
Īśvara instruit Mahādevī au sujet d’un liṅga très efficace nommé Yogeśvara, situé dans le Prabhāsa-kṣetra, dans un quartier directionnel précisément indiqué (la portion de Vāyu, près de Kāmeśa, à l’intérieur de la mesure dite « sept arcs »). Ce liṅga est décrit comme mahāprabhāva, et il est affirmé explicitement que son simple darśana (vision dévotionnelle) détruit le péché. Dans une ère antérieure, il portait le nom de Gaṇeśvara ; son origine est expliquée ainsi : d’innombrables gaṇas puissants, reconnaissant Prabhāsa comme un champ de Māheśvara, y vinrent et pratiquèrent une tapas sévère, avec discipline yogique, durant mille années divines. Satisfait de leur ṣaḍaṅga-yoga, Vṛṣadhvaja (Śiva) conféra au liṅga le nom de Yogeśvara et le définit comme dispensateur des fruits du yoga. Celui qui adore Yogeśa selon le rite approprié et avec bhakti obtient la yoga-siddhi et la joie céleste ; ce culte est déclaré supérieur même aux dons les plus somptueux, hyperboliquement comparés à l’offrande d’un Meru d’or et de la terre entière. Un rite complémentaire est aussi mentionné pour parfaire le résultat : le don d’un taureau (vṛṣabha-dāna). Le discours s’élargit ensuite aux « onze Rudra » résidant à Prabhāsa, que doivent toujours honorer ceux qui recherchent les fruits du kṣetra. Il est promis que l’écoute du récit de Rudra-ekādaśa procure le mérite total du lieu sacré, tandis que l’ignorance de ces Rudra est blâmée. Enfin, une instruction synthétique est donnée : après avoir vénéré Someśvara, il faut réciter le Śatarudrīya ; ainsi l’on obtient le mérite de tous les Rudra. Cet enseignement est qualifié de « secret » (rahasya), apaisant le péché et augmentant le mérite.
Verse 1
ईश्वर उवाच । ततो गच्छेन्महादेवि योगेश्वरमिति श्रुतम् । कामेशाद्वायवे भागे धनुषां सप्तके स्थितम्
Īśvara dit : Ensuite, ô Mahādevī, il faut se rendre au (liṅga) connu sous le nom de Yogeśvara, situé au nord-ouest de Kāmeśvara, à la distance de sept dhanu (longueurs d’arc).
Verse 2
लिंगं महाप्रभावं हि दर्शनात्पापनाशनम् । पूर्वे युगे तु संख्यातं गणेश्वरमिति श्रुतम्
Ce liṅga est d’une puissance immense ; rien qu’en le contemplant, les péchés sont anéantis. Dans l’âge ancien, il était renommé—dit-on—sous le nom de «Gaṇeśvara».
Verse 3
पुरा मम गणा देवि असंख्याता महावलाः । क्षेत्रं माहेश्वरं ज्ञात्वा प्रभासं समुपागमन्
Autrefois, ô Devī, mes gaṇas—innombrables et d’une grande vaillance—sachant que Prabhāsa était un kṣetra sacré de Māheśvara (śivaïte), s’y rendirent.
Verse 4
तत्रस्थाश्च तपो घोरं तेपुस्ते योगमाश्रिताः । दिव्याब्दानां सहस्रं तु ततस्तुष्टो महेश्वरः
Demeurant en ce lieu, ils accomplirent de terribles austérités, établis dans le yoga. Après mille années divines, Maheśvara fut satisfait.
Verse 5
यस्मा त्षडंगयोगेन तेषां तुष्टो वृषध्वजः । तेन योगेश्वरं नाम लिंगं योगफलप्रदम्
Parce que Vṛṣadhvaja (Śiva, dont l’étendard porte le taureau) fut satisfait d’eux par la pratique du yoga aux six membres, ce liṅga est donc nommé « Yogēśvara », dispensateur des fruits du yoga.
Verse 6
यस्तमर्चयते भक्त्या सम्यक्पूजाविधानतः । स योगसिद्धिमाप्नोति मोदते दिवि देववत्
Quiconque l’adore avec dévotion, selon les règles justes du culte, obtient la perfection yogique et se réjouit au ciel tel un dieu.
Verse 7
यो दद्यात्कांचनं मेरुं कृत्स्नां चैव वसुन्धराम् । योगेशं पूजयेद्यस्तु स तयोरधिकः स्मृतः
Quand bien même quelqu’un offrirait un Meru d’or et la terre entière, celui qui vénère Yogēśa est tenu pour plus grand que ces deux dons.
Verse 8
वृषभस्तत्र दातव्यः संपूर्णफलहेतवे । एवमेकादश प्रोक्ता रुद्राः प्राभासमाश्रिताः । नित्यं पूज्याश्च वंद्याश्च क्षेत्रस्य फलमीप्सुभिः
Là, l’on doit donner en aumône un taureau, moyen d’obtenir un mérite parfait. Ainsi les onze Rudra sont déclarés demeurer à Prabhāsa ; ceux qui désirent le fruit de ce saint lieu doivent toujours les adorer et les révérer.
Verse 9
य एतां चैव शृणुयाद्रुद्रैकादशसंहिताम् । तस्य क्षेत्रफलं सर्वं प्रभासांतरवासिनः
Quiconque écoute cette compilation au sujet des onze Rudra obtient tout le mérite du champ sacré de Prabhāsa, comme s’il demeurait au cœur même de Prabhāsa.
Verse 10
यश्चैतान्नैव जानाति रुद्रान्प्राभासमाश्रितान् । स क्षेत्रमध्यसंस्थोऽपि नास्त्येव स पशुः स्मृतः
Mais celui qui ne connaît pas ces Rudra demeurant à Prabhāsa—fût-il au cœur même du kṣetra sacré—ne gagne vraiment rien; il est tenu pour une simple bête.
Verse 11
एतेषां चैव रुद्राणां सर्वान्वाप्येकमेव वा । सोमेश्वरं पूजयित्वा जपेद्वै शतरुद्रियम् । सर्वेषां लभते पुण्यं रुद्राणां नात्र संशयः
Qu’on embrasse tous ces Rudra ou ne fût-ce qu’un seul, après avoir vénéré Someśvara, il faut réciter en vérité le Śatarudrīya. Ainsi l’on obtient le mérite de tous les Rudra—sans aucun doute.
Verse 12
इदं रहस्यं संख्यातं माहात्म्यं तव भामिनि । रुद्राणां पापशमनं श्रुतं पुण्यविवर्द्धनम्
Ô dame rayonnante, ce secret—cette grandeur soigneusement énumérée—t’a été proclamé : on l’entend comme ce qui apaise les péchés et accroît le mérite, sacré pour les Rudra.
Verse 97
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभासखण्डे प्रथमे प्रभासक्षेत्रमाहात्म्ये योगेश्वरमाहात्म्यवर्णनंनाम सप्तनवतितमोऽध्यायः
Ainsi, dans le vénérable Skanda Mahāpurāṇa, dans la compilation de quatre-vingt-un mille (vers), dans le septième—Prabhāsa Khaṇḍa—au sein de la première section, le Prabhāsakṣetra Māhātmya, s’achève le quatre-vingt-dix-septième chapitre, intitulé « Description de la grandeur de Yogeśvara ».