Adhyaya 109
Bhuvanakosha & Tirtha-mahatmyaAdhyaya 10924 Verses

Adhyaya 109

Chapter 109 — Tīrtha-mahātmya (The Glory of Sacred Pilgrimage Places)

Agni ouvre le chapitre en définissant que le fruit du tīrtha (tīrtha-phala) est inséparable de la maîtrise de soi : mains, pieds et esprit disciplinés, nourriture légère, sens domptés, et refus de recevoir des dons sont donnés comme conditions éthiques rendant le pèlerinage spirituellement efficace. Le texte assimile ensuite le pèlerinage pur et un jeûne de trois nuits (sans se détourner vers d’autres gués) au mérite de tous les sacrifices, présentant la tīrtha-yātrā comme une alternative pratique aux yajñas coûteux, surtout pour ceux qui ne peuvent accomplir de grands rites. Pushkara est exalté comme tīrtha suprême, où la présence divine s’intensifie aux trois sandhyās ; y demeurer, pratiquer le japa et accomplir le śrāddha élèverait les lignées, conférerait un mérite comparable à l’Aśvamedha et mènerait à Brahmaloka. Le chapitre se poursuit comme un catalogue de géographie sacrée : il nomme rivières, confluences, forêts, montagnes et cités renommées (Kurukṣetra, Prayāga, Vārāṇasī, Avanti, Ayodhyā, Naimiṣa, etc.), reliant sans cesse des actes—bain rituel, dāna (notamment le don de nourriture en Kārttika), et souvenir/énonciation—à la purification, au ciel ou à Brahmaloka. Kurukṣetra reçoit une insistance particulière : même sa poussière est salvatrice, et la présence de Sarasvatī ainsi que de divinités liées à Viṣṇu en fait un champ de dharma d’une intensité exceptionnelle.

Shlokas

Verse 1

अथ नवाधिकशततमो ऽध्यायः तीर्थमाहात्म्यं अग्निर् उवाच माहात्म्यं सर्वतीर्थानां वक्ष्ये यद्भक्तिमुक्तिदं यस्य हस्तौ च पादौ च मनश् चैव सुसंयतं

Commence maintenant le cent-neuvième chapitre, sur la gloire des lieux saints de pèlerinage (tīrtha). Agni dit : «J’exposerai la grandeur de tous les tīrtha—ce qui confère la dévotion et la délivrance—pour celui dont les mains et les pieds, et même l’esprit, sont parfaitement maîtrisés.»

Verse 2

विद्या तपश् च कीर्तिश् च स तीर्थफलमश्नुते स्वसंयतमिति घ प्रतिग्राहादुपावृत्तो लघ्वाहारो जितेन्द्रियः

Science, austérité (tapas) et bonne renommée : il obtient le fruit du pèlerinage. (Qu’il soit) maître de lui-même ; qu’il se détourne de l’acceptation des dons, qu’il prenne une nourriture légère et qu’il ait dompté les sens.

Verse 3

निष्पपस्तीर्थयात्री तु सर्वयज्ञफलं लभेत् अनुपोष्य त्रिरात्रीणि तीर्थान्यनभिगम्य च

Le pèlerin exempt de péché obtient un mérite égal à celui de tous les sacrifices (yajña) ; et, en observant un jeûne de trois nuits—sans se rendre à d’autres tīrtha—il obtient ce même fruit.

Verse 4

अदत्वा काञ्चनं गाश् च दरिद्रो नाम जायते तीर्थाभिओगमने तत् स्याद्यद्यज्ञेनाप्यते फलं

Sans donner de l’or et des vaches, on en vient à être appelé «pauvre». Mais en entreprenant le pèlerinage vers les tīrtha, on obtient ce même fruit, celui qu’on acquiert même par un sacrifice (yajña).

Verse 5

पुष्करं परमं तीर्थं सान्निध्यं हि त्रिसन्ध्यकं दशकोटिसहस्राणि तीर्थानां विप्र पुष्करे

Pushkara est le tīrtha suprême. En vérité, aux trois sandhyā quotidiennes (aube, midi, crépuscule) s’y trouve une présence divine particulière. Ô brāhmaṇa, à Pushkara résident (les mérites de) dix crores de milliers de tīrtha.

Verse 6

ब्रह्मा सह सुरैर् आस्ते मुनयः सर्वमिच्छवः देवाः प्राप्ताः सिद्धिमत्र स्नाताः पितृसुरार्चकाः

Brahmā demeure ici avec les dieux; et les sages (muni), désireux de toute réalisation spirituelle, y demeurent aussi. Ici, les dieux atteignent la perfection; et ceux qui s’y baignent, adorateurs des Pitṛ (ancêtres) et des dieux, obtiennent l’accomplissement.

Verse 7

अश्वमेधफलं प्राप्य ब्रह्मलोकं प्रयान्ति ते कार्त्तिक्यामन्नदानाच्च निर्मलो ब्रह्मलोकभाक्

Ayant obtenu un mérite égal à celui du sacrifice Aśvamedha, ils se rendent à Brahmaloka. Et par le don de nourriture au mois de Kārttika, on devient purifié et l’on accède à Brahmaloka.

Verse 8

पुष्करे दुष्करं गन्तुं पुष्करे दुष्करं तपः दुष्करं पुष्करे दानं वस्तुं चैव सुदुष्करं

Aller à Puṣkara est difficile; l’austérité (tapas) à Puṣkara est difficile. La charité à Puṣkara est difficile, et y demeurer est, en vérité, extrêmement difficile.

Verse 9

तत्र वासाज्जपच्छ्राद्धात् कुलानां शतमुद्धरेत् जम्बुमार्गं च तत्रैव तीर्थन्तण्डुलिकाश्रमं

En y résidant—et en accomplissant japa et śrāddha—on élèverait cent lignées. Là même se trouvent le lieu sacré nommé Jambumārga et le tīrtha connu sous le nom de Taṇḍulikāśrama.

Verse 10

कर्णाश्रमं कोटितीर्थं नर्मदा चार्वुदं परं तीर्थञ्चर्मण्वती सिन्धुः सोमनाथः प्रभासकं

Karnāśrama; Koṭitīrtha; la Narmadā; le lieu suprême d’Ārvuda; le tīrtha de la Carmaṇvatī; le Sindhu; Somānātha; et Prabhāsa — tels sont les lieux saints à se remémorer.

Verse 11

सरस्वत्यब्धिसङ्गश् च सागरन्तीर्थमुत्तमं येति ख , ग , छ च अश्वमेधफलं चाप्येति घ ब्रह्मलोककमिति ख , ग , ङ , छ च दुष्करं गन्तुमिति ख वस्तुं तत्र सुदुष्करमिति ज कण्वाश्रममिति घ सरस्वत्यब्धिसञ्ज्ञयेति ग , घ , ज च पिण्डारकं द्वारका च गोमती सर्वसिद्धिदा

À la confluence de la Sarasvatī et de l’océan se trouve l’excellent gué sacré nommé Sāgara ; celui qui s’y rend obtient aussi le mérite du sacrifice Aśvamedha et atteint le Brahmaloka. Il est difficile d’y parvenir, et y demeurer est très difficile. (Ce lieu) est aussi connu sous le nom de Kaṇvāśrama et désigné comme la « Confluence Sarasvatī–Océan ». Piṇḍāraka, Dvārakā et la rivière Gomatī accordent toutes les accomplissements spirituels.

Verse 12

भूमितीर्थं ब्रह्मतुङ्गं तीर्थं पञ्चनदं परं भीमतीर्थं गिरीन्द्रञ्च देविका पापनाशिनी

Bhūmi-tīrtha, Brahma-tuṅga, l’excellent gué sacré de Pañcanada, Bhīma-tīrtha, Girīndra et Devikā—celle qui détruit les péchés—doivent être rappelés comme des lieux saints.

Verse 13

तीर्थं विनशनं पुण्यं नागोद्भेदमघार्दनं तीर्थं कुमारकोटिश् च सर्वदानीरितानि च

Le tīrtha nommé Vinaśana est riche en mérite ; de même (le sont) Nāgodbheda, le tīrtha Aghārdana qui détruit les fautes, et le tīrtha appelé Kumārakoṭi. Tous sont proclamés lieux de « don universel », c’est-à-dire conférant les fruits de toutes les aumônes.

Verse 14

कुरुक्षेत्रं गमिष्यामि कुरुक्षेत्रे वसाम्यहं य एवं सततं ब्रूयात्सो ऽमलः प्राप्नुयाद्दिवं

« J’irai à Kurukṣetra ; je demeure à Kurukṣetra. » Quiconque prononce ainsi sans cesse, purifié de toute souillure, atteint le ciel.

Verse 15

तत्र विष्ण्वादयो देवास्तत्र वासाद्धरिं व्रजेत् सरस्वत्यां सन्निहित्यां स्नानकृद्ब्रह्मलोकभाक्

Là résident les dieux, à commencer par Viṣṇu ; en y demeurant, on parvient à Hari. Et celui qui se baigne lorsque Sarasvatī (déesse/rivière) y est présente devient participant au monde de Brahmā, le Brahmaloka.

Verse 16

पांशवोपि कुरुक्षेत्रे नयन्ति परमां गतिं धर्मतीर्थं सुवर्णाख्यं गङ्गाद्वारमनुत्तमं

Même la poussière de Kurukṣetra conduit à l’atteinte suprême. On y trouve le Dharma-tīrtha nommé Suvarṇa et l’incomparable Gaṅgā-dvāra, la Porte de la Gaṅgā.

Verse 17

तीर्थं कणखलं पुण्यं भद्रकर्णह्रदन्तथा गङ्गासस्वतीसङ्गं ब्रह्मावर्तमघार्दनं

Il y a le tīrtha sacré nommé Kaṇakhala, ainsi que le lac Bhadrakarṇa, la confluence de la Gaṅgā et de la Sarasvatī, et Brahmāvarta : tous sont destructeurs de péché.

Verse 18

भृगुतुङ्गञ्च कुब्जाम्रं गङ्गोद्भेदमघान्तकं वाराणसी वरन्तीर्थमविमुक्तमनुत्तमं

« (Qu’il se souvienne/les récite) Bhṛgutunga, Kubjāmra, Gaṅgodbheda et Aghāntaka ; ainsi que Vārāṇasī — le tīrtha d’excellence — Avimukta, l’incomparable. »

Verse 19

कपालमोचनं तीर्थन्तीर्थराजं प्रयागकं गोमतीगङ्गयोः सङ्गं गङ्गा सर्वत्र नाकदा

Kapālamocana est un tīrtha ; Prayāga est le roi des tīrtha ; la confluence de la Gomatī et de la Gaṅgā est un lieu de rencontre sacré ; et pour le dévot, la Gaṅgā n’est jamais absente nulle part.

Verse 20

तीर्थं राजगृहं पुण्यं शालग्राममघान्तकं ञ्ज्ञमिति छ भीमातीर्थमिति घ वामाद्दिवं ब्रजेदिति ज ब्रह्मलोकग इति ख , ग , घ , ङ , छ , ज च तत्र कर्णह्रदं तथेति ख भद्रकं तु ह्रदं तथेति ग , ङ च गङ्गोद्भेदमवन्तिकमिति ज वटेशं वामन्न्तीर्थं कालिकासङ्गमुत्तमं

« Le tīrtha sacré nommé Rājagṛha est source de mérite ; de même Śālagrāma, qui ôte le péché. Dans certaines recensions on lit “Ñjña” ; dans une autre, “Bhīma-tīrtha”. Certains lisent : “De Vāmana on va au ciel” ; et, dans plusieurs recensions, il est dit que l’on “atteint le monde de Brahmā (Brahma-loka)”. Là, certains lisent aussi “Karṇa-hrada”, d’autres “Bhadraka-hrada”. Une autre leçon ajoute “Gaṅgodbheda” et “Avantikā”. Sont encore mentionnés Vaṭeśa, Vāmana-tīrtha et l’excellente confluence appelée Kālikā-saṅgama. »

Verse 21

लौहित्यं करतोयाख्यं शोणञ्चाथर्षभं परं श्रीपर्वतं कोल्वगिरिं सह्याद्रिर्मलयो गिरिः

Lauhitya ; le fleuve nommé Karatoyā ; et aussi le Śoṇa ; puis le mont suprême Ṛṣabha ; Śrīparvata ; Kolvagiri ; le Sahyādri ; et le mont Malaya.

Verse 22

गोदावरी तुङ्गभद्रा कावेरो वरदा नदी तापी पयोष्णी रेवा च दण्डकारण्यमुत्तमं

La Godāvarī, la Tuṅgabhadrā, la Kāverī, la rivière Varadā, la Tāpi, la Payoṣṇī et la Revā (Narmadā) — ainsi que l’excellente région forestière de Daṇḍaka (Daṇḍakāraṇya) — sont proclamées sacrées et éminentes.

Verse 23

कालञ्जरं मुञ्जवटन्तीर्थं सूर्पारकं परं मन्दाकिनी चित्रकूटं शृङ्गवेरपुरं परं

Kālañjara ; le tīrtha (gué sacré) de Muñjavaṭa ; le suprême Sūrpāraka ; la rivière Mandākinī ; Citrakūṭa ; et la cité suprême de Śṛṅgaverapura — tous doivent être révérés comme d’éminents lieux saints.

Verse 24

अवन्ती परमं तीर्थमयोध्या पापनाशनी नैमिषं परमं तीर्थं भुक्तिमुक्तिप्रदायकं

Avantī est le tīrtha suprême ; Ayodhyā est celle qui détruit les péchés. Naimiṣa est le tīrtha suprême, dispensant à la fois la jouissance mondaine (bhukti) et la délivrance (mukti).

Frequently Asked Questions

Self-restraint of body and mind, light diet, conquered senses, and turning away from accepting gifts; pilgrimage merit is tied to ethical discipline rather than travel alone.

It is described as hosting intensified divine presence at the three sandhyās; residence with japa and śrāddha uplifts lineages, and its merit is equated with major sacrifices and Brahmaloka attainment.

It states that a sinless pilgrim gains merit equal to all sacrifices, and that pilgrimage can yield the same fruit as yajña—making dharmic merit accessible beyond expensive ritual performance.

Kurukṣetra is portrayed as exceptionally potent: even its dust grants the highest attainment, gods reside there, and bathing when Sarasvatī is present yields Brahmaloka.