Adhyaya 86
Vastu-Pratishtha & Isana-kalpaAdhyaya 8621 Verses

Adhyaya 86

Vidyā-viśodhana-vidhāna (Procedure for Purifying Mantra-Vidyā)

Le Seigneur Agni (Īśvara) ouvre ce chapitre en passant de la purification du kalaśa de consécration à la purification de la mantra-vidyā dans le cadre de la Nirvāṇa-dīkṣā. Il expose un sandhāna (jonction rituelle) au moyen de marqueurs bīja précis et énumère une septade de tattva—rāga, śuddhavidyā, niyati avec kalā, kāla, māyā et avidyā—ancrant le rite dans une cartographie métaphysique plutôt que dans la seule technique. Le texte présente ensuite des séries de lettres et le décompte des padāni (termes sacrés) commençant par le praṇava, suivis de variantes manuscrites qui conservent plusieurs lignées de récitation. Agni décrit alors une cosmologie de Rudra : Vāmadeva comme premier Rudra, puis une suite de noms aboutissant au nombre de vingt-cinq. La technologie rituelle s’intensifie : deux bīja, les nāḍī et les vāyu sont nommés, et les objets des sens/guṇa sont brièvement reliés à la perception. Le pratiquant accomplit tāḍana (frapper), chedana (trancher), praveśa (insérer), yojana (fixer) et ākarṣaṇa-grahaṇa (attirer et saisir) depuis la région du cœur ; il dépose la kalā dans le kuṇḍa, invoque Rudra comme kāraṇa et installe rituellement la présence dans l’initié (l’enfant). Le chapitre se conclut par un homa expiatoire (100 oblations), le culte de Rudrāṇī, l’installation de la conscience dans le pāśa-sūtra, une pūrṇāhuti, et la règle que la purification de la vidyā se fait avec son propre bīja, achevant la vidyā-śodhana.

Shlokas

Verse 1

इत्य् आदिमहापुराणे आग्नेये निर्वाणदीक्षायां प्रतिष्ठाकलाशोधनं नाम पञ्चाशीतितमो ऽध्यायः अथ षडशीतितमो ऽध्यायः विद्याविशोधनविधानं ईश्वर उवाच सन्धानमथ विद्यायाः प्राचीनकलया सह कुर्वीत पूर्ववत् कृत्वा तत्त्वं वर्णय तद्यथा

Ainsi, dans l’Agni Purāṇa, au sein de la section de la Nirvāṇa-dīkṣā, s’achève le quatre-vingt-cinquième chapitre, intitulé « Purification du kalaśa (vase) de consécration pour la pratiṣṭhā (installation) ». Commence maintenant le quatre-vingt-sixième chapitre : « Procédure de purification de la (mantra-)Vidyā ». Le Seigneur dit : « Ensuite, qu’on accomplisse le sandhāna, la connexion de la Vidyā avec l’ancienne Kalā, comme auparavant. Cela fait, expose son principe véritable (tattva), à savoir comme suit. »

Verse 2

ॐ हों क्षीमिति सन्धानं राग्श् च शुद्धविद्या च नियतिः कलया सह कालो मया तथाविद्या तत्त्वानामिति सप्तकं

« Oṃ, hoṃ, kṣīm » : tels sont les désignateurs mantriques du principe de connexion (sandhāna). Viennent aussi Rāga et Śuddhavidyā ; Niyati avec Kalā ; Kāla ; Māyā ; et de même Avidyā : tel est l’ensemble des sept tattva (principes).

Verse 3

रलवाः शषसाः वर्णाः षड् विद्यायां प्रकीर्तिताः पदानि प्रणवादीनि एकविंशतिसङ्ख्यया

Dans le système des six vidyā (ṣaḍ-vidyā), sont proclamées les lettres commençant par ra, la, va ainsi que celles du groupe śa–ṣa–sa. Et les termes sacrés (padāni) commençant par le praṇava (Oṃ) sont dits au nombre de vingt et un.

Verse 4

पूर्ववत् धृत्वेति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः इं शिवाय इति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः वचोगुह्याय इति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः सद्योजाताय मूर्तये इति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः अथ निधाय सर्वाधिपतय इति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः ॐ रुद्राणां भुवनानाञ्च स्वरूपमथ कश्यपे प्रथमो वामदेवः स्यात्ततः सर्वभवोद्भवः

«Comme auparavant, après l’avoir placé»—ainsi lit le manuscrit marqué; «(dire) iṃ śivāya»—ainsi lit le manuscrit marqué; «(dire) vaco-guhyāya»—ainsi lit le manuscrit marqué; «(dire) sadyojātāya mūrtaye»—ainsi lit le manuscrit marqué; et «puis, après l’avoir déposé, (dire) sarvādhipataye»—ainsi lit le manuscrit marqué. Maintenant, ô Kaśyapa, je vais énoncer la forme véritable des Rudra et des mondes: le premier est Vāmadeva; de lui procède l’origine de toute existence.

Verse 5

वज्रदेहः प्रभुर्धाता क्रविक्रमसुप्रभाः वटुः प्रशान्तनामा च परमाक्षरसञ्ज्ञकः

Il a un corps adamantin, tel le vajra; il est le Seigneur; il est Dhātṛ, Soutien et Créateur; celui dont la démarche est farouche et la splendeur éclatante; le jeune dieu (Vaṭu); celui nommé «Praśānta» (Parfaitement Paisible); et celui que désigne le Paramākṣara, la Syllabe suprême et impérissable.

Verse 6

शिवश् च सशिवो बभ्रुरक्षयः शम्भुरेव च अदृष्टरूपनामानौ तथान्यो रूपवर्धनः

Et (il est) «Śiva»; «Saśiva»; «Babhru»; «Akṣaya» (l’Imperissable); et, certes, «Śambhu». (Il est) celui dont la forme et le nom sont invisibles (Adṛṣṭarūpa-nāmā); et aussi l’autre (nom): «Rūpavardhana», «celui qui accroît la forme/la splendeur».

Verse 7

मनोन्मनो महावीर्यश्चित्राङ्गस्तदनन्तरं कल्याण इति विज्ञेयाः पञ्चविंशतिसङ्ख्यया

«Manonmana», «Mahāvīrya», «Citrāṅga», puis «Kalyāṇa»—tels sont les (noms) à connaître, achevant le décompte jusqu’au vingt-cinquième.

Verse 8

मन्त्रो घोरामरौ वीजे नाड्यौ द्वे तत्र ते यथा पूषा च हस्तिजिह्वा च व्याननागौ प्रभञ्जनौ

Dans ce (système), le mantra possède deux syllabes-semences (bīja), «ghora» et «amara»; et il s’y trouve deux nāḍī, à savoir «Pūṣā» et «Hastijihvā»; de même (s’y trouvent les vāyu) «Vyāna», «Nāga» et «Prabhañjana».

Verse 9

विषयो रूपमेवैकमिन्द्रिये पादचक्षुषी शब्दः स्पर्शश् च रूपञ्च त्रय एते गुणाः स्मृताः

La forme seule est l’objet des deux organes des sens—le pied et l’œil. Son, toucher et forme : ces trois-là sont rappelés comme les qualités (guṇa) saisies par les sens.

Verse 10

अवस्थात्र षुप्तिश् च रुद्रो देवस्तु कारणं विद्यामध्यगतं सर्वं भावयेद्भवनादिकं

Même dans l’état nommé « sommeil », Rudra—le Divin—est le principe causal (kāraṇa). Il faut contempler que tout, demeurant au sein de la Vidyā (connaissance), doit être réalisé comme le monde manifesté, à commencer par le corps et le reste.

Verse 11

ताडनं छेदनं तत्र प्रवेशञ्चापि योजनं आकृष्य ग्रहणं कुर्याद्विद्यया हृत्प्रदेशतः

Là, au moyen de la Vidyā, on doit accomplir le frapper et le trancher ; ainsi que l’insertion et la fixation. Puis, après avoir attiré (la cible) vers soi, on doit la saisir—en dirigeant l’opération depuis la région du cœur.

Verse 12

आत्मन्यारोप्य सङ्गृह्य कलां कुण्डे निवेशयेत् रुद्रं कारणमावाह्य विज्ञाप्य च शिशुं प्रति

D’abord, l’ayant superposé à soi-même et ayant recueilli la kalā (élément rituel), on doit la déposer dans le kuṇḍa, la fosse du feu. Ensuite, après avoir invoqué Rudra comme principe causal (kāraṇa), on doit faire la déclaration/l’instruction rituelle adressée à l’enfant (śiśu).

Verse 13

पित्रोरावहनं कृत्वा हृदये ताडयेच्छिशुं प्रविश्य पूर्वमन्त्रेण तदात्मनि नियोजयेत्

Après avoir accompli l’invocation des deux parents (père et mère), on doit frapper/taper l’enfant dans la région du cœur. Puis, en entrant (c’est-à-dire en s’identifiant rituellement à la présence invoquée) au moyen du mantra précédent, on doit installer cela dans le Soi même de l’enfant.

Verse 14

आकृष्यादाय पूर्वोक्तविधिनाअत्मनि योजयेत् वामया योजयेत् योनौ गृहीत्वा द्वादशान्ततः

L’ayant attiré et saisi, on doit l’unir (le placer) en soi-même selon la procédure exposée auparavant. Par le côté gauche (main/nāḍī), on l’appliquera à la yoni (source/siège), après avoir saisi le courant depuis le dvādaśānta, le point terminal des « douze doigts » au-dessus du sommet du crâne.

Verse 15

बुद्ध इति घ, ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः आवाहनं कुर्यादिति ग, घ, चिह्नितपुस्तकपाठः कुर्वीत देहसम्पत्तिं जन्माधिकारमेव च भोगं लयन्तथा श्रोतःशुद्धितत्त्वविशोधनं

Ici, les leçons des manuscrits marqués divergent : certains lisent « buddha », tandis que d’autres lisent « il faut accomplir l’invocation (āvāhana) ». Dans ce rite, on doit produire la bonne constitution du corps, confirmer l’aptitude légitime par la naissance, obtenir la jouissance (bhoga) et aussi la dissolution (laya), ainsi que la purification des canaux (śrotas) et l’épuration des principes (tattva).

Verse 16

निःशेषमलकर्मादिपाशबन्धनिवृत्तये निष्कृत्यैव विधानेन यजेत शतमाहुतीः

Pour la cessation complète de l’asservissement sous forme de liens — tels les entraves des actes impurs et autres — on doit accomplir le rite expiatoire (niṣkṛti) selon la règle prescrite et offrir cent oblations (āhuti) dans le feu.

Verse 17

अस्त्रेण पाशशैथिल्यं मलशक्तिं तिरोहितां छेदनं मर्दनं तेषां वर्तुलीकरणं तथा

Par l’astra (arme-mantra), on provoque le relâchement des liens ; on rend inopérante et comme voilée la puissance souillante de l’ennemi ; et l’on opère aussi leur section, leur écrasement et leur mise en rotation circulaire (désorientation).

Verse 18

दाहं तदक्षराभावं प्रायश्चित्तमथोदितं रुद्राण्यावाहनं पूजा रूपगन्धसमर्पणं

Ensuite est prescrit le rite expiatoire : accomplir un dāha (brûlement/homa) en pénitence pour cette omission de syllabes ; puis l’invocation (āvāhana) de Rudrāṇī, son culte, et l’offrande de la forme (image/manifestation) et du parfum.

Verse 19

ॐ ह्रीं रूपगन्धौ शुल्कं रुद्र गृहाण स्वाहा संश्राव्य शाम्भवीमाज्ञां रुद्रं विसृज्य कारणं विधायात्मनि चैतन्यं पाशसूत्रे निवेशयेत्

« Oṃ, Hrīṃ—(j’offre) la forme et le parfum comme rétribution; ô Rudra, accepte; svāhā. » Ayant ainsi proclamé l’injonction de Śāmbhavī, on congédie Rudra, on établit en soi le principe causal (kāraṇa), puis on installe la conscience (caitanya) dans le pāśa-sūtra (cordon rituel/fil du nœud).

Verse 20

विन्दुं शिरसि विन्यस्य विसृजेत् पितरौ ततः दद्यात् पूर्णां विधानेन समस्तविधिपूरणीं

Après avoir placé le bindu (la « goutte » rituelle) sur la tête, il doit ensuite congédier les deux Pères (esprits ancestraux). Puis, selon la procédure prescrite, il offrira la pūrṇā, l’oblation finale et parfaite qui accomplit l’ensemble des rites.

Verse 21

पूर्वोक्तविधिना कार्यं विद्यायां ताडनादिकं स्ववीजन्तु विशेषः स्यादिति विद्या विशोधिता

Selon la méthode énoncée plus haut, à l’égard de la vidyā (mantra) on accomplira des actes tels que le tāḍana (frappe rituelle) et autres; toutefois, la particularité est qu’ils se font avec son propre bīja (syllabe-semence). Ainsi la vidyā est purifiée.

Frequently Asked Questions

The chapter emphasizes vidyā-śodhana as a precise ritual-technology: sandhāna with bīja-markers, tattva-enumeration, heart-centered operations (tāḍana/chedana/praveśa/yojana/ākarṣaṇa/grahaṇa), kuṇḍa deposition, and a structured expiation (100 oblations) culminating in pūrṇāhuti and caitanya installation into the pāśa-sūtra.

By treating mantra as a living vidyā requiring purification, the chapter links ritual correctness to inner transformation: loosening pāśa-bonds, cleansing mala-based impediments, aligning tattvas, and establishing consciousness (caitanya) in a controlled rite—so technical mastery becomes a vehicle for dharmic eligibility (adhikāra) and movement toward liberation-oriented discipline.