
प्रह्लादस्य नरा-नारायणयुद्धं भक्तिविजयश्च (Prahlādasya Narā-Nārāyaṇa-yuddhaṃ Bhakti-vijayaśca)
Defeat and Victory through Bhakti
In this Adhyāya, framed as Pulastya’s narration to Nārada, the Vāmana Purāṇa presents a sustained martial encounter between the Dānava king Prahlāda and the divine pair Nara–Nārāyaṇa (with Nārāyaṇa explicitly identified as Hari, Śārṅgapāṇi, and Puruṣottama). The episode develops an asura-dharma tension: Prahlāda’s kṣātra resolve and vow to conquer is repeatedly checked by the invincibility of the “Dharmaja” Sādhya, culminating in a theological pivot from physical prowess to devotional efficacy. After a long, stylized exchange of weapons (gadā, bows, parigha, mudgara, prāsa, śakti), Prahlāda is instructed by Pītavāsā (a Viṣṇu-epithet) that victory lies not in yuddha but in bhakti and śuśrūṣā toward the Dharma-born. Prahlāda’s stotra becomes an iconographic catalogue of Viṣṇu’s cosmic forms (Varāha, Nṛsiṃha, etc.) and a syncretic cosmology wherein major deities and elements are subsumed within the supreme Nārāyaṇa. The chapter closes with Prahlāda’s renunciatory turn—delegating rule to Andhaka, seeking Badarikāśrama, and stabilizing his mind in dhātṛ—modeling a bhakti-inflected kingship and yogic purification rather than sectarian rivalry.
Verse 1
इति श्रीवामनपुराणे षष्ठो ऽध्यायः पुलस्त्य उवाच ततो ऽनङ्गं विभुर्द्दष्ट्वा ब्रह्मन् नारायणो मुनिः प्रहस्यैवं वचः प्राह कन्दर्व इह आस्यताम्
Ainsi s’achève le sixième chapitre du Śrī Vāmana Purāṇa. Pulastya dit : Alors le puissant sage Nārāyaṇa, voyant Ananga (Kāma), sourit et prononça ces paroles : « Ô Kandarpā, assieds-toi ici. »
Verse 2
तदक्षुब्धत्वमीक्ष्यास्य कामो विस्मयमागतः वसन्तो ऽपि महाचिन्तां जगामाशु महामुने
Voyant son impassible fermeté, Kāma fut saisi d’étonnement ; et même Vasanta (le Printemps) tomba aussitôt dans une grande inquiétude, ô grand sage.
Verse 3
ततश्चाप्सरसो दृष्ट्वा स्वागतेनाभिपूज्य च वसन्तमाह भगवानेह्येहि स्थीयतामिति
Alors, voyant les Apsaras, le Bienheureux les accueillit et les honora selon l’usage ; puis il dit à Vasanta : « Viens, viens—demeure ici. »
Verse 4
ततो विहस्य भगवान् मञ्जरीं कुसुमावृताम् आदाय प्राक्सुवर्णाङ्गीमूर्वोर्बालां विनिर्ममे
Puis le Bienheureux, souriant, prit une grappe de fleurs couverte de floraisons et, de ses cuisses, façonna une jeune fille au corps resplendissant d’une teinte d’or.
Verse 5
ऊरूद्भवां स कन्दर्पो दृष्ट्वा सर्वाङ्गसुन्दरीम् अमन्यत तदानङ्गः किमियं सा प्रिया रतिः
Voyant cette jeune fille née de la cuisse, belle en chacun de ses membres, Kandarpa—Ananga, l’Incorporel—songea alors : «Qui est-elle ? Serait-ce ma bien-aimée Rati ?»
Verse 6
तदेव वदनं चारु स्वक्षिभ्रूकुटिलालकम् सुनासावंशाधरोष्ठमालोकनपरायणम्
Son visage même était ravissant : de beaux yeux, des sourcils et des boucles ondoyantes ; un arête du nez délicate et des lèvres gracieuses—tout en elle captivait le regard et l’attachait à la contemplation.
Verse 7
तावेवाहार्य विरलौ पीवरौ मग्नचूचुकौ राजेते ऽस्यः कुचौ पीनौ सज्जनावि संहतौ
Ses deux seins—rarement égalés en beauté—étaient pleins, les mamelons légèrement rentrés, et ils resplendissaient : fermes et opulents, rapprochés comme une paire d’ornements parfaitement ajustés.
Verse 8
तदेव तनु चार्वङ्ग्या वलित्रयविभूषितम् उदरं राजते श्लक्ष्णं रोमावलिविभूषितम्
De même, le ventre mince de cette femme aux membres gracieux resplendissait : orné de trois plis délicats, lisse et soyeux, embelli par la ligne de duvet.
Verse 9
रोमावलीच जघनाद् यान्ती स्तनतटं त्वियम् राजते भृङ्गमालेव पुलिनात् कमलाकरम्
Et cette ligne de duvet, montant de ses hanches vers la pente de ses seins, resplendissait telle une guirlande d’abeilles allant d’une grève sablonneuse vers un lac rempli de lotus.
Verse 10
जघनं त्वतिविस्तीर्ण भात्यस्या रशनावृतम् श्रीरोदमथने नद्धूं भूजङ्गेनेव मन्दरम्
Ses hanches, d’une ampleur extrême, resplendissent, ceintes d’une ceinture—telles le mont Mandara lié par le serpent lors du barattage de l’Océan de Lait.
Verse 11
कदलीस्तम्भसदृशैरूर्ध्वमूलैरथोरुभिः विभाति सा सुचार्वङ्गी पद्मकिढ्जल्कसन्निभा
Avec des cuisses pareilles à des troncs de bananier, « enracinées vers le haut » (s’affinant avec grâce), elle resplendit, aux membres exquis, telle la lueur délicate associée aux êtres nés du lotus.
Verse 12
जानुनी गूढगुल्फे च शुभे जङ्घे त्वरोमशे विभातो ऽस्यास्तथा पादावलक्तकसमत्विषौ
Ses genoux et ses chevilles bien dessinés, et ses mollets de bon augure, sans poil, resplendissent ; de même ses pieds brillent d’un éclat égal au rouge de la laque.
Verse 13
इति संचिन्तयन् कामस्तामनिन्दितलोचनाम् कामातुरो ऽसौ संजातः किमुतान्यो जनो मुने
Ainsi, tandis que Kāma ne cessait de la méditer—elle aux yeux irréprochables—il fut tourmenté par le désir. Que dire alors de tout autre homme, ô sage !
Verse 14
माधवो ऽप्युर्वशीं दृष्ट्वा संचिन्तयत नारद किंस्वित् कामनरेन्द्रस्य राजधानी स्वयं स्थिता
Même Mādhava, en voyant Urvāśī, se mit à réfléchir, ô Nārada : « La capitale du roi Kāma serait-elle venue d’elle-même se tenir ici ? »
Verse 15
आयाता शशिनो नूनमियं कान्तिर्निशाक्षये रविरश्मिप्रतापार्तिभीता शरणमागता
Assurément, cette clarté de la lune est venue à la fin de la nuit, effrayée par la brûlure des rayons du soleil, et elle a cherché refuge.
Verse 16
इत्थं संचितयन्नेव अवष्टभाप्सरोगणम् तस्थौ मुनिरिव ध्यानमास्थितः स तु माधवः
Ainsi, tout en méditant de la sorte et en maîtrisant la troupe des apsarās, Mādhava demeura inébranlable—tel un sage établi dans la contemplation.
Verse 17
ततः स विस्मितान् सर्वान् कन्दर्पादीन् महामुने दृष्ट्वा प्रोवाच वचनं स्मितं कृत्वा शुभव्रतः
Alors, ô grand sage, voyant tous—Kandarpa et les autres—saisis d’étonnement, l’observant aux vœux propices, après avoir souri, leur adressa une parole.
Verse 18
इयं ममोरुसंभृता कामाप्सरस माधव नीयतां सुरलोकाय दीयतां वासवाय च
«Cette kāmāpsarasā—comme élevée sur ma cuisse—ô Mādhava, qu’on la conduise au monde des dieux; et qu’on la donne aussi à Vāsava (Indra).»
Verse 19
इत्युक्ताः कम्पमानास्ते जग्मुर्गृह्योर्वशीं दिवम् सहस्राक्षाय तां प्रादाद् रूपयौवनशालिनीम्
Ainsi admonestés, ces deux-là, tremblants, allèrent chercher au ciel l’apsarā Urvaśī; puis ils présentèrent à Sahasrākṣa (Indra) cette jeune fille, parée de beauté et de jeunesse.
Verse 20
आचक्षुश्चरितं ताभ्यां धर्मजाभ्यां महामुने देवाराजाय कामाद्यास्ततो ऽभृद् विस्मयः परः
Ô grand sage, ces deux êtres—nés de Dharma—rapportèrent au roi des dieux le récit de ce qui s’était produit; puis, à commencer par Kāma (le désir) et les autres, s’éleva un étonnement suprême.
Verse 21
एताद्शं हि चरितं ख्यातिमग्र्यां जगाम ह पातालेषु तथा मर्त्यै दिक्ष्वष्टासु जगाम च
En vérité, un tel acte parvint à la plus haute renommée; il se répandit dans Pātāla, parmi les mortels, et dans les huit directions également.
Verse 22
एकदा निहते रौद्रो हिरण्यकशिपौ मुने अभिषिक्तस्तदा राज्ये प्रह्लादौ नाम दानवः
Ô sage, une fois que le farouche Hiraṇyakaśipu eut été mis à mort, un Dānava nommé Prahlāda fut alors consacré (abhiseka) à la royauté.
Verse 23
तस्मिञ्शासति दैत्येन्द्रे देवब्राह्मणपूजके मखानि भुवि राजानो यजन्ते विधिवत्तदा
Lorsque régnait ce seigneur des Daitya—honorant les dieux et les brāhmaṇa—les rois de la terre accomplissaient alors les makha (sacrifices) selon le rite prescrit.
Verse 24
ब्राह्मणाश्च तपो धर्मं तीर्थयात्राश्च कुर्वते वैश्याश्च पशुवृत्तिस्थाः शूद्राः शुश्रूषणे रताः
Les brāhmaṇa pratiquaient le tapas (austérité) et le dharma, et accomplissaient des pèlerinages vers les tīrtha (lieux sacrés) ; les vaiśya vivaient d’activités liées au bétail ; les śūdra se consacraient au service.
Verse 25
चातुर्वर्ण्यं ततः स्वे स्वे आश्रमे धर्मकर्मणि आवर्त्तत ततो देवा वृत्त्या युक्ताभवान् मुने
Alors les quatre ordres, chacun dans son propre āśrama, revinrent à leurs devoirs et actes de dharma; et par la suite, ô sage, les dieux furent correctement établis dans leurs justes modes de subsistance et de maintien.
Verse 26
ततस्तु च्यवनो नाम भार्गवेन्द्रो महातपाः जगाम नर्मदां स्नातुं तीर्थं चैवाकुलीश्वरम्
Puis le grand ascète nommé Cyavana, le plus éminent parmi les Bhārgava, alla se baigner dans la Narmadā et visita aussi le tīrtha appelé Ākulīśvara.
Verse 27
तत्र दृष्ट्वा महादेवं नदीं स्नातुमवातरत् अवतीर्णं प्रजग्राह नागः केकरलोहितः
Là, après avoir vu Mahādeva, il descendit vers la rivière pour s’y baigner. Lorsqu’il fut descendu, un serpent nommé Kekara-lohita le saisit.
Verse 28
गृहीतस्तेन नागेन सस्मार मनसा हरिम् संस्मृते पुण्डरीकाक्षे निर्विषो ऽभून्महोरगः
Saisi par ce serpent, il se souvint de Hari en son esprit. Lorsque Puṇḍarīkākṣa, le Seigneur aux yeux de lotus, fut ainsi rappelé, le grand serpent devint dépourvu de venin.
Verse 29
नीतस्तेनातिरौद्रेण पन्नगेन रसातलम् निर्विषश्चापि तत्याज च्यवनं भुजगोत्तमः
Il fut emporté par ce serpent d’une extrême férocité jusqu’à Rasātala; mais le meilleur des serpents—désormais sans venin—relâcha alors Cyavana.
Verse 30
संत्यक्तमात्रो नागेन च्यवनो भार्गवोत्तमः चचार नागकन्याभिः पूज्यचमानः समन्ततः
Dès qu’il fut relâché par le serpent, Cyavana — le plus éminent des Bhārgava — se mit à aller et venir, honoré de toutes parts par les jeunes filles nāga.
Verse 31
विचारन् प्रविवेशाथ दानवानां महत् पुरम् संपूज्यमानो दैत्येन्द्रः प्रह्लादो ऽथ ददर्श तम्
Puis, cheminant avec réflexion, il entra dans la grande cité des Dānavas. Là, Prahlāda — seigneur des Daityas —, alors honoré, l’aperçut.
Verse 32
भृगुपुत्रे महातेजाः पूजां चक्रे यथार्हतः संपूजितोपविष्टश्च पृष्टश्चागमनं प्रति
Au fils de Bhṛgu, le grand et rayonnant lui rendit un hommage conforme à ce qui convenait. Puis, après avoir été honoré et s’être assis, on l’interrogea sur le but de sa venue.
Verse 33
स चोवाच महाराज महातीर्थं महाफलम् स्नातुमेवागतो ऽस्म्यद्य द्रष्टुञ्चैवाकुलीश्वरम्
Et il dit : « Ô grand roi, voici un grand tīrtha, porteur d’un grand fruit. Je suis venu aujourd’hui précisément pour m’y baigner et aussi pour contempler Ākulīśvara. »
Verse 34
नद्यामेवावतीर्णो ऽस्मि गृहीतश्चाहिना बलान् समानीतो ऽस्मि पाताले दृष्टश्चात्र भवानपि
« Je suis descendu dans la rivière elle-même, puis un serpent m’a saisi de force. J’ai été conduit à Pātāla, et ici aussi je vous ai vu. »
Verse 35
एतच्छ्रुत्वा तु वचनं च्यवनस्य दितीश्वरः प्रोवाच धर्मसंयुक्तं स वाक्यं वाक्यकोविदः
Ayant entendu ces paroles de Cyavana, le seigneur des Daitya, habile en l’art de la parole, prononça une déclaration empreinte de dharma (droiture).
Verse 36
प्रह्लाद उवाच भगवन् कानि तीर्थानि पृथिव्यां कानि चाम्बरे रसातले च कानि स्युरेतद् वक्तुं ममार्हसि
Prahlāda dit : «Ô Bhagavān, quels sont les tīrtha (lieux de pèlerinage) sur la terre, lesquels sont dans le ciel, et lesquels peuvent se trouver en Rasātala ? Daigne me l’enseigner».
Verse 37
च्यवन उवाच पृथिव्यां नैमिषं तीर्थमन्तरिक्षे च पुष्करम् चक्रतीर्थं महाबाहो रसातलतले विदुः
Cyavana dit : «Sur la terre se trouve le tīrtha nommé Naimiṣa ; dans la région médiane (antarikṣa) se trouve Puṣkara. Et le lieu saint appelé Cakratīrtha, ô toi aux bras puissants, est connu comme étant au plan de Rasātala».
Verse 38
पुलस्त्य उवाच श्रुत्वा तद्भार्गववचो दैत्यराजो महामुने नेमिषै गन्तुकामस्तु दानवानितदब्रवीत्
Pulastya dit : «Après avoir entendu les paroles du Bhārgava (Cyavana), le roi des Daitya, ô grand sage, désireux d’aller à Naimiṣa, adressa alors ces mots aux Dānava».
Verse 39
प्रह्लाद उवाच उत्तिष्ठध्वं गमिष्यामः स्नातुं तीर्थं हि नैमिषम् द्रक्ष्यामः पुण्डरीकाक्षं पीतवाससमच्युतम्
Prahlāda dit : «Levez-vous ; nous irons nous baigner au tīrtha de Naimiṣa. Nous contemplerons Puṇḍarīkākṣa—aux yeux de lotus, vêtu de jaune—Acyuta, le Seigneur infaillible».
Verse 40
पुलस्त्य उवाच इत्युक्ता दानवेन्द्रेण सर्वे ते दैत्यदानवाः चक्रुरुद्योगमतुलं निर्जग्मुश्च रसातलात्
Pulastya dit : Ainsi exhortés par le seigneur des Dānavas, tous ces Daityas et Dānavas entreprirent des préparatifs incomparables et quittèrent Rasātala.
Verse 41
ते समभ्येत्य दैतेया दानवाश्च महाबलाः नेमिषारण्यमागत्य स्नानं चक्रुर्मुदान्विताः
Ces puissants Daiteyas et Dānavas, s’étant rassemblés et parvenus à Naimiṣāraṇya, accomplirent le bain rituel, le cœur empli d’allégresse.
Verse 42
ततो दितीश्वरः श्रीमान् मृगव्यां स चचार ह चरन् सरस्वतीं पुण्यां ददर्श विमलोदकाम्
Alors le seigneur illustre de la lignée de Diti erra dans le domaine de chasse ; et, chemin faisant, il aperçut la sainte Sarasvatī, aux eaux claires et pures.
Verse 43
तस्यादूरे महाशाखं शलवृक्षं शरैश्चितम् ददर्श बाणानपरान् मुखे लग्नान् परस्परम्
Non loin de lui, il vit un śala aux grandes branches, hérissé de flèches ; et il vit d’autres flèches, dont les pointes s’étaient fichées les unes dans les autres.
Verse 44
ततस्तानद्भुताकारान् बाणान् नागोपवीतकान् दृष्ट्वातुलं तदा चक्रे क्रोधं दैत्येश्वरः किल
Alors, voyant ces flèches d’une forme merveilleuse, comme ceintes de serpents en guise de cordon sacré, le seigneur des Daityas —dit-on— fut saisi d’une colère extrême.
Verse 45
स ददर्श ततो ऽदूरात्कृष्णाजिनधरौ मुनी समुन्नतजटाभारौ तपस्यासक्तमानसौ
Alors, non loin de là, il vit deux munis revêtus de peaux d’antilope noire, portant haut leurs masses de cheveux emmêlés, l’esprit entièrement absorbé dans l’austérité (tapas).
Verse 46
तयोश्च पार्श्वयोर्दिव्ये धनुषी लक्षणान्विते शार्ङ्गमागवं चैव अक्ष्य्यौ च महेषुधी
À leurs deux côtés se trouvaient deux arcs divins, marqués de signes auspicieux—Śārṅga et Āgava—ainsi que deux grandes carquois inépuisables.
Verse 47
तौ दृष्ट्वामन्यत तदा दामिबिकाविति दानवः ततः प्रोवाच वचनं तावुभौ पुरुषोत्तमौ
Les voyant, le Dānava pensa alors : «Ce ne sont que des imposteurs». Puis il adressa des paroles à ces deux êtres d’excellence.
Verse 48
किं भवद्भ्यां समारःधं दम्भं धर्मविनाशनम् क्व तपः क्व जटाभारः क्व चेमौ प्रवरायुधौ
Pourquoi avez-vous entrepris cette hypocrisie qui ruine le dharma ? Qu’a l’austérité à voir avec une masse de cheveux emmêlés, et qu’ont à voir avec cela ces deux armes d’élite ?
Verse 49
अथोवाच नरो दैत्यं का ते चिन्ता दितीश्वर सामर्थ्ये सति यः कुर्यात् तत्संपद्येत तस्य हि
Alors Nara dit au Daitya : «Ô seigneur de la lignée de Diti, de quoi t’inquiètes-tu ? Celui qui agit lorsque la capacité est présente, voit assurément s’accomplir le résultat qu’il vise».
Verse 50
अथोवाच दितीशस्तौ का शक्तिर्युवयोरिह मयि तिष्ठति दैत्येन्द्रे धर्मसेतुप्रवर्तके
Alors le seigneur de la lignée de Diti dit à ces deux êtres : «Quelle puissance avez-vous ici, lorsque je me tiens devant vous—moi, le seigneur des Daitya, l’instaurateur du pont/digue du dharma ?»
Verse 51
नरस्तं प्रत्युवाचाथ आवाभ्यां शक्तिरूर्जिता न कश्चिच्छक्नुयाद् योद्धुं नरनारायणौ युधि
Nara lui répondit : «Notre puissance est immense. Nul ne saurait combattre Nara et Nārāyaṇa sur le champ de bataille.»
Verse 52
दैत्येश्वरस्तस्तः क्रुद्धः प्रतिज्ञामारुरोह च यथा कथञ्चिज्जेष्यामि नरनारायणौ रणे
Alors le seigneur des Daitya, courroucé, prit un vœu : «D’une manière ou d’une autre, je vaincrai Nara et Nārāyaṇa au combat.»
Verse 53
इत्येवमुक्त्वा वचनं महात्मा दितीश्वरः स्थाप्य बलं वनान्ते वितत्य चापं गुणमाविकृष्य तलध्वनिं घोरतरं चकार
Ayant ainsi parlé, le magnanime seigneur de la lignée de Diti posta son armée à la lisière de la forêt ; puis, bandant l’arc et tirant la corde, il fit retentir un claquement d’une effroyable intensité.
Verse 54
ततो नरस्त्वाजगवं हि चापमानम्य बाणान् सुबहुञ्शिताग्रान् मुमोच तानप्रतिमैः पृषत्कैश्चिच्छेद दैत्यस्तपनीयपुङ्खैः
Alors Nara, courbant son arc Ājagava, décocha de nombreuses flèches aux pointes acérées ; mais le Daitya les trancha avec des traits incomparables, dont les hampes étaient garnies de plumes d’or.
Verse 55
छिन्नान् समीक्ष्याथ नरः पृषत्कान् दैत्येश्वरेणाप्रतिमेव संख्ये क्रुद्धः समानम्य महाधनुस्ततो मुमोच चान्यान् विविधान् पृषत्कान्
Alors Nara, voyant ses flèches tranchées par le seigneur des Daityas dans ce combat sans égal, s’emporta de colère ; bandant son grand arc, il décocha d’autres traits de diverses sortes.
Verse 56
एकं नरो द्वौ दितिजेश्वरश्च त्रीन् धर्मसूनुश्चतुरो दितीशः नरस्तु बाणान् प्रमुमोच पञ्च षड् द्रत्यनाथो निशितान् पृषत्कान्
Nara décocha une flèche ; le seigneur des fils de Diti en décocha deux ; le fils de Dharma en décocha trois ; le maître de Diti en décocha quatre. Puis Nara lança cinq traits, et le chef des Daityas en envoya six, acérés.
Verse 57
सप्तर्षिमुख्यो द्विचतुश्च दैत्यो नरस्तु षट् त्रीणि च दैत्यमुख्ये षट्त्रीणि चैकं च दितीश्वरेण मुक्तानि बाणानि नराय विप्र
Ô brāhmane, le plus éminent des Sept Ṛṣi décocha des flèches ; le Daitya en décocha deux et quatre ; et Nara en décocha six et trois contre le chef des Daityas. Et le seigneur des fils de Diti lança contre Nara des flèches — six, trois et une.
Verse 58
एकं च षट् पञ्च नरेण मुक्तास्त्वष्टौ शराः सप्त च दानवेन षट् सप्त चाष्टौ नव षण्नरेण द्विसप्ततिं दैत्यपतिः ससर्ज्ज
L’Homme (Nara) lança une, puis six et cinq flèches ; et le Dānava en lança huit et sept. Ensuite l’Homme lança six, sept, huit, neuf et six ; et le seigneur des Daityas décocha soixante-douze flèches.
Verse 59
शतं नरस्त्रीणि शतानि दैत्यः षड् धर्मपुत्रो दश दैत्यराजः ततो ऽप्यसंख्येयतरान् हि बाणान् मुमोचतुस्तौ सुभृशं हि कोपात्
L’Homme (Nara) décocha cent trois flèches ; le Daitya, des centaines de flèches. Le fils de Dharma en lança six ; le roi des Daityas, dix. Puis, sous l’emportement d’une colère extrême, tous deux firent pleuvoir des traits encore plus innombrables.
Verse 60
ततो नरो बाणगणैरसख्यैरवास्तरद्भूमिमथो दिशः खम् स चापि दैत्यप्रवरः पृषत्कैश्चिच्छेद वेगात् तपनीयपुङ्खैः
Alors Nara, par d’innombrables gerbes de flèches, couvrit la terre, les directions et le ciel. Et ce chef des Daityas, de traits rapides aux plumes d’or, les trancha avec célérité.
Verse 61
ततः पतत्त्रिभिर्वीरौ सुभृशं नरदानवौ युद्धे वरास्त्रैर्युध्येतां घोररूपैः परस्परम्
Puis ces deux héros—l’homme et le Dānava—s’affrontèrent avec une extrême âpreté, au milieu des volées de flèches, se frappant l’un l’autre de missiles excellents à l’aspect redoutable.
Verse 62
ततस्तु दैत्येन वरास्त्रपाणिना चापे नियुक्तं तु पितामहास्त्रम् महेश्वरास्त्रं पुरुषोत्तमेव समं समाहत्य निपेततुस्तौ
Alors le Daitya, tenant une arme de premier ordre, arma sur son arc l’Arme de Pitāmaha (le Brahmāstra). Mais Puruṣottama la frappa à égalité par l’Arme de Maheśvara, et les deux traits tombèrent ensemble, neutralisés.
Verse 63
ब्रह्मस्त्रे तु प्रशमिते प्रह्लादः क्रोधमूर्छितः गदां प्रगृह्य तरसा प्रचस्कन्द रथोत्तमात्
Lorsque le Brahmāstra eut été apaisé, Prahlāda, égaré par la colère, saisit sa massue et, avec impétuosité, bondit de son char d’exception.
Verse 64
गदापाणिं समायान्तं दैत्यं नारायणस्तदा दृष्ट्वाथ पृष्ठतश्चक्रे नरं योद्धूमनाः स्वयम्
Alors Nārāyaṇa, voyant le Daitya s’avancer, la massue à la main, plaça Nara derrière lui; et lui-même, l’esprit tourné vers le combat, se prépara à faire face à l’assaut.
Verse 65
ततो दीतीशः सगदः समाद्रवत् सशार्ङ्गपाणिं तपसां निधानम् ख्यातं पुराणर्षिमुदारविक्रमं नारायणं नारद लोकपालम्
Alors le seigneur de la lignée de Diti (le Daitya), la massue à la main, se précipita contre le porteur de Śārṅga (Viṣṇu), trésor des austérités—Nārāyaṇa—renommé comme un ṛṣi antique, à la vaillance noble; ô Nārada, protecteur des mondes.
Prahlāda’s stotra identifies Nārāyaṇa as the all-encompassing supreme principle, subsuming major deities and cosmic functions (e.g., Brahmā, the three-eyed deity, Agni, Vāyu, Sūrya, Candra) within Viṣṇu’s being. This is a classic Purāṇic strategy of syncretic theology: it acknowledges the wider pantheon and their iconographic roles while asserting a unifying, non-competitive hierarchy in which devotion (bhakti) to Nārāyaṇa becomes the integrating axis.
Two pilgrimage geographies are explicitly named: Naimiṣāraṇya, where Prahlāda performs his morning rite (āhnika-kriyā), and Badarikāśrama, to which he proceeds for devotional encounter with Nara–Nārāyaṇa. While the chapter does not provide a full tīrtha-māhātmya catalogue, it uses these sites as topographical sanctification markers—linking ritual discipline (Naimiṣa) and ascetic-devotional attainment (Badarī) to the transformation of asura kingship into dharma-guided conduct.
Prahlāda moves from a vow-driven martial project (to defeat the ‘Dharmaja’ Sādhya) to the recognition that the divine cannot be conquered by force. Guided by Pītavāsā, he ‘wins’ through exclusive devotion, receives boons (eradication of bodily, mental, and verbal sin; steadfast Viṣṇu-oriented intellect), delegates sovereignty to Andhaka, and adopts a renunciatory-yogic stance—presenting bhakti and ethical governance as the mature resolution of asura-dharma.
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