
Chapter 76 — चण्डपूजाकथनम् (Narration of the Worship of Caṇḍa/Caṇḍeśa)
Ce chapitre décrit une séquence rituelle conforme à l’Īśāna-kalpa, dans le cadre śivaïte āgamique, centrée sur le culte de Caṇḍa/Caṇḍeśa. Après s’être approché de Śiva, l’officiant accomplit la pūjā et le homa, en demandant que le mérite du rite soit agréé. Le texte met l’accent sur l’offrande d’arghya avec la mudrā udbhava et une structure de mantra où le hṛd-bīja précède le mantra racine; viennent ensuite louange, prosternation, puis un arghya particulier offert en se détournant, accompagné d’une demande explicite de pardon—marque d’humilité rituelle et d’aveu des fautes. Suivent des opérations internes de yoga-rituel : retrait des énergies intérieures au moyen de l’astra-mantra avec la Nārāca-mudrā, se terminant par phaṭ, puis consécration/empowerment du liṅga par le mūrti-mantra. Le culte de Caṇḍa se poursuit par l’invocation, des mantras de type aṅga/nyāsa (cœur, tête, śikhā, kavaca, astra) et un dhyāna décrivant son iconographie : origine Rudra–Agni, teint sombre, trident et ṭaṅka, chapelet et kamaṇḍalu. Le chapitre consigne des variantes manuscrites de lectures importantes, prescrit une proportion de japa (les aṅga au dixième), restreint certains dons matériels et, sur ordre de Śiva, réoriente les offrandes vers le nirmālya et les restes de nourriture. Il s’achève par un rite de saṃhāra (dissolution) avec saṃhāra-mudrā et mantra, la purification du lieu de dépôt par de l’eau mêlée de bouse de vache, l’élimination des restes, l’ācamana et la poursuite des rites restants.
Verse 1
हः गणेभ्य उ इति ग, चिह्नितपुस्तकपाठः हां ऋपिभ्य इति ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः वायव्यामिति ग, चिह्नितपुस्तकपाठः नैरृत इति ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः अथ षट्सप्ततितमो ऽध्यायः चण्दपूजाकथनं ईश्वर उवाच ततः शिवान्तिकङ्गत्वा पूजाहोमादिकं मम गृहाण भगवन् पुण्यफलमित्यभिधाय च
« Haḥ — “aux Gaṇa” », dit une leçon manuscrite marquée ; « Hāṃ — “aux Ṛṣi” », dit une autre leçon marquée ; « dans la direction du nord-ouest (vāyavya) », dit une leçon ; « dans la direction du sud-ouest (nairṛta) », dit une autre. Commence maintenant le soixante-seizième chapitre : l’exposé du culte de Caṇḍa. Le Seigneur dit : « Ensuite, s’étant approché de Śiva et ayant accompli l’adoration, les oblations (homa) et le reste, dis : “Ô Bhagavān, reçois ces actes d’adoration et ces offrandes au feu comme fruit méritoire”, » et ayant ainsi parlé…
Verse 2
अर्घ्योदकेन देवाय मुद्रयोद्भवसञ्ज्ञया हृद्वीजपूर्वमूलेन स्थिरचित्तो निवेदयेत्
Avec l’eau d’arghya, on doit présenter l’offrande à la divinité, en employant la mudrā appelée « mudrā-udbhava », et en récitant le mantra racine précédé de la semence du cœur (hṛd-bīja), l’esprit demeurant stable.
Verse 3
ततः पूर्ववदभ्यर्च्य स्तुत्वा स्तोत्रैः प्रणम्य च अर्घ्यं पराङ्मुखं दत्वा क्षमस्वेत्यभिधाय च
Ensuite, après avoir adoré comme auparavant, loué par des hymnes et s’être prosterné, on doit offrir l’arghya en détournant le visage, et dire : « Pardonne-moi ».
Verse 4
नाराचमुद्रयास्त्रेण फडन्तेनात्मसञ्चयं संहृत्य दिव्यया लिङ्गं मूर्तिमन्त्रेण योजयेत्
Après avoir résorbé en soi l’amas des énergies vitales/intérieures au moyen de l’astra-mantra accompagné de la Nārāca-mudrā et terminé par la syllabe « phaṭ », on doit ensuite unir (consacrer/fortifier) le liṅga par le mūrti-mantra divin.
Verse 5
स्थण्डिले त्वर्चिते देवे मन्त्रसङ्घातमात्मनि नियोज्य विधिनोक्तेन विदध्याच्चण्डपूजनं
Lorsque la divinité a été honorée sur le sthāṇḍila (le sol rituel préparé), on doit, en soi-même, appliquer/implanter l’ensemble rassemblé des mantras ; puis, selon la procédure prescrite, accomplir le culte de Caṇḍa (la forme farouche de la Déesse).
Verse 6
ॐ चण्डेशानाय नमो मध्यतश् चण्डमूर्तये ॐ धूलिचण्डेश्वराय हूं फट् स्वाहा तमाह्णयेत्
«Om—hommage à Caṇḍeśāna ; (qu’on le place/le récite) au centre pour Caṇḍamūrti. Om—à Dhūli-Caṇḍeśvara : hūṃ, phaṭ, svāhā.» Ainsi doit-on l’invoquer.
Verse 7
चण्डहृदयाय हूं फट् ॐ चण्डशिरसे तथा ॐ चण्डशिखायै हूं फट् चण्डायुः कवचाय च
«hūṃ phaṭ» pour le cœur de Caṇḍa ; de même «oṃ» pour la tête de Caṇḍa ; et «oṃ hūṃ phaṭ» pour la śikhā (le chignon sommital) de Caṇḍa ; et (qu’on récite) le kavaca-mantra pour l’āyuḥ, la force vitale de Caṇḍa.
Verse 8
चण्डस्त्राय तथा हूं फट् चण्डं रुद्राग्निजं स्मरेत् शूलटङ्कधरं कृष्णं साक्षसूत्रकण्डलुं
Qu’on emploie le mantra : «(hommage) à Caṇḍāstra—hūṃ phaṭ», et qu’on médite sur Caṇḍa, né de Rudra et d’Agni : de teint sombre, portant le trident et le tanka (hache/pic), et tenant un rosaire et un kamaṇḍalu (vase d’eau).
Verse 9
टङ्काकरे ऽर्धचन्द्रे वा चतुर्वक्त्रं प्रपूजयेत् लिचण्डेश्वराय इति ग, चिह्नितपुस्तकपाठः क्रूं फडिति ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः हूं चण्डशिरसे स्वाहेति ग, चिह्नितपुस्तकपाठः हूं फट् चण्दत इति ग, घ, चिह्नितपुस्तकद्वयपाठः टङ्कारेणार्धचन्द्रे इति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः यथाशक्ति जपं कुर्यादङ्गानान्तु दशांशतः
On doit vénérer comme il se doit la divinité aux Quatre Visages, soit sous la forme du ṭaṅka (ciseau/hache), soit sous la forme du demi-lune. (Dans certaines recensions, les lectures du mantra sont :) « (hommage) à Caṇḍeśvara » ; ou « krūṃ phaḍ » ; ou « hūṃ—à Caṇḍaśiras—svāhā » ; ou « hūṃ phaṭ—(à) Caṇḍa… ». Ensuite, on accomplira le japa selon sa capacité ; et pour les mantras des “membres” (aṅga-mantra), le nombre sera le dixième du japa principal.
Verse 10
गोभूहिरण्यवस्त्रादिमणिहेमादिभूषणं विहाय शेसनिर्माल्यं चण्डेशाय निवेदयेत्
En mettant de côté (c’est-à-dire sans les lui offrir) des dons tels que bétail, terres, or, vêtements, gemmes et parures d’or, on présentera plutôt à Caṇḍeśa le nirmālya restant, c’est-à-dire les guirlandes sacrées et les restes de l’adoration.
Verse 11
लेह्यचोष्याद्यनुवरं ताम्बूलं स्रग्विलेपनं निर्माल्यं भोजनं तुभ्यं प्रदत्तन्तु शिवाज्ञया
Les aliments à lécher et à sucer, et les autres (mets), avec l’offrande subséquente (anuvara), le tāmbūla (bétel), les guirlandes et les onguents, le nirmālya (reste consacré) et la nourriture — tout cela t’est donné sur l’ordre de Śiva.
Verse 12
सर्वमेतत् क्रियाकाण्डं मया चण्ड तवाज्ञया न्यूनाधिकं कृतं मोहात् परिपूर्णं सदास्तु मे
Ô Caṇḍa, sur ton ordre j’ai accompli tout cet ensemble de rites ; si, par égarement, il y a eu quelque manque ou quelque excès, qu’il devienne pour moi toujours pleinement accompli.
Verse 13
इति विज्ञाप्य देवेशं दत्वार्घ्यं तस्य संस्मरन् संहारमूर्तिमन्त्रेण शनैः संहारमुद्रया
Ainsi, après avoir fait sa requête au Seigneur des dieux et lui avoir offert l’arghya (offrande rituelle d’eau), en se souvenant de lui, on doit alors—lentement—accomplir le rite de dissolution (saṃhāra) au moyen du mantra de la Forme de Saṃhāra, conjointement avec la saṃhāra-mudrā (geste de dissolution).
Verse 14
पूरकान्वितमूलेन मन्त्रानात्मनि योजयेत् निर्माल्यापनयस्थानं लिम्पेद्गोमयवारिणा प्रोक्ष्यार्घ्यादि विसृज्याथ आचान्तो ऽन्यत्समाचरेत्
Avec le mantra-racine (root-mantra) accompagné de l’inspiration (pūraka), on doit intérioriser et appliquer les mantras en soi-même. Le lieu où l’on enlève les nirmālya (restes d’offrandes) doit être enduit d’eau mêlée de bouse de vache ; après l’avoir aspergé puis avoir rejeté l’arghya et les autres résidus d’offrande, ayant accompli l’ācamana, on doit poursuivre les rites restants.
Precise mantra–mudrā coordination (udbhava for arghya; Nārāca with astra-mantra ending in phaṭ; saṃhāra-mudrā for dissolution), proportional japa rules (aṅga-mantras at one-tenth), and explicit nirmālya handling/purification protocols—along with recorded pāṭhabheda (manuscript variants) for mantra readings.
By framing ritual exactness, humility (explicit kṣamā/forgiveness), internalization of mantras (antar-nyāsa), and controlled dissolution (saṃhāra) as disciplines that purify agency and align the practitioner’s body–speech–mind with Śaiva order, supporting both ritual efficacy and inner steadiness.