
Ce chapitre dresse le portrait théologico-rituel d’une Déesse protectrice : au temps du Dvāpara-yuga, elle était connue sous le nom de Śītalā, et dans le Kali-yuga elle est reconnue comme Kaliduḥkhāntakāriṇī, « celle qui met fin aux souffrances de Kali ». Īśvara décrit sa présence à Prabhāsa et expose une voie de dévotion pragmatique destinée à soulager les maladies de l’enfance et les affections éruptives (visphoṭa), tout en apaisant les troubles qui les accompagnent. Le texte prescrit une suite d’actes : aller contempler la Devī dans l’espace sacré de son sanctuaire ; préparer une offrande mesurée de masūra (lentilles) pilées à des fins d’apaisement ; la déposer devant Śītalā pour le bien-être des enfants ; puis accomplir des rites annexes tels que le śrāddha et le repas offert aux brāhmaṇa. Sont également détaillées des offrandes parfumées—camphre, fleurs, musc, santal—et, comme naivedya, un ghṛta-pāyasa (riz au lait au ghee). En conclusion, il est demandé au couple de revêtir ou porter les objets offerts (paridhāpana) dans le cadre de l’observance. Enfin, un rite calendaire est mis en relief : au jour de śukla-navamī (neuvième de la quinzaine claire), l’offrande d’une guirlande sacrée de bilva procure « toutes les accomplissements » (sarva-siddhi), sommet rituel et fruit implicite du chapitre.
Verse 1
ईश्वर उवाच । तत्रैव संस्थितां पश्येद्देवीं दुःखांतकारिणीम् । शीतलेति पुरा ख्याता युगे द्वापरसंज्ञिते । कलौ पुनः समाख्यातां कलिदुःखान्तकारिणीम्
Īśvara dit : «Là même, qu’on contemple la Déesse, celle qui met fin à la souffrance. Dans l’âge nommé Dvāpara, elle fut jadis renommée Śītalā ; mais en l’âge de Kali, elle est de nouveau proclamée comme Celle qui éteint les peines de Kali.»
Verse 2
शीतलं कुरुते देहं बालानां रोगवर्जितम् । पूजिता भक्तिभावेन तेन सा शीतला स्मृता
Lorsqu’on l’honore avec ferveur, elle rend le corps des enfants frais et exempt de maladie ; c’est pourquoi on se souvient d’elle sous le nom de Śītalā, la Déesse Rafraîchissante.
Verse 3
विस्फोटानां प्रशांत्यर्थं बालानां चैव कारणात् । मानेन मापितान्कृत्वा मसूरांस्तत्र कुट्टयेत्
Afin d’apaiser les maladies à éruptions, et pour le bien des enfants, qu’on mesure des lentilles (masūrā) selon la mesure prescrite, puis qu’on les pile là, en préparation de l’offrande.
Verse 4
शीतलापुरतो दत्त्वा बालाः सन्तु निरामयाः । विस्फोटचर्चिकादीनां वातादीनां शमो भवेत्
Après l’avoir déposé devant Śītalā, puissent les enfants être sans maladie ; et puissent s’apaiser les affections à éruptions, les maux de peau tels que la carcikā, ainsi que les troubles comme le vāta.
Verse 5
श्राद्धं तत्रैव कुर्वीत ब्राह्मणांस्तत्र भोजयेत्
Là même, on doit accomplir le śrāddha, et là même nourrir les brāhmaṇas.
Verse 6
कर्पूरं कुसुमं चैव मृगनाभिं सुचन्दनम् । पुष्पाणि च सुगन्धानि नैवेद्यं घृतपायसम् । निवेद्य देव्यै तत्सर्वं दंपत्योः परिधापयेत्
Qu’on offre à la Déesse le camphre, des fleurs, le musc (mṛganābhi), le santal le plus pur, des fleurs parfumées, et en naivedya un pāyasa (riz au lait) au ghee ; après avoir tout présenté, qu’on fasse porter au couple les objets bénis (guirlandes et offrandes).
Verse 7
नवम्यां शुक्लपक्षे तु मालां विल्वमयीं शुभाम् । भक्त्या निवेद्य तां देव्यै सर्वसिद्धिमवाप्नुयात्
Au neuvième jour (Navamī) de la quinzaine claire (śukla-pakṣa), celui qui, avec dévotion, offre à la Déesse une guirlande propice faite de feuilles de bilva obtient l’accomplissement total (sarva-siddhi).
Verse 135
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभासखण्डे प्रथमे प्रभासक्षेत्रमाहात्म्ये दुःखान्तकारिणीतिलागौरीमाहात्म्यवर्णनंनाम पञ्चत्रिंदुत्तरशततमोऽध्यायः
Ainsi, dans le saint Skanda Mahāpurāṇa, dans l’Ekāśītisāhasrī Saṃhitā, au septième livre—Prabhāsa Khaṇḍa—dans la première section, le Prabhāsakṣetra Māhātmya, s’achève le chapitre intitulé « Description de la grandeur de Duḥkhāntakāriṇī Tilāgaurī », chapitre 135.