna, le meilleur des archers, ni le guerrier inégalé Aniruddha n'ont pu sauver mes fils.

Verse 31

श्रीब्राह्मण उवाच सङ्कर्षणो वासुदेव: प्रद्युम्नो धन्विनां वर: । अनिरुद्धोऽप्रतिरथो न त्रातुं शक्नुवन्ति यत् ॥ ३० ॥ तत् कथं नु भवान् कर्म दुष्करं जगदीश्वरै: । त्वं चिकीर्षसि बालिश्यात् तन्न श्रद्दध्महे वयम् ॥ ३१ ॥

Alors pourquoi tentes-tu naïvement un exploit que les tout-puissants Seigneurs de l'univers n'ont pu accomplir ? Nous ne pouvons te prendre au sérieux.

Verse 32

श्रीअर्जुन उवाच नाहं सङ्कर्षणो ब्रह्मन् न कृष्ण: कार्ष्णिरेव च । अहं वा अर्जुनो नाम गाण्डीवं यस्य वै धनु: ॥ ३२ ॥

Śrī Arjuna dit : Ô brāhmaṇa, je ne suis ni Saṅkarṣaṇa, ni Śrī Kṛṣṇa, ni même le fils de Kṛṣṇa. Je suis Arjuna, celui qui brandit l’arc Gāṇḍīva.

Verse 33

मावमंस्था मम ब्रह्मन् वीर्यं त्र्यम्बकतोषणम् । मृत्युं विजित्य प्रधने आनेष्ये ते प्रजा: प्रभो ॥ ३३ ॥

Ô brāhmaṇa, ne rabaisse pas ma vaillance, qui sut satisfaire Tryambaka (Śiva). Mon seigneur, fût-ce en vainquant la Mort au combat, je te ramènerai tes fils.

Verse 34

एवं विश्रम्भितो विप्र: फाल्गुनेन परन्तप । जगाम स्वगृहं प्रीत: पार्थवीर्यं निशामयन् ॥ ३४ ॥

Ô tourmenteur des ennemis, ainsi rassuré par Phālguna (Arjuna), le brāhmaṇa rentra chez lui, heureux d’avoir entendu l’affirmation de la vaillance de Pārtha.

Verse 35

प्रसूतिकाल आसन्ने भार्याया द्विजसत्तम: । पाहि पाहि प्रजां मृत्योरित्याहार्जुनमातुर: ॥ ३५ ॥

Quand l’épouse du brāhmaṇa éminent fut de nouveau sur le point d’enfanter, il alla vers Arjuna, très anxieux, et le supplia : «Protège, protège mon enfant de la Mort !»

Verse 36

स उपस्पृश्य शुच्यम्भो नमस्कृत्य महेश्वरम् । दिव्यान्यस्‍त्राणि संस्मृत्य सज्यं गाण्डीवमाददे ॥ ३६ ॥

Après avoir touché l’eau pure, s’être incliné devant Maheśvara (Śiva) et s’être remémoré les mantras de ses armes célestes, Arjuna banda l’arc Gāṇḍīva.

Verse 37

न्यरुणत् सूतिकागारं शरैर्नानास्‍त्रयोजितै: । तिर्यगूर्ध्वमध: पार्थश्चकार शरपञ्जरम् ॥ ३७ ॥

Arjuna encercla la maison de l’accouchement en décochant des flèches liées à diverses armes mystiques. Ainsi, le fils de Pṛthā érigea une cage protectrice de flèches, couvrant le haut, le bas et les côtés.

Verse 38

तत: कुमार: सञ्जातो विप्रपत्न्‍या रुदन्मुहु: । सद्योऽदर्शनमापेदे सशरीरो विहायसा ॥ ३८ ॥

Alors l’épouse du brāhmaṇa mit au monde un enfant; le nouveau-né pleura un bref instant. Mais aussitôt, avec son propre corps, il disparut dans le ciel.

Verse 39

तदाह विप्रो विजयं विनिन्दन् कृष्णसन्निधौ । मौढ्यं पश्यत मे योऽहं श्रद्दधे क्लीबकत्थनम् ॥ ३९ ॥

Alors le brāhmaṇa railla Arjuna devant le Seigneur Kṛṣṇa : « Voyez ma sottise ! J’ai cru aux rodomontades d’un eunuque. »

Verse 40

न प्रद्युम्नो नानिरुद्धो न रामो न च केशव: । यस्य शेकु: परित्रातुं कोऽन्यस्तदवितेश्वर: ॥ ४० ॥

« Si ni Pradyumna, ni Aniruddha, ni Rāma, ni Keśava ne peuvent sauver quelqu’un, qui donc pourrait encore le protéger ? »

Verse 41

धिगर्जुनं मृषावादं धिगात्मश्लाघिनो धनु: । दैवोपसृष्टं यो मौढ्यादानिनीषति दुर्मति: ॥ ४१ ॥

« Au diable Arjuna, le menteur ! Au diable l’arc du vantard ! Dans sa sottise, cet esprit mauvais s’imagine pouvoir ramener celui que le destin a déjà emporté. »

Verse 42

एवं शपति विप्रर्षौ विद्यामास्थाय फाल्गुन: । ययौ संयमनीमाशु यत्रास्ते भगवान् यम: ॥ ४२ ॥

Tandis que le sage brāhmane continuait de l’accabler d’injures, Arjuna, nommé Phālguna, s’appuya sur une incantation mystique et se rendit aussitôt à Saṁyamanī, la cité où réside le Seigneur Yamarāja.

Verse 43

विप्रापत्यमचक्षाणस्तत ऐन्द्रीमगात् पुरीम् । आग्नेयीं नैऋर्तीं सौम्यां वायव्यां वारुणीमथ । रसातलं नाकपृष्ठं धिष्ण्यान्यन्यान्युदायुध: ॥ ४३ ॥ ततोऽलब्धद्विजसुतो ह्यनिस्तीर्णप्रतिश्रुत: । अग्निं विविक्षु: कृष्णेन प्रत्युक्त: प्रतिषेधता ॥ ४४ ॥

Ne voyant pas là le fils du brāhmane, Arjuna se rendit aux cités d’Indra, d’Agni, de Nirṛti, de Soma, de Vāyu et de Varuṇa. Les armes prêtes, il fouilla tous les domaines de l’univers, de Rasātala jusqu’au faîte du ciel. Mais ne trouvant nulle part le fils du dvija et se jugeant incapable de tenir sa promesse, il résolut d’entrer dans le feu sacré; alors le Seigneur Śrī Kṛṣṇa l’arrêta et lui parla.

Verse 44

विप्रापत्यमचक्षाणस्तत ऐन्द्रीमगात् पुरीम् । आग्नेयीं नैऋर्तीं सौम्यां वायव्यां वारुणीमथ । रसातलं नाकपृष्ठं धिष्ण्यान्यन्यान्युदायुध: ॥ ४३ ॥ ततोऽलब्धद्विजसुतो ह्यनिस्तीर्णप्रतिश्रुत: । अग्निं विविक्षु: कृष्णेन प्रत्युक्त: प्रतिषेधता ॥ ४४ ॥

Ne voyant pas là l’enfant du brāhmane, Arjuna se rendit aux cités d’Indra, d’Agni, de Nirṛti, de Soma, de Vāyu et de Varuṇa. Les armes prêtes, il chercha de Rasātala jusqu’à la voûte du ciel. Mais ne trouvant pas le fils du dvija et ne pouvant tenir sa promesse, il voulut entrer dans le feu sacré; alors Bhagavān Śrī Kṛṣṇa l’arrêta et parla.

Verse 45

दर्शये द्विजसूनूंस्ते मावज्ञात्मानमात्मना । ये ते न: कीर्तिं विमलां मनुष्या: स्थापयिष्यन्ति ॥ ४५ ॥

Je te montrerai les fils du brāhmane; ne te méprise donc pas ainsi. Ces mêmes hommes qui nous blâment aujourd’hui établiront bientôt notre renommée sans tache.

Verse 46

इति सम्भाष्य भगवानर्जुनेन सहेश्वर: । दिव्यं स्वरथमास्थाय प्रतीचीं दिशमाविशत् ॥ ४६ ॥

Après avoir ainsi conseillé Arjuna, Bhagavān, le Seigneur Suprême, le fit monter avec Lui sur Son char divin, et tous deux partirent vers l’occident.

Verse 47

सप्त द्वीपान् ससिन्धूंश्च सप्तसप्तगिरीनथ । लोकालोकं तथातीत्य विवेश सुमहत्तम: ॥ ४७ ॥

Le char du Seigneur franchit les sept îles du monde intermédiaire, avec leurs océans et leurs sept montagnes principales. Puis il dépassa la limite de Lokāloka et entra dans la vaste région de ténèbres absolues.

Verse 48

तत्राश्वा: शैब्यसुग्रीवमेघपुष्पबलाहका: । तमसि भ्रष्टगतयो बभूवुर्भरतर्षभ ॥ ४८ ॥ तान् द‍ृष्ट्वा भगवान् कृष्णो महायोगेश्वरेश्वर: । सहस्रादित्यसङ्काशं स्वचक्रं प्राहिणोत् पुर: ॥ ४९ ॥

Dans ces ténèbres, les chevaux du char —Śaibya, Sugrīva, Meghapuṣpa et Balāhaka— perdirent leur route, ô meilleur des Bhārata. Voyant cela, le Seigneur Śrī Kṛṣṇa, maître suprême des grands yogis, envoya devant le char Son disque Sudarśana, brillant comme mille soleils.

Verse 49

तत्राश्वा: शैब्यसुग्रीवमेघपुष्पबलाहका: । तमसि भ्रष्टगतयो बभूवुर्भरतर्षभ ॥ ४८ ॥ तान् द‍ृष्ट्वा भगवान् कृष्णो महायोगेश्वरेश्वर: । सहस्रादित्यसङ्काशं स्वचक्रं प्राहिणोत् पुर: ॥ ४९ ॥

Dans ces ténèbres, les chevaux du char —Śaibya, Sugrīva, Meghapuṣpa et Balāhaka— perdirent leur route, ô meilleur des Bhārata. Voyant cela, le Seigneur Śrī Kṛṣṇa, maître suprême des grands yogis, envoya devant le char Son disque Sudarśana, brillant comme mille soleils.

Verse 50

तम: सुघोरं गहनं कृतं महद् विदारयद् भूरितरेण रोचिषा । मनोजवं निर्विविशे सुदर्शनं गुणच्युतो रामशरो यथा चमू: ॥ ५० ॥

Le disque Sudarśana du Seigneur pénétra les ténèbres par son éclat flamboyant. Filant à la vitesse de la pensée, il déchira cette obscurité terrible, dense et déployée, comme la flèche lancée par Śrī Rāma transperce l’armée ennemie.

Verse 51

द्वारेण चक्रानुपथेन तत्तम: परं परं ज्योतिरनन्तपारम् । समश्न‍ुवानं प्रसमीक्ष्य फाल्गुन: प्रताडिताक्षो पिदधेऽक्षिणी उभे ॥ ५१ ॥

Suivant la trace du disque, le char franchit à son tour la porte des ténèbres et atteignit la lumière suprême, infinie et sans rivage : le brahmajyoti qui pénètre tout. En voyant cet éclat aveuglant, Arjuna (Phālguna) eut les yeux meurtris et les ferma tous deux.

Verse 52

तत: प्रविष्ट: सलिलं नभस्वता बलीयसैजद् बृहदूर्मिभूषणम् । तत्राद्भ‍ुतं वै भवनं द्युमत्तमं भ्राजन्मणिस्तम्भसहस्रशोभितम् ॥ ५२ ॥

Puis ils pénétrèrent dans une étendue d’eau resplendissante, ornée d’immenses vagues brassées par un vent puissant. Au sein de cet océan, Arjuna aperçut un palais merveilleux, plus lumineux que tout ce qu’il avait vu, embelli par des milliers de colonnes décorées de gemmes éclatantes.

Verse 53

तस्मिन् महाभोगमनन्तमद्भ‍ुतं सहस्रमूर्धन्यफणामणिद्युभि: । विभ्राजमानं द्विगुणेक्षणोल्बणं सिताचलाभं शितिकण्ठजिह्वम् ॥ ५३ ॥

Dans ce palais se trouvait l’immense et saisissant serpent Ananta Śeṣa. Il brillait de l’éclat des gemmes de ses mille capuchons, reflété dans un nombre double d’yeux redoutables. Il ressemblait au mont Kailāsa tout blanc, et ses cous et ses langues étaient d’un bleu sombre.

Verse 54

ददर्श तद्भ‍ोगसुखासनं विभुं महानुभावं पुरुषोत्तमोत्तमम् । सान्द्राम्बुदाभं सुपिशङ्गवाससं प्रसन्नवक्त्रं रुचिरायतेक्षणम् ॥ ५४ ॥ महामणिव्रातकिरीटकुण्डल- प्रभापरिक्षिप्तसहस्रकुन्तलम् । प्रलम्बचार्वष्टभुजं सकौस्तुभं श्रीवत्सलक्ष्मं वनमालया वृतम् ॥ ५५ ॥ सुनन्दनन्दप्रमुखै: स्वपार्षदै- श्चक्रादिभिर्मूर्तिधरैर्निजायुधै: । पुष्‍ट्या श्रिया कीर्त्यजयाखिलर्धिभि- र्निषेव्यमानं परमेष्ठिनां पतिम् ॥ ५६ ॥

Arjuna vit alors Mahā-Viṣṇu, la Personnalité Suprême de Dieu, omniprésente et toute-puissante, assis paisiblement sur le lit du serpent. Son teint bleuté avait la couleur d’un nuage de pluie dense; il portait un splendide vêtement jaune; son visage était serein, ses larges yeux ravissants; et il avait huit bras longs et gracieux. Sa chevelure abondante était enveloppée de l’éclat des amas de gemmes ornant sa couronne et ses boucles d’oreilles. Il portait la gemme Kaustubha, la marque de Śrīvatsa et une guirlande de fleurs de la forêt. Le servaient ses compagnons personnels, menés par Sunanda et Nanda; son cakra et ses autres armes sous forme personnifiée; ainsi que ses puissances-consortes—Puṣṭi, Śrī, Kīrti et Ajā—et toutes ses perfections mystiques, lui, le Seigneur des êtres suprêmes.

Verse 55

ददर्श तद्भ‍ोगसुखासनं विभुं महानुभावं पुरुषोत्तमोत्तमम् । सान्द्राम्बुदाभं सुपिशङ्गवाससं प्रसन्नवक्त्रं रुचिरायतेक्षणम् ॥ ५४ ॥ महामणिव्रातकिरीटकुण्डल- प्रभापरिक्षिप्तसहस्रकुन्तलम् । प्रलम्बचार्वष्टभुजं सकौस्तुभं श्रीवत्सलक्ष्मं वनमालया वृतम् ॥ ५५ ॥ सुनन्दनन्दप्रमुखै: स्वपार्षदै- श्चक्रादिभिर्मूर्तिधरैर्निजायुधै: । पुष्‍ट्या श्रिया कीर्त्यजयाखिलर्धिभि- र्निषेव्यमानं परमेष्ठिनां पतिम् ॥ ५६ ॥

Arjuna vit Mahā-Viṣṇu, la Personnalité Suprême de Dieu, omniprésente et toute-puissante, assis paisiblement sur le lit du serpent. Son teint était comme un nuage de pluie dense; il portait un splendide vêtement jaune; son visage était serein, ses larges yeux ravissants; et il avait huit bras longs et gracieux. L’éclat des gemmes de sa couronne et de ses boucles d’oreilles baignait sa chevelure abondante. Il portait la gemme Kaustubha, la marque de Śrīvatsa et une guirlande de fleurs de la forêt. Le servaient Sunanda et Nanda, le cakra et d’autres armes en formes personnifiées, ainsi que ses puissances—Puṣṭi, Śrī, Kīrti, Ajā—et toutes ses perfections mystiques, lui, le Seigneur des êtres suprêmes.

Verse 56

ददर्श तद्भ‍ोगसुखासनं विभुं महानुभावं पुरुषोत्तमोत्तमम् । सान्द्राम्बुदाभं सुपिशङ्गवाससं प्रसन्नवक्त्रं रुचिरायतेक्षणम् ॥ ५४ ॥ महामणिव्रातकिरीटकुण्डल- प्रभापरिक्षिप्तसहस्रकुन्तलम् । प्रलम्बचार्वष्टभुजं सकौस्तुभं श्रीवत्सलक्ष्मं वनमालया वृतम् ॥ ५५ ॥ सुनन्दनन्दप्रमुखै: स्वपार्षदै- श्चक्रादिभिर्मूर्तिधरैर्निजायुधै: । पुष्‍ट्या श्रिया कीर्त्यजयाखिलर्धिभि- र्निषेव्यमानं परमेष्ठिनां पतिम् ॥ ५६ ॥

Arjuna vit Mahā-Viṣṇu, la Personnalité Suprême de Dieu, omniprésente et toute-puissante, assis en paix sur le lit du serpent. Son teint était comme un nuage de pluie dense; il portait un splendide vêtement jaune; son visage était serein et ses larges yeux ravissants; et il avait huit bras longs et gracieux. L’éclat des gemmes de sa couronne et de ses boucles d’oreilles illuminait sa chevelure abondante. Il portait la gemme Kaustubha, la marque de Śrīvatsa et une guirlande de fleurs de la forêt. Le servaient Sunanda et Nanda, le cakra et d’autres armes en formes personnifiées, ainsi que ses puissances—Puṣṭi, Śrī, Kīrti, Ajā—et toutes ses perfections mystiques, lui, le Seigneur des êtres suprêmes.

Verse 57

ववन्द आत्मानमनन्तमच्युतो जिष्णुश्च तद्दर्शनजातसाध्वस: । तावाह भूमा परमेष्ठिनां प्रभु- र्बद्धाञ्जली सस्मितमूर्जया गिरा ॥ ५७ ॥

Dans cette forme sans limites, Śrī Kṛṣṇa rendit hommage à Son propre Soi, et Arjuna, saisi de stupeur devant le darśana de Mahā-Viṣṇu, se prosterna aussi. Puis, les mains jointes devant Lui, le tout-puissant Mahā-Viṣṇu, Souverain suprême de tous les maîtres de l’univers, sourit et leur parla d’une voix grave, empreinte d’autorité sacrée.

Verse 58

द्विजात्मजा मे युवयोर्दिद‍ृक्षुणा मयोपनीता भुवि धर्मगुप्तये । कलावतीर्णाववनेर्भरासुरान् हत्वेह भूयस्त्वरयेतमन्ति मे ॥ ५८ ॥

Mahā-Viṣṇu dit : J’ai amené ici les fils du brāhmane parce que je désirais vous voir, vous deux, Mes expansions, descendues sur la terre pour protéger le dharma. Dès que vous aurez abattu les asuras qui pèsent sur la terre, revenez vite auprès de Moi.

Verse 59

पूर्णकामावपि युवां नरनारायणावृषी । धर्ममाचरतां स्थित्यै ऋषभौ लोकसङ्ग्रहम् ॥ ५९ ॥

Bien que tous vos désirs soient pleinement comblés, ô êtres les plus élevés, pour le bien du peuple en général, continuez à donner l’exemple d’une conduite conforme au dharma, à la manière des sages Nara et Nārāyaṇa.

Verse 60

इत्यादिष्टौ भगवता तौ कृष्णौ परमेष्ठिना । ॐ इत्यानम्य भूमानमादाय द्विजदारकान् ॥ ६० ॥ न्यवर्तेतां स्वकं धाम सम्प्रहृष्टौ यथागतम् । विप्राय ददतु: पुत्रान् यथारूपं यथावय: ॥ ६१ ॥

Ainsi instruits par le Seigneur Suprême, Kṛṣṇa et Arjuna acquiescèrent en prononçant « Om », puis se prosternèrent devant le tout-puissant Mahā-Viṣṇu, emmenant avec eux les fils du brāhmane. Pleins de joie, ils revinrent à leur demeure, Dvārakā, par le même chemin, et y rendirent au brāhmane ses enfants dans le même corps de nourrissons et au même âge qu’au moment de leur disparition.

Verse 61

इत्यादिष्टौ भगवता तौ कृष्णौ परमेष्ठिना । ॐ इत्यानम्य भूमानमादाय द्विजदारकान् ॥ ६० ॥ न्यवर्तेतां स्वकं धाम सम्प्रहृष्टौ यथागतम् । विप्राय ददतु: पुत्रान् यथारूपं यथावय: ॥ ६१ ॥

Ainsi instruits par le Seigneur Suprême, Kṛṣṇa et Arjuna acquiescèrent en prononçant « Om », puis se prosternèrent devant le tout-puissant Mahā-Viṣṇu, emmenant avec eux les fils du brāhmane. Pleins de joie, ils revinrent à leur demeure, Dvārakā, par le même chemin, et y rendirent au brāhmane ses enfants dans le même corps de nourrissons et au même âge qu’au moment de leur disparition.

Verse 62

निशाम्य वैष्णवं धाम पार्थ: परमविस्मित: । यत्किञ्चित् पौरुषं पुंसां मेने कृष्णानुकम्पितम् ॥ ६२ ॥

Ayant vu le domaine vaiṣṇava du Seigneur Viṣṇu, Arjuna fut saisi d’un émerveillement suprême. Il conclut que toute puissance extraordinaire chez les hommes n’est que la manifestation de la miséricorde de Śrī Kṛṣṇa.

Verse 63

इतीद‍ृशान्यनेकानि वीर्याणीह प्रदर्शयन् । बुभुजे विषयान् ग्राम्यानीजे चात्युर्जितैर्मखै: ॥ ६३ ॥

Ainsi, le Seigneur Śrī Kṛṣṇa manifesta en ce monde bien d’autres exploits héroïques semblables. Il semblait goûter aux plaisirs de la vie humaine ordinaire et accomplit des sacrifices du feu d’une puissance immense.

Verse 64

प्रववर्षाखिलान् कामान् प्रजासु ब्राह्मणादिषु । यथाकालं यथैवेन्द्रो भगवान् श्रैष्ठ्यमास्थित: ॥ ६४ ॥

Ayant manifesté Sa suprématie, le Seigneur, aux moments propices, fit pleuvoir tous les biens désirables sur les brāhmaṇas et les autres sujets, comme Indra répand la pluie.

Verse 65

हत्वा नृपानधर्मिष्ठान् घातयित्वार्जुनादिभि: । अञ्जसा वर्तयामास धर्मं धर्मसुतादिभि: ॥ ६५ ॥

Après avoir tué de nombreux rois voués à l’adharma et avoir fait tuer d’autres par des dévots tels qu’Arjuna, le Seigneur put aisément assurer l’application du dharma par l’entremise de souverains pieux comme Yudhiṣṭhira.

Frequently Asked Questions

Bhṛgu’s act is a deliberate test commissioned by sages to determine which deity embodies the highest sattva and is therefore fit to be recognized as supreme. Viṣṇu’s response—humility, hospitality, and concern for the sage’s comfort—reveals transcendence over ego and guṇic reactivity, establishing His bhakta-vātsalya and confirming Vaiṣṇava siddhānta that the Supreme is characterized by unalloyed goodness and compassion.

Brahmā becomes angry but restrains himself through intelligence, indicating goodness mixed with passion. Śiva erupts in destructive wrath, restrained only by Devī’s intervention, reflecting tamas-predominance in that moment. Viṣṇu remains entirely non-reactive and service-oriented, demonstrating pure sattva (viśuddha-sattva) and the hallmark of supremacy: effortless composure paired with protective affection for the devotee.

The text presents him as a brāhmaṇa householder whose repeated bereavement becomes the narrative catalyst to reveal Kṛṣṇa’s supreme position beyond ordinary cosmic administration. The lesson is twofold: worldly governance cannot overrule divine arrangement, and apparent reversals are used by the Lord to manifest deeper tattva—here, the personal source beyond the brahmajyoti and the dependence of all powers on Kṛṣṇa’s mercy.

Because the child was not within the jurisdiction of ordinary cosmic rulers. The episode teaches that even the greatest kṣatriya prowess and deva-administered realms have limits; ultimate causality rests with the Supreme Lord. Kṛṣṇa then reveals the higher ontological tier by taking Arjuna beyond Lokāloka, beyond darkness, and beyond the brahmajyoti to Mahā-Viṣṇu’s domain.

Lokāloka marks the boundary of the known, illuminated cosmos. Passing beyond it into darkness and then into the brahmajyoti dramatizes the movement from material cosmography to metaphysical ultimacy. The narrative then resolves potential impersonalism by showing that beyond the impersonal effulgence stands the personal Supreme (Mahā-Viṣṇu), who purposefully acts and speaks—thereby subordinating brahmajyoti to Bhagavān.

Mahā-Viṣṇu is portrayed as the awe-inspiring cosmic Lord resting on Ananta, attended by divine potencies and personified weapons—an aspect of the Supreme who presides over universal manifestation. He identifies Kṛṣṇa and Arjuna as His expansions descended to protect dharma, reinforcing the Bhāgavata’s theology that the personal Supreme coordinates multiple divine forms while remaining one nondual reality.

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