
Lakṣmī’s Emergence, Dhanvantari, and the Advent of Mohinī-mūrti
Après que le Seigneur Śiva a neutralisé le poison Hālāhala, devas et asuras reprennent le Samudra-manthana avec une vigueur renouvelée. Des manifestations auspicieuses apparaissent successivement : Surabhi pour le ghee des sacrifices, Uccaiḥśravā et Airāvata, les éléphants des directions, des gemmes célestes (Kaustubha, Padmarāga), la fleur pārijāta et les apsarās. Puis Lakṣmī (Ramā) surgit et est intronisée par un abhiṣeka cosmique : fleuves, Terre, vaches, saisons, sages, Gandharvas et éléphants directionnels contribuent à sa consécration. Lakṣmī examine devas, asuras et autres êtres, et conclut qu’aucun n’est sans défaut ni pleinement indépendant ; elle choisit donc Mukunda, le Seigneur autosuffisant, et le pare d’une guirlande—son regard enrichit les devas tandis que les asuras sombrent dans l’abattement. Ensuite Vāruṇī apparaît et est prise par les démons. Dhanvantari émerge avec la jarre d’amṛta, que les asuras s’emparent, et les devas se réfugient en Hari. Viṣṇu promet d’égarer les démons ; ceux-ci commencent à se quereller pour le nectar, ouvrant sur le chapitre suivant où la līlā de Mohinī-mūrti orchestrera la distribution de l’amṛta et la suite de la stratégie divine.
Verse 1
श्रीशुक उवाच पीते गरे वृषाङ्केण प्रीतास्तेऽमरदानवा: । ममन्थुस्तरसा सिन्धुं हविर्धानी ततोऽभवत् ॥ १ ॥
Śukadeva poursuivit : Lorsque Śiva, portant l’emblème du taureau, eut bu le poison, devas et asuras, ravis, se mirent à baratter l’océan avec un élan nouveau; alors apparut une vache nommée Surabhi.
Verse 2
तामग्निहोत्रीमृषयो जगृहुर्ब्रह्मवादिन: । यज्ञस्य देवयानस्य मेध्याय हविषे नृप ॥ २ ॥
Ô roi Parīkṣit, les grands sages, versés dans les rites védiques et l’Agnihotra, prirent en charge la vache Surabhi afin d’obtenir du ghee pur pour les oblations du yajña, dont le mérite élève par la voie devayāna vers les mondes supérieurs jusqu’à Brahmaloka.
Verse 3
तत उच्चै:श्रवा नाम हयोऽभूच्चन्द्रपाण्डुर: । तस्मिन्बलि: स्पृहां चक्रे नेन्द्र ईश्वरशिक्षया ॥ ३ ॥
Puis apparut un cheval nommé Uccaiḥśravā, blanc comme la lune. Bali Mahārāja le convoita, et Indra ne protesta pas, car telle avait été l’instruction de la Suprême Personnalité de Dieu.
Verse 4
तत ऐरावतो नाम वारणेन्द्रो विनिर्गत: । दन्तैश्चतुर्भि: श्वेताद्रेर्हरन्भगवतो महिम् ॥ ४ ॥
Ensuite, du barattage de l’océan naquit le roi des éléphants nommé Airāvata. Il était d’une blancheur éclatante, et ses quatre défenses semblaient défier la gloire du mont Kailāsa, demeure lumineuse du Seigneur Śiva.
Verse 5
ऐरावणादयस्त्वष्टौ दिग् गजा अभवंस्तत: । अभ्रमुप्रभृतयोऽष्टौ च करिण्यस्त्वभवन्नृप ॥ ५ ॥
Ensuite, ô Roi, naquirent huit grands éléphants des directions, conduits par Airāvaṇa, capables d’aller en tout sens. Huit éléphantes, menées par Abhramu, apparurent également.
Verse 6
कौस्तुभाख्यमभूद् रत्नं पद्मरागो महोदधे: । तस्मिन् मणौ स्पृहां चक्रे वक्षोऽलङ्करणे हरि: । ततोऽभवत् पारिजात: सुरलोकविभूषणम् । पूरयत्यर्थिनो योऽर्थै: शश्वद् भुवि यथा भवान् ॥ ६ ॥
Puis, du grand océan surgirent les gemmes célèbres Kaustubha-maṇi et Padmarāga-maṇi. Pour orner Sa poitrine, le Seigneur Hari désira les posséder. Ensuite apparut l’arbre pārijāta, parure des mondes célestes. Ô Roi, de même que tu combles sur terre les vœux de ceux qui te sollicitent, ainsi le pārijāta exauce sans cesse les désirs de tous.
Verse 7
ततश्चाप्सरसो जाता निष्ककण्ठ्य: सुवासस: । रमण्य: स्वर्गिणां वल्गुगतिलीलावलोकनै: ॥ ७ ॥
Ensuite apparurent les Apsarās. Parées d’ornements d’or et de colliers, vêtues d’habits fins et séduisants, elles avançaient d’un pas lent et gracieux; leurs regards ludiques envoûtaient les habitants du ciel.
Verse 8
ततश्चाविरभूत् साक्षाच्छ्री रमा भगवत्परा । रञ्जयन्ती दिश: कान्त्या विद्युत् सौदामनी यथा ॥ ८ ॥
Alors apparut en personne Śrī Ramā, la Déesse de la Fortune, entièrement vouée au Bhagavān suprême. Par son éclat elle enchanta les directions, telle une lueur électrique surpassant l’éclair qui illumine une montagne blanche et luisante.
Verse 9
तस्यां चक्रु: स्पृहां सर्वे ससुरासुरमानवा: । रूपौदार्यवयोवर्णमहिमाक्षिप्तचेतस: ॥ ९ ॥
Par sa beauté exquise, ses traits, sa jeunesse, son teint et sa gloire, tous—dieux, asuras et humains—la désirèrent; elle était comme la source de toutes les opulences.
Verse 10
तस्या आसनमानिन्ये महेन्द्रो महदद्भुतम् । मूर्तिमत्य: सरिच्छ्रेष्ठा हेमकुम्भैर्जलं शुचि ॥ १० ॥
Indra, roi du ciel, apporta un siège convenable et merveilleux pour la déesse Lakṣmī. Les fleuves sacrés, tels le Gange et la Yamunā, se personnifièrent et chacun porta de l’eau pure dans des urnes d’or pour Mère Lakṣmī.
Verse 11
आभिषेचनिका भूमिराहरत् सकलौषधी: । गाव: पञ्च पवित्राणि वसन्तो मधुमाधवौ ॥ ११ ॥
Pour l’abhiṣeka, la Terre se personnifia et rassembla toutes les herbes et remèdes requis. Les vaches offrirent cinq substances pures—lait, yaourt, ghee, urine de vache et bouse—et le Printemps personnifié recueillit tout ce que produisent les mois de Caitra et Vaiśākha.
Verse 12
ऋषय: कल्पयांचक्रुराभिषेकं यथाविधि । जगुर्भद्राणि गन्धर्वा नट्यश्च ननृतुर्जगु: ॥ १२ ॥
Les grands sages accomplirent le bain rituel de la déesse Lakṣmī selon les prescriptions des écritures. Les Gandharvas chantèrent des mantras védiques de bon augure, et les danseuses professionnelles dansèrent et chantèrent avec grâce les hymnes autorisés par les Vedas.
Verse 13
मेघा मृदङ्गपणवमुरजानकगोमुखान् । व्यनादयन् शङ्खवेणुवीणास्तुमुलनि:स्वनान् ॥ १३ ॥
Les nuages, personnifiés, firent retentir divers tambours—mṛdaṅgas, paṇavas, murajas et ānakas. Ils soufflèrent aussi des conques et des trompettes dites gomukhas, et jouèrent de la flûte et des instruments à cordes; l’ensemble forma un fracas tumultueux.
Verse 14
ततोऽभिषिषिचुर्देवीं श्रियं पद्मकरां सतीम् । दिगिभा: पूर्णकलशै: सूक्तवाक्यैर्द्विजेरितै: ॥ १४ ॥
Alors, les grands éléphants des dix directions apportèrent des jarres pleines d’eau du Gange et baignèrent la sainte Śrī, Lakṣmī à la main de lotus. Au chant des mantras védiques récités par des brāhmaṇas savants, elle parut d’une beauté éclatante et demeura chaste, vouée au seul Bhagavān Nārāyaṇa.
Verse 15
समुद्र: पीतकौशेयवाससी समुपाहरत् । वरुण: स्रजं वैजयन्तीं मधुना मत्तषट्पदाम् ॥ १५ ॥
L’océan offrit les vêtements de soie jaune, haut et bas. Varuṇa, divinité souveraine des eaux, présenta une guirlande Vaijayantī, entourée de bourdons à six pattes ivres de miel.
Verse 16
भूषणानि विचित्राणि विश्वकर्मा प्रजापति: । हारं सरस्वती पद्ममजो नागाश्च कुण्डले ॥ १६ ॥
Viśvakarmā, l’un des prajāpatis, apporta divers ornements richement ouvragés. La déesse Sarasvatī offrit un collier; Ajā, c’est-à-dire Brahmā, offrit un lotus; et les habitants de Nāgaloka offrirent des boucles d’oreilles.
Verse 17
तत: कृतस्वस्त्ययनोत्पलस्रजं नदद्द्विरेफां परिगृह्य पाणिना । चचाल वक्त्रं सुकपोलकुण्डलं सव्रीडहासं दधती सुशोभनम् ॥ १७ ॥
Ensuite, après avoir été célébrée par l’auspicieux rite de svastyayana, Mère Lakṣmī se mit à marcher, tenant en main une guirlande de lotus entourée de bourdons bourdonnants. Avec un sourire de pudeur, les joues ornées de boucles d’oreilles, son visage rayonnait d’une beauté exquise.
Verse 18
स्तनद्वयं चातिकृशोदरी समं निरन्तरं चन्दनकुङ्कुमोक्षितम् । ततस्ततो नूपुरवल्गुशिञ्जितै- र्विसर्पती हेमलतेव सा बभौ ॥ १८ ॥
Ses deux seins, harmonieux et bien placés, étaient oints de pâte de santal et saupoudrés de kuṅkuma; sa taille était très fine. Lorsqu’elle allait çà et là, le doux tintement de ses grelots de cheville la faisait paraître telle une liane d’or ondoyante.
Verse 19
विलोकयन्ती निरवद्यमात्मन: पदं ध्रुवं चाव्यभिचारिसद्गुणम् । गन्धर्वसिद्धासुरयक्षचारण- त्रैपिष्टपेयादिषु नान्वविन्दत ॥ १९ ॥
Cheminant parmi les Gandharvas, les Siddhas, les Asuras, les Yakṣas, les Cāraṇas et les habitants des cieux, la déesse Lakṣmī les observa avec une attention pénétrante; mais elle ne trouva personne qui fût naturellement sans tache, stable et pourvu de vertus irréprochables. Tous portaient quelque défaut; aussi ne prit-elle refuge en aucun d’eux.
Verse 20
नूनं तपो यस्य न मन्युनिर्जयो ज्ञानं क्वचित् तच्च न सङ्गवर्जितम् । कश्चिन्महांस्तस्य न कामनिर्जय: स ईश्वर: किं परतोव्यपाश्रय: ॥ २० ॥
En observant l’assemblée, la déesse Lakṣmī se dit : Tel a pratiqué de grandes austérités sans vaincre la colère; tel possède le savoir sans être libre de l’attachement; tel est illustre sans dominer le désir. Celui qui dépend d’autre chose, comment serait-il le Souverain suprême ?
Verse 21
धर्म: क्वचित् तत्र न भूतसौहृदं त्याग: क्वचित् तत्र न मुक्तिकारणम् । वीर्यं न पुंसोऽस्त्यजवेगनिष्कृतं न हि द्वितीयो गुणसङ्गवर्जित: ॥ २१ ॥
On peut posséder une connaissance parfaite du dharma et pourtant manquer de bienveillance envers tous les êtres. Chez un autre, il peut y avoir renoncement, sans que ce soit la cause de la délivrance. Tel peut être puissant, sans pouvoir arrêter l’élan du Temps. Tel autre peut avoir quitté l’attachement aux guṇas, sans être comparable à la Suprême Personne de Dieu. Ainsi, nul n’est entièrement affranchi de l’influence des modes de la nature.
Verse 22
क्वचिच्चिरायुर्न हि शीलमङ्गलं क्वचित् तदप्यस्ति न वेद्यमायुष: । यत्रोभयं कुत्र च सोऽप्यमङ्गल: सुमङ्गल: कश्च न काङ्क्षते हि माम् ॥ २२ ॥
Tel peut jouir d’une longue vie sans posséder une conduite de bon augure. Tel autre a une conduite auspicious, mais la durée de sa vie n’est pas assurée. Là où l’on trouve les deux, il subsiste encore des habitudes néfastes; même Śiva, bien qu’éternel, a des mœurs telles que demeurer dans les lieux de crémation. Et quand bien même d’autres seraient qualifiés en tout, s’ils ne sont pas dévots de la Suprême Personne de Dieu, ils ne me désirent pas non plus.
Verse 23
एवं विमृश्याव्यभिचारिसद्गुणै- र्वरं निजैकाश्रयतयागुणाश्रयम् । वव्रे वरं सर्वगुणैरपेक्षितं रमा मुकुन्दं निरपेक्षमीप्सितम् ॥ २३ ॥
Ainsi, après mûre délibération, Ramā (Lakṣmī) choisit pour époux Celui qui est paré de vertus saintes et invariables, suffisant à Lui-même et refuge de toutes les qualités. Elle accepta donc Mukunda : bien qu’Il soit indépendant et n’ait nul besoin d’elle, Il est le plus désirable, car Il possède toutes les qualités transcendantes et les puissances mystiques.
Verse 24
तस्यांसदेश उशतीं नवकञ्जमालां माद्यन्मधुव्रतवरूथगिरोपघुष्टाम् । तस्थौ निधाय निकटे तदुर: स्वधाम सव्रीडहासविकसन्नयनेन याता ॥ २४ ॥
Alors la déesse Śrī, s’approchant du Bhagavān, la Suprême Personnalité de Dieu, déposa sur Ses épaules une guirlande de lotus nouvellement éclos, entourée du bourdonnement des abeilles en quête de miel. Puis, aspirant à demeurer sur la poitrine du Seigneur, elle se tint près de Lui, le sourire empreint de pudeur et les yeux épanouis.
Verse 25
तस्या: श्रियस्त्रिजगतो जनको जनन्या वक्षोनिवासमकरोत् परमं विभूते: । श्री: स्वा: प्रजा: सकरुणेन निरीक्षणेन यत्र स्थितैधयत साधिपतींस्त्रिलोकान् ॥ २५ ॥
Le Bhagavān est le père des trois mondes, et Sa poitrine est la demeure suprême de la mère Lakṣmī, maîtresse de toutes les opulences. Par son regard favorable et miséricordieux, la déesse Lakṣmī accroît la prospérité des trois mondes, avec leurs habitants, les prajāpatis et les devas qui les dirigent.
Verse 26
शङ्खतूर्यमृदङ्गानां वादित्राणां पृथु: स्वन: । देवानुगानां सस्त्रीणां नृत्यतां गायतामभूत् ॥ २६ ॥
Alors retentit au loin le vaste son des instruments, tels la conque, les trompettes et les tambours mṛdaṅga. Les habitants de Gandharvaloka et de Cāraṇaloka se mirent à chanter et à danser avec leurs épouses.
Verse 27
ब्रह्मरुद्राङ्गिरोमुख्या: सर्वे विश्वसृजो विभुम् । ईडिरेऽवितथैर्मन्त्रैस्तल्लिङ्गै: पुष्पवर्षिण: ॥ २७ ॥
Alors Brahmā, Rudra (Śiva), le grand sage Aṅgirā et les autres directeurs de l’ordre cosmique, faisant pleuvoir des fleurs, glorifièrent le Seigneur tout-puissant. Ils récitèrent des mantras véridiques révélant les gloires transcendantes de la Suprême Personnalité de Dieu.
Verse 28
श्रियावलोकिता देवा: सप्रजापतय: प्रजा: । शीलादिगुणसम्पन्ना लेभिरे निर्वृतिं पराम् ॥ २८ ॥
Bénis par le regard de Śrī Lakṣmī, tous les devas, avec les prajāpatis et leurs descendants, furent aussitôt enrichis de bonne conduite et de qualités transcendantes. Ils goûtèrent ainsi une satisfaction suprême.
Verse 29
नि:सत्त्वा लोलुपा राजन् निरुद्योगा गतत्रपा: । यदा चोपेक्षिता लक्ष्म्या बभूवुर्दैत्यदानवा: ॥ २९ ॥
Ô roi, délaissés par la déesse Lakṣmī, les daityas et dānavas furent accablés, troublés et frustrés; ils devinrent faibles, avides, sans effort et sans pudeur.
Verse 30
अथासीद् वारुणी देवी कन्या कमललोचना । असुरा जगृहुस्तां वै हरेरनुमतेन ते ॥ ३० ॥
Ensuite apparut la déesse Vāruṇī, jeune fille aux yeux de lotus; avec la permission de Śrī Hari (Kṛṣṇa), les asuras la prirent avec eux.
Verse 31
अथोदधेर्मथ्यमानात् काश्यपैरमृतार्थिभि: । उदतिष्ठन्महाराज पुरुष: परमाद्भुत: ॥ ३१ ॥
Ô grand roi, ensuite, tandis que les fils de Kaśyapa—dieux et daityas—barattaient l’Océan de Lait pour obtenir l’amṛta, un homme d’une merveille suprême apparut.
Verse 32
दीर्घपीवरदोर्दण्ड: कम्बुग्रीवोऽरुणेक्षण: । श्यामलस्तरुण: स्रग्वी सर्वाभरणभूषित: ॥ ३२ ॥
Ses bras étaient longs, épais et puissants; son cou, marqué de trois lignes, ressemblait à une conque; ses yeux étaient rougeoyants et son teint sombre. Très jeune, il portait une guirlande de fleurs et était paré de tous les ornements.
Verse 33
पीतवासा महोरस्क: सुमृष्टमणिकुण्डल: । स्निग्धकुञ्चितकेशान्तसुभग: सिंहविक्रम: । अमृतापूर्णकलसं बिभ्रद् वलयभूषित: ॥ ३३ ॥
Il était vêtu de jaune, la poitrine large, et portait des boucles d’oreilles de gemmes finement polies. Les pointes de ses cheveux, bouclées et luisantes d’huile, ajoutaient à sa beauté; il avait la vaillance d’un lion. Paré de bracelets, il tenait en main une cruche remplie d’amṛta jusqu’au bord.
Verse 34
स वै भगवत: साक्षाद्विष्णोरंशांशसम्भव: । धन्वन्तरिरिति ख्यात आयुर्वेददृगिज्यभाक् ॥ ३४ ॥
Il était Dhanvantari, portion plénière d’une portion plénière du Seigneur Viṣṇu. Grand connaisseur de l’Āyurveda, et en tant que deva, il fut autorisé à recevoir une part dans les sacrifices.
Verse 35
तमालोक्यासुरा: सर्वे कलसं चामृताभृतम् । लिप्सन्त: सर्ववस्तूनि कलसं तरसाहरन् ॥ ३५ ॥
Voyant Dhanvantari porter la jarre remplie d’amṛta, les asuras, convoitant la jarre et son contenu, la lui arrachèrent aussitôt par la force.
Verse 36
नीयमानेऽसुरैस्तस्मिन्कलसेऽमृतभाजने । विषण्णमनसो देवा हरिं शरणमाययु: ॥ ३६ ॥
Quand les asuras emportèrent la jarre, réceptacle de l’amṛta, les devas furent accablés. Ils cherchèrent alors refuge aux pieds de lotus du Seigneur suprême, Hari.
Verse 37
इति तद्दैन्यमालोक्य भगवान्भृत्यकामकृत् । मा खिद्यत मिथोऽर्थं व: साधयिष्ये स्वमायया ॥ ३७ ॥
Voyant leur détresse, le Seigneur, qui comble toujours les aspirations de Ses dévots, leur dit : « Ne vous affligez pas. Par Ma propre énergie, Je troublerai les asuras en suscitant la discorde entre eux, et ainsi votre désir d’obtenir l’amṛta sera accompli. »
Verse 38
मिथ: कलिरभूत्तेषां तदर्थे तर्षचेतसाम् । अहं पूर्वमहं पूर्वं न त्वं न त्वमिति प्रभो ॥ ३८ ॥
Ô Roi, parmi les asuras assoiffés d’amṛta, une querelle éclata pour savoir qui boirait le premier. Chacun disait : « Moi d’abord, moi d’abord ! Pas toi, pas toi ! »
Verse 39
देवा: स्वं भागमर्हन्ति ये तुल्यायासहेतव: । सत्रयाग इवैतस्मिन्नेष धर्म: सनातन: ॥ ३९ ॥ इति स्वान्प्रत्यषेधन्वै दैतेया जातमत्सरा: । दुर्बला: प्रबलान् राजन्गृहीतकलसान् मुहु: ॥ ४० ॥
Certains daityas dirent : « Les devas ont eux aussi pris part au barattage de l’Océan de Lait avec un effort égal ; ainsi, comme dans un satra-yajña, selon le dharma éternel, il leur revient une part d’amṛta. » Ô Roi, de cette manière, les daityas les plus faibles empêchèrent à maintes reprises les plus puissants, qui tenaient la cruche, de prendre le nectar.
Verse 40
देवा: स्वं भागमर्हन्ति ये तुल्यायासहेतव: । सत्रयाग इवैतस्मिन्नेष धर्म: सनातन: ॥ ३९ ॥ इति स्वान्प्रत्यषेधन्वै दैतेया जातमत्सरा: । दुर्बला: प्रबलान् राजन्गृहीतकलसान् मुहु: ॥ ४० ॥
Certains daityas dirent : « Les devas sont partenaires d’un effort égal dans le barattage de l’Océan de Lait ; ainsi, comme dans un satra-yajña, selon le dharma éternel, ils ont droit à leur part d’amṛta. » Ô Roi, ainsi les daityas plus faibles, gagnés par la jalousie, retinrent maintes fois les plus puissants qui tenaient la cruche.
Verse 41
एतस्मिन्नन्तरे विष्णु: सर्वोपायविदीश्वर: । योषिद्रूपमनिर्देश्यं दधार परमाद्भुतम् ॥ ४१ ॥ प्रेक्षणीयोत्पलश्यामं सर्वावयवसुन्दरम् । समानकर्णाभरणं सुकपोलोन्नसाननम् ॥ ४२ ॥ नवयौवननिर्वृत्तस्तनभारकृशोदरम् । मुखामोदानुरक्तालिझङ्कारोद्विग्नलोचनम् ॥ ४३ ॥ बिभ्रत् सुकेशभारेण मालामुत्फुल्लमल्लिकाम् । सुग्रीवकण्ठाभरणं सुभुजाङ्गदभूषितम् ॥ ४४ ॥ विरजाम्बरसंवीतनितम्बद्वीपशोभया । काञ्च्या प्रविलसद्वल्गुचलच्चरणनूपुरम् ॥ ४५ ॥ सव्रीडस्मितविक्षिप्तभ्रूविलासावलोकनै: । दैत्ययूथपचेत:सु काममुद्दीपयन् मुहु: ॥ ४६ ॥
Alors, Viṣṇu, le Seigneur qui connaît tous les moyens, prit une forme féminine suprêmement merveilleuse et indicible. Cette Mohinī était digne d’être contemplée : son teint rappelait le lotus noir tout juste éclos, chacun de ses membres était harmonieusement beau ; ses oreilles portaient des boucles assorties, ses joues étaient gracieuses, son nez relevé, et son visage rayonnait de jeunesse.
Verse 42
एतस्मिन्नन्तरे विष्णु: सर्वोपायविदीश्वर: । योषिद्रूपमनिर्देश्यं दधार परमाद्भुतम् ॥ ४१ ॥ प्रेक्षणीयोत्पलश्यामं सर्वावयवसुन्दरम् । समानकर्णाभरणं सुकपोलोन्नसाननम् ॥ ४२ ॥ नवयौवननिर्वृत्तस्तनभारकृशोदरम् । मुखामोदानुरक्तालिझङ्कारोद्विग्नलोचनम् ॥ ४३ ॥ बिभ्रत् सुकेशभारेण मालामुत्फुल्लमल्लिकाम् । सुग्रीवकण्ठाभरणं सुभुजाङ्गदभूषितम् ॥ ४४ ॥ विरजाम्बरसंवीतनितम्बद्वीपशोभया । काञ्च्या प्रविलसद्वल्गुचलच्चरणनूपुरम् ॥ ४५ ॥ सव्रीडस्मितविक्षिप्तभ्रूविलासावलोकनै: । दैत्ययूथपचेत:सु काममुद्दीपयन् मुहु: ॥ ४६ ॥
La plénitude de sa poitrine, épanouie dans la fraîcheur de la jeunesse, faisait paraître sa taille très fine. Attirés par le parfum de son visage et de son corps, des bourdons bourdonnaient autour d’elle, rendant son regard mobile et agité.
Verse 43
एतस्मिन्नन्तरे विष्णु: सर्वोपायविदीश्वर: । योषिद्रूपमनिर्देश्यं दधार परमाद्भुतम् ॥ ४१ ॥ प्रेक्षणीयोत्पलश्यामं सर्वावयवसुन्दरम् । समानकर्णाभरणं सुकपोलोन्नसाननम् ॥ ४२ ॥ नवयौवननिर्वृत्तस्तनभारकृशोदरम् । मुखामोदानुरक्तालिझङ्कारोद्विग्नलोचनम् ॥ ४३ ॥ बिभ्रत् सुकेशभारेण मालामुत्फुल्लमल्लिकाम् । सुग्रीवकण्ठाभरणं सुभुजाङ्गदभूषितम् ॥ ४४ ॥ विरजाम्बरसंवीतनितम्बद्वीपशोभया । काञ्च्या प्रविलसद्वल्गुचलच्चरणनूपुरम् ॥ ४५ ॥ सव्रीडस्मितविक्षिप्तभ्रूविलासावलोकनै: । दैत्ययूथपचेत:सु काममुद्दीपयन् मुहु: ॥ ४६ ॥
Elle portait, dans sa magnifique chevelure, une guirlande de fleurs de mallikā épanouies ; son cou bien dessiné était orné d’un collier et de joyaux, et ses bras brillaient de bracelets. Drapée d’un sari immaculé, ses hanches semblaient des îles dans un océan de beauté ; la ceinture et les grelots de ses chevilles, au rythme de ses pas, la faisaient resplendir davantage. Par son sourire empreint de pudeur, le jeu de ses sourcils et ses regards obliques, elle attisait sans cesse le désir dans le cœur des chefs asura.
Verse 44
एतस्मिन्नन्तरे विष्णु: सर्वोपायविदीश्वर: । योषिद्रूपमनिर्देश्यं दधार परमाद्भुतम् ॥ ४१ ॥ प्रेक्षणीयोत्पलश्यामं सर्वावयवसुन्दरम् । समानकर्णाभरणं सुकपोलोन्नसाननम् ॥ ४२ ॥ नवयौवननिर्वृत्तस्तनभारकृशोदरम् । मुखामोदानुरक्तालिझङ्कारोद्विग्नलोचनम् ॥ ४३ ॥ बिभ्रत् सुकेशभारेण मालामुत्फुल्लमल्लिकाम् । सुग्रीवकण्ठाभरणं सुभुजाङ्गदभूषितम् ॥ ४४ ॥ विरजाम्बरसंवीतनितम्बद्वीपशोभया । काञ्च्या प्रविलसद्वल्गुचलच्चरणनूपुरम् ॥ ४५ ॥ सव्रीडस्मितविक्षिप्तभ्रूविलासावलोकनै: । दैत्ययूथपचेत:सु काममुद्दीपयन् मुहु: ॥ ४६ ॥
Sa chevelure extrêmement belle était ornée d'une guirlande de fleurs mallikā. Son cou gracieux portait un collier et ses bras étaient parés de bracelets.
Verse 45
एतस्मिन्नन्तरे विष्णु: सर्वोपायविदीश्वर: । योषिद्रूपमनिर्देश्यं दधार परमाद्भुतम् ॥ ४१ ॥ प्रेक्षणीयोत्पलश्यामं सर्वावयवसुन्दरम् । समानकर्णाभरणं सुकपोलोन्नसाननम् ॥ ४२ ॥ नवयौवननिर्वृत्तस्तनभारकृशोदरम् । मुखामोदानुरक्तालिझङ्कारोद्विग्नलोचनम् ॥ ४३ ॥ बिभ्रत् सुकेशभारेण मालामुत्फुल्लमल्लिकाम् । सुग्रीवकण्ठाभरणं सुभुजाङ्गदभूषितम् ॥ ४४ ॥ विरजाम्बरसंवीतनितम्बद्वीपशोभया । काञ्च्या प्रविलसद्वल्गुचलच्चरणनूपुरम् ॥ ४५ ॥ सव्रीडस्मितविक्षिप्तभ्रूविलासावलोकनै: । दैत्ययूथपचेत:सु काममुद्दीपयन् मुहु: ॥ ४६ ॥
Son corps était drapé d'un sari immaculé et ses hanches ressemblaient à des îles dans un océan de beauté. Ses chevilles étaient ornées de clochettes.
Verse 46
एतस्मिन्नन्तरे विष्णु: सर्वोपायविदीश्वर: । योषिद्रूपमनिर्देश्यं दधार परमाद्भुतम् ॥ ४१ ॥ प्रेक्षणीयोत्पलश्यामं सर्वावयवसुन्दरम् । समानकर्णाभरणं सुकपोलोन्नसाननम् ॥ ४२ ॥ नवयौवननिर्वृत्तस्तनभारकृशोदरम् । मुखामोदानुरक्तालिझङ्कारोद्विग्नलोचनम् ॥ ४३ ॥ बिभ्रत् सुकेशभारेण मालामुत्फुल्लमल्लिकाम् । सुग्रीवकण्ठाभरणं सुभुजाङ्गदभूषितम् ॥ ४४ ॥ विरजाम्बरसंवीतनितम्बद्वीपशोभया । काञ्च्या प्रविलसद्वल्गुचलच्चरणनूपुरम् ॥ ४५ ॥ सव्रीडस्मितविक्षिप्तभ्रूविलासावलोकनै: । दैत्ययूथपचेत:सु काममुद्दीपयन् मुहु: ॥ ४६ ॥
Par le mouvement de Ses sourcils, Son sourire timide et Ses regards vers les démons, Elle éveilla maintes et maintes fois le désir dans le cœur des chefs asuras.
Lakṣmī’s deliberation highlights a Bhāgavata criterion: conditioned greatness is mixed with faults under the guṇas. Austerity may coexist with anger, knowledge with desire, power with subjection to kāla, and even longevity with inauspicious conduct. Since none are fully independent or completely pure, she chooses Mukunda, who is svatantra (independent), nirguṇa (transcendent to material modes), and the reservoir of all auspicious qualities.
The chapter depicts a universal consecration: sacred rivers bring waters, earth brings herbs, cows provide pañca-gavya, seasons provide auspicious produce, sages conduct rites, and celestial musicians chant Vedic mantras. Theologically it signifies that śrī (prosperity and auspicious order) is not random wealth but a sanctified, dharma-aligned potency that naturally rests on Viṣṇu’s chest and blesses administrators (devas) who serve cosmic order.
Dhanvantari is a plenary expansion (aṁśa) connected to Viṣṇu who appears carrying the amṛta-kumbha and is expert in bhaiṣajya-vidyā (medicine/Ayurveda). His emergence teaches that healing and longevity are ultimately divine endowments within yajña and cosmic administration; it also becomes the narrative pivot for the conflict over nectar.
Their quarrel arises from possessiveness and entitlement: after seizing the nectar by force, they cannot establish a stable principle of distribution. This internal fracture is precisely what Hari anticipates; it sets the stage for Mohinī-mūrti, through whom Viṣṇu uses yogamāyā to protect the devas and restore dharmic allocation.
Vāruṇī is a goddess associated with intoxicants and the governance of drunkards. The demons’ taking her, with the Lord’s permission, reflects their attraction to sense-enjoyment and diversion, contrasting with the devas’ focus on sacrificial order and foreshadowing how asuric impulses make them vulnerable to delusion when Mohinī appears.