Adhyaya 111
Bhuvanakosha & Tirtha-mahatmyaAdhyaya 11114 Verses

Adhyaya 111

प्रयागमाहात्म्यम् (The Greatness of Prayāga)

Agni ouvre le Prayāga-māhātmya en proclamant Prayāga comme le tīrtha suprême, accordant à la fois bhukti et mukti, et comme lieu de rencontre des dieux (Brahmā, Viṣṇu et d’autres) et des ṛṣi. La sainteté est exposée par des supports rituels concrets : l’argile de la rive de la Gaṅgā, portée ou appliquée, détruit le péché comme le Soleil dissipe les ténèbres, reliant la pratique corporelle à la purification intérieure. Prayāga est ensuite décrit par une anatomie sacrée et une cosmographie : l’intervalle Gaṅgā–Yamunā est le « jaghana » de la Terre, et Prayāga son upastha intérieur, faisant de la géographie un corps théologique. Un réseau de tīrtha secondaires (Pratiṣṭhāna, Kambalā, Aśvatara, Bhogavatī) est identifié comme l’autel de Prajāpati ; les Veda et les yajña y sont dits « incarnés », si bien que la simple récitation du nom procure du mérite. Au saṅgama, dāna, śrāddha et japa deviennent impérissables ; le texte note aussi la résolution inébranlable de ceux qui recherchent la mort à Prayāga. Enfin, il énumère des sites éminents (Haṃsa-prapatana, Koṭitīrtha, Aśvamedha-tīrtha, Mānasatīrtha, Vāsaraka) et souligne la puissance du mois de Māgha ainsi que la rare triade des lieux suprêmes de la Gaṅgā : Gaṅgādvāra, Prayāga et Gaṅgā-sāgara.

Shlokas

Verse 1

इत्य् आग्नेये महापुराणे गङ्गामाहात्म्यं नाम दशाधिकशततमो ऽध्यायः अथ एकादशाधिकशततमो ऽध्यायः प्रयागमाहात्म्यं अग्निर् उवाच वक्ष्ये प्रयागमाहात्म्यं भुक्तिमुक्तिप्रदं परं प्रयागे ब्रह्मविष्ण्वाद्या देव मुनिवराः स्थिताः

Ainsi, dans l’Agni Mahāpurāṇa, le chapitre intitulé « La grandeur de la Gaṅgā » est le cent dixième. Commence maintenant le cent onzième chapitre, « La grandeur de Prayāga ». Agni dit : « Je vais exposer la grandeur suprême de Prayāga, qui confère à la fois la jouissance mondaine et la délivrance. À Prayāga demeurent Brahmā, Viṣṇu et les autres dieux, ainsi que les sages les plus éminents. »

Verse 2

च गङ्गातीरसमुद्भूतमृद्धारो सो ऽघहार्कवदिति ख , ग , झ च गङ्गातीरसमुद्भूतमृदं मूर्धा विभर्ति यः विभर्ति रूपं सोर्कस्य तमोनाशाय केवलमिति ङ भक्तिमुक्तिफलप्रदमिति ग भुक्तिमुक्तिप्रदायकमिति झ सरितः सागराः सिद्धा गन्धर्वसराप्सस् तथा तत्र त्रीण्यग्निकुण्डानि तेषां मध्ये तु जाह्नवी

Celui qui porte sur lui de la terre/argile née de la rive de la Gaṅgā devient, tel le Soleil, un effaceur de péché. Celui qui place sur sa tête la terre issue de la berge de la Gaṅgā porte le rayonnement même du Soleil, uniquement pour détruire les ténèbres (ignorance et souillure). Elle accorde le fruit de la bhakti et la délivrance; elle confère aussi la jouissance mondaine et la libération. Là, fleuves et océans sont déclarés sanctifiés; de même les Siddha, les Gandharva et les Apsaras. En ce lieu se trouvent trois fosses de feu (agni-kuṇḍa); et parmi elles est la Jāhnavī (Gaṅgā).

Verse 3

वेगेन समतिक्रान्ता सर्वतीर्थतिरस्कृता तपनस्य सुता तत्र त्रिषु लोकेषु विश्रुता

D’un élan rapide, elle dépasse tout et éclipse chaque tīrtha; là se trouve la célèbre fille de Tapana, renommée dans les trois mondes.

Verse 4

गङ्गायमुनयोर्मध्यं पृथिव्या जघनं स्मृतं प्रयागं जघनस्यान्तरुपस्थमृषयो विदुः

La région entre la Gaṅgā et la Yamunā est tenue pour les « hanches » (jaghana) de la Terre; et les sages savent que Prayāga est la partie intérieure de ce jaghana, la zone intermédiaire (upastha).

Verse 5

प्रयागं सप्रतिष्ठानम् कम्बलाश्वतरावुभौ तीर्थं भोगवती चैव वेदी प्रोक्ता प्रजापतेः

Prayāga avec Pratiṣṭhāna, les deux tīrtha Kambalā et Aśvatara, ainsi que le tīrtha Bhogavatī : tout cela est proclamé être l’autel (vedī) de Prajāpati.

Verse 6

तत्र वेदाश् च यज्ञाश् च मूर्तिमन्तः प्रयागके स्तवनादस्य तीर्थस्य नामसङ्किर्तनादपि

Là, à Prayāga, les Veda et les rites du yajña sont, pour ainsi dire, rendus corporels. Même en louant ce tīrtha sacré, et même par la simple récitation de son nom, on acquiert un grand mérite.

Verse 7

मृत्तिकालम्भनाद्वापि सर्वपापैः प्रमुच्यते प्रयागे सङ्गते दानं श्राद्धं जप्यादि चाक्षयं

Même en s’enduisant (ou en prenant appui sur) l’argile sacrée, on est délivré de tous les péchés. À Prayāga, au lieu de confluence, les dons (dāna), les offrandes de śrāddha, le japa et autres actes deviennent impérissables quant à leur mérite.

Verse 8

न देववचनाद्विप्र न लोकवचनादपि मतिरुत्क्रमणीयान्ते प्रयागे मरणं प्रति

Ô brāhmane, ni par la parole des dieux ni même par celle des hommes on ne peut faire reculer la résolution, lorsque—au terme de la vie—l’on est décidé à mourir à Prayāga.

Verse 9

दशतीर्थसहस्राणि षष्टिकोट्यस् तथापराः तेषां सान्निध्यमत्रैव प्रयागं परमन्ततः

Dix mille tīrtha sacrés, et de même soixante crores d’autres : de tous ceux-là, leur présence même (confluence des mérites) se trouve ici seule ; c’est pourquoi Prayāga est suprême au sens le plus élevé.

Verse 10

वासुकेर्भोगवत्यत्र हंसप्रपतनं परं गवां कोटिप्रदानाद्यत् त्र्यहं स्नानस्य तत्फलं

Ici, à Bhogavatī de Vāsuki, on célèbre le tīrtha suprême nommé Haṃsa-prapatana (« la Descente du Cygne »). Le fruit d’un bain de trois jours en ce lieu équivaut à celui qui naît des dons, à commencer par l’offrande de dix millions de vaches.

Verse 11

प्रयागे माघमासे तु एवमाहुर्मनीषिणः गङायमुनयोर्मध्ये इति ख सरितः सागरा इत्य् आदिः, उपस्थमृषयो विदुरित्यन्तः पाठो ग पुस्तके नास्ति श्रवणादस्येति ख , ग , घ , ङ , ज च श्राद्धद्रव्यादि चाक्षयमिति घ त्र्यहं स्नातस्येति घ सर्वत्र सुलभा गङ्गा त्रिषु स्थानेषु दुर्लभा

Les sages enseignent ceci : au mois de Māgha, à Prayāga—au confluent de la Gaṅgā et de la Yamunā—la Gaṅgā est aisément accessible partout ; pourtant, sa puissance sanctifiante dans sa plénitude est rare, de façon unique, en trois lieux.

Verse 12

गङाद्वारे प्रयागे च गङ्गासागरसङ्गमे अत्र दानाद्दिवं याति राजेन्द्रो जायते ऽत्र च

À Gaṅgādvāra (Haridvāra), à Prayāga et au lieu où la Gaṅgā rejoint l’océan (Gaṅgā-sāgara), celui qui fait des dons ici va au ciel ; et ici encore, il renaît comme roi parmi les rois.

Verse 13

वटमूले सङ्गमादौ मृतो विष्णुपुरीं व्रजेत् उर्वशीपुलिनं रम्यं तीर्थं सन्ध्यावतस् तथा

Celui qui meurt au pied du banian, au commencement du saint confluent, se rend à la cité de Viṣṇu. De même, la belle berge d’Urvaśī est un tīrtha pour ceux qui sont assidus au culte du crépuscule (sandhyā).

Verse 14

कोटीतीर्थञ्चाश्वमेधं गङ्गायमुनमुत्तमं मानसं रजसा हीनं तीर्थं वासरकं परं

Koṭitīrtha, Aśvamedha(-tīrtha), le confluent suprême de la Gaṅgā et de la Yamunā, Mānasatīrtha exempt de rajas (impureté), ainsi que le transcendant Vāsaraka-tīrtha : tels sont proclamés les gués sacrés éminents.

Frequently Asked Questions

Both: Agni explicitly frames Prayāga as 'bhukti-mukti-prada'—a tīrtha whose rites support worldly welfare while culminating in liberation.

The chapter treats mṛttikā as a portable ritual substance: bearing or applying it is said to remove sin like the Sun destroys darkness, making purification accessible beyond the river itself.

It sacralizes the place as a concentrated locus of revelation and ritual efficacy, where even praise and name-chanting are credited with extraordinary merit.

Gaṅgādvāra (Haridvāra), Prayāga, and Gaṅgā-sāgara (the Gaṅgā’s confluence with the ocean).

By mapping Prayāga onto the Earth’s body (jaghana/upastha metaphor) and listing subsidiary tīrthas as Prajāpati’s altar, it turns terrain into a structured soteriological system.